Dans un litre de carburant vendu en France, les taxes représentent environ la moitié du prix. Le reste se partage entre le cours mondial du pétrole, les marges de raffinage et de distribution, et la TVA.

La décomposition du prix à la pompe
Au 10 avril 2026, un litre de gazole se répartissait ainsi : matière première 45,2 %, transport et distribution 11,8 %, TVA 11,4 %, accise ex-TICPE 26 %, TVA sur accise 5,3 %. Pour le SP95-E10, la matière première pesait 35 %, le transport et distribution 14,3 %, la TVA 10 %, l'accise environ 34 %, la TVA sur accise 6,7 %.

L'accise ex-TICPE, fixe par litre, est soumise à la TVA à 20 %. Le 3 juillet 2026, elle représentait 33 % du prix du gazole à 1,863 euro le litre et 36 % du SP95 à 1,873 euro. Ses taux cette année sont de 59,40 centimes par litre pour le gazole et 68,29 centimes pour le SP95-E5.
La France importe 99 % du pétrole qu'elle consomme. Le prix de la matière première échappe donc au contrôle national. Selon la Banque de France, une hausse de 1 % du prix du gazole raffiné importé entraîne une augmentation de 0,75 % du prix hors taxe et de 0,3 % du prix toutes taxes comprises à la pompe.
Les marges de raffinage ont connu un pic temporaire. La marge brute sur Brent a atteint 192,68 euros la tonne la semaine du 20 mars 2026, contre 36,66 euros début 2026, d'après les données gouvernementales. Les distributeurs indiquent une marge de 1 à 2 centimes par litre, soit moins de 1 % du prix pour TotalEnergies. La part transport et distribution inclut environ 16 centimes de certificats d'économie d'énergie répercutés par les distributeurs.
Un désaccord oppose les acteurs sur la responsabilité des hausses. Leclerc accuse les raffineurs de constituer des stocks, U accuse l'Etat de percevoir plus de 51 % du prix, et le gouvernement envisage un plafond des marges distributeurs.
Les leviers pour faire baisser le prix et leur coût
En 2025, le produit de la TICPE a atteint 30,5 milliards d'euros, finançant l'Etat (16,3 milliards), les collectivités locales (12,1 milliards) et l'AFITF (1,2 milliard). Baisser la fiscalité a un coût direct pour les finances publiques. Le gouvernement chiffre à 17 milliards d'euros la perte d'une baisse de la TVA à 5,5 % sur tous les produits énergétiques. Le Rassemblement national propose une TVA à 5 %.
Le gouvernement refuse le blocage des prix et privilégie un encadrement des marges distributeurs, comme le rappelle l'article Carburants à plus de 2 € : pourquoi le gouvernement refuse de baisser les taxes sur l'essence. La réunion de Bercy sur le suivi des tarifs, évoquée dans Hausse prix carburant France : contrôle Bercy et budget des conducteurs, confirme cette approche de régulation sans baisse d'impôt.
La contrainte des planchers européens d'accise limite la marge de manœuvre fiscale : ils imposent 35,9 centimes par litre pour l'essence et 33,0 centimes pour le gazole. La composante carbone de l'accise valait 44,6 euros la tonne de CO2 en 2018.
Comparaison avec les voisins européens
Au 20 juillet 2026, la France était au 5e rang de l'Union européenne pour les prix, avec un SP95 à 2,01 euros le litre et un gazole à 2,07 euros. Ses accises comptent parmi les plus élevées : 0,69 euro par litre pour l'essence, 0,61 euro pour le gazole, soit la première position pour le diesel. L'Allemagne affichait 2,19 euros pour l'essence et 2,16 pour le gazole, l'Italie 2,04 euros pour le gazole.
L'Espagne a choisi un autre levier : une TVA réduite temporaire de 10 % sur les carburants, avec des accises parmi les plus faibles de l'UE. La France maintient sa structure de fiscalité élevée pour soutenir les comptes publics.
Le cours du brut échappe à Paris, la fiscalité peut être modulée mais chaque euro abandonné creuse les recettes de l'Etat et des collectivités. Connaître la répartition exacte permet au citoyen de juger cet arbitrage.