Vue plongeante sur le captage d'eau potable de Fraise-Bois Boulard à Vérines, en Charente-Maritime : un puits cylindrique profond contenant un liquide vert et une grande conduite métallique descendante.
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Eau potable en France : qui paie le coût des réseaux dégradés

Réseaux vieillissants, fuites et sécheresses exposent des communes à des ruptures d'eau potable, tandis que le déficit d'investissement atteint 4,2 milliards par an : état des lieux et pistes de financement sans surcharger les ménages.

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Le rapport parlementaire déconstruit le mythe de l'eau abondante

Contrairement à certaines affirmations officielles, la France traverserait une dégradation de son accès à l'eau potable, selon ce qu'indique un rapport parlementaire. Ce constat figure dans le rapport d'information n° 2687, soumis le 15 avril 2026 et publié début mai de la même année, qui énonce : " contrairement à une idée reçue, que l'on trouve parfois dans des discours officiels, la France est bien confrontée à des problèmes croissants d'accès à l'eau potable".

Vue plongeante sur le captage d'eau potable de Fraise-Bois Boulard à Vérines, en Charente-Maritime : un puits cylindrique profond contenant un liquide vert et une grande conduite métallique descendante.
Vue plongeante sur le captage d'eau potable de Fraise-Bois Boulard à Vérines, en Charente-Maritime : un puits cylindrique profond contenant un liquide vert et une grande conduite métallique descendante. - (source)

Les députés Jean-Michel Brard (Horizons) et Gabriel Amard (LFI) ont rédigé ce document sur la transposition de la directive européenne 2020. Ils dénoncent : " La politique de l'eau en France repose aujourd'hui sur les communes et leurs groupements, mais sans que l'État n'assume les responsabilités qu'il leur transfère ".

Jean-Michel Brard rappelle : " Aujourd'hui, la réalité nous rattrape : pollutions, pénuries, sécheresses, inondations, conflits d'usage... L'eau n'est plus une certitude, mais un enjeu vital, sanitaire, économique et géopolitique " et " Sans action forte, ce sont des millions de citoyens et de nombreuses communes qui en paieront le prix ".

Le rapport formule 42 propositions pour lutter contre les polluants éternels (PFAS) et revoir le financement de l'eau. Il oblige les communes à réaliser un diagnostic territorial des populations dépourvues d'accès suffisant. Cette révision du financement s'inscrit dans un débat public plus large sur la pression sur la ressource, comme le montre la manif de Rennes sur l'eau et le lobbying agricole.

La transposition de la directive européenne du 16 décembre 2020 s'est faite via une ordonnance du 22 décembre 2022, hors de tout débat parlementaire. Il en résulte que les communes se voient attribuer de nouvelles missions sans que ne soit garanti l'accompagnement technique et financier indispensable à leur réalisation.

L'étude modère son cri d'alarme en faisant valoir que les personnes déjà reliées au réseau conservent une situation majoritairement acceptable. Pourtant, la desserte n'atteint pas l'universalité et pourrait se retrouver menacée dans les années à venir.

Les territoires exposés aux ruptures

La sécheresse de 2022 a révélé des ruptures de service. Sept communes ont interrompu la distribution. L'une a distribué une eau non conforme. 1 052 communes ont pris des mesures dérogatoires et 1 093 étaient proches de la rupture. 222 collectivités ont eu des problèmes de qualité liés à la hausse des températures.

Carte de France de l'article "Sécheresse : un risque de coupures dans des agglomérations... Va-t-on manquer d'eau potable en septembre ?" (20 Minutes) montrant les régions colorées en jaune, orange et rouge selon un statut hydrique.
Carte de France de l'article « Sécheresse : un risque de coupures dans des agglomérations… Va-t-on manquer d'eau potable en septembre ? » (20 Minutes) montrant les régions colorées en jaune, orange et rouge selon un statut hydrique. - (source)

Les réseaux vieillissent. Le taux de renouvellement était de 0,78 % en 2022, soit plus de 150 ans pour tout renouveler. 20 % des volumes distribués sont perdus en fuites.

L'outre-mer concentre des ruptures structurelles durables. Environ un tiers des habitants de Mayotte n'a pas d'eau courante. Un quart de la population en Guadeloupe n'a pas d'accès quotidien (2021). 15 % en Guyane n'ont pas accès à l'eau potable.

