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Affaire Epstein : perquisition à l'Institut du Monde Arabe, Jack Lang dans la tourmente

Jack Lang, icône de la culture française, voit son bureau à l'Institut du Monde Arabe et son domicile perquisitionnés pour blanchiment de fraude fiscale. Cité 673 fois dans les Epstein Files et lié à une société offshore avec le prédateur, il...

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C'est une scène digne d'un film politique à la française. Lundi 16 février 2026, alors que Jack Lang prononce son discours d'adieu après treize années à la tête de l'Institut du Monde Arabe, des policiers investissent les lieux quelques étages plus bas. L'ancienne figure de proue de la culture française, ministre emblématique sous François Mitterrand, se retrouve au coeur d'un scandale financier lié à Jeffrey Epstein, le prédicateur sexuel américain mort en 2019. Cette perquisition historique marque un tournant dans la façon dont la France traite les implications de l'affaire Epstein sur son propre territoire. 

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Une perquisition spectaculaire en plein pot de départ

L'image a de quoi saisir. Ce lundi 16 février 2026, les enquêteurs de l'Office national antifraude pénètrent dans les murs du prestigieux Institut du Monde Arabe, ce bâtiment signé Jean Nouvel qui veille sur les bords de Seine depuis 1987. Au même moment, au neuvième étage, Jack Lang fait ses adieux à ses collaborateurs lors d'une cérémonie intime. Une situation surréaliste que la presse française n'a pas manqué de souligner.

Le déroulement des opérations

Les perquisitions ne se limitent pas à l'Institut. Les enquêteurs se rendent également au domicile personnel de Jack Lang, situé place des Vosges dans le quartier du Marais à Paris, ainsi que dans son bureau personnel situé au sein même de l'IMA. Du matériel a été saisi par les investigators, qui agissent dans le cadre d'une enquête préliminaire ouverte le 6 février par le Parquet National Financier pour blanchiment de fraude fiscale aggravée.

L'ironie de la situation n'a échappé à personne : c'est lors de son dernier jour de travail que l'ancien ministre voit son bureau passé au peigne fin. Une fin de règne en contrasts pour celui qui avait dit un jour : « Quand je suis quelque part, j'y suis pour l'éternité ».

La réaction de Jack Lang

Pendant la cérémonie d'adieu, Jack Lang a tenu à s'exprimer sur l'enquête en cours, affichant une sérénité affichée face aux accusations. « Je suis enchanté que la justice financière soit au travail », a-t-il déclaré devant ses anciens collaborateurs. « Je suis ravi parce que je n'ai rien à cacher. »

Une défense vigoureuse qui fait écho à ses déclarations précédentes, où il avait parlé d'un « tsunami de mensonges » et d'une « tempête de boue » médiatique. « Concernant M. Jeffrey Epstein, je suis blanc comme neige », avait-il affirmé quelques jours plus tôt. Il a également justifié sa démission par sa volonté de « protéger l'image » de l'institution qu'il dirigeait depuis 2013. 

Former French culture minister Jack Lang in Paris, September 30, 2025.
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8451183c — http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8451183c / CC0 / (source)

Jack Lang et Epstein : des liens troubles documentés

Comment un ancien ministre socialiste, figure respectée de la vie culturelle française, a-t-il pu se retrouver ainsi associé à l'un des plus grands criminels sexuels de l'histoire américaine ? La réponse se trouve dans les milliers de documents rendus publics par le Département de la Justice américain le 30 janvier 2026, à la demande de l'administration Trump.

Le chiffre qui fait tache : 673 mentions

Le nom de Jack Lang apparaît pas moins de 673 fois dans les échanges conservés par Jeffrey Epstein. Un chiffre considérable qui a suscité une vive émotion en France et poussé le gouvernement à réagir rapidement. Ces documents révèlent des intérêts économiques communs entre les deux hommes, bien que Jack Lang affirme avoir découvert avec stupeur les crimes sexuels d'Epstein.

