Des lévriers s'élancant des starting boxes lors du début d'une course.
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Interdiction des courses de lévriers : vote historique en Écosse

L'Écosse vote l'interdiction des courses de lévriers en 2026, sonnant le glas d'une industrie cruelle. Entre bilan chiffré et témoignages, ce décès historique interroge l'avenir de la France.

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Ce mercredi 18 mars 2026 marque un tournant décisif dans l'histoire de la protection animale au Royaume-Uni et en Europe. Le Parlement écossais a voté en faveur de l'interdiction pure et simple des courses de lévriers, une décision qui met fin à une pratique controversée héritée du siècle dernier. Ce vote ne tombe pas du ciel ; il est le résultat d'années de militantisme acharné et d'une prise de conscience collective face à la souffrance animale. Au-delà des frontières écossaises, ce signal fort interroge les autres nations, dont la France, sur la pertinence de maintenir des « sports » fondés sur l'exploitation animale. L'heure est venue de décortiquer les tenants et les aboutissants de ce vote historique. 

Des lévriers s'élancant des starting boxes lors du début d'une course.
Des lévriers s'élancant des starting boxes lors du début d'une course. — (source)

70 voix pour enterrer un sport contesté : le tournant historique du 18 mars 2026

L'atmosphère était tendue et solennelle dans l'enceinte du Parlement écossais à Édimbourg. Après des mois de débats, d'amendements et de lobbying intense, les députés ont tranché. Le Greyhound Racing (Offences) (Scotland) Bill a été adopté en troisième lecture, l'étape finale de la procédure législative. Le résultat du vote, sans appel, a scellé le sort de cette industrie : 70 voix pour, 27 contre et 19 abstentions. Cette majorité confortable témoigne d'une volonté politique claire de tourner la page d'une époque où la souffrance animale était acceptée au nom du divertissement et du profit.

L'Écosse ne s'est pas contentée d'une demi-mesure ; la loi votée est radicale et précise. Elle ne se contente pas de réguler une pratique en déclin, elle l'interdit purement et simplement. Désormais, organiser une course ou simplement y participer devient un acte illégal passible de sanctions. Ce vote positionne l'Écosse comme un leader incontesté du bien-être animal, étant l'une des premières nations d'Europe occidentale à prendre une telle décision unilatérale. C'est une victoire symbolique énorme pour les militants de la cause animale qui voient là la reconnaissance légale de leur combat : la course de lévrier n'est pas un sport, c'est une exploitation. 

Quatre lévriers avec des gilets de course multicolores disputant une course effrénée sur une piste poussiéreuse.
Des lévriers en course devant des tribunes remplies de spectateurs, sur un hippodrome. — (source)

Du projet de loi à la loi : le parcours de Mark Ruskell

C'est Mark Ruskell, député du Parti Vert écossais (Scottish Green Party), qui a porté ce texte bout de bras. Dès le début, il a insufflé une dynamique politique difficile à arrêter pour ses opposants. Le projet de loi, initialement perçu comme une initiative marginale d'un écolo, a petit à petit gagné la confiance de la majorité parlementaire, jusqu'à obtenir le soutien critique du gouvernement écossais en septembre 2025. Le ministre de l'Agriculture, Jim Fairlie, a joué un rôle clé en apportant la caution de l'exécutif, déclarant que les risques inhérents au bien-être animal ne pouvaient être éliminés, même avec de bonnes pratiques.

Le vote final de ce 18 mars 2026 est donc l'aboutissement d'un long processus parlementaire. Le texte rend illégale l'exploitation d'une piste de course ovale en Écosse, mais va plus loin en criminalisant la participation d'un chien à une telle épreuve. Cependant, une nuance importante a été introduite via un amendement du ministre Jim Fairlie. Afin de ne pas pénaliser excessivement les propriétaires de chiens passionnés par le sport (et non par l'argent), la loi précise que les Écossais restent libres de faire courir leurs lévriers à l'étranger, dans les pays où cette pratique est encore légale, comme en Angleterre ou en Irlande. Cette disposition vise à distinguer le commerce de la course de la passion canine pure.

