Le 4 mai 2026, Marc Dugain publie un entretien dans Le Monde qui secoue le landerneau politique. À 69 ans, l'écrivain à succès, auteur de Submersion (Albin Michel), accuse Nicolas Sarkozy, François Hollande et Emmanuel Macron d'avoir « porté un sacré coup à la fonction présidentielle ». Sa thèse tombe dans un contexte précis : les municipales de mars 2026 viennent d'enregistrer une abstention record de 60 % chez les 18-34 ans, selon les données de CNews. 84 % des jeunes ne se disent pas optimistes pour l'avenir, d'après une enquête du Parisien. Deux tiers estiment que les candidats ne s'intéressent pas à leur avenir (Ouest-France/Ipsos).

Dugain ne se contente pas de diagnostiquer un malaise. Il nomme les responsables et décrit les mécanismes qui ont conduit la fonction présidentielle à son état actuel. Son réquisitoire, diffusé également sur France Inter le 6 avril 2026, trouve un écho particulier chez une génération qui ne se reconnaît plus dans ses institutions.
Qui est Marc Dugain, cet écrivain qui bouscule la classe politique ?
Né le 3 mai 1957 à Dakar, Marc Dugain est tout sauf un politicien professionnel. Diplômé de Sciences Po Grenoble et expert-comptable de formation, il a d'abord travaillé dans la finance, à la Caisse d'épargne puis chez Ingenor Finance, avant de prendre la direction de Proteus Airlines, une compagnie aérienne régionale. En 1998, il connaît la consécration littéraire avec La Chambre des officiers, roman inspiré des « gueules cassées » de la Première Guerre mondiale, qui lui vaut le prix des libraires.
Un regard extérieur forgé par l'entreprise et la littérature
Sa légitimité dans ce débat vient précisément de son regard extérieur. Dugain n'a jamais fait de campagne électorale. Il vient de l'entreprise et de l'observation. C'est un généraliste qui dit à des spécialistes qu'ils ont « cassé le jouet ». Sa parole compte parce qu'elle n'est pas celle d'un concurrent politique, mais celle d'un intellectuel qui a passé trente ans à décrypter les mécanismes du pouvoir.

Depuis 1999, il construit une œuvre qui ausculte le pouvoir sous toutes ses formes : J. Edgar Hoover dans La Malédiction d'Edgar, les Kennedy dans Ils vont tuer Robert Kennedy, et plus récemment Vladimir Poutine. Dans Submersion, son dernier roman paru chez Albin Michel (288 pages, 21,90 euros), il pousse l'exercice jusqu'à la politique-fiction pour interroger les fragilités de la fonction présidentielle française.
Le modèle gaullien comme étalon de mesure
Dugain oppose systématiquement les présidents récents au modèle original de la Ve République : le général de Gaulle. Pour lui, la Constitution de 1958 a été « taillée sur mesure pour un homme qui n'était pas seulement au-dessus des partis, mais également au-dessus des Français ». Cette distance sacrée, ce « rapport direct avec le peuple » sans intermédiaire, est selon lui la condition de l'autorité présidentielle.

Les trois derniers locataires de l'Élysée l'auraient brisée, chacun à sa façon. Le constat est implacable : lorsque l'autorité n'est pas incarnée, elle disparaît.
Municipales 2026 : l'abstention des jeunes plante le décor
Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Aux municipales de mars 2026, 60 % des 18-34 ans ne se sont pas rendus aux urnes. C'est 12 points de plus que la moyenne nationale, et un record historique pour cette tranche d'âge. Dans les quartiers populaires et les zones périurbaines, l'abstention frôle parfois les 75 %.
Un sentiment de trahison générationnelle

Ces données ne sont pas une coïncidence. Elles sont le sol sur lequel la thèse de Dugain va germer. Car derrière les pourcentages se cache un sentiment partagé : celui d'être oublié, ignoré, trahi. Les jeunes ne votent pas parce qu'ils ne croient plus que le vote puisse changer leur quotidien. Le logement, le climat, la précarité — les sujets qui les concernent directement sont absents des débats électoraux.
Le paradoxe est frappant. La génération la plus connectée, la plus informée, est aussi celle qui s'investit le moins dans le jeu démocratique traditionnel. Comme si l'offre politique ne parvenait plus à capter son attention, ni à répondre à ses aspirations.
