Le 20 mars 2026, Audrey Cavalié, 40 ans, et son fils disparaissent de leur domicile de Vailhourles, dans l'Aveyron. Le même jour, Angela Legobien-Cadillac, 25 ans, compagne de l'ex-mari d'Audrey, et leur fille d'environ 18 mois sont également introuvables. Cédric Prizzon, 42 ans, ancien policier et ancien rugbyman, est interpellé quatre jours plus tard au Portugal. Depuis, l'affaire a connu plusieurs rebondissements : aveux, découverte des corps, puis refus de la justice portugaise d'extrader le suspect vers la France, le 8 mai 2026. Récapitulatif des faits établis et des questions encore ouvertes.

Une disparition qui vire à la cavale
Dès le 20 mars, les gendarmes sont alertés de la disparition inquiétante d'Audrey Cavalié et de son fils. Très vite, le parquet de Rodez ouvre une enquête pour "enlèvement et séquestration de plusieurs personnes", avant qu'une information judiciaire contre X ne soit confiée à deux juges d'instruction de Montpellier. Les investigations s'orientent rapidement vers "l'hypothèse d'un départ préparé pour l'étranger" du mis en cause, accompagné de son fils, de sa nouvelle compagne et de leur enfant mineur.
Le 24 mars, Cédric Prizzon est arrêté à Mêda, dans le nord-est du Portugal, lors d'un contrôle routier. Selon la Garde républicaine nationale portugaise, il présente des documents "dont l'authenticité a suscité des soupçons" : il s'agissait de faux. Le suspect est également en possession d'une arme à feu sans permis, de 17 000 euros en liquide, d'un fusil à pompe et de plaques d'immatriculation falsifiées. Ses deux enfants, sains et saufs, sont retrouvés avec lui.
Placé en détention provisoire le 26 mars à l'établissement pénitentiaire de Guarda, Cédric Prizzon est soupçonné d'homicides aggravés, de profanation de cadavre, d'enlèvement, de violences sur sa fille, de falsification de documents et de possession d'arme illégale.
Des aveux sans préméditation, un témoignage accablant
Devant un juge portugais, Cédric Prizzon aurait livré sa version des faits. Selon ses déclarations rapportées, il aurait quitté l'Aveyron avec les deux femmes et ses deux enfants avec un plan : entrer au Portugal - ce qu'il fait le 22 mars - puis abandonner Audrey Cavalié en Afrique du Nord. Mais une violente dispute aurait éclaté avec Angela Legobien-Cadillac, opposée au projet. C'est au cours de cet affrontement qu'il aurait tué sa compagne, avant de s'en prendre également à son ex-conjointe. Il reconnaît les faits mais nie toute préméditation.
Cette version contraste avec le témoignage du fils, âgé de 12 ans et demi. Selon les médias portugais, l'adolescent affirme avoir assisté au double meurtre, par strangulation, de sa mère et de sa belle-mère. Il aurait ensuite été forcé par son père à monter la garde pendant que celui-ci enterrait les corps. C'est grâce à ses indications, données "à une trentaine de mètres près", que les corps ont été localisés. Les enquêteurs précisent qu'Angela Legobien-Cadillac aurait d'abord été complice de l'enlèvement d'Audrey, avant de se rétracter et de menacer Prizzon de se rendre, ce qui l'aurait conduit à l'étouffer à son tour.
Ce récit, rapporté par la presse portugaise, n'a pas été officiellement confirmé par les autorités françaises. Il reste à ce stade une version, mais il nourrit l'une des principales zones d'ombre de l'affaire : la préméditation. Le dossier matériel - cavale préparée, faux papiers, arme, liquidités - plaide pour un scénario organisé, tandis que Prizzon maintient avoir agi sous le coup de la dispute.
Les corps retrouvés au nord du Portugal
Les corps d'Audrey Cavalié et d'Angela Legobien-Cadillac ont été retrouvés enterrés dans un lieu isolé du district de Bragança, dans le nord-est du Portugal, près de la Serra de Nogueira, à une centaine de kilomètres au nord du lieu de l'arrestation. L'autopsie a conclu à une mort par asphyxie.

