Ce jeudi 2 juillet 2026, à 09h00 précises, la Cour de révision de la Cour de cassation rend son délibéré dans l'affaire Dany Leprince. L'homme de 69 ans, libre depuis seize ans mais toujours condamné à la réclusion criminelle à perpétuité pour le quadruple meurtre de Thorigné-sur-Dué, saura si son combat judiciaire de trente-deux ans prend fin ou s'ouvre un nouveau chapitre. Le suspense est total, et il fait écho à d'autres décisions lourdes de conséquences rendues par la haute juridiction, comme celle qui a tranché le sort du policier Florian M..

De la Sarthe à Marmande : la vie recluse d'un homme libre mais condamné
Dany Leprince vit aujourd'hui à Marmande, dans le Lot-et-Garonne, loin des champs de la Sarthe où tout a basculé. Il s'est installé là avec sa nouvelle épouse, dans une existence discrète, presque recluse. Sa passion pour les tracteurs et la mécanique l'occupe : il donne un coup de main aux agriculteurs du coin, heureux sur un engin agricole, mais le dossier ne le quitte jamais. Il passe encore des heures à l'éplucher, à chercher de nouveaux témoignages, à espérer.

Un paradoxe juridique qui dure depuis seize ans
Le paradoxe est saisissant. Dany Leprince est libre depuis le 8 juillet 2010, date de sa libération provisoire ordonnée par la Cour de révision. Mais juridiquement, il reste un condamné à perpétuité. Sa liberté est conditionnelle, suspendue à l'issue de cette procédure. À 69 ans, son état de santé n'est plus celui de l'homme de 37 ans arrêté en 1994. Les années de détention, les espoirs déçus, les rejets successifs ont laissé des traces. Pourtant, il n'a jamais cessé de clamer son innocence.
L'attente d'un homme marqué par trente ans de combat
L'ancien employé d'une usine de boucherie, surnommé à l'époque « le boucher de la Sarthe » par les médias, a vu sa vie basculer dans la nuit du 4 septembre 1994. Depuis, chaque étape judiciaire a été une épreuve. La première commission d'instruction avait été convaincue de son innocence en 2010, au point de le sortir de prison. Mais la Cour de révision avait rejeté la demande un an plus tard, provoquant sa réincarcération. Cette fois, l'enjeu est encore plus grand : un refus définitif enterrerait tout espoir de disculpation.
09h00, jeudi 2 juillet : à Marmande, Dany Leprince retient son souffle
Ce jeudi matin, dans le Lot-et-Garonne, Dany Leprince attend. Lui qui a passé trente-deux ans à espérer, à douter, à se battre, sait que les jeux sont faits. Les treize magistrats de la Cour de révision, réunis à Paris, ont pris leur décision. Il ne reste plus qu'à l'entendre.

Un délibéré historique après deux mois d'attente
L'audience du 7 mai 2026 remonte à près de deux mois. Ce jour-là, Dany Leprince a pris la parole une seule fois. Voûté sur le micro à cause de sa grande taille, il a prononcé cette phrase : « Je tiens à vous dire que je suis totalement innocent. » Cinq heures d'audience pour cette déclaration laconique, mais lourde de sens. Depuis, le silence des magistrats a été pesant. Chaque jour qui passait rappelait que la mécanique judiciaire est lente, et que la décision qui se prépare est exceptionnelle.
Une coïncidence historique avec l'affaire Mis et Thiennot
Ce même jour, la Cour de révision rend également sa décision dans l'affaire Mis et Thiennot, qui concerne le meurtre d'un garde-chasse en 1946. Deux affaires emblématiques, deux décisions historiques, le même jour. Une coïncidence qui souligne le caractère exceptionnel de cette formation judiciaire, qui ne se réunit que pour les affaires les plus graves.
4 septembre 1994 : Christian, Brigitte, Sandra et Audrey, les quatre victimes de Thorigné
Pour comprendre l'enjeu de ce jeudi, il faut revenir à la nuit du 4 septembre 1994. Ce soir-là, à Thorigné-sur-Dué, dans la Sarthe, un massacre a eu lieu. Quatre personnes ont perdu la vie dans des conditions d'une violence inouïe. Leurs noms méritent d'être rappelés, car ils sont trop souvent éclipsés par la figure de l'accusé.