Ce que la loi interdit concrètement (et ce qu'elle autorise encore)

Il est crucial de comprendre le champ d'application exact de cette nouvelle législation. Le cœur de la loi frappe l'industrie commerciale : il est désormais interdit d'exploiter une piste ovale pour des courses de lévriers en Écosse. Cela signifie que les structures comme le cynodrome de Thornton, qui a cessé ses activités début 2025, ne pourront jamais rouvrir leurs portes. La loi vise à empêcher toute renaissance de ce type d'établissement sur le sol écossais.

Toutefois, le législateur a fait preuve de finesse en ne criminalisant pas la vitesse ou l'exercice physique du chien en soi. Les propriétaires peuvent toujours entraîner leurs lévriers, faire du lure coursing (poursuite de leurre en terrain libre) ou participer à des concours hors piste ovale là où c'est autorisé. L'interdiction cible spécifiquement le format « piste ovale » industriel, reconnu comme le plus traumatisant pour les animaux en raison des virages serrés à haute vitesse et de la pression du pari mutuel. C'est ce modèle économique, fondé sur le jeu d'argent et la rentabilité à tout prix, que l'Écosse a décidé d'éradiquer.

Bert, Sylvie et les autres : quand l'histoire personnelle devient politique

Derrière les chiffres froids des votes et les articles de loi, ce sont des histoires de vie et de souffrance qui ont motivé les acteurs de ce changement. La politique n'est pas toujours une question d'idéologie abstraite ; elle est souvent nourrie par l'expérience personnelle de ceux qui la font. C'est particulièrement vrai pour Mark Ruskell, dont l'engagement en faveur de cette interdiction dépasse largement le cadre de son programme politique écologiste. C'est la rencontre avec un individu à quatre pattes qui a tout changé.

Cette section du récit nous ramène à la réalité concrète de ces animaux : des êtres sensibles capables de ressentir la peur, la douleur et l'attachement, mais aussi de surmonter des traumatismes importants. En mettant en lumière des chiens comme Bert et Sylvie, les défenseurs de la cause ont humanisé un débat qui risquait de s'enliser dans des statistiques économiques. Ils ont montré au public et aux députés qu'un lévrier n'est pas une machine à courir, mais un compagnon qui mérite une seconde chance loin des projecteurs des stades. 

Des lévriers en pleine course sur une piste, entourés d'un grillage métallique.
Des lévriers en pleine course sur une piste, entourés d'un grillage métallique. — (source)

Bert, le lévrier qui a changé la vision d'un député

Mark Ruskell ne parlait pas seulement en tant que politicien lors de ses interventions à la tribune ; il parlait aussi en tant que famille d'accueil. Il a partagé publiquement l'histoire de Bert, un lévrier de course à la retraite qu'il et sa famille ont accueilli. C'est à travers le regard de Bert que le député a saisi l'ampleur des dégâts causés par l'industrie. Au-delà des blessures physiques parfois visibles, c'est le traumatisme psychologique qui l'a le plus marqué.

Dans ses déclarations, Mark Ruskell a avoué une prise de conscience tardive mais brutale : « Ce que je n'avais pas pleinement compris, jusqu'à ce que je commence à travailler sur cette campagne, c'était le traumatisme que Bert avait enduré. » Ces mots résument parfaitement le décalage entre l'image glamorisée de la course et la réalité vécue par l'animal. Bert, comme des milliers d'autres, a dû apprendre à redevenir un chien, à se faire à un environnement humain, loin de la compétition féroce et des cages. C'est cette transformation personnelle que Ruskell a voulu inscrire dans la loi, pour que d'autres Bert n'aient plus à subir le même sort.

Sylvie, l'« ambassadog » d'Animal Concern

Si Bert a inspiré le législateur, Sylvie a incarné le combat sur le terrain. Cette lévrière est une rescapée des courses, devenue la mascotte et l'ambassadrice non officielle de l'association Animal Concern. Sylvie a accompagné les militants devant le Parlement écossais, son pelage gris et ses yeux doux servant de témoignage vivant contre l'industrie. Sa présence a rappelé aux élus que derrière chaque statistique de blessure, il y a un visage individuel.

La directrice d'Animal Concern, Elena, ne s'est jamais séparée de Sylvie lors des grandes étapes du projet de loi. La chienne est devenue le symbole de la résilience : survivante d'un système qui la considérait comme un outil jetable, elle est devenue un animal de compagnie choyé. Les témoignages de sauvetage comme celui de Sylvie ont joué un rôle déterminant dans la bataille de l'opinion publique. Ils ont permis de déconstruire le mythe du « chien heureux de courir » en montrant la réalité souvent tragique de la « retraite » forcée de ces athlètes du monde canin. 