Ces ruptures s'inscrivent dans une pression continue sur la ressource. Les restrictions d'eau dans 98 départements sous surveillance sécheresse en juillet 2026 montrent que la tension ne se relâche pas.

Le coût du retard d'investissement

Le déficit annuel d'investissement des réseaux d'eau et d'assainissement est passé de 3 milliards d'euros en 2017 à 4,2 milliards par an en 2022.

Infographie d'aquagir intitulée "Les futurs de l'eau en France : un défi pour tous les territoires" montrant trois cartes de France projetant l'aggravation de la situation hydrique de 2020 à 2050 selon les scénarios tendanciel, politiques publiques et rupture.
Infographie d'aquagir intitulée « Les futurs de l'eau en France : un défi pour tous les territoires » montrant trois cartes de France projetant l'aggravation de la situation hydrique de 2020 à 2050 selon les scénarios tendanciel, politiques publiques et rupture. - (source)

Les ressources publiques se contractent. Selon une étude de l'UIE citée par le Sénat, les aides des agences de l'eau représentaient 1,9 milliard d'euros en 2016, en hausse de 10 % par rapport à 2008. Elles profitent davantage au grand cycle qu'au petit cycle. Les fonds de réserve d'eau des collectivités sont passés de 3,4 milliards d'euros avant Covid à 1 milliard en 2023.

Des services performants prouvent qu'un plan anti-fuites réduit les pertes, mais exige des investissements soutenus. Le SEDIF a un rendement de 90 % et renouvelle 1,15 % par an sur 8 000 km. Dunkerque affiche un rendement de 93 % et 1 % par an sur 1 600 km.

Financer la remise à niveau sans surcharger les ménages

Financée par une taxe sur l'eau vendue sur l'ensemble du territoire français, la dotation d'investissement " eau potable et solidarité " est instituée par la recommandation 42 formulée dans le rapport.

L'organisme Intercommunalités de France promeut la consolidation des prestations liées à l'eau au niveau intercommunal. En misant sur ce système, on fédère le savoir-faire technique et les capacités de financement, ce qui offre une meilleure protection face aux interruptions de service.

Le poids repose aujourd'hui sur les collectivités, qui manquent de moyens. Le déficit de 4,2 milliards par an montre l'ampleur du besoin. La dotation financée par taxe et la mutualisation ouvrent une voie de financement sans transfert de charge sur les usagers précaires.

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Questions fréquentes

Qui paie le coût des réseaux d'eau dégradés ?

Les collectivités locales supportent principalement le coût, sans aide suffisante de l'État. Le rapport propose une dotation financée par une taxe sur l'eau pour éviter de surcharger les usagers précaires.

Quel est le taux de renouvellement des réseaux ?

Le taux de renouvellement était de 0,78 % en 2022. Cela représente plus de 150 ans pour renouveler l'ensemble des réseaux.

Quelle part de Mayotte n'a pas d'eau courante ?

Environ un tiers des habitants de Mayotte n'a pas d'eau courante. En Guadeloupe, un quart de la population n'y a pas accès quotidiennement (2021).

Quelle dotation finance les réseaux d'eau dégradés ?

La dotation d'investissement « eau potable et solidarité » est instituée par la recommandation 42 du rapport. Elle est financée par une taxe sur l'eau vendue sur l'ensemble du territoire français.

Sources

  1. Rapport d'information en conclusion des travaux d’une mission d’information sur les conséquences pour les collectivités territoriales de la transposition et de la mise en œuvre de la directive européenne du 16 décembre 2020 relative à la qualité des eaux destinées à la consommation humaine (M. Gabriel Amard et M. Jean-Michel Brard), n° 2687 · assemblee-nationale.fr
  2. RINFANR5L17B2687 · assemblee-nationale.fr
  3. Sécheresse : Aggravation de la situation hydrologique · gard.gouv.fr
  4. manche.gouv.fr · manche.gouv.fr
  5. Pour une politique de l'eau ambitieuse, responsable et durable - Sénat · senat.fr
green-pulse
Maxime Delbot @green-pulse

Ingénieur environnement à Grenoble et militant écolo discret, je suis l'actualité climatique et les transitions au quotidien. Je teste tout : vélo, compost, sobriété numérique. Je préfère les solutions concrètes aux grands discours catastrophistes.

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