Le 12 juin 2026, Hidetaka Miyazaki a brisé un silence pesant. Dans une interview accordée au média japonais DenFamiNicoGamer, le président de FromSoftware a affirmé que son studio pouvait « créer librement sans ingérence excessive ». Une phrase qui a fait le tour du monde en quelques heures, reprise par Gamekult, IGN, RespawnFirst et des dizaines d’autres sites. Mais cette déclaration tombe dans un contexte explosif : le fonds activiste Oasis Management vient de devenir le premier actionnaire de Kadokawa, maison-mère de FromSoftware, avec 13,76 % du capital. Alors, le prochain jeu Hidetaka Miyazaki est-il vraiment à l’abri des pressions financières ? Ou s’agit-il d’une promesse en l’air destinée à rassurer des fans paniqués ?

« Nous créons les jeux que nous voulons » — l’interview choc de juin 2026
Le 12 juin 2026 restera comme une date charnière dans la communication de FromSoftware. Miyazaki, qui s’exprime rarement sur les affaires internes du studio, a choisi le site DenFamiNicoGamer pour une interview fleuve. Le message central : la liberté créative est intacte. « Personnellement, je suis globalement satisfait de l’environnement de développement actuel chez FromSoftware », a-t-il déclaré. « Au moins nous pouvons créer librement les jeux que nous voulons vraiment faire sans interférence excessive. »
Cette déclaration a immédiatement créé un choc médiatique planétaire. Sur les forums français, l’inquiétude couvait depuis des semaines. Un thread intitulé « Alerte From Software en danger » sur JeuxVideo.com accumulait des centaines de messages angoissés. Sur Reddit PCMasterRace, la version traduite de l’interview était disséquée ligne par ligne. Le décalage entre le calme affiché par Miyazaki et la nervosité des fans était saisissant.

« Je suis globalement satisfait » — le verbatim qui a rassuré (et divisé)
Les mots exacts de Miyazaki méritent qu’on s’y attarde. « Je ne dis pas qu’il n’y a absolument aucune marge d’amélioration », a-t-il ajouté, une prudence rhétorique qui n’a pas échappé aux analystes. Cette réserve suggère que tout n’est pas parfait, même si le tableau général reste positif. L’interview, donnée en japonais pour un public local, intervient après une escalade boursière spectaculaire qui a vu Oasis Management passer de 0 % à 13,76 % du capital de Kadokawa en moins de deux semaines.
Le timing n’est pas anodin. Miyazaki a attendu que la poussière retombe un peu pour sortir du silence. Sa dernière prise de parole publique remontait à plusieurs mois, avant la crise actionnariale. En choisissant de répondre maintenant, il envoie un signal clair : il est toujours aux commandes.
Chronologie d’une panique : de 8,86 % à 13,76 % en onze jours
Pour comprendre l’urgence, il faut revenir sur la séquence de mars 2026. Le 19 mars, Oasis Management franchit le seuil des 5 % avec 8,86 % du capital de Kadokawa. Onze jours plus tard, le 30 mars, le fonds atteint 13,76 %, dépassant Sony (10,09 %) comme premier actionnaire. Cette progression fulgurante a provoqué un effet de souffle dans la presse jeu vidéo. Les médias du monde entier titraient sur la « menace » qui pesait sur FromSoftware.

L’inquiétude des fans n’était pas infondée. Oasis Management n’est pas un investisseur passif. C’est un fonds activiste qui a déjà fait trembler Nintendo en 2013-2014. Son arrivée au capital de Kadokawa change la donne, quoi qu’en dise Miyazaki. Mais le président de FromSoftware a choisi de répondre avec une déclaration qui se voulait rassurante, sans entrer dans les détails du conflit actionnarial.
Oasis Management : le fonds qui a fait trembler Nintendo s’attaque à FromSoftware
Oasis Management n’est pas un inconnu dans l’industrie du jeu vidéo. Fondé par Seth Fischer, ce fonds activiste hongkongais s’est fait une spécialité de cibler des entreprises japonaises qu’il juge sous-performantes. Sa cible la plus célèbre reste Nintendo, qu’il a attaqué en 2013-2014 avec une lettre devenue culte. La phrase « imaginez devoir payer 99 cents pour faire sauter Mario plus haut » est entrée dans l’histoire comme l’exemple parfait de la vision ultra-libérale du jeu vidéo.
