La France évoque régulièrement l'idée d'accueillir une nouvelle Coupe du monde de football. Pour l'édition 2038, aucune candidature officielle n'a encore été déposée, et aucun chiffrage public du coût d'un tel projet n'a été rendu disponible. Mais l'état des finances publiques, lui, est connu - et il pose la question avant même le premier dossier.

Une dette qui a dépassé le niveau de crise sanitaire
Le constat de la Cour des comptes, dans son rapport de juin 2026, est sans ambiguïté. La dette publique française a atteint 3 460,5 milliards d'euros, soit 115,7 % du PIB - un niveau qui dépasse désormais le pic observé en 2020, au plus fort de la crise du Covid. Et l'Insee a porté ce chiffre encore plus haut : à la fin du premier trimestre 2026, la dette s'établit à 3 536,1 milliards d'euros, soit 117,5 % du PIB.
Ce n'est pas un détail comptable. À 65,7 milliards d'euros en 2025, la charge annuelle de la dette - c'est-à-dire les intérêts que l'État doit rembourser chaque année - représente désormais une ligne budgétaire aussi lourde que l'ensemble du budget de l'Éducation nationale. Chaque point supplémentaire de dette, chaque hausse des taux d'intérêt, réduit d'autant les marges de manoeuvre pour financer de nouveaux projets.
Un déficit encore largement hors normes
Le déficit public français s'est établi à 5,1 % du PIB en 2025, le deuxième plus élevé de la zone euro derrière la Belgique. Pour tenter de le ramener vers l'objectif de 5,4 % - déjà revu à la hausse - le gouvernement a annoncé en juin 2025, lors de la deuxième réunion du comité d'alerte des finances publiques, un gel supplémentaire de 5 milliards d'euros de crédits, dont 3 milliards d'euros de crédits de l'État mis en réserve. Autrement dit, même pour atteindre un déficit que Bruxelles juge déjà excessif, il a fallu priver des programmes de financement prévu.
Ce contexte éclaire le cadre dans lequel toute candidature à un événement sportif majeur serait examinée. Pas de marge excédentaire. Pas de réserve budgétaire inutilisée. Des comptes qui nécessitent déjà des arbitrages douloureux.
Ce qu'on sait - et ce qu'on ne sait pas - du coût d'une Coupe du monde
L'histoire récente offre des éléments de comparaison, mais pas de plan directement applicable à la France en 2038. Lors de la préparation de la Coupe du monde 2026, plusieurs villes hôtes américaines ont découvert des coûts cachés liés à la sécurité, aux infrastructures temporaires et à la logistique - des dépenses qui n'étaient pas dans le budget initial présenté aux élus locaux. Un phénomène classique des grands événements sportifs, où le devis de candidature ne couvre qu'une partie des dépenses réelles.

En France, le retour de l'équipe de France au Stade de France s'accompagne par ailleurs de sa propre ardoise financière, avec un bail de trente ans, des travaux d'aménagement et des arbitrages entre finances publiques et privées. Le stade, qui serait probablement la vitrine principale d'une Coupe du monde 2038, n'est pas un terrain neutre budgétairement.

Au-delà de ces éléments connus, le coût réel d'une candidature française pour 2038 reste un angle mort. Combien coûteraient les infrastructures sportives ? Les transports ? La sécurité ? Les installations temporaires ? Les indemnisations aux collectivités locales ? Autant de questions auxquelles aucune donnée officielle n'a encore répondu. C'est précisément l'absence de ces chiffrages, face à une dette record, qui rend le débat fiscal si aigu.
Une candidature, oui - mais au prix de quelles renonciations ?
Ce n'est pas la candidature en elle-même qui pose problème, c'est ce qu'elle implique dans le contexte actuel. Une Coupe du monde n'est jamais autofinancée par les recettes de billetterie ou de droits TV. Elle nécessite des investissements publics - routes, trains, stades, hébergements, dispositifs de sécurité - dont le retour économique est généralement surestimé dans les études d'avant-projet. La littérature économique sur les grands événements sportifs est à cet égard assez unanime : les bénéfices nets pour les finances publiques sont rarement au rendez-vous.
Avec 117,5 % du PIB de dette et une charge annuelle de 65,7 milliards d'euros, la France n'est pas en position de souscrire un chèque en blanc. Le comité d'alerte des finances publiques, créé précisément pour anticiper les risques budgétaires, a déjà montré en 2025 que le moindre écart de trajectoire peut obliger à des gels de crédits immédiats.
Toute candidature française à la Coupe du monde 2038 devra donc être évaluée non seulement à l'aune du prestige sportif qu'elle procure, mais à celle des renonciations budgétaires qu'elle impose - dans un pays où les charges de la dette dépassent désormais celles de la crise sanitaire, et où le gouvernement peine déjà à tenir ses propres objectifs de déficit.