Dans le quartier de la Croix-Rousse, une initiative pionnière tente de répondre à une réalité souvent ignorée : l'isolement des personnes LGBT+ vieillissantes. La Maison de la diversité, inaugurée le 9 octobre 2025 après une ouverture d'abord annoncée pour fin 2024, propose un habitat participatif et inclusif. Ce modèle est-il reproductible ailleurs en France ?

Un habitat participatif né d'un constat de terrain
Stéphane Sauvé, fondateur de l'association Les Audacieuses et les Audacieux, a conçu ce projet après avoir dirigé un Ehpad. Son constat : de nombreux résidents LGBT+ devaient dissimuler leur orientation sexuelle ou leur identité de genre, subissant un "retour au placard" qui exacerbait leur isolement.
Le bâtiment, géré par Croix-Rouge Habitat, occupe un immeuble de cinq étages. Il abrite quinze cohabitants dans des appartements individuels, avec un jardin, des espaces communs et des coursives conçues pour encourager les interactions. Quatorze logements sont réservés aux personnes de plus de 55 ans et le quinzième à une personne plus jeune, pour créer du lien intergénérationnel - quinze unités au total, selon la Métropole de Lyon. La présentation initiale du projet était différente : la presse locale parlait alors de seize appartements - sept logements sociaux et neuf à loyer intermédiaire - auxquels s'ajoutait un studio étudiant. Cette répartition n'a pas été reprise à l'identique à l'inauguration.
Les quinze cohabitants ont passé deux ans à élaborer une charte définissant leurs valeurs communes, leurs engagements et leurs activités. Des groupes de parole animés par une psychologue et une formation du personnel à la communication non violente renforcent ce tissu social.
Un montage financier complexe
Selon France 3 Régions, le projet mobilise un investissement de 3 millions d'euros. La Ville de Lyon a voté à l'unanimité le bail à construction de 65 ans et la Métropole de Lyon a accordé le label "habitat inclusif", créé par la loi Elan de 2018. Dans la métropole lyonnaise, ce label ouvre droit à un versement annuel de 3 000 à 10 000 euros par résident pour financer un poste d'animateur. Le projet bénéficie par ailleurs de financements au titre de l'aide à la vie partagée (AVP) pour rester une ressource pour le quartier au-delà de ses quinze habitants.
Mais l'attribution des logements repose sur un principe atypique : seuls les adhérents de l'association peuvent y accéder. Cette disposition déroge aux règles générales d'attribution des HLM, qui interdisent toute discrimination, même positive. Pour Stéphane Sauvé, il s'agit d'une "innovation". Reste que cette exception soulève des questions sur la reproductibilité du modèle.
Des chiffres difficiles à vérifier
Selon les chiffres avancés par les porteurs du projet et repris par la Métropole de Lyon, plus d'un million de seniors LGBTI+ vivent en France ; 65 % vivent seuls et 90 % n'ont pas d'enfant. La Métropole évoque aussi un taux de suicide "deux à sept fois plus élevé" que chez les seniors hétérosexuels - une fourchette si large qu'elle vaut comme argument militant, pas comme mesure. Ces données, invoquées pour justifier le projet, ne sont pas vérifiables indépendamment.
L'autre voie : l'inclusion dans les établissements existants
Si la Maison de la diversité incarne une approche dédiée, une alternative existe : intégrer les enjeux LGBT+ dans les établissements existants. L'association Grey Pride, fondée par Francis Carrier, propose aux Ehpad de former leurs équipes à ces enjeux. À ce jour, seuls deux établissements ont suivi cette formation.
Le Défenseur des droits a également publié un rapport appelant à prévenir les discriminations dans les parcours de soins, en tenant compte des seniors LGBT+.
Vers une généralisation ?
L'association Les Audacieuses et les Audacieux ambitionne de reproduire ce modèle dans 10 villes en 10 ans. Elle dit travailler sur des projets à Nantes, Paris, Marseille, Nice, Montreuil et Romainville ; tous restent au stade préliminaire, sans site ni financement arrêtés.

La reproduction du modèle se heurte à la complexité du financement et des autorisations. Le projet lyonnais repose sur une combinaison rare de subventions, de partenariats avec des bailleurs sociaux et d'aménagements réglementaires. L'exporter ailleurs exigerait des ajustements administratifs et budgétaires considérables.
Un équilibre fragile
La Maison de la diversité apporte une réponse concrète à l'isolement des seniors LGBT+, mais son statut de "premier" projet du genre en France incite à la voir davantage comme un laboratoire que comme un modèle généralisé. Ses effets réels sur la vie des résidents restent à évaluer.