Les échanges montrent une proximité bien au-delà d'une simple relation mondaine. Des emails consultés par les journalistes de Mediapart et relayés par d'autres médias français montrent que Jeffrey Epstein avait prévu de créer une structure financière avec la famille Lang. Dans un courriel envoyé début 2016 à Jack Lang et sa fille Caroline, Epstein écrivait : « Je mets 20 millions de dollars. Jacques achète l'art. Pas d'implication de ma part. Nous partageons 50-50, les bénéfices vont à lui ou à tout membre de sa famille, enfants, petits-enfants. » Il ajoutait : « S'il préfère, mon nom n'apparaît pas. »

Pour comprendre l'ampleur de ce scandale, il convient de se pencher sur l'affaire Epstein qui secoue la France depuis plusieurs semaines

Jeffrey Epstein in a picture released by the New York State Division of Criminal Justice Services' sex offender registry in M
1-3 Riverside, Perranarworthal, Cornwall, England. Terrace of 3 houses - no. 1 furthest, no. 2 in middle and no. 3 closest. Late 19th century. All three separately Grade II listed. — Simon Burchell / CC BY-SA 4.0 / (source)

La société offshore Prytanee LLC

Au coeur de l'enquête du Parquet National Financier se trouve une société offshore nommée Prytanee LLC, fondée en 2016 aux îles Vierges américaines par Jeffrey Epstein et Caroline Lang, la fille de l'ancien ministre. Cette structure, détenue à parts égales par les deux cofondateurs, avait officiellement pour but le soutien aux artistes par l'achat et la revente d'oeuvres d'art.

Caroline Lang devait apporter sa connaissance du marché de l'art, tandis qu'Epstein fournissait les fonds. Les comptes de cette société auraient été crédités de 1,4 million de dollars. Le problème ? Caroline Lang a reconnu n'avoir jamais déclaré cette société au fisc français, ce qui constitue le point de départ de l'enquête pour blanchiment de fraude fiscale aggravée.

Jack Lang, de son côté, a déclaré être « choqué » que son nom apparaisse dans les statuts de cette société offshore fondée par Epstein en 2016. Une défense qui n'a pas convaincu les enquêteurs ni l'opinion publique.

Le riad de Marrakech et autres transactions

Les documents révèlent également des négociations en mars 2015 entre Jack Lang et Jeffrey Epstein pour la vente d'un riad à Marrakech appelé « Ksar Masa ». Dans un email du 31 mars 2015, Jack Lang indiquait : « le prix est de 5 400 000 euros, offshore ». Son épouse, Monique Lang, aurait également échangé avec Epstein à ce sujet via une adresse électronique personnelle.

Ces éléments, ajoutés au fait qu'Epstein aurait payé 50 000 dollars pour la réalisation d'un film sur la carrière politique de Jack Lang, dressent le portrait d'une relation financière complexe entre les deux hommes. L'île d'Epstein et ses secrets sont loin, mais leurs ramifications atteignent désormais les plus hautes sphères de l'État français.

La chute progressive d'une icône socialiste

L'histoire de Jack Lang est celle d'une ascension fulgurante suivie d'une chute tout aussi spectaculaire. Figure emblématique du Parti socialiste français, il a marqué l'histoire culturelle de la France avant de se voir rattrapé par ses fréquentations.

Un héritage culturel considérable

Né en 1939 dans les Vosges, Jack Lang s'est construit une réputation de « ministre de la Culture à vie ». Sous la présidence de François Mitterrand, il a occupé les fonctions de ministre de la Culture de 1981 à 1986, puis de 1988 à 1993. Il a également été ministre de l'Éducation nationale à deux reprises.

Son bilan est impressionnant : créateur de la Fête de la Musique en 1982, instigateur des Journées du Patrimoine en 1984, père de la Fête du Cinéma en 1985, et auteur de la célèbre loi sur le prix unique du livre. Il a incarné les grands travaux mitterrandiens, notamment le Grand Louvre et l'Arche de la Défense. Sa signature politique reste cette volonté de démocratiser l'accès à la culture pour tous les Français.

De la naïveté à la démission forcée

Face aux premières révélations, Jack Lang a d'abord tenté de minimiser son lien avec Epstein. Le 4 février 2026, il exclut de démissionner, plaidant la naïveté. Il affirme être « tombé des nues » en découvrant les crimes sexuels d'Epstein. Une position qui devient intenable après l'ouverture de l'enquête préliminaire le 6 février.

