Mai 2026. Le soleil se lève sur Hiroshima, ville reconstruite sur les cendres d'une catastrophe nucléaire, symbole universel de paix et de résilience. C'est dans ce lieu chargé d'histoire que se tient la 48e Réunion Consultative du Traité sur l'Antarctique (ATCM48), du 11 au 21 mai. Plus de 400 participants de 44 pays se réunissent au Hiroshima International Conference Centre pour discuter de l'avenir du continent blanc. Mais derrière les discours protocolaires, une guerre souterraine fait rage. Selon une enquête d'ABC News Australia confirmée par plusieurs sources diplomatiques, les délégués américains ont activement fait pression pour que l'expression « changement climatique » soit systématiquement remplacée par « changements environnementaux spécifiques » dans le rapport final de la conférence. Un tollé international s'ensuit, mené par la France qui dénonce un « développement inquiétant ». La violence symbolique de cette censure sémantique, perpétrée dans la ville même qui a connu l'horreur atomique, crée un contraste saisissant : à Hiroshima, on tente d'enterrer le mot qui décrit la prochaine catastrophe globale.

Hiroshima sous tension : le jour où l'Amérique a voulu effacer le climat
L'atmosphère dans les couloirs du centre de conférences d'Hiroshima était électrique. Les délégations arrivaient avec leurs dossiers préparés depuis des mois, mais personne n'avait anticipé un tel coup de force sémantique. Les diplomates américains, selon les témoignages recueillis par ABC News Australia, ont abordé chaque session de travail avec une détermination inébranlable : le terme « climate change » devait disparaître des documents officiels. Ce n'était pas une suggestion, mais une exigence.
Les coulisses de la négociation : pression et menaces voilées
Les fuites obtenues par les médias australiens révèlent une méthode bien rodée. Les délégués américains ne se sont pas contentés de proposer un changement de vocabulaire lors d'une séance plénière. Ils ont multiplié les réunions bilatérales, les appels téléphoniques, les pressions discrètes sur les délégations les plus vulnérables. Chaque pays devait comprendre que bloquer la position américaine aurait un coût diplomatique. La tactique était simple : isoler les opposants en les épuisant par des heures de débats sur des détails sémantiques.
Le site du ministère japonais des Affaires étrangères confirme que l'ATCM48 était la plus grande réunion jamais organisée sur l'Antarctique, avec 44 pays représentés. Mais cette taille a aussi rendu le consensus plus difficile à obtenir. Les diplomates présents décrivent des séances qui s'éternisaient jusqu'à minuit, chaque mot du rapport final étant passé au crible.
Le choc des délégations : stupéfaction et colère contenue
Plusieurs sources diplomatiques décrivent la réaction des autres délégations comme un mélange de stupéfaction et de colère. Les pays européens, en particulier la France, n'avaient pas anticipé une offensive aussi frontale. Les diplomates français, pourtant habitués aux négociations difficiles avec Washington, ont été pris de court par l'agressivité de la demande américaine. Dans les couloirs, des conversations tendues s'engageaient entre délégués qui cherchaient à comprendre les motivations réelles de cette censure.

Un diplomate européen, cité par StreamlineFeed, a confié que les États-Unis semblaient « déterminés à imposer leur vocabulaire, coûte que coûte ». La question qui revenait sans cesse était simple : pourquoi Hiroshima ? Pourquoi ce lieu, ce moment, ce rapport ? La réponse, pour beaucoup, tenait en un mot : symbole. Hiroshima représente la résilience après la destruction. Y censurer le mot « climat », c'était envoyer un message au monde entier.
« Changement climatique » banni, « changements environnementaux spécifiques » imposé
Le mécanisme de cette censure est désormais connu dans ses moindres détails. Les diplomates américains présents à Hiroshima ont justifié leur demande par une volonté de « précision scientifique ». Selon eux, il serait plus rigoureux de parler de phénomènes particuliers — la fonte accélérée d'un glacier spécifique, la modification d'un courant marin local — plutôt que d'évoquer un réchauffement global dont les contours seraient trop vastes. En apparence, l'argument semble technique, presque anodin. Mais derrière cette rhétorique du « spécifique » se cache une technique bien rodée de dilution du consensus scientifique.

