Le ministre de l'Économie Roland Lescure a confirmé le 24 mars 2026 que 30 à 40 % des capacités de raffinage du Golfe ne sont plus en fonctionnement. Ces installations sont à l'arrêt ou détruites suite aux frappes du conflit au Moyen-Orient. Le gouvernement français qualifie la situation de « nouveau choc pétrolier ». Selon Lescure, 15 à 20 % du pétrole et 20 % du gaz naturel liquéfié mondiaux ne parviennent plus sur les marchés, soit 11 millions de barils en moins par jour.

30 à 40 % des capacités de raffinage du Golfe hors service
La destruction la plus lourde touche le complexe de Ras Laffan au Qatar, la plus grande usine de GNL du monde. L'Iran a frappé le site le 18 mars 2026, provoquant incendies et « dégâts étendus » selon QatarEnergy. Le contrat TTF, référence européenne du gaz, a bondi de 28 % à 70 €/MWh le 19 mars. Cette attaque s'inscrit dans la crise diplomatique et militaire entre le Qatar et l'Iran (/monde/qatar-iran-rupture-diplomatique-escalade-militaire/).
Le gouvernement admet que l'évaluation de 30 à 40 % est une estimation qui dépend de la durée du conflit. La ministre de l'Énergie Maud Bregeon a assuré qu'aucune pénurie de carburant n'est attendue en France grâce aux stocks stratégiques. Pour les installations simplement à l'arrêt, le redémarrage prendra quelques semaines ou mois. Pour celles détruites, notamment au Qatar, le ministre a prévenu que la remise en état demanderait « plusieurs années ». Rystad Energy estime que la récupération complète à Ras Laffan pourrait prendre jusqu'à cinq ans, à cause des délais d'équipements critiques produits par seulement trois fabricants mondiaux.
Le gazole dépasse 2,10 € le litre en France
En France, la hausse frappe le budget. En une semaine, le gasoil a pris 12,5 centimes à la pompe, et 51 centimes (+30 %) en un mois. Le gazole a dépassé 2,10 €/L en moyenne fin mars 2026, soit plus de 40 centimes de hausse depuis le début de la guerre. Le sans-plomb 95 et 98 tournent autour de 2,00 à 2,10 €/L. C'est la troisième semaine consécutive de hausse. Le pétrole a grimpé de 60 % et le gaz de 70 % depuis le début du conflit.
L'AIE a déclenché le 11 mars 2026 un relâchement coordonné de 400 millions de barils de réserves stratégiques, dont 14 millions pour la France. Malgré cela, l'agence prévient que la fonte des stocks mondiaux est historique et que le déficit cumulé de produits pétroliers liquides pourrait atteindre 900 millions de barils en septembre 2026. Aucune rupture d'approvisionnement physique n'est constatée à court terme, mais les prix restent sous tension pour les usagers. La flambée impacte directement la mobilité des jeunes et des précaires (/monde/petrole-koweit-coupe-robinet-menace-nos-vacances-ete/).
Aide de 70 M€ aux seuls professionnels
Le gouvernement a annoncé un plan de soutien d'un coût maximal de 70 millions d'euros pour avril 2026. Il cible uniquement les professionnels : 20 centimes par litre pour les TPE/PME du transport routier (50 M€), 20 centimes par litre pour la pêche (5 M€), et exonération de l'accise sur le gazole agricole (14 M€). Les automobilistes particuliers, dont beaucoup de jeunes travailleurs précaires, ne reçoivent aucune aide directe.
Bercy refuse pour l'instant toute baisse des taxes sur les carburants et tout blocage des prix. La ministre de l'Énergie Maud Bregeon a déclaré : « On ne peut pas aggraver significativement le déficit […] il n'y a pas d'argent magique. » Des critiques accusent le gouvernement de « brasser du vent » face aux spéculateurs et de ne pas protéger les ménages, alors que les taxes expliquent une part de la hausse à la pompe. Ils réclament une baisse des taxes ou un blocage des prix, refusés par Bercy.
Réparation coûteuse et électrification annoncée
Rystad Energy estime le coût de réparation des infrastructures du Golfe à au moins 25 milliards de dollars, une évaluation révisée plus tard à 58 milliards. La charge pèse sur les acteurs privés et les États du Golfe.
Côté France, le plan gouvernemental affirme une double intention : aides immédiates ciblées et, à moyen terme, électrification des usages pour réduire la dépendance aux hydrocarbures importés. Ce volet s'inscrit dans la Programmation pluriannuelle de l'énergie du 13 février et un « plan d'électrification des usages » annoncé. L'AIE a publié un plan d'urgence de 10 mesures (télétravail, moins de vitesse, transports en commun) visant à réduire la demande de 2,7 Mb/j, loin du déficit de 11 Mb/j. La crise accélère l'intérêt pour les véhicules électriques : les recherches EV ont bondi de 20 % la première semaine, et l'intérêt aux États-Unis a atteint 23,8 % la semaine du 9 au 15 mars.
Pour les jeunes, l'incertitude porte sur la durée des réparations, jusqu'à cinq ans pour Ras Laffan. L'électrification apparaît comme un levier pour réduire l'exposition individuelle et collective au prix du pétrole importé.