Trois lévriers capturés en pleine foulée sur une piste en terre.
Cinq lévriers s'affrontant à l'arrivée d'une course sur une piste en terre sous le regard des spectateurs. — KLEIN Claude SFCL / CC BY-SA 4.0 / (source)

109 morts en 2023 : le coût caché du divertissement canin

L'argument émotionnel, s'il est puissant, ne suffit pas toujours à faire basculer une législation. Pour emporter l'adhésion du gouvernement et du centre, les défenseurs de l'interdiction ont dû s'appuyer sur des données factuelles irréfutables. Le sport des courses de lévriers, souvent présenté par ses partisans comme inoffensif, cache en réalité un bilan macabre qui a fini par alerter les autorités écossaises. Les chiffres sont accablants et parlent d'eux-mêmes : le divertissement humain a un prix, et ce sont les chiens qui le paient.

En analysant les rapports officiels du Greyhound Board of Great Britain, l'organisme qui régule le sport au Royaume-Uni, on découvre une réalité sombre. L'année 2023 a été particulièrement meurtrière, avec une augmentation alarmante du nombre d'accidents mortels sur les pistes. Ces données ont servi de preuve matérielle pour démontrer que les mesures de sécurité existantes étaient insuffisantes et que la structure même de la course était dangereuse pour l'intégrité physique des animaux. 

L'Écosse, nation constitutive du Royaume-Uni, pionnière dans l'interdiction des courses de lévriers

Le bilan macabre des pistes britanniques

Les chiffres, une fois compilés, donnent le vertige. En 2023 seulement, 109 lévriers ont trouvé la mort sur les pistes britanniques suite à des blessures survenues en course. Ce chiffre représente une augmentation par rapport à l'année précédente, signifiant que malgré les prétendues améliorations en matière de sécurité, le danger ne fait que croître. Mais la mort n'est que la partie émergée de l'iceberg. Sur la même période, ce sont 4 238 blessures qui ont été officiellement enregistrées pendant les courses.

Ces blessures vont de simples fractures à des lésions graves mettant en jeu la vie de l'animal, voire des blessures nécessitant l'euthanasie d'urgence. Ces statistiques ne tiennent souvent compte que des incidents survenus pendant la course, laissant dans l'ombre les souffrances liées à l'entraînement intensif ou aux conditions de vie hors piste. Face à ce tableau, le ministre Jim Fairlie a reconnu que les risques inhérents à la course à grande vitesse sur piste ovale ne pouvaient être éliminés, même avec les meilleures pratiques du monde. La conclusion s'est imposée d'elle-même : pour arrêter la tuerie, il faut arrêter la course. 

Le lévrier de tête en pleine course, suivi de ses concurrents sur la piste.
Quatre lévriers avec des gilets de course multicolores disputant une course effrénée sur une piste poussiéreuse. — (source)

Thornton, Shawfield : quand les chiffres des pistes accablent l'industrie

Pour comprendre l'ampleur du phénomène, il faut zoomer sur les lieux de ces tragédies. Le stade de Shawfield, autrefois l'une des pistes phares d'Écosse, a servi de cas d'école effrayant. Entre 2017 et 2020, les chiffres recueillis sur ce seul site sont éloquents : 15 décès et 197 blessures de lévriers ont été recensés. Cela représente un animal blessé ou tué régulièrement, semaine après semaine, sous les yeux des parieurs qui continuent de miser.

Plus récemment, la piste de Thornton dans le Fife, dernière active avant sa fermeture, a livré ses propres données à la Commission écossaise du bien-être animal. En 2021, Thornton a accueilli 569 courses. Si le nombre de morts y était plus faible qu'ailleurs, les blessures graves étaient présentes. Ces statistiques locales ont été déterminantes pour convaincre les sceptiques. Elles ont prouvé que même une piste de « moindre importance » générait son lot de souffrance. La Société écossaise pour la prévention de la cruauté envers les animaux (Scottish SPCA) a tranché en déclarant que l'association attendait « la fin de ce sport cruel », validant ainsi l'argument selon lequel aucune régulation ne suffirait à rendre ce sport éthique. 