La méthode de l'atomisation sémantique
Le piège est redoutable : en noyant la cause globale dans une liste de conséquences locales, on rend invisible le moteur commun de ces phénomènes. Un glacier fond à tel endroit ? C'est un « changement environnemental spécifique ». Un autre fond à 15 000 kilomètres de là ? C'est un autre « changement spécifique ». Jamais on ne relie les deux événements à leur cause commune : le réchauffement climatique d'origine humaine. La méthode consiste à atomiser la réalité en une mosaïque de faits isolés, privant ainsi la communauté scientifique et les décideurs politiques du langage nécessaire pour nommer et combattre la menace dans sa globalité.
Les fuites obtenues par ABC News prouvent que la demande américaine a été formulée avec insistance, répétée à plusieurs reprises au fil des sessions de travail, et maintenue malgré les objections croissantes des autres délégations. Une source au sein du secrétariat du traité a confié que les échanges avaient été « les plus tendus de l'histoire de l'ATCM ».
Un argument technique qui cache une stratégie politique
L'argument de la « précision scientifique » avancé par les diplomates américains est un classique des techniques de manipulation des négociations internationales. En apparence irréprochable — qui peut être contre la précision ? — il permet de déplacer le débat sur un terrain technique où les non-spécialistes peinent à s'opposer. Pourtant, les scientifiques présents à Hiroshima ont dénoncé cette manœuvre. Le consensus scientifique mondial, incarné par le GIEC, est clair : le réchauffement climatique d'origine humaine est un phénomène global, mesurable, documenté.

Le remplacer par une série de constats locaux, c'est nier la dimension systémique de la crise. La délégation française a été la première à comprendre le piège et à le dénoncer publiquement. Selon le rapport de l'IRIS France, cette tactique s'inscrit dans une stratégie plus large de l'administration Trump visant à « démanteler le langage climatique dans toutes les enceintes internationales ».
Dans le huis clos de l'ATCM48 : le veto qui tue le consensus
Pour comprendre la gravité de l'incident, il faut saisir le fonctionnement du Traité sur l'Antarctique. Depuis son entrée en vigueur en 1961, ce traité fondateur fonctionne sur le principe du consensus. Pas de vote à la majorité, pas de décision imposée par les poids lourds diplomatiques. Chacun des 58 pays parties prenantes dispose d'un droit de veto de fait : un seul État peut bloquer une décision, même si tous les autres sont d'accord. Ce mécanisme, conçu pour garantir la coopération et éviter les rapports de force, a permis pendant des décennies de préserver l'Antarctique comme un continent dédié à la paix et à la science.

L'instrumentalisation du consensus comme arme de censure
L'action américaine à l'ATCM48 est perçue par les diplomates présents comme une rupture brutale de cet esprit de coopération. En bloquant l'utilisation du terme « changement climatique », les États-Unis ne se contentent pas de défendre une position politique : ils instrumentalisent la règle du consensus pour imposer leur propre vocabulaire à l'ensemble des nations. Hiroshima, ville qui a connu la destruction massive, devient le théâtre d'une forme plus subtile de violence : la censure scientifique déguisée en querelle de mots.
Le paradoxe est vertigineux : dans la même enceinte où l'on célèbre la paix et la coopération internationale, on tente d'enterrer sous des arguties sémantiques le concept qui permet de comprendre la prochaine menace existentielle pour l'humanité. Les données du ministère japonais montrent que l'ATCM se tient chaque année depuis 1961, mais jamais un tel incident n'avait été rapporté.
Le précédent qui inquiète les défenseurs de l'environnement
Le WWF, présent à Hiroshima, a tiré la sonnette d'alarme. Dans un communiqué publié à l'issue de la conférence, l'organisation constate que « la prise de décision sous le Traité sur l'Antarctique n'arrive pas à suivre le rythme rapide du changement climatique ». Traduction : le mécanisme diplomatique, conçu à une époque où le climat ne faisait pas débat, est devenu trop lent, trop fragile, trop vulnérable aux vetos d'un seul pays pour faire face à l'urgence actuelle.

Si un seul État peut bloquer l'utilisation d'un terme scientifique dans un rapport officiel, que reste-t-il de la crédibilité des décisions collectives ? Rod Downie, responsable polaire au WWF, a déclaré que « l'échec à protéger le manchot empereur est un signal d'alarme pour l'ensemble du système de gouvernance de l'Antarctique ».
