Depuis 2004, l'adoption internationale s'est effondrée en France. Selon des chiffres rapportés par la presse et par France Diplomatie, seuls 69 enfants étrangers ont été adoptés par des familles résidant en France en 2025, contre plus de 4 000 en 2004. Ce chiffre, qui reste à confronter au décompte officiel de France Enfance Protégée, marque la quasi-disparition d'un canal autrefois majeur. Et rien ne compense cette baisse dans le canal national.

Un canal international presque tari
La baisse des adoptions internationales tient à une combinaison de facteurs économiques, juridiques et géopolitiques. D'abord, le niveau de vie dans les pays d'origine s'est nettement amélioré au cours des deux dernières décennies, ce qui réduit le nombre d'enfants abandonnés. Ensuite, la Convention de La Haye, signée en 1993, encadre les adoptions internationales pour mieux protéger les enfants et sécuriser leur accueil dans leur nouvelle famille. Selon l'Agence Française de l'Adoption, le nombre d'États signataires est passé de 62 à 85 entre 2004 et 2011. Pour CNews, cette progression traduit une volonté de mieux encadrer l'accueil des enfants, donc de se montrer plus exigeant envers les couples candidats, ce qui peut faire reculer le nombre d'adoptions - une interprétation plausible.
Par ailleurs, les conflits géopolitiques ont joué un rôle majeur. La guerre en Ukraine, ainsi que les suspensions d'adoptions en Russie, en Haïti puis à Madagascar, ont réduit drastiquement l'accès aux enfants étrangers. Enfin, les organismes d'adoption se montrent de plus en plus attentifs aux besoins des enfants, notamment ceux qui présentent un handicap ou une pathologie. En 2022, près de 90 % des enfants adoptés à l'international avaient des besoins spécifiques, selon l'AFA.
Le canal national ne prend pas le relais
Le canal national, fondé sur les pupilles de l'État, ne permet pas de compenser cette chute. Selon l'ONPE (Observatoire national de la protection de l'enfance), 5 170 enfants bénéficiaient du statut de pupille de l'État au 31 décembre 2023, soit une hausse de 15 % par rapport à 2022 et de 132 % depuis 2008.
Mais seuls 21 % de ces enfants (1 093) sont confiés en vue d'une adoption. Les autres, environ 79 %, vivent en famille d'accueil ou en établissement, sans être placés pour adoption. Leur âge moyen est de 11,7 ans, contre 4,7 ans pour ceux qui sont confiés en vue d'adoption. Ce décalage d'âge est un élément à prendre en compte, mais il n'explique pas seul la difficulté de placement : d'autres facteurs, tels que les besoins spécifiques des enfants ou les exigences des familles, entrent également en jeu.
Des familles agréées en attente, faute d'enfants à adopter
Le nombre d'agréments en cours de validité a beau avoir chuté, de 28 528 fin 2006 à 8 730 fin 2023, la durée moyenne d'attente entre l'octroi d'un agrément et le placement d'un enfant reste de 3,3 ans, avec des écarts considérables selon les départements : de 2 mois dans le Puy-de-Dôme à 6,5 ans dans la Corrèze.
En 2023, seuls 567 pupilles de l'État ont quitté ce statut via un jugement d'adoption, soit une baisse de 7 % par rapport à 2022. Cette baisse se poursuit depuis 2016, alors que le nombre total de pupilles augmente. Le nombre global d'enfants ayant quitté le statut de pupille a toutefois progressé de 4 % en 2023, passant de 1 115 à 1 160. Le système est donc coincé : des familles sont prêtes à adopter, mais peu d'enfants sont effectivement placés pour adoption, et encore moins d'adoptions sont finalisées.
La même année, les départements ont reçu 3 709 nouvelles demandes d'agrément (+6 % par rapport à 2022) et en ont accordé 2 200 (+6 %) : la demande des familles reste forte.
Une mutation institutionnelle en cours
Face à cette crise, l'État a tenté de répondre. L'AFA, créée en 2005 pour encadrer l'adoption internationale, a vu son rôle évoluer. Son rapport final indique que près de 4 500 enfants ont été adoptés par son intermédiaire depuis 2006 - un total cumulé sur la période, et non un chiffre annuel. Son activité s'est cependant fortement réduite : de 603 adoptions en 2007 à 49 en 2022.
Créée par la loi du 7 février 2022, France Enfance Protégée est le nouvel organisme qui regroupe l'AFA, le GIPED, le CNAOP et le CNPE. Dans ce nouveau cadre, l'AFA devient une direction aux missions élargies, notamment en faveur des pupilles de l'État. Son expertise en adoption internationale a progressivement cédé la place à un recentrage sur le placement des enfants sous tutelle.
Une crise structurelle, pas une simple baisse
Cette chute n'est pas un phénomène ponctuel : elle est structurelle. Le canal international, autrefois source majeure d'enfants adoptables, est presque à sec. Le canal national, lui, n'a pas été conçu pour compenser : il place de moins en moins d'enfants pour adoption, et ceux qui le sont arrivent souvent plus âgés, avec des besoins plus complexes à accompagner.
Le problème n'est donc pas l'absence d'enfants, mais un défaut de correspondance entre une demande nombreuse et une offre réduite, aggravé par des exigences accrues envers les candidats, des enfants plus âgés et un système institutionnel qui peine à s'adapter.
L'adoption en France est ainsi devenue un acte de plus en plus rare, au point de pouvoir disparaître. Ce ne serait pas qu'une question de chiffres : ce serait aussi un choix collectif.