Le 28 juin 2026, un Pilatus PC-6 chargé de onze personnes s'est écrasé au décollage près de l'aérodrome de Nancy-Essey, en Meurthe-et-Moselle. C'est le plus grave accident d'aviation civile de tourisme survenu en France. Le 23 juillet, le Bureau d'enquêtes et d'analyses (BEA) a publié un rapport préliminaire qui retrace la séquence finale du vol et éclaire les circonstances du drame.

Le contexte du vol
Ce dimanche-là, la société Tandemotion organisait des baptêmes de parachutisme depuis l'aérodrome de Nancy-Essey. Le Pilatus PC-6, immatriculé en Allemagne, effectuait son sixième décollage de la journée.
À bord, dix parachutistes : cinq élèves accompagnés de leurs cinq moniteurs. Le pilote, très expérimenté, cumulait 10 500 heures de vol, dont 4 000 sur le type d'appareil en cause. L'enquête a par la suite confirmé que le poids de l'avion (2 590 kg) et la position du centre de gravité étaient conformes aux limites du constructeur. Parmi les passagers figuraient des infirmiers libéraux venus vivre leur baptême de saut.
Les 30 dernières secondes
Le rapport du BEA s'appuie sur les images filmées par les caméras GoPro portées par les moniteurs - le Pilatus PC-6, contrairement aux avions de ligne, n'est pas équipé de boîtes noires.
La séquence finale, qui s'étend sur environ 30 secondes, se déroule ainsi :
- Lors de la rotation au décollage, l'un des moniteurs situés à l'arrière de la cabine alerte le pilote d'un problème. Il s'écrie "Ça fume !" en pointant le côté avant droit de l'appareil.
- Le pilote ne semble pas percevoir l'avertissement.
- La puissance moteur chute d'environ 10 %.
- Les alarmes de décrochage se déclenchent à plusieurs reprises.
- L'avion s'écrase à environ 300 mètres de la fin de la piste, près de zones résidentielles et de deux axes routiers.
L'intégralité des onze occupants périssent dans le crash.
Ce que l'enquête a exclu
Le BEA a d'ores et déjà écarté plusieurs hypothèses. Le rapport préliminaire ne relève aucune anomalie sur le circuit électrique, ni d'échauffement. L'appareil n'était pas surchargé. Ces éléments orientent les investigateurs vers d'autres pistes, sans toutefois permettre de conclure sur l'origine exacte de l'incendie en vol signalé par les moniteurs.
L'incendie post-crash
Le rapport s'intéresse également à l'incendie survenu juste après l'impact. Un foyer a été localisé à l'avant gauche de l'appareil, à 30 ou 40 centimètres derrière l'hélice. Un automobiliste arrivé le premier sur les lieux a réussi à éteindre les flammes avant l'arrivée des secouristes. L'origine de ce foyer reste à déterminer dans le cadre de l'enquête.
Le poids de la canicule
Le crash est intervenu en pleine période de canicule. Le président de la Fédération française de parachutisme (FFPLUM), Yves-Marie Guillaud, a révélé que le ministère des Sports avait transmis une note quelques jours plus tôt, invitant à limiter les activités de parachutisme pendant les fortes chaleurs. Il a critiqué la décision de décoller en milieu de matinée, en pleine canicule, jugeant que les baptêmes ont eu lieu "au pire moment".

Le lendemain du crash, il a également remis en question la configuration du vol, déclarant n'avoir "jamais vu cinq tandems dans un Pilatus" et qualifiant l'embarquement de "pure folie" compte tenu des conditions.
Une fédération divisée
Ces déclarations ont déclenché une crise au sein de la FFPLUM. Le 3 juillet, le conseil d'administration a suspendu Yves-Marie Guillaud pour deux mois. Dans un communiqué, le bureau a estimé que "des erreurs de communication ont malheureusement été commises [...] des propos tenus sous le coup de l'émotion, mais qui n'avaient pas leur place à un moment où le deuil est la priorité". Isabelle Dreyssé et Domitile Kiger ont été nommées co-présidentes par intérim jusqu'en septembre.
La polémique a aussi mis en lumière une question réglementaire. Yves-Marie Guillaud a précisé que Tandemotion, l'organisateur des baptêmes, n'était pas affiliée à la fédération. La société opérait sous le régime de la Direction générale de l'aviation civile (DGAC), et non sous celui du Code du sport ou des règles fédérales. "Cet accident-là a eu lieu dans une structure qui est totalement en dehors de la fédération et qui n'obéit qu'à elle-même", a-t-il déclaré.
Où en est l'enquête ?
Le rapport du BEA publié le 23 juillet est un document préliminaire. Il établit des faits, reconstitue la séquence et exclut certaines hypothèses techniques, mais ne formule pas de conclusion sur les causes de l'accident. L'enquête se poursuit.
En attendant le rapport final, les premiers éléments déjà connus alimentent un débat interne au monde du parachutisme français sur la régulation des vols non fédéraux, la gestion des conditions extrêmes et la sécurité des baptêmes en groupe.