Un bain de sang à la veille de la rentrée des classes
Le 5 septembre 1994 au matin, un employé de la carrosserie dirigée par Christian Leprince s'inquiète de ne pas voir son patron arriver. Il se rend au lieu-dit « L'Épinay d'en Bas », à Thorigné-sur-Dué, et découvre l'horreur. Christian Leprince gît sans vie, la mâchoire déchiquetée, les jambes reposant en travers du corps de sa fille Sandra, 10 ans, elle aussi inanimée. À l'intérieur, les gendarmes découvrent Brigitte, la mère, dans la cuisine, et Audrey, 6 ans, à l'entrée de la chambre parentale.
Les corps ont été lacérés, pour certains déchiquetés, pour d'autres à moitié décapités. Le rapport d'autopsie décrit « l'importance des lésions crânio-encéphaliques et cervicales » qui ont provoqué une mort quasi-instantanée pour chaque victime. Le légiste estime que les meurtres ont eu lieu la veille au soir, à la veille de la rentrée des classes. Sandra et Audrey ne retourneront jamais à l'école.
Les deux maisons des frères Leprince sont côte à côte, isolées au milieu des champs. Un huis clos parfait, propice à toutes les hypothèses. Christian et Dany sont frères, mais leurs relations sont tendues. Une reconnaissance de dette de Dany envers Christian a été retrouvée chez ce dernier. Le mobile financier est évoqué, mais jamais solidement établi.
Solène, 2 ans, la miraculée du massacre
Au milieu du carnage, une petite fille de 2 ans a survécu. Solène, la troisième fille du couple, a été retrouvée saine et sauve dans sa chambre. Elle est la seule rescapée du massacre.

Son témoignage, ou plutôt ce que les adultes ont cru comprendre de ses paroles d'enfant, est devenu crucial des décennies plus tard. En 1994, les enquêteurs ont accordé une « crédibilité totale » aux propos de la petite fille. Interrogée par un gendarme et sa nourrice, Solène aurait prononcé des mots qui semblaient accuser son oncle Dany. Mais cette interprétation était hasardeuse : comment un enfant de 2 ans, traumatisé, pouvait-il livrer un témoignage fiable ?
C'est précisément cette crédibilité accordée trop rapidement aux paroles de Solène qui est devenue, trente ans plus tard, l'un des piliers de la demande de révision. Les magistrats de la commission d'instruction ont estimé que l'interprétation faite du comportement de la petite fille avait été « démystifiée » par le temps et les expertises ultérieures.
Couteau jaune, Doc Martens et ADN : les pièces qui ne collent pas
L'enquête initiale, menée dans l'urgence et sous pression médiatique, a accumulé des zones d'ombre. Des pièces à conviction qui semblaient accabler Dany Leprince se sont révélées, avec le temps et les progrès de la science, bien moins solides qu'elles n'en avaient l'air.
Le mystère du couteau jaune : une arme du crime oubliée
L'un des éléments les plus troublants est ce que les enquêteurs appellent « le couteau jaune ». Il s'agit d'un grand couteau à manche jaune de 27 centimètres, utilisé pour découper le cochon. Longtemps négligé dans l'instruction, il a refait surface grâce à une enquête du Monde en juillet 2025.

Des analyses ADN récentes, réalisées par un laboratoire suisse, ont montré que ce couteau portait des traces génétiques pouvant correspondre à Martine Compain, l'ex-épouse de Dany, ou à la petite Audrey, l'une des victimes. Comment expliquer la présence de ces traces si l'arme n'a pas été utilisée lors du crime ? Et pourquoi cet objet a-t-il été si peu investigué pendant l'instruction initiale ?
Pour la défense, ce couteau jaune est la preuve que l'enquête a été orientée trop tôt vers Dany Leprince, au détriment d'autres pistes. Pour l'accusation, il ne s'agit que d'un artefact parmi d'autres, sans valeur probante décisive.
