Un colis Amazon portant le logo de l'entreprise et l'adresse amazon.co.uk.
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Amazon UK : 355 M£ de bénéfices, 7,6 M£ de crédit d'impôt – comment est-ce possible ?

Amazon UK empoche 7,6 M£ de crédit d'impôt sur 355 M£ de bénéfices, grâce à des montages comptables et au super-deduction. L'article décrypte ces mécanismes, le coût pour les services publics et les réformes insuffisantes comme la taxe GAFA.

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Une entreprise réalise 355 millions de livres de bénéfices, en hausse de plus d'un quart sur un an. Sa récompense ? Un chèque de 7,6 millions de livres envoyé par le fisc britannique. Ce n'est pas une fiction. C'est la réalité d'Amazon UK Services, la principale branche britannique du géant du e-commerce, selon des documents publiés en juin 2026 et révélés par The Guardian. Le paradoxe saute aux yeux : alors que le Royaume-Uni serre la vis budgétaire, Amazon empoche un crédit d'impôt public. 

Un colis Amazon portant le logo de l'entreprise et l'adresse amazon.co.uk.
Un colis Amazon portant le logo de l'entreprise et l'adresse amazon.co.uk. — (source)

L'histoire n'est pas nouvelle. En 2013 déjà, Le Monde rapportait qu'Amazon avait payé 2,4 millions de livres d'impôt sur les sociétés pour 320 millions de chiffre d'affaires au Royaume-Uni. Margaret Hodge, alors présidente de la commission parlementaire sur les finances publiques, avait qualifié ce montant de « blague ». Douze ans plus tard, la blague a pris une tout autre ampleur.

Bénéfices records, impôt zéro : Amazon UK empoche 7,6 M£

Les chiffres donnent le tournis. Amazon UK Services, qui emploie 66 000 personnes sur les 75 000 que compte le groupe au Royaume-Uni, a généré 8,2 milliards de livres de chiffre d'affaires en 2025, en hausse de 11 %. Ses bénéfices avant impôt ont bondi de 26,5 %, atteignant 355 millions de livres. Logiquement, une telle performance devrait se traduire par un joli chèque pour le HM Revenue and Customs (HMRC), le fisc britannique. 

Façade d'une station de livraison Amazon avec le logo emblématique.
Façade d'une station de livraison Amazon avec le logo emblématique. — (source)

Une facture fiscale négative

Mais la réalité comptable est tout autre. Au lieu de verser de l'impôt, Amazon UK Services a reçu un crédit d'impôt de 7,6 millions de livres. Concrètement, c'est l'État qui doit de l'argent à l'entreprise. Le scandale apparent est parfaitement résumé : l'entreprise « gagne », l'État « paie ».

Le taux d'imposition effectif de cette branche tombe à 7,1 %, selon Paul Monaghan, directeur général de la Fair Tax Foundation, cité par The Guardian. Un taux trois fois et demie inférieur au taux facial de l'impôt sur les sociétés britannique, fixé à 25 %. 

Logo d'Amazon fixé sur la façade d'un bâtiment.
Logo d'Amazon fixé sur la façade d'un bâtiment. — (source)

2013-2025 : une tradition britannique bien rodée

Retour en 2013. Cette année-là, Amazon UK affichait 320 millions de livres de chiffre d'affaires et payait 2,4 millions d'IS. Déjà, le groupe enregistrait une grande partie de ses revenus britanniques au Luxembourg pour diminuer son imposition. Margaret Hodge s'indignait : « Ce que la population trouvera le plus choquant est que le montant des impôts payés par Amazon est inférieur à ce qu'ils ont pris aux contribuables sous la forme de subventions gouvernementales. »

Le schéma n'a cessé de se perfectionner. Entre 2013 et 2025, Amazon a affiné ses techniques. L'entreprise a notamment massivement profité du « super-deduction », un mécanisme d'allègement fiscal introduit par le chancelier Rishi Sunak en 2021. Ce dispositif permettait aux entreprises de déduire 130 % du coût de leurs investissements en équipements et machines de leurs bénéfices avant impôt. Résultat : Amazon n'a payé aucun IS au Royaume-Uni en 2021 et 2022.