« Un précédent dangereux » : pourquoi la France a dit non à Washington
La réaction française ne s'est pas fait attendre. Alors que les négociations s'enlisaient dans les couloirs du centre de conférences d'Hiroshima, la délégation française a pris la parole pour dénoncer publiquement la manœuvre américaine. Ce n'est pas un simple accroc diplomatique entre alliés historiques : c'est une fracture ouverte au sein du monde occidental sur la question climatique. La France, pourtant connue pour sa diplomatie prudente, n'a pas hésité à affronter Washington sur ce sujet brûlant. Le calcul politique est clair : l'Antarctique est un bien commun mondial, trop symbolique pour être abandonné à la censure.
La formule choc de la délégation française : un « développement inquiétant »
Les mots exacts prononcés par les diplomates français ont été rapportés par ABC News Australia et confirmés par plusieurs sources présentes dans la salle. La France a qualifié la position américaine de « développement inquiétant » qui risque de « saper la crédibilité de la science ». L'effet a été immédiat : un silence s'est abattu sur la salle, suivi de murmures stupéfaits. Les autres délégations ne s'attendaient pas à une opposition aussi frontale de la part des États-Unis sur ce point précis.
Selon les témoignages recueillis par les médias, la délégation française a « tracé une ligne rouge » et averti que cette censure sémantique menaçait directement la crédibilité des travaux scientifiques validés par les pairs. Un post Instagram de Courrier International a largement relayé cette prise de position, la qualifiant de « moment historique dans les relations franco-américaines ».
Du G7 à l'Antarctique : le revirement tactique de Paris
Ce qui rend cette prise de position encore plus frappante, c'est le contexte diplomatique plus large. Quelques semaines plus tôt, en avril 2026, la France avait délibérément choisi d'éviter le sujet climatique lors du G7 Environnement à Paris. Selon France24, la ministre de l'Écologie Monique Barbut avait retiré le changement climatique de l'ordre du jour pour éviter une confrontation directe avec les États-Unis.
Pourquoi ce revirement soudain ? Parce que l'Antarctique n'est pas une simple réunion technique de plus. C'est le continent qui concentre les enjeux climatiques les plus extrêmes, le laboratoire à ciel ouvert du réchauffement global. Y censurer le mot « climat », c'est porter atteinte à la crédibilité même de la science internationale. La France a estimé que la ligne rouge était franchie.

Au-delà de la sémantique : deux visions du monde s'affrontent
Ce qui oppose Paris et Washington dans ce dossier dépasse largement une simple querelle de mots. D'un côté, la vision française, partagée par l'Union européenne, défend une science universelle qui doit pouvoir nommer les choses sans entrave politique. Pour cette école de pensée, le langage scientifique n'est pas négociable : si le consensus international dit « changement climatique », les rapports officiels doivent utiliser ce terme, point final. La vérité scientifique prime sur les considérations politiques.
De l'autre côté, la vision américaine sous l'administration Trump considère que le terme « changement climatique » est devenu un marqueur politique toxique sur la scène intérieure. L'employer dans un rapport officiel, c'est s'exposer à des attaques politiques, c'est donner des armes à l'opposition, c'est fragiliser l'exécutif. Mieux vaut donc l'éviter, le contourner, le remplacer par des formulations plus neutres. Cette tension entre vérité scientifique et pragmatisme politique est au cœur du conflit.
Du G7 à l'Antarctique : le manuel de l'effacement climatique version Trump
L'incident de l'Antarctique n'est pas un coup de sang isolé de diplomates zélés. Il s'inscrit dans une stratégie de communication globale, méthodique et répétée, que l'administration Trump déploie dans toutes les enceintes internationales. Pour comprendre cette méthode, il faut remonter quelques semaines en arrière et observer les deux précédents G7 de l'année 2026. Le parallèle est frappant : à chaque fois, les diplomates américains ont appliqué la même tactique, avec une constance qui ne doit rien au hasard.
Avril 2026 : la France retire le climat de l'ordre du jour du G7 Environnement par anticipation
Le 23 avril 2026, France24 révélait un épisode pour le moins surprenant. La ministre française de l'Écologie, Monique Barbut, avait délibérément omis le changement climatique de l'ordre du jour du G7 Environnement qui se tenait à Paris. Sa justification officielle : la réunion devait se concentrer sur des « sujets moins conflictuels ». Traduction : la France savait que les États-Unis bloqueraient toute mention du climat dans le communiqué final, et elle a préféré éviter l'affrontement en amont plutôt que de subir une défaite en public.