L'empreinte de Doc Martens qui ne correspond à personne
Autre indice troublant : une empreinte de chaussure a été relevée sur la scène de crime. Il s'agit d'une Doc Martens, marque typique des années 1990. Problème : la pointure ne correspond ni à Dany Leprince, ni à Christian, ni à aucun autre adulte de la famille.
Cette empreinte, jamais élucidée, suggère la présence d'une personne non identifiée sur les lieux du crime. Qui portait ces chaussures ? Un complice ? Un véritable assassin ? Les enquêteurs n'ont jamais pu répondre à cette question, et cet indice est devenu, au fil des années, un élément clé du doute.
Des témoignages en cascade : le puzzle qui n'a jamais été résolu
Le dossier d'accusation repose en grande partie sur des témoignages, mais ceux-ci se sont révélés d'une fragilité déconcertante. Martine Compain, l'ex-épouse de Dany, a changé quatre fois de version au cours de l'instruction. Tantôt elle affirme avoir vu son mari tuer Christian, tantôt elle se rétracte, tantôt elle accuse un autre homme.
Célia, la fille aînée de Dany et Martine, a elle aussi accusé son père en 1994. Mais elle s'est rétractée en 2013, affirmant avoir menti sous la pression de sa mère. Une remise en situation réalisée en 2023 sur les lieux du crime a démontré qu'il était impossible pour Célia d'avoir vu les faits qu'elle décrivait depuis la fenêtre de sa chambre. Selon les enquêteurs, « il n'apparaît pas possible » pour elle « d'avoir vu les faits décrits, rendant l'accusation formulée contre son père difficilement crédible ».
Le contraste est saisissant entre la volatilité de ces témoignages et la certitude affichée par l'accusation en 1997. La défense y voit la marque d'une enquête bâclée, qui a privilégié des versions fragiles plutôt que de chercher la vérité matérielle.
Trente ans de combat judiciaire : des aveux sous pression à la libération
Le parcours judiciaire de Dany Leprince est une longue et douloureuse odyssée. De la garde à vue controversée à la condamnation en 1997, puis aux premières brèches qui ont mené à sa libération provisoire, chaque étape a été marquée par l'incertitude et le suspense.
46 heures de garde à vue et des aveux aussitôt rétractés

Le 5 septembre 1994, Dany Leprince est placé en garde à vue. Il est interrogé pendant 46 heures. Sous la pression, il finit par avouer le meurtre de son frère Christian. Mais il nie formellement avoir tué les trois autres victimes : Brigitte, Sandra et Audrey.
Dès sa sortie de garde à vue, il se rétracte. Il affirme que ses aveux ont été extorqués par les enquêteurs, qu'il était épuisé, qu'il n'en pouvait plus. Pourtant, cet épisode fragile a servi de socle à l'accusation. Les aveux, même partiels et immédiatement rétractés, ont été utilisés pour construire le dossier.
1997-2010 : de la réclusion à perpétuité à la première lueur d'espoir
En 1997, Dany Leprince est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d'une peine de sûreté de 22 ans. Les premiers recours sont rejetés. L'homme semble condamné à finir ses jours en prison.
Mais en 2005, il dépose une première demande de révision. En 2006, la justice ordonne un supplément d'information inattendu. Les juges commencent à douter. En 2010, la Cour de révision ordonne la libération provisoire de Dany Leprince. Il sort de prison après 18 ans de détention.
Ce revirement est exceptionnel. Il montre que la justice elle-même a commencé à s'interroger sur la solidité du dossier. Mais le combat est loin d'être terminé. En 2011, la Cour de révision rejette la demande de révision, et Dany est réincarcéré. Il ne bénéficiera d'une libération conditionnelle qu'en octobre 2012.
Ce long combat judiciaire rappelle d'autres affaires où la justice a mis des décennies à reconnaître ses erreurs, comme dans l'affaire Grégory, où les rebondissements s'accumulent depuis plus de trente ans.
Deux femmes au cœur du réexamen : Célia et Solène relancent la machine
La seconde demande de révision, déposée en 2021, a été examinée par la commission d'instruction de la Cour de révision. Pour être recevable, une demande de révision doit s'appuyer sur des faits « nouveaux ou inconnus » de la cour d'assises au moment du procès. Dans cette affaire, deux éléments ont relancé la machine.
