Collien Ulmen-Fernandes sur le tapis rouge du Deutscher Fernsehpreis 2019 à la Rheinterrasse de Düsseldorf, portant un haut bleu foncé, une veste verte scintillante et un pantalon crème à motif, posant devant un fond gris avec le texte 'DER DEUTSCHE FERNSEHPREIS'.
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Deepfakes pornographiques : l’affaire qui pousse l’Allemagne à légiférer

Entre accusations de faux profils pornographiques et mobilisation nationale, l'Allemagne légifère enfin contre les deepfakes sexuels, suivant la France et l'UE.

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L’affaire opposant l’acteur Christian Ulmen à son ex-femme, la présentatrice Collien Fernandes, secoue l’Allemagne et met en lumière les failles de la loi allemande face aux violences numériques. Si le terme « deepfake » circule beaucoup, les accusations précises portent sur des fausses identités et des contenus pornographiques non consentis.

Collien Ulmen-Fernandes sur le tapis rouge du Deutscher Fernsehpreis 2019 à la Rheinterrasse de Düsseldorf, portant un haut bleu foncé, une veste verte scintillante et un pantalon crème à motif, posant devant un fond gris avec le texte 'DER DEUTSCHE FERNSEHPREIS'.
Collien Ulmen-Fernandes sur le tapis rouge du Deutscher Fernsehpreis 2019 à la Rheinterrasse de Düsseldorf, portant un haut bleu foncé, une veste verte scintillante et un pantalon crème à motif, posant devant un fond gris avec le texte 'DER DEUTSCHE FERNSEHPREIS'. — Superbass / CC BY-SA 4.0 / (source)

Les faits : des accusations graves et des enquêtes ouvertes

Collien Fernandes accuse Christian Ulmen d’avoir créé de faux profils sur des plateformes en ligne à son nom, pendant environ dix ans. Via ces comptes, il aurait contacté des hommes de son entourage professionnel et diffusé des images et vidéos pornographiques la représentant, selon l’accusation. Fernandes a déposé une plainte en Espagne, où le couple vivait auparavant. Un tribunal des Baléares a confirmé l'ouverture de procédures préliminaires pour usurpation d'identité et menaces.

En Allemagne, le parquet d’Itzehoe a rouvert une enquête initialement classée en juin 2024. Il retenait un « soupçon initial » contre Christian Ulmen pour harcèlement, à la lumière des éléments rendus publics par Der Spiegel.

Fahri Yardım, Pheline Roggan et Christian Ulmen posant ensemble sur le tapis rouge devant un décor indiquant 'DER DEUTSCHE FERNSEHPREIS' lors du Deutscher Fernsehpreis 2018.
Fahri Yardım, Pheline Roggan et Christian Ulmen posant ensemble sur le tapis rouge devant un décor indiquant 'DER DEUTSCHE FERNSEHPREIS' lors du Deutscher Fernsehpreis 2018. — Superbass / CC BY-SA 4.0 / (source)

Il est important de noter une précision apportée par la rédaction de Tagesschau : les accusations de Fernandes ne portent pas explicitement sur des « deepfakes » vidéo générés par intelligence artificielle, mais sur des fausses identités et des contenus pornographiques représentant sa personne. Des images générées par IA circulent, mais l'accusation formelle ne vise pas Ulmen pour leur création.

La réponse de Christian Ulmen : des dénégations catégoriques

Christian Ulmen nie toutes les accusations. Son avocat, Christian Schertz, a publié un communiqué affirmant que son client « n'a à aucun moment produit ou diffusé des vidéos deepfake de Mme Fernandes ou d'autres personnes ». L'avocat a qualifié la publication de Der Spiegel d'« illégale » et a annoncé l'engagement de poursuites contre l'hebdomadaire. Il affirme que les faits rapportés sont « inexacts » et basés sur un « récit unilatéral ». Christian Ulmen bénéficie de la présomption d’innocence.

Une mobilisation massive contre les violences numériques

L’affaire a déclenché un vaste mouvement de contestation en Allemagne. Des manifestations ont rassemblé des dizaines de milliers de personnes, notamment à Hambourg où Collien Fernandes a pris la parole devant environ 20 000 personnes. À Berlin, plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées à la Porte de Brandebourg.

Plus de 250 femmes allemandes influentes, issues de la politique, de la culture et des médias, ont signé un manifeste. Elles réclament une meilleure protection contre la « violence sexuelle numérique » et des changements concrets dans la loi.

Cette mobilisation s'appuie sur des chiffres alarmants. Une étude de l'Office fédéral de police criminelle (BKA) révèle que plus de 60 % des filles de 16-17 ans et environ 33 % des garçons du même âge ont été victimes de violences numériques au cours des cinq dernières années. Pourtant, seuls 2,4 % de ces cas sont signalés à la police.

