Un braqueur redouté et une cavale inédite

Le 3 octobre 1997, un fourgon de la Brinks est attaqué à Baillargues, dans l'Hérault. Un convoyeur est grièvement blessé aux jambes. Huit coups de feu sont tirés. Parmi les agresseurs, un homme de 35 ans, Dominique Delattre, membre d'un gang nîmois surnommé « la Vioque » ou « la Vieille ». Condamné à 20 ans de réclusion criminelle, il est incarcéré à la maison d'arrêt de Nîmes.
Le 25 août 2000, Delattre s'évade. Avec un autre détenu, Mohamed Amimer, il escalade un grillage à l'aide d'échelles de corde envoyées par des complices. Une Peugeot 406 les attend à l'extérieur. Delattre entre alors dans une longue fuite. Le 6 mars 2001, la cour d'assises de l'Hérault le condamne par contumace à 20 ans de réclusion criminelle.
La traque interminable et les méthodes modernes de la police
Une vie sous identité usurpée
Pendant 26 ans, Dominique Delattre disparaît. Il vit en Espagne, sous l'identité usurpée d'un Français décédé, s'appelant « Erik ». Installé dans la petite ville d'Arahal, près de Séville, il enchaîne les petits emplois : saisonnier pour la récolte des olives, livreur, serveur. Il mène une vie discrète, loin de son passé de braqueur qui a fait l'objet d'une cinquantaine de hold-up.
La traque est méthodique mais longue. Depuis le 16 mars 2005, la Brigade nationale de recherche des fugitifs gère l'enquête. Le commissaire Guillaume Lacassin se souvient : « C'était le plus vieux dossier de ma brigade. Pendant vingt ans, des policiers ont travaillé pour le retrouver. » Les enquêteurs surveillent l'entourage familial et amical de Delattre, notamment aux dates clés comme les anniversaires.
L'élément déclencheur est la surveillance d'une ligne téléphonique d'un proche. Cette piste permet de localiser le fugitif en Espagne. En décembre 2024, Delattre est ajouté à la liste Europol « EU Most Wanted », qui référence les 50 fugitifs les plus recherchés d'Europe. Cette publication accélère la coopération internationale.
L'arrestation à Arahal
Le 24 juin 2026, une opération conjointe est menée par Europol et l'unité espagnole UDYCO. Des policiers en civil suivent Delattre depuis son domicile jusqu'au trottoir menant à la piscine municipale d'Arahal. Il n'a aucun document d'identité sur lui. Il parle espagnol, mais avec un fort accent français. Il est interpellé sans violence.

Une fin de cavale et des suites judiciaires incertaines
À son arrestation, Delattre exprime un soulagement. Il déclare : « Enfin… Je vais pouvoir me reposer en paix. Vivre comme un fugitif, ce n'est pas une vie. » Son avocat, Me Jean-Charles Teissedre, décrit « un homme métamorphosé par rapport à l'image qu'on pouvait donner de lui ». Il ajoute : « C'est un homme fatigué, qui est vraiment à mille lieues de cette vie de braqueur. »
Les suites judiciaires sont complexes. Delattre est extradé et incarcéré en France. Mais le 23 juillet 2026, la cour d'appel de Montpellier le remet en liberté sous contrôle judiciaire strict. Il doit pointer deux fois par semaine à la gendarmerie et ne peut quitter le département du Gard.
La raison est juridique : sa condamnation par contumace n'est pas définitive. Il doit être rejugé devant la cour d'assises de l'Hérault. De plus, il a été arrêté en juin 2026, soit quatre mois avant la prescription de sa peine de 20 ans, prévue en août 2026. Sans cette interpellation, il serait devenu intouchable. Son procès est désormais attendu, mais l'issue reste incertaine.