La commission d'instruction : le filtre qui a validé la requête en 2025
La commission d'instruction de la Cour de révision est composée de cinq magistrats de la Cour de cassation. Le 12 décembre 2024, Dany Leprince est entendu à huis clos par ces magistrats. Il leur expose ses arguments, répond à leurs questions.
Le 23 janvier 2025, la commission annonce sa décision : la requête en révision est transmise à la Cour de révision. Dany Leprince, visiblement ému, enlace ses proches et déclare à la presse : « Le combat n'est pas terminé. J'y ai toujours cru, mais il faut rester prudent. On a franchi une étape et il y en a encore une autre. »
Célia et Solène : les deux révélations qui ont changé la donne
La commission d'instruction s'est appuyée sur deux faits nouveaux ou inconnus pour motiver la recevabilité de la requête.
Le premier concerne les déclarations de Célia, la fille aînée de Dany. En 1994, elle avait accusé son père d'avoir tué Christian. Mais une remise en situation réalisée en 2023 a démontré qu'il était impossible pour elle d'avoir vu les faits depuis la fenêtre de sa chambre. Célia « a toujours affirmé avoir vu son père frapper Christian Leprince alors que les deux hommes se trouvaient près de la boîte aux lettres », mais la topographie des lieux rend cette version impossible. Son témoignage « s'effondre totalement », selon l'avocat de Dany, Olivier Morice.
Le second élément est la crédibilité accordée à l'époque aux propos de Solène, la petite fille de 2 ans rescapée du massacre. Les magistrats ont estimé que l'interprétation faite de ses paroles avait été « hasardeuse » et que les « relations de confiance » entre le gendarme et la nourrice avaient pu influencer le témoignage.
Treize magistrats et un avocat général : qui décide quoi
La Cour de révision est composée de treize magistrats de la Cour de cassation. C'est une formation exceptionnelle, qui ne se réunit que pour les affaires les plus graves. L'avocat général Jean-Michel Aldebert, dont l'avis est consultatif mais très écouté, s'est prononcé en faveur d'un nouveau procès.
Les révisions de condamnations pénales criminelles sont extrêmement rares en France : seulement une douzaine depuis 1945. La décision de ce jeudi est donc historique, quel que soit son sens.
La défense face à la partie civile : deux visions qui s'affrontent
L'audience du 7 mai 2026 a été l'occasion d'un débat au fond. Les arguments de la défense et de la partie civile se sont affrontés, tandis que le parquet général a pris une position inattendue.
La défense : « Dany Leprince est un bouc émissaire bâti par les médias »
Pour les avocats de Dany Leprince, Mes Olivier Morice et Missiva Chermak Felonneau, leur client est victime d'un emballement médiatique et judiciaire. Le surnom de « boucher de la Sarthe » a verrouillé l'opinion publique avant même le procès.
Les arguments factuels de la défense sont solides : aucune empreinte digitale de Dany n'a été retrouvée sur les armes du crime présumées. Ses vêtements ne portaient pas de traces de sang, ce qui est difficilement conciliable avec un massacre d'une telle violence. Le mobile financier, basé sur une reconnaissance de dette de 50 000 francs, est jugé dérisoire.
La défense avance une thèse alternative : Martine Compain, l'ex-épouse, serait la véritable auteure des faits, agissant avec un complice. Les quatre versions successives de ses déclarations, les contradictions avec la topographie des lieux, les analyses ADN récentes pointant vers elle : autant d'éléments qui, selon la défense, imposent un nouveau procès.
La partie civile : « Martine Compain est une femme accusée à tort »
Me Colomba Grossi, avocate de Martine Compain, défend sa cliente avec vigueur. Elle dénonce un « traitement misogyne » et des « rumeurs sexistes » qui visent Martine Compain. « Elle est présentée comme la femme maléfique qui savait tuer des poulets. Le traitement qui lui est réservé est très misogyne, c'est sidérant », déclare-t-elle.