Cet épisode révèle un phénomène plus large : le « soft power » de la censure américaine est si efficace qu'il force ses alliés à s'autocensurer par anticipation, avant même que la pression ne soit exercée. C'est ce qu'on appelle en droit et en sciences politiques l'effet de « chilling » — un effet dissuasif qui paralyse les acteurs avant même qu'ils n'agissent. La France, pourtant l'un des pays les plus engagés sur le climat, a préféré taire le sujet plutôt que de risquer une confrontation avec Washington. L'incident de l'Antarctique, quelques semaines plus tard, montre que cette stratégie d'évitement a ses limites : il arrive un moment où le silence n'est plus une option.

Mai 2026 : au G7 Finance, le climat devient « Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom »
Le 20 mai 2026, en plein milieu de l'ATCM48 à Hiroshima, Le Monde publiait un article qui faisait mouche. Au G7 Finance qui se tenait à Paris, les États-Unis avaient insisté pour que le terme « changement climatique » n'apparaisse pas dans le communiqué conjoint. Le document final mentionnait les « événements météorologiques extrêmes » et leurs conséquences économiques, mais pas une seule fois le mot « climat » n'y figurait.
Le journaliste du Monde, dans un trait de génie journalistique, comparait cette situation à « Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom » — Voldemort, le grand méchant de Harry Potter. La métaphore est parfaite pour capter l'attention des jeunes lecteurs et faire comprendre l'absurdité de la situation. Dans les réunions internationales les plus sérieuses, les diplomates américains se comportent comme des sorciers superstitieux refusant de prononcer le nom de la menace. Le communiqué du G7 Finance décrit les symptômes — tempêtes, inondations, sécheresses — mais cache la cause, rendant toute politique de prévention structurellement impossible.
La tactique du « mot fantôme » : comment effacer un concept des textes officiels sans le dire
La méthode employée par les diplomates américains mérite d'être décortiquée, car elle constitue une véritable guerre de l'information silencieuse. Contrairement à un déni frontal du changement climatique — trop visible, trop facilement contestable — cette tactique repose sur une guerre d'usure sur le vocabulaire. Le principe est simple : on ne nie pas le réchauffement, on le noie dans une avalanche de termes techniques vagues.
Concrètement, le « mot fantôme » fonctionne en trois étapes. D'abord, on propose un terme alternatif plus vague — « changements environnementaux spécifiques » au lieu de « changement climatique ». Ensuite, on argumente que ce terme alternatif est « plus précis » ou « plus scientifique ». Enfin, on use de son poids diplomatique pour imposer ce nouveau vocabulaire dans les textes officiels. L'objectif final est de faire mourir le concept sous les détails anecdotiques. Le changement climatique devient invisible non pas parce qu'on le nie, mais parce qu'on le dilue dans une liste interminable de phénomènes locaux déconnectés les uns des autres.
Manchots et glaciers : ce que la censure cherche à cacher aux jeunes générations
Pendant que les diplomates se battent pour savoir s'il faut dire « climat » ou « environnement », la réalité physique de l'Antarctique continue de se dégrader à un rythme alarmant. Cette dispute sémantique n'est pas un jeu d'érudits : elle a des conséquences concrètes, immédiates, sur la protection des espèces et des écosystèmes. Pour les jeunes générations qui hériteront de cette planète, l'enjeu est vital : ce qui ne peut pas être nommé ne peut pas être protégé.
Le manchot empereur sacrifié sur l'autel de la diplomatie
L'un des échecs les plus cuisants de l'ATCM48 concerne le manchot empereur. Selon le communiqué de presse du WWF publié à l'issue de la conférence, les parties n'ont pas réussi à trouver un consensus pour accorder à cette espèce emblématique le statut d'Espèce Spécialement Protégée (SSP). La cause de ce blocage ? Une « très petite minorité de parties » — comprenez : les États-Unis et leurs alliés les plus proches — a refusé de donner son accord.