Le tour de magie comptable : comment 16,7 M£ d'ajustements effacent l'impôt

Comment passe-t-on d'une dette fiscale de 9,1 millions de livres à un crédit d'impôt de 7,6 millions ? La réponse tient en un mot : les ajustements. The Guardian détaille le mécanisme : Amazon UK Services devait 9,1 millions de livres de « current tax » (essentiellement de l'IS). Mais ce montant a été réduit de 16,7 millions de livres en raison d'« ajustements relatifs aux exercices précédents ». Le solde devient négatif : 7,6 millions de livres en faveur d'Amazon.

Ce n'est pas de la magie. C'est un jeu d'écritures parfaitement légal, rendu possible par la complexité du code des impôts britannique. Le contribuable lambda, lui, ne peut pas invoquer des « ajustements » pour réduire sa facture fiscale. 

Calculatrice et crayon sur des documents financiers comprenant des graphiques et des diagrammes.
Calculatrice et crayon sur des documents financiers comprenant des graphiques et des diagrammes. — (source)

Décryptage du jargon comptable

Derrière ces termes techniques se cachent des mécanismes bien réels. Les 16,7 millions de livres d'ajustements comprennent principalement deux choses : les « capital allowances » et les « provisions excessives des années antérieures ».

Les capital allowances sont des amortissements accélérés. Concrètement, quand Amazon investit dans des robots, des entrepôts ou des équipements logistiques, le fisc britannique lui permet de déduire une partie du coût de ces investissements de ses bénéfices imposables. Plus l'investissement est massif, plus la déduction est importante. Et Amazon investit massivement : l'entreprise a dépensé des milliards pour automatiser ses centres de distribution.

Les provisions excessives des années antérieures sont plus simples : Amazon avait mis de côté trop d'argent pour payer ses impôts les années précédentes. En 2025, l'entreprise a réajusté ces provisions, réduisant d'autant sa charge fiscale actuelle. C'est un peu comme si vous aviez trop cotisé à votre assurance et que vous receviez un remboursement.

L'héritage du « Super-deduction » de Rishi Sunak

Le super-deduction, introduit par Rishi Sunak en 2021, est un dispositif qui permettait aux entreprises de déduire 130 % du coût de leurs investissements en machines et équipements de leurs bénéfices avant impôt. En vigueur du 1er avril 2021 au 31 mars 2023, il a été remplacé par le « full expensing » permanent.

Le site du gouvernement britannique explique que ce mécanisme visait à stimuler l'investissement des entreprises après la pandémie. Amazon en a massivement profité. Les déductions accumulées entre 2021 et 2023 continuent d'éroder l'impôt des années suivantes, créant un « stock » de déductions qui se reporte dans le temps.

C'est un peu comme si vous aviez le droit de déduire 130 euros pour chaque 100 euros dépensés en équipement. La différence de 30 euros vient réduire vos impôts futurs. Pour une entreprise qui investit des milliards, l'effet est colossal.

Montage fiscal : pourquoi la moitié des 32 milliards d'Amazon UK passe par le Luxembourg

Le cas d'Amazon UK Services n'est que la partie émergée de l'iceberg. Les cinq plus grandes divisions d'Amazon au Royaume-Uni (Amazon UK Services, Prime Video, publicité en ligne, datacentres, traitement des paiements) ont généré un chiffre d'affaires combiné de 32 milliards de livres en 2025. Leurs bénéfices avant impôt cumulés sont passés de 455 à 555 millions de livres.

Mais la moitié de ces 32 milliards de livres de revenus n'est même pas comptabilisée au Royaume-Uni. Elle transite par le Luxembourg, via Amazon EU Sarl. Ce montage fiscal réduit encore la note finale. 