Le désamour de la démocratie chez les moins de 35 ans
Les travaux d'Anne Muxel, politologue au CEVIPOF de Sciences Po, viennent appuyer ce constat. Dans ses recherches sur le « désamour de la démocratie » chez les moins de 35 ans, disponibles sur le site du CEVIPOF, elle identifie une tendance lourde : le rejet des institutions traditionnelles, la montée du populisme, la fatigue démocratique. Rémi Lefebvre, chercheur à Sciences Po Lille, parle même d'une « fatigue démocratique » qui touche particulièrement les jeunes générations, comme le rapporte Vie Publique.
Ce que Muxel décrit comme des symptômes, Dugain les identifie comme des causes. L'écrivain nomme la source du mal : la dégradation de la fonction présidentielle. Les jeunes ne se détournent pas de la démocratie par hasard ou par paresse. Ils se détournent parce que l'offre politique ne correspond plus à leurs attentes, parce que les promesses ne sont pas tenues, parce que l'autorité n'est plus crédible.
« Dégradé symboliquement, fini, continué » : le réquisitoire en trois actes
Le cœur de l'entretien de Marc Dugain dans Le Monde réside dans une analyse chronologique de la perte de hauteur de la fonction présidentielle. L'écrivain ne se livre pas à un simple « tous pourris » : il décrit avec précision comment chaque président, à sa manière, a contribué à l'affaiblissement de l'institution.
Son angle d'attaque est celui du modèle gaullien originel. La Constitution de 1958, rappelle-t-il, a été conçue pour un homme capable de s'élever au-dessus des contingences partisanes. Le « rapport direct avec le peuple » passait par des outils aujourd'hui disparus : les voyages en province, les allocutions radiophoniques, les référendums. Cette capacité à être à la fois proche et distant, Dugain la résume ainsi : De Gaulle savait parler aux Français comme un père de la nation, mais il ne descendait jamais dans l'arène.
Nicolas Sarkozy : le coup de la « dégradation symbolique »
Dugain commence par Nicolas Sarkozy, et ce n'est pas un hasard. L'ancien président est celui qui, selon lui, a porté le premier coup, et peut-être le plus décisif. Le terme qu'il emploie est précis : « dégradé symboliquement ». Il ne s'agit pas seulement d'une question de style, même si le Fouquet's, le « bling-bling » et l'exposition de la vie privée en ont été les manifestations les plus visibles.
Ce que Dugain reproche à Sarkozy, c'est d'avoir rompu avec la figure de l'arbitre national. L'hyper-présidence sarkozyste a rendu le pouvoir trop visible, trop incarné, brisant le mystère nécessaire à l'autorité. En descendant dans l'arène, en commentant tout, en personnalisant à l'excès la fonction, il a abîmé la représentation même de ce que doit être un président.

Le résultat est une blessure narcissique infligée à l'institution. Après Sarkozy, il est devenu difficile de regarder un président de la République avec le même respect, la même distance. La fonction a été ramenée à la dimension d'un homme, avec ses faiblesses et ses excès. Cette brèche ne s'est jamais refermée.
François Hollande : la phrase ambiguë « il l'a finie » décryptée
Le passage consacré à François Hollande est plus ambigu. Les sources divergent sur le terme exact employé par Dugain : a-t-il dit que Hollande « a fini » la fonction présidentielle, ou qu'il « a poursuivi l'affaiblissement » ? La nuance est importante, mais le fond du message reste le même.
Pour Dugain, le mandat Hollande représente l'achèvement de l'effondrement de l'autorité présidentielle. Le présidentialisme sans la stature — les affaires personnelles, la publication du livre de Valérie Trierweiler, l'absence de cap clair — a enterré ce qui restait du « modèle ». L'écrivain ne fait pas de cadeau à la gauche : il voit Hollande comme le fossoyeur le plus efficace de la fonction, précisément parce qu'il en a occupé le poste sans en avoir la carrure.
Ce qui frappe dans l'analyse de Dugain, c'est qu'elle ne se limite pas à une critique partisane. Il ne dit pas que Hollande était un mauvais président de gauche, mais qu'il était un mauvais président tout court, au regard des exigences de la fonction.