Le 7 février, sous la pression conjointe du président Emmanuel Macron et du Premier ministre Sébastien Lecornu, Jack Lang remet sa démission. Le ministère des Affaires étrangères l'avait convoqué pour qu'il « rende des comptes » sur ses liens personnels et financiers avec Jeffrey Epstein. Le gouvernement avait souligné la nécessité de « garantir le bon fonctionnement, la continuité et l'intégrité de l'Institut du Monde Arabe ».

Son avocat, Laurent Merlet, a déclaré : « Il est très triste et profondément blessé de quitter une fonction qu'il aime. Il a privilégié les intérêts de l'Institut du Monde Arabe. » Une sortie par la petite porte pour celui qui pensait pouvoir rester « pour l'éternité ».

L'Institut du Monde Arabe : un joyau sous tension

Fondé en 1980 à l'initiative du président Valéry Giscard d'Estaing après une rencontre avec le roi Fouad d'Arabie saoudite, l'Institut du Monde Arabe est bien plus qu'un simple musée. C'est un instrument de diplomatie culturelle au service des relations franco-arabes.

Une institution stratégique

Inauguré en 1987 dans un bâtiment devenu iconique conçu par l'architecte Jean Nouvel, l'IMA a pour mission de « présenter le monde arabe à un public français ». Principalement financé par le ministère des Affaires étrangères, il sert de pont culturel entre la France et les 22 pays arabes partenaires.

Jack Lang a pris la présidence de l'institution en 2013, succédant à d'autres figures politiques. Son bilan à la tête de l'IMA est contrasté : il a redonné un élan à une institution moribonde en activant les mécénats grâce à son vaste réseau. Il a organisé des expositions ambitieuses qui ont attiré un large public.

Cependant, ses projets ont été freinés par le manque d'engagement financier de certains pays arabes. L'institution restait dépendante des financements publics français, ce qui rendait sa position vulnérable face aux scandales.

Une succession rapide

Dès le lendemain de la démission de Jack Lang, le 17 février 2026, Anne-Claire Legendre a été nommée présidente de l'Institut du Monde Arabe. Cette diplomate, conseillère d'Emmanuel Macron pour l'Afrique du Nord et le Moyen-Orient, devient la première femme à diriger l'IMA en 40 ans d'existence.

Cette nomination rapide signale la volonté du gouvernement de tourner la page et de préserver la réputation d'une institution essentielle à la diplomatie culturelle française. Anne-Claire Legendre incarne une nouvelle génération de dirigeants, moins politiciens et plus technocrates, loin des réseaux troubles qui ont coûté sa place à Jack Lang.

L'élargissement de l'enquête française sur Epstein

L'affaire Lang n'est que la partie émergée de l'iceberg. Les procureurs français ont décidé de prendre au sérieux les informations contenues dans les Epstein Files récemment publiés.

Une équipe spéciale de magistrats

Le 14 février 2026, le parquet de Paris a annoncé la création d'une équipe spéciale de magistrats chargée d'analyser les fichiers relatifs à Jeffrey Epstein. Cette équipe travaille en étroite collaboration avec les procureurs de l'unité nationale des crimes financiers et la police, dans le but d'ouvrir des enquêtes sur tout crime suspecté impliquant des ressortissants français.

Les magistrats référents ont pour mission d'examiner d'éventuelles infractions « de diverses natures, notamment à caractère sexuel ou à caractère financier ». Une approche globale qui pourrait avoir des répercussions bien au-delà du seul cas Jack Lang.