Les deux enfants de Cédric Prizzon - le garçon de 12 ans et demi et la fillette d'un an - ont été placés dans un établissement d'accueil au Portugal, avec un suivi psychologique spécialisé. Les autorités portugaises avaient entamé des démarches auprès de l'ambassade de France en vue de leur rapatriement.
Le refus d'extradition, tournant judiciaire
Le 8 mai 2026, la cour d'appel de Coimbra refuse d'exécuter le mandat d'arrêt européen émis par la France contre Cédric Prizzon. Motif invoqué : les crimes présumés ont été commis "entièrement ou en partie sur le territoire national", et une procédure judiciaire y est déjà ouverte. Le parquet de Montpellier avait diffusé le mandat d'arrêt européen dès le 25 mars, mais la justice portugaise a ouvert sa propre enquête ; des investigations parallèles se poursuivent dans les deux pays.
Cette décision a des conséquences directes sur la peine encourue. Jugé au Portugal, Cédric Prizzon ne risque pas la réclusion criminelle à perpétuité, mais au maximum vingt-cinq ans de prison - la Constitution portugaise prohibe la prison à vie. En France, un meurtre simple est puni de trente ans de réclusion et un assassinat, caractérisé par la préméditation, de la perpétuité. La qualification retenue par la justice portugaise sera donc déterminante.
Les familles dénoncent un "gouffre" entre les peines
Pour les familles des deux victimes, ce refus d'extradition est une "nouvelle violence". Leurs avocats réclament un procès en France. "Nous savons avec certitude qu'une partie des faits a été commise en France, nous avons deux victimes françaises, nous avons un auteur des faits qui est Français, à quoi bon faire juger ces crimes au Portugal ?", s'est interrogé Me Fabien Arakélian, avocat de la mère d'Audrey Cavalié. Me Elsa Cazor, avocate de la famille d'Angela Legobien-Cadillac, dénonce pour sa part l'opacité de la procédure portugaise : les autorités "ne donnent aucune information et ne permettent pas l'accès au dossier alors que c'est un droit élémentaire pour une partie civile".

Au-delà du "gouffre" entre les peines encourues, les familles redoutent les difficultés pratiques d'un procès à l'étranger : constitution de partie civile, financement, barrière de la langue.
Un profil déjà connu de la justice
Cédric Prizzon n'en était pas à son premier passage devant la justice. En 2021, il avait déjà enlevé son fils et fui en Espagne pendant deux mois. Il avait écopé de neuf mois de prison, convertis en surveillance électronique, et son droit de garde lui avait été retiré : il ne pouvait plus voir son fils qu'en présence des services sociaux. En 2023, il avait également été condamné à dix-huit mois de prison et deux ans de sursis probatoire pour harcèlement de son ex-compagne sur les réseaux sociaux, avec un bracelet électronique porté jusqu'en octobre 2025.
Très actif sur Facebook et TikTok, il était membre du groupe masculiniste "Papa en colère", fort de plus de 30 000 membres, et manifestait devant la mairie de Vailhourles et le tribunal de Rodez en se présentant comme un "père en colère" victime de la justice. Devant le tribunal portugais, il a déclaré être "la vraie victime".
Le HCE appelle à un "électrochoc"
L'affaire a pris une dimension politique. Le Haut Conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes (HCE), présidé par Bérangère Couillard, a appelé à la saisine du parquet national antiterroriste, estimant que ce double féminicide doit être un "électrochoc" face à la menace masculiniste. Dans un communiqué publié jeudi, la présidente du HCE souligne que Cédric Prizzon "s'inscrivait notamment dans des réseaux et discours proches du mouvement dit des "droits des pères"". L'instance s'appuie sur son rapport annuel de janvier 2026, qui demandait que le masculinisme soit reconnu comme un "enjeu de sécurité publique". Une pétition lancée par l'association Mouv'enfants demandant la saisine du Pnat avait dépassé les 10 000 signatures, relayée par Osez le féminisme.
Les questions qui restent ouvertes
À ce stade, plusieurs points demeurent en suspens. La préméditation n'est pas tranchée : la version de Prizzon - des meurtres commis sous le coup d'une dispute - contredit les éléments matériels d'une cavale préparée et le témoignage de son fils. La position officielle du parquet de Montpellier après le refus d'extradition n'a pas été communiquée. Et le sort du fils, témoin clé et victime, reste une dimension centrale du volet humain de l'affaire.
Une certitude s'impose : le procès se tiendra vraisemblablement au Portugal, avec une peine maximale de vingt-cinq ans, tandis que les familles continueront de réclamer un jugement en France. La suite de la procédure dépendra désormais de la qualification retenue par la justice portugaise - et des réponses qu'elle apportera aux zones d'ombre de ce double meurtre.