La tribune de 2026 dénonce un récit national fermé
Benoît Drouot, professeur agrégé d'histoire-géographie, affirme dans une tribune au Monde le 27 avril 2026 que les populations issues d'Afrique sont tenues hors du récit national scolaire, sauf dans les épisodes tragiques que sont la traite, l'esclavage et la colonisation. La tribune paraît après les élections municipales de mars 2026, qui ont vu plusieurs maires français issus de l'immigration africaine visés par des injures racistes. L'année 2026 marque aussi le vingt-cinquième anniversaire de la loi Taubira, qui fait de la traite et de l'esclavage atlantiques un crime contre l'humanité.

Selon Benoît Drouot, les programmes d'histoire cantonnent le racisme anti-Noirs à des configurations révolues et à des figures d'oppresseurs. L'iconographie scolaire, ajoute-t-il, expose les élèves de façon répétée à des corps noirs humiliés. Le récit proposé aux collégiens et aux lycéens enfermerait ainsi les populations africaines dans une histoire victimaire et dans le regard du négrier ou du colon.
Manuels et programmes : une présence ténue et des disparités
Les études confirment des lacunes, non une absence totale. Une note de la Fondation pour la mémoire de l'esclavage, coordonnée par l'historien Benoît Falaize et présentée le 9 octobre 2020, conclut à une place ténue de l'esclavage dans les manuels du primaire. L'étude relève de fortes disparités entre filières et territoires : le lycée professionnel, dont les programmes réécrits en 2018 abordent la traite, l'esclavage et la révolte de Saint-Domingue, est le plus complet.
Les programmes du collège ont supprimé le « regard sur l'Afrique » introduit en 2008. Ils abordent la traite dans une perspective économique européocentrée. L'histoire de Saint-Domingue et d'Haïti reste absente du lycée général dans l'Hexagone, alors qu'elle est enseignée en lycée professionnel et en outre-mer. Le lien entre les grands récits nationaux et des textes comme le Code noir de 1685 reste peu travaillé, comme le rappelle l'abrogation récente de ce code dans l'océan Indien Abrogation du Code noir : pourquoi l'océan Indien a été oublié par le vote du 28 mai 2026.
La critique de la représentation exclusivement servile des Noirs dans les manuels est documentée dès 2012. Un article de Bondy Blog pointe alors l'absence des résistances : marronnage, Toussaint Louverture, et des sociétés africaines pré-esclavagistes. Les élèves y voyaient surtout des corps réduits en esclavage, sans acteurs de leur propre histoire.
Un concours national pour ouvrir les récits
Un dispositif public existe déjà. Le concours scolaire national « La Flamme de l'égalité », piloté par l'Éducation nationale avec la Fondation pour la mémoire de l'esclavage et la DILCRAH, a pour thème 2025-2026 « Femmes en esclavage ». Les enseignants du primaire et du secondaire pouvaient déposer leurs projets jusqu'au 27 mars 2026. Ce concours montre que l'école peut intégrer des angles ne se limitant pas au cadre victimaire, tout en restant centrée sur la mémoire de l'esclavage.
Vers une refonte du récit, pas un simple ajout
Les sources convergent sur un point : les figures noires ne sont pas totalement absentes, mais subissent un cadrage victimaire et des disparités de traitement. La tribune de Benoît Drouot ne réclame pas seulement l'ajout de noms célèbres. Elle défend une refonte du récit, pour « déracialiser nos perspectives », notion portée par l'écrivaine Léonora Miano. Il s'agit de sortir les populations africaines de la seule évocation des tragiques et d'inscrire leur histoire dans une trame générale et de longue durée.

D'autres tensions scolaires surviennent hors de France, à l'image d'un incident lors d'une réunion de comité scolaire à Nantucket troublée par des brownies laxatifs Des brownies laxatifs lors d'une réunion du comité scolaire de Nantucket : l'histoire complète, signe que la gestion de la mémoire et de la représentation dans les écoles reste un enjeu vif.