Aujourd’hui, c’est Kadokawa qui est dans le viseur. Et à travers elle, FromSoftware. Le fonds a publié un document de 130 pages intitulé « A Better KADOKAWA » qui détaille ses griefs et ses demandes. Pour Oasis, le problème est simple : Kadokawa laisse échapper des profits qui devraient lui revenir. Et le principal responsable de cette « fuite de profit » serait le président Takeshi Natsuno.
« A Better KADOKAWA » : les 130 pages qui menacent l’indépendance du studio
Le document d’Oasis est un réquisitoire implacable contre la gestion de Kadokawa. Trois piliers structurent la critique. D’abord, le remplacement du CEO : Oasis pointe une baisse de 89 % du bénéfice par action sous le mandat de Natsuno, avec un ROE passé de 8,2 % à 0,5 %. Des chiffres catastrophiques qui, selon le fonds, justifient un changement à la tête du groupe.
Ensuite, l’auto-édition des jeux FromSoftware à l’international. Actuellement, Bandai Namco gère la distribution d’Elden Ring, Dark Souls et Armored Core VI hors du Japon. Activision s’occupait de Sekiro. Pour Oasis, c’est une aberration : ces éditeurs captent une part disproportionnée des revenus. Le fonds veut que Kadokawa reprenne la main sur la distribution mondiale.

Enfin, le recentrage sur les franchises à fort rendement. Oasis veut que FromSoftware exploite mieux ses propriétés intellectuelles, en multipliant les suites et les produits dérivés. Une vision qui entre en collision directe avec la philosophie artisanale de Miyazaki.
Remplacer le CEO, reprendre l’édition : le plan de bataille contre la « fuite de profit »
Le concept de « profit leakage » est au cœur de la stratégie d’Oasis. Quand Bandai Namco distribue Elden Ring à l’international, elle prend une marge confortable. Quand Activision gérait Sekiro, pareil. Pour un fonds activiste, c’est de l’argent qui devrait atterrir dans les caisses de Kadokawa. L’auto-édition permettrait au groupe de capter l’intégralité des revenus des ventes mondiales.
Mais ce modèle a un revers. Si FromSoftware auto-édite ses jeux à l’international, il assume aussi tous les risques. Un échec commercial pourrait avoir des conséquences bien plus graves qu’avec un éditeur tiers qui partage les pertes. L’équilibre est précaire, et Miyazaki le sait. C’est peut-être pour cela qu’il a tenu à rassurer sur l’environnement de développement actuel.
Elden Ring 2, Nightreign, The Duskbloods : la preuve par les jeux ?
Le meilleur indicateur de la liberté créative d’un studio, ce sont ses jeux. Et de ce côté-là, FromSoftware continue de surprendre. Elden Ring Nightreign, un rogue-like multijoueur dérivé du mastodonte, est un pari risqué que peu d’investisseurs auraient accepté. The Duskbloods, exclusivité Switch 2, interroge sur la nature des partenariats du studio. Et l’absence d’annonce officielle d’Elden Ring 2 agace les actionnaires.
L’analyste indépendant Francesco De Meo, sur Wccftech, penche pour une résistance réelle du studio. « Bien que Miyazaki ait commenté seulement en son nom propre, il est très probable que tout FromSoftware résiste à cette pression », écrit-il. Les choix créatifs récents du studio plaident en sa faveur.
Nightreign, le rogue-like qui démontre que FromSoftware peut encore expérimenter
Elden Ring Nightreign n’est pas une suite. C’est un jeu multijoueur, procédural, sans le confort narratif habituel des productions FromSoftware. Un projet risqué dans le paysage AAA actuel, où chaque sortie doit être un blockbuster. Aucun investisseur rationnel ne pousse à faire un Elden Ring en rogue-like quand la demande pour une suite directe est immense.
C’est pourtant ce que Miyazaki a choisi de faire. Et le jeu est sorti sans encombre, preuve que le studio conserve une marge de manœuvre créative. Nightreign est la meilleure illustration de la thèse de Miyazaki : FromSoftware peut encore expérimenter, même sous la pression actionnariale.
The Duskbloods, exclusivité Switch 2 : liberté créative ou pression financière déguisée ?
The Duskbloods, annoncé comme exclusivité Switch 2, pose une question plus complexe. Est-ce un simple partenariat de confiance avec Nintendo, ou une obligation de générer du cash rapide pour Kadokawa ? Les deals d’exclusivité sont parfois le signe d’un besoin de trésorerie. Bloodborne était exclusif PlayStation, et Sony détient toujours les droits de l’IP.