L'avocate souligne l'invraisemblance physique de la thèse de la défense : Martine Compain mesure 1,55 mètre et pèse 45 kilos. Christian Leprince mesurait 1,80 mètre et a été frappé près de la boîte aux lettres, puis traîné sur plusieurs mètres jusqu'à chez lui. « L'imaginer le massacrer alors qu'il est debout, ainsi que trois autres membres de sa famille, ça ne fait aucun sens », argue Me Grossi.
Le parquet contre son camp : pourquoi l'institution demande la révision
Le revirement du parquet général est l'un des éléments les plus frappants de cette affaire. L'institution qui avait soutenu la condamnation en 1997 demande aujourd'hui la révision du procès. Pourquoi ?
L'impact des éléments ADN et des nouvelles déclarations de Célia a convaincu le parquet que des doutes sérieux existaient sur la culpabilité de Dany Leprince. L'avocat général Jean-Michel Aldebert s'est prononcé en faveur d'un nouveau procès, une position rare qui montre que l'institution judiciaire sait, parfois, reconnaître ses erreurs.
Cette capacité à réviser sa position fait écho à d'autres affaires où le parquet a dû revoir sa copie, comme dans l'affaire Thomas à Crépol, où la circonstance de bande organisée a été abandonnée pour onze accusés.
Les proches des victimes : entre attente et colère, des vies brisées
Au-delà de Dany Leprince, cette décision concerne aussi ceux qui ont perdu leurs parents, leurs sœurs, leurs proches. Les parties civiles vivent ce délibéré avec une intensité égale, mais dans une attente diamétralement opposée.
Solène, la miraculée devenue soutien de son oncle
Solène avait 2 ans quand elle a perdu ses parents et ses deux sœurs. Elle est aujourd'hui une femme de 34 ans, et son parcours est l'un des rebondissements les plus inattendus de cette affaire. Loin de vouloir la tête de son oncle, elle est devenue l'un de ses plus fervents soutiens.
Le 7 mai 2026, elle a pris la parole devant la Cour de révision. Sa voix tremblait quand elle a déclaré : « Je suis brisée d'avoir perdu mes parents et mes sœurs, mais aussi en colère qu'il reste des zones d'ombre aujourd'hui. » Elle a fait le déplacement pour appuyer la demande de révision de Dany Leprince, son oncle, celui qu'elle appelle « tonton Dany ».
Cette position est d'autant plus remarquable que Solène est la seule rescapée du massacre. Elle aurait pu haïr son oncle, le rejeter, vouloir qu'il reste en prison. Au lieu de cela, elle cherche la vérité, quelle qu'elle soit. Son témoignage a pesé dans la balance, car il montre que même la victime survivante doute de la culpabilité de l'accusé.
La famille de Christian et Brigitte : des plaies jamais refermées
Du côté des proches de Christian et Brigitte, l'attente est différente. Certains membres de la famille estiment que Dany Leprince est coupable et que la justice a bien fait son travail en 1997. Pour eux, un nouveau procès serait une épreuve supplémentaire, une remise en cause de la mémoire des victimes.
Ces familles ont vécu trente-deux ans de procédures, de rebondissements, de rumeurs. Chaque audience rouvre les plaies. La décision de ce jeudi, qu'elle soit favorable ou non à Dany Leprince, ne ramènera pas Christian, Brigitte, Sandra et Audrey. Mais elle dira si la justice estime avoir fait une erreur, ou si elle confirme son jugement initial.
Le contraste est saisissant entre la position de Solène, qui soutient son oncle, et celle d'autres proches, qui veulent que la condamnation soit maintenue. Cette division au sein même de la famille montre à quel point l'affaire est complexe et douloureuse.
Martine Compain : l'ex-épouse au cœur de toutes les accusations
Martine Compain, 65 ans aujourd'hui, est la figure la plus controversée de ce dossier. Ex-épouse de Dany Leprince, elle a changé quatre fois de version au cours de l'instruction. Tantôt elle accusait son mari, tantôt elle se rétractait. Ces contradictions ont alimenté les soupçons.