Emmanuel Macron : la verticalité sans la hauteur gaullienne
Emmanuel Macron, dernier président en date, est celui qui a sans doute le plus promis de restaurer la fonction. « Jupiter », « verticalité », « hauteur de vue » — les mots d'ordre de son quinquennat semblaient répondre exactement à la critique de Dugain. Pourtant, l'écrivain est impitoyable : Macron n'a fait qu'accélérer la chute.
Pourquoi ? D'abord parce que la verticalité sans le rapport direct au peuple devient du mépris. Ensuite parce que les crises successives — Gilets jaunes, écologie, recours au 49.3 — ont renforcé l'image d'un pouvoir solitaire, déconnecté. La vidéo du jeune qui appelle le président « Manu » et se fait recadrer sèchement est, pour Dugain, l'illustration parfaite de ce qu'il décrit : l'absence d'humilité et de véritable connexion avec les Français.
Le paradoxe est cruel. Macron a voulu incarner la modernité et l'autorité à la fois, mais il n'a réussi ni l'une ni l'autre. Sa présidence, vue par Dugain, est celle d'une verticalité sans substance, d'une hauteur sans profondeur. Le résultat est une fonction encore plus affaiblie qu'à son arrivée.
Le mythe gaullien face à la fatigue démocratique des jeunes
La critique de Dugain repose sur un modèle idéal : celui de Charles de Gaulle. Mais ce modèle est-il un idéal inaccessible ou un fantasme ? La question mérite d'être posée, car elle conditionne la validité de toute sa démonstration.
De Gaulle, pour Dugain, c'est l'étalon or. Un homme qui savait parler directement au peuple, sans intermédiaire, par la radio et les voyages. Un chef qui incarnait la nation tout en restant distant. Mais ce modèle est-il transposable aujourd'hui ?

Le rapport direct au peuple : une Constitution sur mesure
Dugain cite longuement le général de Gaulle dans son entretien. Pour lui, la Constitution de 1958 a été pensée pour un homme exceptionnel, capable de s'élever au-dessus des contingences partisanes. Le « rapport direct avec le peuple » passait par des outils aujourd'hui disparus : les voyages en province, les allocutions radiophoniques, les référendums.
Ce qui fascine l'écrivain, c'est cette capacité à être à la fois proche et distant. De Gaulle savait parler aux Français comme un père de la nation, mais il ne descendait jamais dans l'arène. Il était présent sans être familier, autoritaire sans être autoritaire.
Aujourd'hui, ce modèle semble inaccessible. Les présidents sont constamment exposés, commentés, critiqués. Le mystère nécessaire à l'autorité n'existe plus. Mais Dugain ne dit pas qu'il faut revenir en arrière. Il dit qu'il faut retrouver l'essence de ce rapport, même sous une forme moderne.
La fatigue démocratique : le diagnostic des politologues
Les travaux d'Anne Muxel, politologue au CEVIPOF de Sciences Po, confirment le diagnostic de Dugain. Dans ses recherches sur le « désamour de la démocratie » chez les moins de 35 ans, disponibles sur le site du CEVIPOF, elle identifie une tendance lourde : le rejet des institutions traditionnelles, la montée du populisme, la fatigue démocratique.
Ce que Muxel décrit comme des symptômes, Dugain les identifie comme des causes. L'écrivain nomme la source du mal : la dégradation de la fonction présidentielle. Les jeunes ne se détournent pas de la démocratie par hasard ou par paresse. Ils se détournent parce que l'offre politique ne correspond plus à leurs attentes, parce que les promesses ne sont pas tenues, parce que l'autorité n'est plus crédible.
Le lien est direct entre la critique de Dugain et les données de Muxel. L'une donne le cadre d'analyse, l'autre livre le récit. Et ce récit, c'est celui d'une génération qui a perdu confiance dans ses institutions.
Pourquoi ce réquisitoire touche les 16-25 ans en plein cœur
L'impact de l'entretien de Marc Dugain ne se mesure pas seulement dans les cercles intellectuels. Il résonne directement auprès des jeunes, cette génération qui a massivement déserté les urnes. Car ce que décrit l'écrivain, c'est précisément ce qu'ils vivent au quotidien.