Le manchot empereur n'est pas n'importe quel animal. C'est l'icône mondiale de l'Antarctique, l'espèce qui symbolise la résistance et l'adaptation dans les conditions les plus extrêmes de la planète. L'Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) l'a déjà classé comme « espèce en voie de disparition ». Les scientifiques estiment que sans mesures de protection drastiques liées à la lutte contre le réchauffement climatique, les colonies de manchots empereurs pourraient décliner de 80 % d'ici la fin du siècle. En bloquant le statut SSP, les États-Unis refusent de légitimer les mesures de protection qui découlent directement de la reconnaissance du changement climatique comme menace principale.

150 gigatonnes de glace par an : la science de la fonte ignorée par les diplomates
Les chiffres présentés par les scientifiques présents à Hiroshima sont tout simplement vertigineux. L'Antarctique perd environ 150 gigatonnes de glace par an — l'équivalent de plusieurs millions de piscines olympiques qui disparaissent chaque seconde. Certains glaciers de l'Antarctique occidental ont atteint un point de non-retour : même si les émissions de gaz à effet de serre cessaient complètement demain, leur fonte se poursuivrait pendant des siècles, contribuant inéluctablement à l'élévation du niveau des mers.
Le refus d'utiliser le terme « changement climatique » dans le rapport officiel de l'ATCM48 revient à refuser de qualifier la cause première de cette catastrophe silencieuse. C'est une forme de déni de réalité institutionnalisé. Les scientifiques peuvent bien présenter des données, des graphiques, des projections — si le rapport final ne nomme pas la cause, ces données perdent leur force politique. Les décideurs politiques, les juges, les citoyens pourront toujours dire : « Le rapport ne parle pas de changement climatique, seulement de changements environnementaux. »
Le grand paradoxe : les États-Unis financent la science qu'ils censurent
C'est ici que l'histoire devient véritablement schizophrène. Car les États-Unis ne sont pas un simple observateur passif de la science climatique : ils en sont le premier moteur mondial. Le rapport détaillé de l'IRIS France, rédigé par Éléonore Duffau, met en lumière une contradiction qui frôle l'absurde. Les mêmes États-Unis qui censurent le terme « changement climatique » à Hiroshima sont ceux qui financent l'essentiel de la recherche sur ce même sujet.
23% de la recherche climatique mondiale : le sabordage d'une puissance scientifique
Les chiffres de l'IRIS sont accablants. Depuis 2020, 23 % des études sur le changement climatique impliquent au moins un scientifique basé aux États-Unis. La moitié du réseau mondial d'observation océanique provient d'équipements américains. Les universités américaines, la NASA, la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) produisent une proportion écrasante des données qui alimentent les rapports du GIEC et les décisions climatiques mondiales.
En refusant de nommer le changement climatique dans les rapports officiels, l'administration Trump prive la communauté scientifique américaine de son propre langage et de sa propre utilité politique. C'est un tir fratricide sur le camp de la science. Les chercheurs américains passent des années à collecter des données, à les analyser, à les publier — et leur propre gouvernement refuse d'utiliser les termes qu'ils ont établis. L'ironie est cruelle : les États-Unis sont à la fois le plus grand producteur de connaissances climatiques et le plus grand obstacle à leur reconnaissance officielle dans les enceintes internationales.
La purge de la NOAA et le licenciement de Katherine Calvin : les experts jetés avec l'eau du bain
La censure du rapport de l'Antarctique n'est que la face visible d'un travail de sape beaucoup plus vaste. L'IRIS France documente une purge systématique de l'expertise climatique publique américaine. Katherine Calvin, scientifique en chef de la NASA et co-présidente du GIEC, a été licenciée. 1 300 employés de la NOAA ont été remerciés. Le budget de l'Environmental Protection Agency (EPA) a chuté de 65 %.
Ces chiffres ne sont pas abstraits. Chaque scientifique licencié, c'est une expertise perdue. Chaque coupe budgétaire, c'est une station de mesure qui ferme, un modèle climatique qui n'est plus mis à jour, une prévision qui devient moins fiable. La censure sémantique est la face visible d'un démantèlement bien réel de l'infrastructure scientifique américaine. Les diplomates à Hiroshima ne se contentent pas de censurer un mot : ils sont les représentants d'une administration qui a déclaré la guerre à sa propre science.
Le contribuable américain paie la science que son gouvernement enterre
Appliquons maintenant la lentille économique à cette contradiction. Le contribuable américain finance la recherche climatique via des agences fédérales comme la NASA, la NOAA, la National Science Foundation (NSF). Impôts fédéraux, taxes, argent public — tout cela sert à produire des connaissances sur le changement climatique. Les résultats de cette recherche sont ensuite censurés ou édulcorés par la même administration qui les a financés.