L’article de DenFamiNicoGamer rappelle que le développement AAA coûte aujourd’hui 2 à 3 milliards de dollars. GTA VI pourrait atteindre 15 milliards. « Un échec peut signifier la fermeture du studio », prévient le média japonais. Dans ce contexte, un deal d’exclusivité avec Nintendo peut être vu comme une bouée de sauvetage financière. Mais c’est aussi une preuve que FromSoftware peut encore choisir ses partenaires, ce qui n’est pas donné à tout le monde.
Hidetaka Miyazaki interview : un discours rassurant ou la dernière ligne droite ?
L’interview de juin 2026 n’est pas un simple satisfecit. C’est une opération de communication minutieusement calibrée. Miyazaki savait que ses mots seraient disséqués, analysés, interprétés. Il a choisi chaque phrase avec soin. Mais derrière le discours rassurant, des questions persistent. L’ancienne interview à IGN, où il se disait prêt à passer la main, prend une nouvelle dimension.
Miyazaki joue-t-il sa dernière partie en solo avant de laisser FromSoftware aux mains d’une nouvelle génération qui devra composer avec les actionnaires ? La question est centrale pour l’avenir du studio.
Pourquoi Miyazaki a choisi ce moment précis pour répondre
Le timing politique de l’interview est parfait. Elle paraît juste avant l’Assemblée Générale de Kadokawa, prévue le 24 juin 2026, où Oasis doit présenter ses résolutions. C’est un message à plusieurs destinataires : aux salariés de FromSoftware, aux fans, mais aussi aux autres actionnaires comme Sony et Tencent. Le message implicite : « je tiens encore la barre ».
Le conseil d’administration de Kadokawa a déjà rejeté les demandes d’Oasis, les qualifiant d’infondées ou basées sur une méconnaissance de la situation. Mais la partie est loin d’être gagnée. Oasis dispose de 13,76 % du capital et d’une expérience éprouvée dans les batailles actionnariales. L’interview de Miyazaki est un élément de plus dans cette guerre de communication.
« Je suis prêt à passer la main » — la révélation qui éclaire tout
Dans une interview plus ancienne accordée à IGN, Miyazaki avait confié être prêt à laisser la place de réalisateur à d’autres talents. Il ne veut pas d’un « entre-deux frustrant », où il superviserait sans réaliser. Soit il contrôle totalement un jeu, soit il part. Cette position radicale éclaire d’un jour nouveau sa déclaration de juin 2026.
Si Miyazaki quitte la réalisation, qui prendra les rênes du prochain jeu Hidetaka Miyazaki ? La relève saura-t-elle résister à la pression des investisseurs ? Dark Souls 2, dirigé par Tomohiro Shibuya et Yui Tanimura, reste le vilain petit canard de la franchise. Non pas parce que c’est un mauvais jeu, mais parce qu’il n’a pas la patte du maître. L’enjeu de l’héritage devient central.
Prochain jeu Hidetaka Miyazaki : l’héritage en jeu et la relève qui inquiète
Le prochain jeu Hidetaka Miyazaki, qu’il le réalise ou non, sera le test ultime. Si Miyazaki est encore aux commandes, le jeu portera sa signature et sa vision. Mais si un nouveau réalisateur prend les rênes, la question de l’indépendance créative se posera avec une acuité nouvelle. La tension entre la liberté créative que revendique Miyazaki et les impératifs commerciaux que la nouvelle gouvernance de Kadokawa ne pourra pas ignorer éternellement est au cœur du problème.
L’absence d’annonce officielle d’Elden Ring 2 agace les investisseurs. Pour Oasis, c’est une absurdité capitalistique. Pour Miyazaki, c’est la preuve qu’il ne fait pas de suite pour de l’argent facile.
L’absence d’Elden Ring 2 : une anomalie qui parle aux investisseurs
Elden Ring s’est vendu à plus de 30 millions d’exemplaires dans le monde. C’est un phénomène culturel, un jeu qui a transcendé le cercle des amateurs de jeux difficiles. Dans n’importe quel autre studio, une suite aurait été annoncée dans la foulée. Chez FromSoftware, rien. Pas la moindre annonce officielle.
Pour Oasis, c’est incompréhensible. Pourquoi ne pas capitaliser sur un succès planétaire ? La réponse tient dans la philosophie de Miyazaki. Il a déjà appliqué cette méthode avec Dark Souls 2, qu’il n’a pas réalisé. Il ne veut pas d’une suite qui serait une simple resucée. Il préfère prendre son temps, explorer d’autres directions, quitte à frustrer les actionnaires. Le silence sur le prochain jeu devient une déclaration politique.