La perte de crédibilité de la fonction présidentielle n'est pas un débat d'intellectuels. C'est un vécu générationnel. Les jeunes n'ont jamais connu un président qui incarne véritablement l'autorité et la hauteur. Ils ont grandi avec Sarkozy le « bling-bling », Hollande le « président normal » et Macron le « Jupiter » déconnecté. Leur expérience de la fonction présidentielle est celle d'une dégradation continue.

« On s'est planté sur les promesses » : le sentiment de trahison
Les chiffres sont accablants. 84 % des jeunes ne sont pas optimistes quant à l'avenir. 67 % estiment que les candidats ne s'intéressent pas à leur avenir. Ces données ne sont pas abstraites : elles reflètent un sentiment de trahison profond.
Le climat, la précarité, le logement — sur tous les sujets qui concernent directement les jeunes, les promesses électorales se sont succédé sans résultats tangibles. La fonction présidentielle est perçue comme un théâtre où l'on promet tout et où l'on ne tient rien. Leur « rentrée » politique, c'est l'abstention.
Dugain leur offre une voix en nommant précisément la source du problème. Ce n'est pas la démocratie qui est en cause, c'est la manière dont elle est pratiquée. Ce n'est pas la fonction présidentielle qui est obsolète, ce sont ceux qui l'occupent qui l'ont abîmée.
Le paradoxe : rejeter l'autorité impuissante, rêver d'un leader qui tient ses promesses
Une enquête de La Croix révèle un paradoxe troublant : certains jeunes, tout en rejetant les institutions démocratiques, se tournent vers des modèles de pouvoir autoritaires. Ce n'est pas une contradiction avec le diagnostic de Dugain.
Ce qu'ils rejettent, c'est la fausse autorité, celle qui utilise les codes de la verticalité (Macron) sans en avoir la légitimité ni les résultats. Ce qu'ils aspirent à trouver, c'est une autorité réelle et incarnée, pas simplement décorative. La critique de Dugain sur la « prospective » et la « hauteur » rejoint donc une aspiration profonde à un leadership authentique.
Le paradoxe n'est qu'apparent. Les jeunes ne veulent pas moins de démocratie, ils veulent une démocratie qui fonctionne. Ils ne rejettent pas l'autorité, ils rejettent l'impuissance.
L'abstention comme vote : les jeunes premières victimes de l'Élysée banalisé
Le désintérêt des jeunes n'est pas une faiblesse de leur part. C'est une conséquence directe de la « dégradation » que décrit Dugain. Si la fonction n'est plus respectable, pourquoi se déplacer ? Si les promesses ne sont jamais tenues, pourquoi voter ?
Le lien de cause à effet est clair : la chute institutionnelle nourrit l'abstention. Les jeunes ne sont pas apathiques, ils sont lucides. Ils ont compris que le système ne fonctionnait plus pour eux, et ils ont choisi de ne pas y participer.
Cette abstention n'est pas un rejet de la démocratie. C'est un vote en creux, un signal envoyé à la classe politique. Et ce signal, Dugain le traduit en mots : vous avez cassé le jouet, maintenant réparez-le.
Le silence du camp présidentiel face à la critique
Une question se pose naturellement : Marc Dugain est-il isolé dans sa critique ? La réponse est complexe. D'un côté, très peu de voix se sont élevées pour le contredire. De l'autre, son analyse rejoint des préoccupations partagées bien au-delà des cercles littéraires.
Le silence du camp présidentiel est particulièrement frappant. Ni l'Élysée, ni les proches d'Emmanuel Macron n'ont publiquement répondu aux accusations de l'écrivain. Ce mutisme est révélateur : il montre que la critique de Dugain touche juste, et qu'il est difficile d'y répondre sans entrer sur son terrain.
L'Élysée fait le mort : pourquoi le pouvoir ne peut pas répondre
Le piège rhétorique est bien connu. Si un conseiller de l'Élysée répond à Dugain, il reconnaît que la critique mérite une réponse, ce qui place le débat sur le terrain de l'écrivain. S'il ne répond pas, il donne l'impression de mépriser l'opinion, confirmant le diagnostic de « verticalité brisée ».
Le silence est donc la seule option viable, mais c'est aussi la plus dangereuse. Car en ne répondant pas, le pouvoir confirme qu'il n'a pas d'argument à opposer à la critique. Il admet, par son mutisme, que la fonction est effectivement affaiblie.