Le droit allemand face à un vide juridique

L’affaire met en lumière une lacune majeure du droit pénal allemand. Comme l'analyse Tagesschau, la législation actuelle ne punit pas clairement la simple création de contenus pornographiques fictifs représentant une adulte. Les articles du Code pénal sur l'atteinte à la vie privée par images ou sur les représentations pornographiques concernent traditionnellement des enregistrements réels. L'application à des images entièrement générées par ordinateur reste juridiquement incertaine et fait l'objet de débats entre spécialistes.

Christian Ulmen, vu de plus près, avec des cheveux bruns bouclés et une barbe, portant une veste sombre sur une chemise claire à rayures, image issue de Wikipédia.
Christian Ulmen, vu de plus près, avec des cheveux bruns bouclés et une barbe, portant une veste sombre sur une chemise claire à rayures, image issue de Wikipédia. — (source)

Le ministère de la Justice allemand a annoncé la préparation d'un projet de loi pour combler cette lacune. L'objectif est de criminaliser explicitement la production et la diffusion de deepfakes à caractère sexuel. Cette réforme vise également à contraindre les plateformes à retirer rapidement ces contenus et à faciliter les poursuites contre leurs auteurs.

Une réponse européenne et un regard sur la France

Au niveau européen, le Parlement européen a voté le 26 mars 2026 l'interdiction des services d'intelligence artificielle permettant de « dénuder » des personnes sans leur consentement. Cette décision fait suite à la polémique autour de fonctionnalités d'IA permettant de créer des montages hyperréalistes de personnes dénudées à partir de photos existantes.

La France est en avance sur ce sujet. La loi LSREN de 2024 a déjà créé l'article 226-8-1 du Code pénal, qui punit spécifiquement la diffusion en ligne d'hypertrucages à caractère sexuel. Les peines peuvent aller jusqu'à trois ans d'emprisonnement et 75 000 euros d'amende. Cette législation répondait à un vide juridique similaire à celui que l'Allemagne tente aujourd'hui de combler.

L'affaire Ulmen-Fernandes illustre ainsi un problème européen plus large : l'urgence d'adapter les législations nationales aux nouvelles formes de violence numérique, tout en garantissant des procédures équitables pour les personnes mises en cause.

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Questions fréquentes

Quelles accusations visent Christian Ulmen en Allemagne ?

Collien Fernandes l'accuse d'avoir créé de faux profils à son nom et diffusé des contenus pornographiques la représentant pendant environ dix ans. Un tribunal espagnol a ouvert des procédures pour usurpation d'identité et menaces, et le parquet allemand a rouvert une enquête pour harcèlement.

La loi allemande punit-elle les deepfakes pornographiques ?

Actuellement, le droit pénal allemand ne punit pas clairement la création de contenus pornographiques fictifs représentant un adulte. Le ministère de la Justice prépare un projet de loi pour criminaliser explicitement les deepfakes sexuels.

Quelle loi française punit les deepfakes sexuels ?

La loi LSREN de 2024 a créé l'article 226-8-1 du Code pénal. Elle punit la diffusion en ligne d'hypertrucages à caractère sexuel, jusqu'à trois ans de prison et 75 000 euros d'amende.

L'UE a-t-elle voté l'interdiction des IA de dénudation ?

Le Parlement européen a voté le 26 mars 2026 l'interdiction des services d'IA permettant de dénuder des personnes sans consentement. Cette décision fait suite à la polémique sur des fonctionnalités d'IA créant des montages hyperréalistes.

Combien de femmes ont signé le manifeste allemand ?

Plus de 250 femmes allemandes influentes, issues de la politique, de la culture et des médias, ont signé un manifeste. Elles réclament une meilleure protection contre la violence sexuelle numérique.

Sources

  1. German outcry over deep fake porn targeting TV presenter prompts plans for change in law · bbc.com
  2. Une affaire de deepfakes pornographiques concernant l’acteur Christian Ulmen et son ex-femme secoue l’Allemagne · lemonde.fr
  3. Avant d'accéder à Google · reuters.com
  4. Eine Lücke im deutschen Recht? · tagesschau.de
  5. La loi LSREN de 2024 solutionne-t-elle la question de l'incrimination pénale des deepfakes ? Par Simon Chapuis, Etudiant. · village-justice.com
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Mélissa Turbot @society-lens

Je m'intéresse à ceux dont personne ne parle. Étudiante en journalisme à Lille, je décrypte la société française avec un regard de terrain : précarité étudiante, déserts médicaux, inégalités territoriales, luttes sociales invisibles. Mon ton est engagé mais toujours factuel – j'ai des chiffres, des sources, et des témoignages. Je crois que le journalisme sert à rendre visible ce qu'on préfère ignorer. Mes articles ne sont pas confortables, mais ils sont honnêtes.

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