Les Amazon Spheres, siège emblématique d'Amazon à Seattle.
Les Amazon Spheres, siège emblématique d'Amazon à Seattle. — (source)

Le trou noir luxembourgeois : Amazon EU Sarl

Amazon EU Sarl, basée au Luxembourg, enregistre les revenus de la Belgique, de la France, de l'Allemagne, de l'Irlande, de l'Italie, des Pays-Bas, de la Pologne et de l'Espagne. Mais aussi une partie des revenus britanniques. Le mécanisme est simple : les clients britanniques commandent sur Amazon.co.uk, mais une partie des transactions est juridiquement réalisée par la filiale luxembourgeoise.

Deux techniques permettent ce transfert de profits. Le « cost-sharing agreement » : Amazon facture à ses filiales des frais de services partagés (recherche, développement, technologies) qui réduisent les bénéfices locaux. Les redevances de marque : les filiales paient des royalties à la maison mère pour utiliser la marque Amazon, transférant ainsi les profits vers des juridictions faiblement taxées. Le Luxembourg applique un taux d'IS théorique de 24,94 %, mais des accords fiscaux et des exonérations réduisent souvent ce taux à moins de 5 %.

Taux effectif de 7,1 % : la comparaison qui tue

Paul Monaghan, de la Fair Tax Foundation, ne mâche pas ses mots : « Comment les autres détaillants peuvent-ils rivaliser avec une telle évasion fiscale ? » Le taux effectif d'IS d'Amazon UK (7,1 %) est à comparer au taux facial britannique de 25 %. Mais aussi au taux moyen d'imposition d'un jeune salarié français.

En France, un jeune actif célibataire sans enfant qui gagne 2 500 euros brut par mois paie environ 30 % de son salaire en cotisations sociales et impôt sur le revenu (IR + CSG). Amazon UK paie l'équivalent de 7,1 % de ses bénéfices. Le déséquilibre est flagrant. Et ce n'est que la partie britannique : les profits logés au Luxembourg échappent encore plus largement à l'impôt.

« Nous payons 1,3 milliard » : décryptage de la communication fiscale d'Amazon

Face aux critiques, Amazon a une réponse chiffrée qui sonne bien. L'entreprise affirme avoir payé plus de 1,3 milliard de livres d'impôts directs de toutes sortes en 2025, en hausse de 20 % par rapport à 2024. Le chiffre, rapporté par Retail Gazette, inclut les cotisations patronales (National Insurance), la taxe professionnelle (business rates), la taxe sur les services numériques (DST), et l'IS.

Mais ce chiffre est trompeur. Amazon ne ventile pas le montant d'IS qu'elle paie réellement pour l'ensemble de ses activités britanniques. Et surtout, la définition de « contribution fiscale totale » est contestée.

Ce que cache le chiffre de 1,3 milliard de livres

La ventilation de la « contribution fiscale totale » revendiquée par Amazon UK est instructive. Elle comprend les cotisations patronales (National Insurance), que toute entreprise paie sur les salaires de ses employés. Elle inclut la taxe professionnelle (Business Rates), que paient tous les propriétaires de locaux commerciaux. Et la taxe sur les services numériques (DST), une taxe spécifique aux géants de la tech. 

Bâtiment Amazon arborant le logo et la flèche sourire caractéristiques.
Bâtiment Amazon arborant le logo et la flèche sourire caractéristiques. — (source)

L'impôt sur les sociétés n'en est qu'une infime partie. Et même cette partie est difficile à isoler, car Amazon ne publie pas de ventilation précise. Le chiffre de 1,3 milliard de livres donne l'impression qu'Amazon est un bon contribuable. En réalité, l'essentiel de cette somme est constitué de taxes que l'entreprise collecte pour le compte de l'État (TVA) ou de charges sociales liées à ses 75 000 employés.

L'art de noyer le poisson

Le concept de « contribution fiscale totale » est vivement critiqué par les ONG comme la Fair Tax Foundation. C'est un indicateur non standardisé qui mélange les taxes supportées (celles que l'entreprise paie vraiment, comme l'IS) et les taxes collectées (celles qu'elle prélève pour le compte de l'État, comme la TVA).