Cinq lévriers s'affrontant à l'arrivée d'une course sur une piste en terre sous le regard des spectateurs.
Le lévrier de tête en pleine course, suivi de ses concurrents sur la piste. — (source)

Thornton fermée, les salariés dans le flou : les zones d'ombre de l'interdiction

La victoire du bien-être animal est célébrée par les associations, mais elle entraîne inévitablement des conséquences humaines et économiques qu'il est impossible d'ignorer. La transition d'une industrie, même moribonde, vers sa disparition totale laisse souvent des personnes sur le bord de la route. À Thornton, qui fut le dernier bastion de ce sport en Écosse, la fermeture n'est pas seulement symbolique, elle est matérielle. Entraîneurs, soigneurs, personnel de maintenance et parieurs habitués voient leur univers disparaître brutalement.

Cette section ne cherche pas à culpabiliser les travailleurs du secteur, mais à souligner la complexité de la transition écologique et éthique. Si la fin des courses de lévriers est une bonne nouvelle pour les chiens, elle pose la question de l'accompagnement social pour ceux dont le métier disparaît. Le débat politique a également révélé des fractures générationnelles et idéologiques, certains élus défendant bec et ongles un « patrimoine culturel » que d'autres ne voyaient plus que comme une relique barbare d'un autre siècle.

La dernière piste d'Écosse et l'héritage d'une industrie moribonde

Il est important de contextualiser la situation économique des courses de lévriers en Écosse avant même le vote de ce 18 mars 2026. L'industrie n'était déjà plus dans ses années fastes. Autrefois, l'Écosse comptait plus de 30 pistes dispersées sur tout son territoire, attirant des foules considérables. Mais au fil des décennies, l'intérêt du public s'est effrité, concurrencé par d'autres formes de loisirs et de jeux d'argent. La piste de Thornton, dans le Fife, était devenue la dernière en activité, et elle avait d'ailleurs cessé d'organiser des courses depuis le début de l'année 2025, bien avant l'interdiction légale.

Cette précision est essentielle : le législateur n'a pas tué une industrie florissante, il a plutôt officialisé la mise à mort d'une activité déjà en agonie. Néanmoins, pour la poignée de personnes qui vivaient encore de cette activité à Thornton, l'impact est réel. La question des reconversions professionnelles reste en suspens. Le projet de loi s'est concentré sur l'aspect criminel et la protection animale, mais peu de dispositions concrètes ont été prises pour accompagner les entraîneurs et les propriétaires de chiens vers de nouvelles activités. Cette zone d'ombre risque de nourrir des ressentiments durables dans la communauté canine sportive traditionnelle. 

Deux lévriers en pleine course sur une piste en terre, portant des muselières et des gilets de couleur.
Trois lévriers capturés en pleine foulée sur une piste en terre. — (source)

Les critiques des conservateurs et travaillistes : « gaspillage de temps » ou vraie question sociale ?

Le vote au Parlement n'a pas été unanime, loin de là. L'opposition, incarnée principalement par les Conservateurs écossais et le Parti travailliste écossais, a vivement critiqué l'initiative de Mark Ruskell. Finlay Carson, député conservateur et président de la commission des affaires rurales, a résumé l'opposition en déclarant qu'il était difficile de conclure autrement que ce processus avait été un « gaspillage de temps parlementaire précieux ». Pour ces élus, l'urgence d'autres sujets, comme le coût de la vie ou la crise économique, devait primer sur la question des courses de chiens.

Leur argumentaire s'est aussi appuyé sur la défense des libertés individuelles et d'une certaine forme de tradition. Le député travailliste Davy Russell a souligné l'impact négatif sur « certaines personnes âgées qui aiment parier sur les chiens ou les chevaux », présentant la course comme un loisir social inoffensif pour une population vieillissante. Cette défense a été perçue par les militants comme un déni face à la maltraitance avérée, opposant la nostalgie d'un folklore populaire au droit fondamental des animaux à ne pas être exploités. Cela pose la question de savoir si la préservation d'un loisir traditionnel justifie la perpétuation d'une souffrance animale systémique.

La France et ses 7 cynodromes : un modèle en sursis ?