Ce silence est d'autant plus assourdissant que Dugain n'est pas un opposant politique. C'est un romancier, un intellectuel. Si même lui parvient à ébranler l'institution sans réponse, c'est que la crise est profonde.
Qui défend encore la sacralité de la fonction ?
Très peu de voix se sont élevées pour défendre l'état actuel de la fonction présidentielle. Les constitutionnalistes, comme Jean-Philippe Derosier, préfèrent se concentrer sur les réformes institutionnelles plutôt que sur la défense du statu quo. Les anciens présidents, comme Nicolas Sarkozy ou François Hollande, sont directement visés par la critique et ne peuvent donc pas répondre.
Le débat sur la VIe République, porté par Jean-Luc Mélenchon et une partie de la gauche, rejoint même Dugain sur le constat, sinon sur la solution. L'écrivain n'est donc pas isolé dans la critique. Il est simplement le plus tranchant, le plus précis.
Ce qui manque, c'est une défense argumentée de la fonction telle qu'elle est pratiquée aujourd'hui. Personne ne vient dire que Sarkozy, Hollande et Macron ont bien fait, que la fonction s'est enrichie de leur passage. Ce vide est peut-être le plus grand signe de la crise que décrit Dugain.
2027 : peut-on réparer la fonction présidentielle ?
L'entretien de Marc Dugain n'est pas seulement un constat amer. Il ouvre aussi une question pratique : comment le prochain président pourra-t-il gouverner sans réincarner la fonction ? La présidentielle de 2027, qui se profile à l'horizon, sera un test décisif.
L'écrivain ne donne pas de recette miracle. Il pose simplement le dilemme : si la fonction continue de se dégrader, c'est toute la Ve République qui vacille. Le prochain mandat devra choisir entre la réincarnation du modèle gaullien et l'ouverture vers une VIe République.
Le spectre de l'élection : un président gagnant, une jeunesse perdante
Les leçons des dernières présidentielles sont claires : l'électorat le plus mobilisé est celui des plus de 65 ans. Si 2027 voit une élection gagnée par les seniors, avec une abstention massive des moins de 30 ans, alors la démonstration de Dugain sera certifiée par les urnes.
La victoire politique se paiera d'une crise de légitimité immédiate. Un président élu par une minorité, sans le soutien des jeunes, ne pourra pas incarner la nation. Il sera, dès le départ, un président affaibli, prisonnier du cycle que Dugain décrit.
Le spectre de cette élection est donc celui d'un référendum sur la survie de la Ve République elle-même. Si les jeunes continuent de s'abstenir massivement, le système perdra toute légitimité. La question n'est plus de savoir si la fonction peut être réparée, mais si elle le sera avant qu'il ne soit trop tard.
Leçons pour le prochain locataire : l'humilité et la prospective
Dugain ne conclut pas sur une révolution, mais sur un retour aux fondamentaux. Le prochain président devra retrouver le « rapport direct avec le peuple » et la « prospective » — cette capacité à penser l'avenir sans se laisser enfermer dans le court terme.
L'humilité sera la clé. Non pas l'humilité de façade, mais une véritable capacité à écouter, à comprendre, à incarner sans écraser. Le prochain locataire de l'Élysée devra avoir la force de ne pas ressembler aux trois derniers.
L'écrivain n'attend pas un nouveau De Gaulle. Il attend quelqu'un qui aura compris que la fonction n'est pas un dû, mais une responsabilité. Quelqu'un qui saura redonner du sens à une institution qui en a perdu.
Conclusion : la balle dans le camp des électeurs
La conclusion de Dugain est ouverte. Le prochain mandat devra incarner ou laisser place à la VIe République. Il n'y a pas de troisième voie. La balle est dans le camp des électeurs, et surtout des jeunes, qui devront choisir entre l'abstention et l'engagement.
Car si la fonction présidentielle est malade, c'est peut-être parce que nous, citoyens, avons cessé de croire en elle. Le diagnostic de Marc Dugain est sévère, mais il a le mérite de la clarté : les trois derniers présidents ont porté un coup à l'institution, et il faudra bien plus qu'un simple changement de visage pour la réparer.
L'écrivain ne promet pas de solution magique. Il rappelle simplement que la démocratie est un effort collectif, et que la fonction présidentielle n'est rien sans la confiance de ceux qu'elle est censée servir. Aux jeunes de décider s'ils veulent encore y croire.