En France, Amazon utilise la même stratégie de communication. Sur sa page aboutamazon.fr, l'entreprise affiche une contribution fiscale totale de plus de 2,6 milliards d'euros en 2024, dont plus de 900 millions d'euros d'impôts directs. Mais là encore, l'IS effectif n'est pas détaillé. Amazon France a réalisé plus de 12 milliards d'euros de chiffre d'affaires et emploie plus de 25 000 salariés en CDI. L'entreprise se classe parmi les 50 premiers contributeurs fiscaux du pays, selon une étude Deloitte. Mais cette position flatteuse cache une réalité moins reluisante : le taux d'IS effectif reste probablement très bas.

575 millions par an : le coût caché de l'évitement fiscal d'Amazon

Passons de la technique à l'impact. Combien le Royaume-Uni perd-il vraiment à cause de l'optimisation fiscale d'Amazon ? L'ONG Ethical Consumer a tenté de calculer ce manque à gagner. Le résultat est vertigineux.

Le calcul d'Ethical Consumer : 2 milliards de livres perdus en 5 ans

La méthodologie d'Ethical Consumer est simple. L'ONG applique la marge bénéficiaire moyenne mondiale d'Amazon (7,76 % en 2024) à ses revenus britanniques. Résultat : les profits UK pourraient atteindre 2,9 milliards de livres. Au taux d'IS de 25 %, cela représenterait environ 575 millions de livres d'impôt sur les sociétés par an.

Sur 5 ans, le manque à gagner cumulé est estimé à près de 2 milliards de livres. C'est l'équivalent du budget annuel de plusieurs hôpitaux publics britanniques, ou de la construction de dizaines d'écoles. Ce sont des recettes fiscales qui auraient pu financer des services publics, mais qui ont été détournées vers des paradis fiscaux.

Le « Silicon Six » : un cartel fiscal aux dépens des contribuables

Amazon n'est pas seul. La Fair Tax Foundation a étudié les six géants de la tech : Amazon, Meta, Alphabet (Google), Netflix, Apple et Microsoft. Le constat est accablant. Selon un rapport du Guardian, ces six entreprises ont généré 11 000 milliards de dollars de revenus et 2 500 milliards de dollars de bénéfices sur 10 ans. Mais elles n'ont payé qu'un taux moyen d'IS de 18,8 %, contre 29,7 % en moyenne aux États-Unis.

Le manque à gagner fiscal est estimé à près de 278 milliards de dollars sur 10 ans. Amazon, avec un taux effectif de 19,6 %, a été classé comme le pire élève en matière de « conduite fiscale ». Le montant total d'impôts évités par Amazon est le plus élevé du groupe.

Pour la génération Z, qui subit de plein fouet les coupes budgétaires et la rigueur, ce sentiment d'injustice est palpable. Pendant que les géants de la tech optimisent leurs impôts, les jeunes paient des frais d'inscription universitaires en hausse, des transports publics qui se dégradent, et des services de santé sous pression. L'argent qui manque à l'État, c'est celui qui aurait dû être payé par ces entreprises.

Le paradoxe français : Amazon, « job creator » et contributeur fiscal en trompe-l'œil

Le cas britannique intéresse directement les jeunes Français. Car le même schéma s'applique en France. Amazon y est présenté comme un moteur économique : 25 000 CDI, plus de 5 milliards d'euros d'investissement, 2,6 milliards d'euros de contribution fiscale totale. Mais derrière ces chiffres flatteurs se cache une réalité moins reluisante.

Les beaux chiffres d'Amazon France

La page aboutamazon.fr est un festival de chiffres positifs. Amazon France affiche plus de 2,6 milliards d'euros de contribution fiscale totale en 2024, dont plus de 900 millions d'euros d'impôts directs. L'entreprise emploie plus de 25 000 salariés en CDI et déclare avoir investi plus de 5 milliards d'euros en France en 2024. Amazon France a réalisé plus de 12 milliards d'euros de chiffre d'affaires.