La relève saura-t-elle dire non ?
C’est la question qui hante les fans. Les futurs réalisateurs de FromSoftware auront-ils la même aura que Miyazaki pour repousser les demandes d’un actionnaire activiste ? Le précédent Dark Souls 2 est instructif. Le jeu, bien que réussi, n’a pas le même statut que les autres opus. Il manque la touche Miyazaki, cette alchimie indéfinissable qui fait la différence.
Le talent existe chez FromSoftware. Des réalisateurs comme Masaru Yamamura (Armored Core VI) ont prouvé leur valeur. Mais aucun n’a le poids symbolique de Miyazaki. Si un jour un nouveau réalisateur doit négocier avec Oasis pour garder le contrôle créatif, il partira avec un handicap. Miyazaki est le bouclier humain du studio. Sans lui, la bataille sera plus dure.
La France inquiète : « Alerte From Software en danger » sur les forums
Les joueurs français vivent cette affaire avec une intensité particulière. Le forum JeuxVideo.com a vu naître un thread intitulé « Alerte From Software en danger », qui accumule des centaines de messages angoissés. Les streamers suivis en France, comme ceux de Solary ou Kameto, diffusent massivement les jeux FromSoftware. Elden Ring est un phénomène générationnel dans l’Hexagone.
L’inquiétude des fans français est-elle proportionnée ou survoltée par l’amour inconditionnel pour le studio ? Les deux, sans doute. La France a une relation particulière avec Miyazaki. Ses jeux y sont célébrés comme des œuvres d’art, presque comme des objets de culte.
Le thread « Alerte From Software en danger » passé au crible
En parcourant le thread, on découvre une psychologie du joueur français fascinante. La peur dominante : qu’Elden Ring devienne un produit « corrompu » par les microtransactions. La crainte du « game as a service » forcé, où chaque mise à jour serait monétisée. Les joueurs citent en exemple ce qui est arrivé à d’autres studios chéris, tombés dans les bras de la finance.
Certains messages vont plus loin, imaginant un avenir où FromSoftware serait contraint de sortir un Elden Ring 2 avec des passes de combat et des loot boxes. Un scénario catastrophe que rien ne permet d’envisager sérieusement, mais qui révèle l’attachement presque viscéral des joueurs français à l’intégrité du studio.
Elden Ring, le jeu phénomène qui rend la France anxieuse
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 30 millions de ventes mondiales, dont une part significative en France. Elden Ring est le jeu le plus vendu de l’histoire du studio, et de loin. Il a conquis un public bien au-delà des amateurs de Souls-like. Des joueurs qui n’avaient jamais touché à un jeu FromSoftware avant se sont passionnés pour l’Entre-terre.
Cet attachement quasi sentimental explique l’anxiété actuelle. Les joueurs français veulent croire Miyazaki quand il dit que tout va bien. Mais ils ont vu trop de studios vendre leur âme à des actionnaires pour ne pas douter. Cette angoisse est le symptôme d’un amour du jeu « pur », non corrompu par la finance. Un rêve que cet article interroge justement.
Conclusion : mythe ou réalité, les deux visages de la liberté créative chez FromSoftware
Alors, mythe ou réalité ? La réponse est nuancée. Croire que FromSoftware est totalement imperméable à la pression des investisseurs serait naïf. La simple présence d’Oasis Management au capital de Kadokawa change les équilibres. Le fonds dispose de 13,76 % des parts et d’une expérience éprouvée dans les batailles actionnariales. Sa campagne « A Better KADOKAWA » ne va pas disparaître du jour au lendemain, même si le conseil d’administration a rejeté ses demandes.
Mais Miyazaki ne ment pas sur l’environnement immédiat de développement. Sa déclaration est vraie aujourd’hui, pour les projets en cours. Elden Ring Nightreign, The Duskbloods, les prochains jeux en développement : tout indique que le studio conserve sa liberté créative. Les choix risqués qu’il continue de faire sont la meilleure preuve de cette indépendance.
Le futur, en revanche, est une porte ouverte sur des négociations bien plus dures avec la finance. Le prochain jeu Hidetaka Miyazaki, l’après-Miyazaki, la relève qui devra composer avec les actionnaires : tout cela reste à écrire. La vérité est dans l’équilibre instable entre un créateur qui a gagné le droit de créer grâce à ses ventes phénoménales et un actionnaire qui veut transformer ce succès en rente. Pour l’instant, Miyazaki tient la barre. Mais la mer est agitée, et le prochain coup de vent pourrait venir de n’importe où.