Alors que l'Écosse célèbre l'interdiction, le regard se tourne naturellement vers la France. Quelle est la situation de la course de lévriers de l'autre côté de la Manche ? À première vue, l'Hexagone semble encore attaché à cette pratique, mais la réalité est plus nuancée. Bien que la France compte encore sept cynodromes en activité et une législation permissive, le déclin de l'industrie y est tout aussi dramatique, voire plus rapide, sans même qu'une loi d'interdiction ne soit nécessaire. Le modèle économique français s'effondre de lui-même, poussé par l'évolution des mœurs et des contraintes réglementaires.

La comparaison entre l'approche écossaise (radicale et législative) et la situation française (économique et réglementaire) est fascinante. Elle montre que la fin des courses de lévriers peut prendre des chemins différents. En France, ce n'est pas un vote parlementaire qui a sonné le glas du sport, mais une décision administrative datant de 2019 : l'interdiction des paris d'argent sur ces courses. En coupant le robinet financier, l'État a indirectement signé l'arrêt de mort de la profession, laissant le secteur survivant à l'état de fantôme.

Vingt mille lévriers, mais seulement 300 courent encore

Le paradoxe français est saisissant. Selon les estimations, il y aurait environ vingt mille lévriers en âge de courir sur le territoire national. C'est un cheptel conséquent, qui témoigne de l'ancrage historique de la race et de la passion de certains éleveurs. Cependant, seulement une infime fraction de ces chiens, à peine 300, fréquente encore régulièrement les sept cynodromes encore ouverts. Ce fossé immense entre le nombre de chiens disponibles et le nombre de participants effectifs illustre la perte de vitesse spectaculaire de la discipline.

La grande majorité des lévriers français sont désormais des chiens de compagnie ou des animaux de compagnie utilisés pour la chasse (bien que la chasse au lièvre avec lévriers soit encadrée de manière stricte). L'image du lévrier de course, celle du chien athlète enregistré sur un livret des courses, est en train de disparaître. L'industrie française, qui a tenté d'importer le modèle britannique dans les années 1960, n'a jamais réussi à s'imposer avec la même force. Aujourd'hui, elle se bat simplement pour exister, survivant grâce à des subventions et au bénévolat de quelques passionnés qui tentent de préserver ce qu'ils considèrent comme un « patrimoine » cynophile. 

Des lévriers en course devant des tribunes remplies de spectateurs, sur un hippodrome.
Deux lévriers en pleine course sur une piste en terre, portant des muselières et des gilets de couleur. — (source)

L'interdiction des paris en 2019 : le véritable coup d'arrêt

Si la France n'a pas encore voté l'interdiction pure et simple comme l'Écosse, c'est parce que le coup fatal a été porté ailleurs. En 2019, l'État a décidé d'interdire les paris sportifs en argent sur les courses de lévriers. Pour un sport qui repose quasi exclusivement sur les paris mutuels pour générer des recettes, cette décision a été une bombe atomique. Sans paris, il n'y a pas de prix, et sans prix, il n'y a plus d'incitation économique pour les propriétaires à engager leurs chiens.

Cette mesure a eu un effet dévastateur mais efficace : le modèle économique s'est effondré sans avoir besoin d'une loi morale sur la maltraitance. Les cynodromes ont vu leurs fréquentations chuter et leurs revenus s'effondrer. Aujourd'hui, les responsables du secteur dénoncent des accusations de maltraitance qu'ils jugent « injustes », tentant de défendre un modèle de « bien-être » qui ne convainc plus grand monde. La Commission nationale d'utilisation des lévriers (CNUL) a même édité une plaquette de « bonnes pratiques », mais c'est un cri de désespoir pour une activité qui n'a plus de souffle financier.

Les associations françaises vont-elles s'inspirer du combat écossais ?

Avec l'annonce de l'interdiction écossaise, la question se pose désormais en France : les associations de protection animale vont-elles saisir cette opportunité pour exiger une interdiction totale et définitive ? Des organisations comme L214, PETA France ou la Fondation 30 Millions d'Amis ont déjà, par le passé, dénoncé les conditions de vie des lévriers de race, attirant l'attention du grand public sur les euthanasies massives et les abandons.

L'exemple écossais pourrait servir de précédent politique fort. Il démontre qu'un parlement peut voter une telle loi sans que le ciel ne tombe sur la tête des amateurs de chiens. Si le modèle économique est déjà en ruine en France, l'argument des pertes d'emplois tient moins la route qu'en Écosse. Il est probable que les militants français utilisent ce vote comme un levier médiatique pour demander au gouvernement de ne pas laisser mourir ce secteur à petit feu, mais de l'interdire clairement, comme pour la corrida ou la chasse à courre, afin d'éviter tout dérapage éthique. La victoire de Mark Ruskell pourrait bien inspirer une nouvelle offensive législative à Paris. 