L'entreprise se classe parmi les 50 premiers contributeurs fiscaux du pays, selon une étude Deloitte. C'est indéniable : Amazon est un acteur économique majeur en France. Mais cet argument justifie-t-il un taux d'IS effectif dérisoire ? La question mérite d'être posée. Car comme au Royaume-Uni, la « contribution fiscale totale » inclut des taxes collectées (TVA) et des charges sociales, qui ne sont pas vraiment des impôts payés par l'entreprise.

La comparaison qui fâche

Le vrai test, c'est l'impôt sur les sociétés effectivement payé par Amazon France. Les comptes annuels d'Amazon France Logistique, la filiale logistique française, montrent un taux d'IS effectif souvent inférieur à 10 %. Parfois, l'entreprise bénéficie même de crédits d'impôt.

Comparons. Un jeune actif français célibataire qui gagne 2 500 euros brut par mois paie environ 30 % de son salaire en cotisations sociales et impôt sur le revenu (IR + CSG). C'est plus de 800 euros par mois qui partent dans les caisses de l'État. Amazon France, elle, paie un taux d'IS effectif bien inférieur à 10 % sur ses bénéfices.

Le choc de comparaison est saisissant. Le jeune actif paie trois fois plus, proportionnellement, que l'une des plus grandes entreprises du monde. Et ces 30 % de son salaire financent les services publics que tout le monde utilise : écoles, hôpitaux, routes, sécurité. Pendant ce temps, les profits d'Amazon s'envolent vers des paradis fiscaux.

Taxe GAFA et impôt minimum à 15 % : pourquoi les réformes ne marchent pas

Face à ce constat, des réformes ont été tentées. La France a été pionnière avec sa taxe sur les services numériques (3 % du chiffre d'affaires). L'OCDE a proposé un impôt minimum mondial à 15 %. Mais ces réformes peinent à produire leurs effets.

L'échec relatif de la taxe GAFA française

La taxe GAFA française, instaurée en 2019, taxe à 3 % le chiffre d'affaires des géants du numérique réalisé en France. Mais elle est contournable. Les entreprises peuvent répercuter la taxe sur leurs clients ou ajuster leurs structures pour minimiser son impact. Surtout, elle a surtout servi de levier diplomatique pour pousser une solution au niveau de l'OCDE.

Le problème, c'est que les États-Unis menacent régulièrement de représailles douanières contre les pays qui taxent leurs géants de la tech. La taxe GAFA française reste en place, mais son efficacité est limitée. Les recettes qu'elle génère (environ 600 millions d'euros par an) sont dérisoires comparées aux bénéfices réalisés par ces entreprises en France.

Pillar Two et l'impôt minimum mondial : un remède aux dents de lait

La solution la plus ambitieuse est le « Pillar Two » de l'OCDE, qui fixe un impôt minimum mondial à 15 % sur les bénéfices des multinationales. Adopté par plus de 140 pays, ce dispositif doit entrer en vigueur progressivement à partir de 2024.

Mais ses faiblesses sont nombreuses. Le taux de 15 % est trop bas : il est inférieur à la moyenne des IS nationaux (25 % au Royaume-Uni, 25 % en France). Les exemptions sont nombreuses : le « substance carve-out » permet d'exclure une partie des bénéfices liés aux actifs physiques et aux salaires. La mise en œuvre est repoussée : de nombreux pays n'ont pas encore transposé la directive dans leur droit national.

Amazon peut continuer à optimiser dans ce cadre. Le taux de 15 % reste inférieur au taux facial de la plupart des pays développés. Et les exemptions permettent de protéger une partie des bénéfices. Le remède a les dents de lait.

Conclusion : votre génération paiera la facture des 355 millions de bénéfices d'Amazon

Revenons au paradoxe initial. 355 millions de livres de bénéfices pour Amazon UK = 7,6 millions de livres de crédit d'impôt. 575 millions de livres de manque à gagner estimé par an pour le Royaume-Uni. En France, le même schéma s'applique.

