Le prix du gazole a atteint 2,41 euros le litre en moyenne en France ce dimanche 20 septembre, selon une analyse des données publiques. C'est un nouveau record, en pleine crise géopolitique où les approvisionnements sont fortement perturbés. Pourtant, le gouvernement de Sébastien Lecornu refuse une baisse généralisée des taxes et tout nouveau bouclier tarifaire.

Un non assumé au nom du déficit
"Le scénario d'une baisse des taxes" - les taxes, qui représentent 50 à 55 % du prix à la pompe - "n'est pas envisagé à l'heure où on se parle", a affirmé sur BFMTV la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon, également chargée de l'énergie.
La justification est budgétaire. "Nous n'avons plus les moyens du "quoi qu'il en coûte", comme pendant la pandémie de Covid, alors que le gouvernement s'est engagé à réduire son déficit public à 5 % du produit intérieur brut, a souligné Maud Bregeon. Le débat rejoint directement la préparation du budget 2027, détaillée dans Budget 2027 France : pourquoi Lecornu traite les demandes de ses ministres d'irréalistes.
Le souvenir du précédent bouclier pèse lourd. Selon les calculs du Centre pour la recherche économique et ses applications (Cepremap), le bouclier tarifaire mis en place en 2022 et 2023, qui avait notamment permis de contenir l'inflation, a coûté 110 milliards d'euros sur deux ans, creusant le déficit public.
Le ministre des Comptes publics a aussi assumé un choix politique à six mois de l'élection présidentielle. Il a exclu une aide massive sans condition de revenus : "ce serait la facilité d'ouvrir grand la vanne aux milliards, à six mois de l'élection présidentielle, en laissant la facture aux successeurs" et, in fine, "aux Français".
L'État ne gagne rien à la flambée
Face à la colère des automobilistes, une idée revient : l'État profiterait de la hausse via la TVA. Les chiffres racontent une autre histoire.
Sur six mois, de mars à fin août, l'envolée des prix a généré 304 millions d'euros de TVA nette supplémentaire par rapport à la même période de 2025, avait indiqué le gouvernement il y a trois semaines.
Mais, parallèlement, les recettes d'accise ont diminué de 295 millions d'euros. Cette taxe correspond à une somme fixe (61 centimes sur le litre d'essence, 69 centimes sur le gazole) et son rendement diminue donc si les volumes consommés reculent. C'est le cas depuis le début de la crise : les ventes de carburants ont baissé d'environ 5,5 % entre mars et août, avec cinq mois consécutifs de repli.
Interrogé sur LCI, le ministre des Comptes publics a assuré que la flambée ne rapportait rien à l'État, évoquant même une perte de 10 millions d'euros de recettes liées au carburant par rapport à la même période de l'an dernier.
L'écart est encore plus net si on ajoute les dépenses. Ce surplus de TVA de plus de 300 millions d'euros doit surtout être comparé aux aides déployées depuis le début de la crise. Selon Bercy, leur montant global atteint environ 1,4 milliard d'euros.
Des aides ciblées plutôt qu'une baisse pour tous
Le gouvernement défend un ciblage social et sectoriel. "Quand vous baissez les taxes, vous aidez tout le monde, les gens les plus aisés comme les plus précaires, nous, on préfère viser les plus précaires", a expliqué sur LCI Maud Bregeon, ministre déléguée à l'Énergie et porte-parole du gouvernement.
Concrètement, l'exécutif prolonge jusqu'au 31 décembre 2026 les aides ciblées sur les carburants pour les secteurs fragilisés, a indiqué l'entourage de Sébastien Lecornu. Face à la hausse des prix à la pompe, des aides de 15 à 35 centimes par litre seront mises en place pour certains corps de métier.

Le soutien destiné aux pêcheurs, très mobilisés ces derniers jours avec plusieurs blocages, passera de 25 à 35 centimes par litre.
Pour les ménages, le dispositif le plus identifié reste l'indemnité de 100 euros destinée aux travailleurs modestes qui parcourent de longues distances avec leur véhicule. Le gouvernement avait prévu une enveloppe maximale de 300 millions d'euros, correspondant à environ trois millions de bénéficiaires potentiels.
"Il y aura très vraisemblablement des aides supplémentaires à partir du 1er octobre, mais ce qu'il n'y aura pas, c'est une baisse de taxes généralisée", a prévenu le ministre de l'Économie Roland Lescure sur France Inter.
Le blocage des prix inquiète les pétroliers
En France, l'autre option évoquée à gauche, le blocage des prix, est rejetée par l'industrie. Selon 20minutes.fr, l'Ufip, organisation professionnelle qui rassemble les sociétés énergétiques et pétrolières, estime que la proposition de La France insoumise de bloquer les prix de l'essence entraînera "immédiatement la pénurie".
Pour les ménages modestes et les secteurs exposés, mieux vaut vérifier leur éligibilité à l'indemnité de 100 euros, les conditions propres à leur métier et les justificatifs de distance domicile-travail.