Deux lévriers en pleine action, soulevant de la poussière, l'un portant des protège-pattes bleus.
Deux lévriers en pleine action, soulevant de la poussière, l'un portant des protège-pattes bleus. — (source)

L'effet domino européen : vers une fin programmée des courses de lévriers ?

L'Écosse n'est pas un îlot isolé en matière de protection animale ; elle s'inscrit dans un mouvement continental, voire mondial, de remise en cause des sports utilisant des animaux. Ce qui se passe à Édimbourg a des répercussions bien au-delà des collines écossaises. En observant la carte de l'Europe, on constate que les pays autorisant encore les courses de lévriers commerciales se font de plus en plus rares. L'Écosse était l'un des huit derniers pays au monde à ne pas avoir interdit cette pratique, un club dont elle vient de sortir avec fracas.

Cette tendance de fond suggère que les courses de lévriers pourraient bientôt appartenir au passé sur l'ensemble du continent. La pression de l'opinion publique, de plus en plus informée et sensible à la cause animale, force les gouvernements à revoir leur copie. Le « divertissement animal » tel qu'on le concevait au XXe siècle est en train de mourir, remplacé par une éthique de la considération et du respect. La chute successive de ces pays illustre un changement de paradigme civilisationnel.

L'Écosse, le Pays de Galles et la normalisation de l'interdiction

Il est impossible d'analyser le vote écossais sans le mettre en parallèle avec ce qui se passe au Pays de Galles. Dans une coïncidence historique, le Parlement gallois (le Senedd) a voté une interdiction similaire la veille, le 17 mars 2026. Ce double coup de force au sein du Royaume-Uni envoie un message clair à Westminster : l'Angleterre, qui reste le bastion historique des courses de lévriers avec de grandes pistes comme celles de Sheffield ou de Birmingham, est de plus en plus isolée.

Cette vague d'interdictions normalise l'idée que les lévriers ne sont pas faits pour les pistes ovales. En sortant du groupe des pays récalcitrants, l'Écosse rejoint le rang des nations progressistes en matière de bien-être animal. Le Pays de Galles et la Nouvelle-Zélande étant également en phase de finaliser leur législation, le cercle des pays tolérant cette pratique se rétrécit comme une peau de chagrin. Les associations comme OneKind et Animal Concern ne s'arrêtent pas là ; elles savent que chaque victoire nationale renforce le plaidoyer international.

Quand les courses de chevaux seront-elles concernées ?

Ce n'est pas une question de « si », mais de « quand ». L'interdiction des courses de lévriers ouvre inévitablement la porte à une réflexion plus large sur d'autres sports hippiques. Si l'on admet que forcer un chien à courir pour le pari est illégitime car dangereux et exploiteur, comment justifier l'existence des courses de chevaux de plat ou d'obstacles, où les accidents mortels et les blessures sont également monnaie courante ?

Certains observateurs craignent un effet glissant (« slippery slope »), tandis que d'autres l'espèrent ardemment. Le débat commence à poindre, timidement mais sûrement. Les chiffres des accidents sur les pistes de chevaux sont tout aussi alarmants, si ce n'est plus, que ceux des lévriers. La différence réside surtout dans l'ancrage culturel et l'importance économique de l'industrie des courses équines, bien plus puissants que celle des lévriers. Pourtant, l'histoire montre que l'interdiction de la chasse à courre en Angleterre ou en Écosse, autrefois jugée impossible, a fini par advenir. L'interdiction des courses de lévriers en Écosse pourrait être le premier domino d'une série qui remettra en cause l'ensemble du modèle du pari animalier.

Conclusion : Bert peut enfin se reposer, et nous ?

Le vote du 18 mars 2026 restera dans les annales comme un moment où la politique a retrouvé son sens premier : la protection des plus vulnérables face aux intérêts des plus forts. En Écosse, les lévriers comme Bert et Sylvie ne sont plus des numéros de piste ou des vecteurs de paris ; ils sont reconnus comme des êtres vivants dignes de protection. Ce vote n'est pas la fin d'une histoire, mais le début d'une nouvelle ère pour le bien-être animal.