Les autres personnalités françaises dans le viseur

Selon les informations disponibles, les procureurs français enquêteraient sur au moins cinq ressortissants français en lien avec l'affaire Epstein :

  • Jack Lang et sa fille Caroline Lang, pour des soupçons de blanchiment de fraude fiscale aggravée
  • Jean-Luc Brunel, l'ancien agent de mannequins français décédé en prison en 2022, dont le dossier a été rouvert
  • Fabrice Aidan, un diplomate faisant l'objet d'une enquête à la demande du ministère des Affaires étrangères
  • Frédéric Chaslin, un chef d'orchestre visé par des accusations de harcèlement sexuel en 2016
  • Daniel Siad, un recruteur de mannequins contre lequel une plainte a été déposée par une Suédoise pour un viol présumé en 1990 en France

Le cas de Jean-Luc Brunel est particulièrement sensible. Cet « ami proche » de Jeffrey Epstein s'était suicidé dans sa cellule de la prison de la Santé à Paris en 2022, après avoir été mis en examen pour viols sur mineures. Son dossier avait été classé par un non-lieu en juillet 2023, mais les procureurs ont annoncé une « réanalyse intégrale » de ce dossier à la lumière des nouveaux documents.

Le contexte international des Epstein Files

La publication de ces documents s'inscrit dans un contexte politique tendu aux États-Unis. L'administration Trump, elle-même sous pression concernant l'affaire Epstein, a ordonné la levée de nombreuses redactions qui masquaient jusqu'alors certains noms.

Une vague de révélations mondiale

Les Epstein Files ne touchent pas que la France. À travers l'Europe et au-delà, des personnalités politiques, des hommes d'affaires et des célébrités se retrouvent éclaboussées par les révélations. Être mentionné dans ces documents ne signifie pas automatiquement avoir commis une infraction, mais les associations avec Jeffrey Epstein sont désormais difficiles à assumer publiquement.

Les documents révèlent l'étendue du réseau d'influence d'Epstein, qui cultivait des relations avec des personnalités de tous horizons. Politiciens, intellectuels, artistes, scientifiques : beaucoup ont fréquenté cet homme sans connaître - ou sans vouloir connaître - ses activités criminelles.

Les questions sans réponse

Plus de six ans après la mort de Jeffrey Epstein dans sa cellule de prison new-yorkaise - officiellement un suicide selon les autorités américaines -, de nombreuses questions demeurent sans réponse. Comment a-t-il pu agir pendant autant d'années sans être inquiété ? Qui a fermé les yeux ? Et surtout, qui d'autre était impliqué dans ses crimes ?

L'enquête française, en ciblant des personnalités de premier plan comme Jack Lang, montre une volonté de ne pas laisser ces questions sans réponse. Reste à savoir si cette volonté se traduira par des mises en examen concrètes ou si l'affaire se terminera en queue de poisson, comme ce fut trop souvent le cas par le passé.

Conclusion

La perquisition à l'Institut du Monde Arabe marque un point de non-retour dans l'implication de la France dans l'affaire Epstein. Jack Lang, figure historique de la culture française, incarne désormais le symbole d'une époque où les réseaux d'influence pouvaient protéger les plus puissants des questions embarrassantes. Sa chute spectaculaire envoie un message clair : les temps ont changé, et les liens financiers troubles avec des criminels notoires ne sont plus tolérés, même pour les personnalités les plus établies.

L'enquête du Parquet National Financier suit désormais son cours. Jack Lang et sa fille Caroline devront s'expliquer sur la société offshore Prytanee LLC, ses 1,4 millions de dollars de crédits, et l'absence de déclaration auprès du fisc français. Parallèlement, l'équipe spéciale de magistrats parisiens poursuit son travail d'analyse des Epstein Files, qui pourrait conduire à d'autres révélations concernant des personnalités françaises.

Pour les jeunes générations, cette affaire offre une leçon d'histoire contemporaine : les scandales financiers et les réseaux de pouvoir ne sont pas l'apanage des films ou des romans. Ils traversent toutes les couches de la société, y compris les institutions culturelles les plus prestigieuses. Et quand la justice décide de frapper, même les plus grands personnages peuvent tomber de leur piédestal.

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Sarah Lebot @world-watcher

Journaliste en herbe, je synthétise l'actu mondiale pour ceux qui n'ont pas le temps de tout suivre. Étudiante en journalisme à Sciences Po Lille, je contextualise les événements sans prendre parti. Mon objectif : rendre l'info accessible et compréhensible, surtout pour ma génération. Pas de jargon, pas de sensationnalisme – juste les faits et leur contexte. Parce que comprendre le monde, c'est le premier pas pour le changer.

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