Le parquet du Mans a demandé sa mise en examen pour « meurtres » et « complicité de meurtres » en 2024. Mais la chambre de l'instruction de la cour d'appel d'Angers a rejeté cette demande, et la Cour de cassation a confirmé ce rejet. Martine Compain est donc, pour l'instant, libre de toute poursuite.
Son avocate, Me Colomba Grossi, défend sa cliente avec vigueur. Elle dénonce un « traitement misogyne » et des « rumeurs sexistes » qui visent Martine Compain. « Elle est présentée comme la femme maléfique qui savait tuer des poulets. Le traitement qui lui est réservé est très misogyne, c'est sidérant », déclare-t-elle.
Pour la défense de Dany Leprince, Martine Compain est la véritable auteure des faits, agissant avec un complice. Les analyses ADN récentes, notamment celles du fameux couteau jaune, pointent vers elle. Mais ces éléments sont contestés par la partie civile, qui souligne l'invraisemblance physique de cette thèse.
Annulation, nouveau procès ou rejet : les trois scénarios possibles
La décision de la Cour de révision peut prendre trois formes, chacune avec des conséquences radicalement différentes pour Dany Leprince et pour les proches des victimes.
Scénario n°1 : l'annulation pure et simple, la libération définitive
Dans ce scénario, la Cour estime que les faits nouveaux jettent un doute irrécusable sur la culpabilité de Dany Leprince. La condamnation est cassée sans renvoi devant une nouvelle cour d'assises. Dany devient définitivement libre.
C'est le scénario idéal pour la défense. Il signifierait que la justice reconnaît, trente-deux ans après les faits, que Dany Leprince a été condamné à tort. Ce serait une décision historique, car les annulations pures et simples sont extrêmement rares.
Scénario n°2 : le renvoi en cour d'assises, un nouveau procès à 69 ans
Dans ce scénario, la Cour estime qu'il existe un doute sérieux, mais que seul un procès devant une cour d'assises peut permettre de juger à nouveau les faits. La condamnation est cassée, mais l'affaire est renvoyée devant une nouvelle cour d'assises.
Dany Leprince, officiellement présumé innocent dans l'attente de ce nouveau procès, devra-t-il être incarcéré ? La question se pose. En théorie, il pourrait être placé sous contrôle judiciaire ou en détention provisoire. Pour un homme de 69 ans, après trente-deux ans de combat judiciaire, la perspective d'un nouveau procès est épuisante. Mais c'est aussi l'occasion de prouver enfin son innocence devant un jury populaire.
Scénario n°3 : le rejet de la demande, la fin du combat
Dans ce scénario, la Cour considère que les éléments nouveaux ne suffisent pas à créer un doute sur la culpabilité de Dany Leprince. La condamnation à perpétuité est maintenue.
Dany Leprince reste libre, car sa libération provisoire de 2010 n'est pas remise en cause par ce rejet. Mais la voie de la révision est définitivement fermée. Le combat s'arrête. Pour les proches des victimes, c'est la confirmation que la justice a bien jugé en 1997. Pour les partisans de Dany, c'est l'injustice absolue : un homme reste condamné à perpétuité sans pouvoir prouver son innocence.
Conclusion : une possible erreur judiciaire qui dit long sur notre système
La décision de ce jeudi dépasse le seul cas Dany Leprince. Cette affaire est un cas d'école sur les dangers d'une enquête orientée, de la pression médiatique et de la fragilité des témoignages. Elle rappelle l'affaire Outreau, où la machine judiciaire avait également produit une erreur collective avant de se corriger.
Si la condamnation est annulée, ce sera la preuve que la justice sait, lentement mais sûrement, reconnaître ses failles. Si elle est maintenue, le doute continuera de planer sur cette affaire. Dans tous les cas, l'affaire Leprince restera une cicatrice dans l'histoire judiciaire française.
La question de la perméabilité de la plus haute juridiction face aux nouveaux éléments se pose aussi, comme dans l'affaire Adama Traoré, où la Cour de cassation a rejeté la plainte malgré des éléments nouveaux. La justice est humaine, donc imparfaite. Mais c'est précisément pour corriger ses imperfections que la Cour de révision existe. Ce jeudi, elle joue son rôle de garde-fou ultime.