Ces recettes fiscales perdues sont autant d'investissements en moins pour l'éducation, la santé, les universités et la transition écologique – des sujets qui impactent directement les 16-25 ans. La génération Z paiera la facture des infrastructures d'aujourd'hui, pendant que les profits des géants de la tech s'envolent vers des paradis fiscaux.

Amazon n'est pas illégal. L'entreprise respecte la lettre de la loi, comme le rappellent ses porte-parole. Mais la question n'est plus « est-ce légal ? », elle est « est-ce juste ? ». Quand un jeune actif paie 30 % de son salaire en impôts et cotisations, et qu'Amazon paie 7,1 % d'IS effectif au Royaume-Uni, le déséquilibre est flagrant.

Les réformes en cours (taxe GAFA, impôt minimum mondial) sont des pas dans la bonne direction, mais elles restent insuffisantes. Le système fiscal international, construit au XXe siècle, n'est pas adapté à l'économie numérique du XXIe. Pendant ce temps, les contribuables – et notamment les jeunes – continuent de payer la note.

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Questions fréquentes

Pourquoi Amazon UK reçoit-il un crédit d'impôt ?

Amazon UK Services a reçu 7,6 millions de livres de crédit d'impôt en 2025 malgré 355 millions de bénéfices. Cela s'explique par des ajustements comptables légaux, notamment les capital allowances et les provisions excessives des années antérieures, qui ont réduit sa dette fiscale de 16,7 millions de livres.

Quel est le taux d'IS effectif d'Amazon UK ?

Le taux d'impôt sur les sociétés effectif d'Amazon UK Services est de 7,1 %, soit trois fois et demie inférieur au taux facial britannique de 25 %. Ce taux très bas est obtenu grâce à des mécanismes comme le super-deduction et des transferts de profits vers le Luxembourg.

Comment Amazon transfère-t-il ses profits au Luxembourg ?

Amazon transfère ses profits via Amazon EU Sarl basée au Luxembourg en utilisant deux techniques : le cost-sharing agreement, qui facture des frais de services aux filiales, et les redevances de marque. Cela permet à la moitié des 32 milliards de livres de revenus britanniques d'être comptabilisée au Luxembourg, où le taux d'IS effectif peut descendre sous 5 %.

Combien le Royaume-Uni perd-il à cause d'Amazon ?

Selon l'ONG Ethical Consumer, le Royaume-Uni perd environ 575 millions de livres par an en impôts non perçus à cause de l'optimisation fiscale d'Amazon. Sur cinq ans, ce manque à gagner cumulé atteindrait près de 2 milliards de livres, soit le budget de plusieurs hôpitaux publics.

La taxe GAFA et l'impôt minimum à 15 % sont-ils efficaces ?

Ces réformes restent insuffisantes : la taxe GAFA française (3 % du chiffre d'affaires) est contournable et ne rapporte qu'environ 600 millions d'euros par an. L'impôt minimum mondial à 15 % de l'OCDE est trop bas, comporte des exemptions, et sa mise en œuvre est repoussée, permettant à Amazon de continuer à optimiser.

Sources

  1. aboutamazon.fr · aboutamazon.fr
  2. ethicalconsumer.org · ethicalconsumer.org
  3. gov.uk · gov.uk
  4. Impôts : en Grande-Bretagne, Google et Amazon sous le feu des critiques · lemonde.fr
  5. retailgazette.co.uk · retailgazette.co.uk
world-watcher
Sarah Lebot @world-watcher

Journaliste en herbe, je synthétise l'actu mondiale pour ceux qui n'ont pas le temps de tout suivre. Étudiante en journalisme à Sciences Po Lille, je contextualise les événements sans prendre parti. Mon objectif : rendre l'info accessible et compréhensible, surtout pour ma génération. Pas de jargon, pas de sensationnalisme – juste les faits et leur contexte. Parce que comprendre le monde, c'est le premier pas pour le changer.

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