L’affaire opposant l’acteur Christian Ulmen à son ex-femme, la présentatrice Collien Fernandes, secoue l’Allemagne et met en lumière les failles de la loi allemande face aux violences numériques. Si le terme « deepfake » circule beaucoup, les accusations précises portent sur des fausses identités et des contenus pornographiques non consentis.

Les faits : des accusations graves et des enquêtes ouvertes
Collien Fernandes accuse Christian Ulmen d’avoir créé de faux profils sur des plateformes en ligne à son nom, pendant environ dix ans. Via ces comptes, il aurait contacté des hommes de son entourage professionnel et diffusé des images et vidéos pornographiques la représentant, selon l’accusation. Fernandes a déposé une plainte en Espagne, où le couple vivait auparavant. Un tribunal des Baléares a confirmé l'ouverture de procédures préliminaires pour usurpation d'identité et menaces.
En Allemagne, le parquet d’Itzehoe a rouvert une enquête initialement classée en juin 2024. Il retenait un « soupçon initial » contre Christian Ulmen pour harcèlement, à la lumière des éléments rendus publics par Der Spiegel.

Il est important de noter une précision apportée par la rédaction de Tagesschau : les accusations de Fernandes ne portent pas explicitement sur des « deepfakes » vidéo générés par intelligence artificielle, mais sur des fausses identités et des contenus pornographiques représentant sa personne. Des images générées par IA circulent, mais l'accusation formelle ne vise pas Ulmen pour leur création.
La réponse de Christian Ulmen : des dénégations catégoriques
Christian Ulmen nie toutes les accusations. Son avocat, Christian Schertz, a publié un communiqué affirmant que son client « n'a à aucun moment produit ou diffusé des vidéos deepfake de Mme Fernandes ou d'autres personnes ». L'avocat a qualifié la publication de Der Spiegel d'« illégale » et a annoncé l'engagement de poursuites contre l'hebdomadaire. Il affirme que les faits rapportés sont « inexacts » et basés sur un « récit unilatéral ». Christian Ulmen bénéficie de la présomption d’innocence.
Une mobilisation massive contre les violences numériques
L’affaire a déclenché un vaste mouvement de contestation en Allemagne. Des manifestations ont rassemblé des dizaines de milliers de personnes, notamment à Hambourg où Collien Fernandes a pris la parole devant environ 20 000 personnes. À Berlin, plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées à la Porte de Brandebourg.
Plus de 250 femmes allemandes influentes, issues de la politique, de la culture et des médias, ont signé un manifeste. Elles réclament une meilleure protection contre la « violence sexuelle numérique » et des changements concrets dans la loi.
Cette mobilisation s'appuie sur des chiffres alarmants. Une étude de l'Office fédéral de police criminelle (BKA) révèle que plus de 60 % des filles de 16-17 ans et environ 33 % des garçons du même âge ont été victimes de violences numériques au cours des cinq dernières années. Pourtant, seuls 2,4 % de ces cas sont signalés à la police.
Le droit allemand face à un vide juridique
L’affaire met en lumière une lacune majeure du droit pénal allemand. Comme l'analyse Tagesschau, la législation actuelle ne punit pas clairement la simple création de contenus pornographiques fictifs représentant une adulte. Les articles du Code pénal sur l'atteinte à la vie privée par images ou sur les représentations pornographiques concernent traditionnellement des enregistrements réels. L'application à des images entièrement générées par ordinateur reste juridiquement incertaine et fait l'objet de débats entre spécialistes.

Le ministère de la Justice allemand a annoncé la préparation d'un projet de loi pour combler cette lacune. L'objectif est de criminaliser explicitement la production et la diffusion de deepfakes à caractère sexuel. Cette réforme vise également à contraindre les plateformes à retirer rapidement ces contenus et à faciliter les poursuites contre leurs auteurs.
Une réponse européenne et un regard sur la France
Au niveau européen, le Parlement européen a voté le 26 mars 2026 l'interdiction des services d'intelligence artificielle permettant de « dénuder » des personnes sans leur consentement. Cette décision fait suite à la polémique autour de fonctionnalités d'IA permettant de créer des montages hyperréalistes de personnes dénudées à partir de photos existantes.
La France est en avance sur ce sujet. La loi LSREN de 2024 a déjà créé l'article 226-8-1 du Code pénal, qui punit spécifiquement la diffusion en ligne d'hypertrucages à caractère sexuel. Les peines peuvent aller jusqu'à trois ans d'emprisonnement et 75 000 euros d'amende. Cette législation répondait à un vide juridique similaire à celui que l'Allemagne tente aujourd'hui de combler.
L'affaire Ulmen-Fernandes illustre ainsi un problème européen plus large : l'urgence d'adapter les législations nationales aux nouvelles formes de violence numérique, tout en garantissant des procédures équitables pour les personnes mises en cause.