Cette décision interroge chacun d'entre nous sur notre rapport au divertissement et à l'animal. Elle nous force à regarder en face nos propres contradictions, acceptant parfois l'exploitation d'une espèce au nom de la tradition tandis que nous chérissons une autre comme animal de famille. L'exemple écossais démontre qu'un changement de société est possible, qu'il est légitime de dire « stop » à des pratiques injustes même si elles sont ancrées dans l'histoire.

Un vote, un symbole, un changement d'époque

L'interdiction des courses de lévriers en Écosse dépasse largement le cadre cynologique. C'est un marqueur générationnel fort. Les jeunes générations, issues d'une culture qui privilégie l'éthique sur le profit, rejettent massivement l'exploitation animale sous toutes ses formes. Le vote d'aujourd'hui reflète cette mutation de la conscience collective. L'Écosse a montré qu'une démocratie peut évoluer, corriger ses torts et s'aligner sur ses valeurs de compassion.

C'est aussi un symbole puissant pour le reste du monde. De l'Espagne où les Galgos subissent toujours un calvaire à la France où les chevaux de course meurent sur les pistes, le signal écossais résonne. Il dit que l'impensable d'hier peut devenir la loi de demain. C'est un appel à l'action pour les militants, mais aussi une invitation pour les citoyens ordinaires à réfléchir à leurs propres consommations de loisir.

La fin d'un monde n'est pas la fin du monde

Terminons sur une note d'optimisme. La fin des courses de lévriers ne signifie pas la fin de la relation entre l'homme et l'animal, bien au contraire. Elle marque la fin d'une relation de prédation et le début d'une relation de partenariat respectueux. Les lévriers sauvés des pistes deviennent, jour après jour, des témoins éloquents de leur capacité d'adaptation et d'amour en tant que chiens de compagnie.

Bert peut enfin se reposer sur le canapé de Mark Ruskell sans que personne ne lui demande de courir après un leurre artificiel. Et nous ? Nous pouvons nous aussi respirer, sachant que notre société a fait un petit pas de plus vers l'humanité. L'interdiction ne détruit pas une tradition ; elle libère des milliers d'animaux pour qu'ils puissent enfin vivre leur vie de chien, simplement.

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Questions fréquentes

Quand les courses de lévriers sont-elles interdites en Écosse ?

Le Parlement écossais a voté l'interdiction le mercredi 18 mars 2026. Cette loi interdit purement et simplement l'organisation de courses sur piste ovale.

La course de lévriers est-elle encore légale en France ?

Oui, la France compte encore sept cynodromes en activité, mais l'industrie est en déclin. L'interdiction des paris en argent depuis 2019 a gravement affaibli le modèle économique.

Que devient le lévrier Bert après sa retraite ?

Bert a été accueilli par la famille du député Mark Ruskell. Il est devenu un exemple poignant du traumatisme subi par les chiens de course et a inspiré le combat législatif.

Quelle est la sanction pour faire courir un lévrier en Écosse ?

Organiser une course ou y participer devient un acte illégal passible de sanctions. La loi criminalise l'exploitation d'une piste ovale pour des événements commerciaux.

Combien de lévriers sont morts sur les pistes en 2023 ?

En 2023, 109 lévriers ont trouvé la mort sur les pistes britanniques, selon le Greyhound Board of Great Britain. Cette statistique exclut les milliers de blessures enregistrées la même année.

Sources

  1. Lévrier — Wikipédia · fr.wikipedia.org
  2. MAJOR WIN: Bill to ban greyhound racing passes Stage 2! — Animal Concern · animalconcern.org
  3. MAJOR WIN: Bill to ban greyhound racing passes Stage One! — Animal Concern · animalconcern.org
  4. bbc.com · bbc.com
  5. challenges.fr · challenges.fr
world-watcher
Sarah Lebot @world-watcher

Journaliste en herbe, je synthétise l'actu mondiale pour ceux qui n'ont pas le temps de tout suivre. Étudiante en journalisme à Sciences Po Lille, je contextualise les événements sans prendre parti. Mon objectif : rendre l'info accessible et compréhensible, surtout pour ma génération. Pas de jargon, pas de sensationnalisme – juste les faits et leur contexte. Parce que comprendre le monde, c'est le premier pas pour le changer.

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