C'est un gaspillage massif de fonds publics et une destruction de valeur scientifique. En clair, l'Amérique paie pour produire de la connaissance, puis paie (en salaires de diplomates, de censeurs, de relecteurs) pour la cacher. L'opportunité manquée est immense : ces fonds pourraient servir à l'adaptation climatique, à la protection des côtes, à la transition énergétique. Au lieu de cela, ils sont gaspillés dans un jeu absurde où la main droite ignore ce que fait la main gauche.
Quand la science perd son arbitre, qui rédigera les lois du monde ?
La dernière section de cette analyse ouvre sur les conséquences à long terme pour le système international dans son ensemble. Si la première puissance scientifique et militaire mondiale peut ainsi édulcorer un consensus scientifique dans une enceinte diplomatique, que devient le droit international ? Quelle valeur ont les traités si les mots eux-mêmes peuvent être changés sous pression politique ?
Le Traité sur l'Antarctique : un modèle de coopération en péril
Le Traité sur l'Antarctique est considéré comme l'un des plus grands succès de la diplomatie scientifique internationale. Depuis 1961, il a permis de préserver un continent entier dédié à la paix et à la science, interdisant les activités militaires, garantissant la liberté de recherche, protégeant l'environnement. C'est un modèle de coopération que le monde envie et tente d'imiter dans d'autres domaines.
Bloquer un rapport sur une simple question de vocabulaire, c'est menacer tout l'édifice. Si le consensus n'est plus possible sur la simple nomination du problème climatique, il ne le sera plus sur rien. Le WWF résume parfaitement la situation : « La prise de décision sous le Traité sur l'Antarctique n'arrive pas à suivre le rythme rapide du changement climatique. » Traduction : le mécanisme diplomatique, conçu à une époque où le climat ne faisait pas débat, est devenu trop lent, trop fragile, trop vulnérable aux vetos d'un seul pays pour faire face à l'urgence actuelle.
L'effet domino : d'autres pays pourraient suivre l'exemple américain
Le précédent créé par les États-Unis à Hiroshima est dangereux, car il montre la voie à d'autres régimes autoritaires ou populistes qui cherchent à minimiser l'urgence climatique. Des tentatives de révisionnisme climatique existent déjà ailleurs : au Brésil sous Bolsonaro, en Australie sous Morrison, en Arabie Saoudite dans les négociations de la COP. La méthode américaine est simple à copier : ne pas nier frontalement la science (trop facile à contrer médiatiquement), mais la noyer dans des querelles de vocabulaire interminables.
La censure devient ainsi un marqueur de puissance. Montrer qu'on peut bloquer un rapport international sur une simple question de mots, c'est affirmer sa domination sur la scène diplomatique. C'est dire aux autres nations : « Nous sommes assez forts pour réécrire la réalité à notre convenance. » Pour les jeunes générations, la question est angoissante : demain, quel pays imposera sa réécriture du réel ? Si les grandes puissances peuvent ainsi manipuler le langage scientifique, comment pourrons-nous encore faire confiance aux traités, aux accords, aux engagements internationaux ?
Conclusion : Hiroshima, un nom pour ne pas oublier
Hiroshima n'est pas un lieu comme les autres. C'est un nom qui porte le poids de l'histoire, le souvenir de la destruction atomique, la mémoire d'une catastrophe qui a changé le cours du XXe siècle. C'est dans cette ville symbole que l'on a tenté d'enterrer le mot « climat ». Le paradoxe des États-Unis, à la fois géant scientifique et censeur, est le reflet d'une époque schizophrène où la connaissance la plus avancée coexiste avec le déni le plus organisé.
Le combat pour le climat est aussi un combat pour le langage. Si les grandes puissances refusent de nommer la menace, comment les générations futures pourront-elles s'y préparer ? Comment organiser la résistance, la protection, l'adaptation, si les mots eux-mêmes sont devenus des champs de bataille ? L'urgence climatique, elle, continue de faire fondre les glaces de l'Antarctique — avec ou sans le mot dans les rapports diplomatiques. Hiroshima nous rappelle que les catastrophes commencent toujours par des mots qu'on refuse de prononcer. La leçon de l'histoire est cruelle : quand on ne nomme pas le danger, on ne peut pas l'empêcher.