Couloir de circulation dans un établissement pénitentiaire français, entre barreaux et poste de surveillance.
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88 829 détenus : la facture humaine et budgétaire de la crise carcérale

Avec 88 829 détenus pour 63 237 places, les prisons françaises explosent : promiscuité record, suicides au sommet en Europe, et une facture de 3,5 milliards d'euros pour un système qui échoue à réinsérer.

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Le 1er juin 2026, les prisons françaises comptaient 88 829 détenus pour seulement 63 237 places opérationnelles. Ce déséquilibre, qui s'aggrave chaque mois depuis près de deux ans, n'est pas un simple chiffre abstrait. Il raconte l'histoire d'un système pénitentiaire poussé à l'asphyxie, où des hommes et des femmes dorment sur des matelas posés à même le sol, où les suicides atteignent des records européens, et où le contribuable paie une facture toujours plus lourde pour un résultat toujours plus mauvais. Entre promesses de constructions et réalité du terrain, la France s'enfonce dans une impasse que ses voisins ont pourtant su éviter.

Couloir de circulation dans un établissement pénitentiaire français, entre barreaux et poste de surveillance.
Couloir de circulation dans un établissement pénitentiaire français, entre barreaux et poste de surveillance. — (source)

88 829 détenus pour 63 237 places : l'équation impossible des prisons françaises

Le constat est implacable. Au 1er juin 2026, la population carcérale française atteint un nouveau sommet historique, le vingtième mois consécutif de record. Derrière ce chiffre brut se cache une mécanique infernale : le nombre de détenus augmente de 5,9 % sur un an, tandis que le nombre de places n'augmente que de 1,2 %. L'écart se creuse inexorablement, et rien dans les annonces gouvernementales ne semble capable d'inverser la tendance.

L'Observatoire international des prisons (OIP) avait projeté un seuil de 90 000 détenus pour fin 2025. Ce cap a été franchi avec plusieurs mois d'avance, dépassant déjà les prévisions que le gouvernement avait établies pour 2027. La machine s'emballe, et les programmes de construction de nouvelles prisons, pourtant massifs, ne parviennent pas à éponger la hausse continue des incarcérations.

Juin 2026 : un nouveau record historique, le 20e mois consécutif

Au 1er mai 2026, ils étaient 88 654. Un mois plus tard, 88 829. La progression est régulière, presque mécanique. Chaque mois apporte son lot de nouveaux entrants, sans que les sorties ne compensent. Les 63 237 places opérationnelles, elles, stagnent. Le parc pénitentiaire vieillit, certaines prisons sont fermées pour rénovation, et les constructions neuves peinent à suivre le rythme des condamnations.

Infographie de l'OIP présentant la hausse parallèle des places de prison et de la population carcérale en France entre 1990 et 2022.
Infographie de l'OIP présentant la hausse parallèle des places de prison et de la population carcérale en France entre 1990 et 2022. — (source)

Ce décalage entre l'offre et la demande carcérale n'est pas nouveau, mais il atteint aujourd'hui un niveau critique. La densité globale s'établit à 140 %, un chiffre déjà alarmant. Mais ce sont les maisons d'arrêt qui concentrent l'essentiel de la crise. Dans ces établissements qui accueillent les prévenus en attente de jugement et les condamnés aux courtes peines, le taux d'occupation atteint 172,6 %. Concrètement, cela signifie que dans une cellule prévue pour une personne, on en entasse parfois trois, voire quatre.

Maisons d'arrêt à 173 % : pourquoi les courtes peines explosent les compteurs

Les maisons d'arrêt ne représentent qu'une partie du parc pénitentiaire, mais elles concentrent 70 % de la population carcérale. Ce sont elles qui trinquent le plus. À Paris, le taux d'occupation atteint 163,7 %. À Toulouse, 155,5 %. Dans les territoires d'Outre-mer, on frôle les 150 %. Et dans 33 établissements, le taux dépasse les 200 %. Cela signifie que certains détenus n'ont même pas de lit.

La raison principale de cette saturation tient à la nature des peines prononcées. La France emprisonne massivement pour des courtes durées. Contrairement aux centres de détention, qui accueillent les condamnés à de longues peines et où l'occupation est plus proche de la normale, les maisons d'arrêt voient défiler un flux continu de personnes incarcérées pour quelques mois, voire quelques semaines. Ce turnover permanent empêche toute stabilisation et rend impossible toute gestion rationnelle des effectifs.

Comparaison européenne : la France et la Turquie en tête du classement

Selon les données du Conseil de l'Europe publiées en mai 2026, la France et la Turquie affichent les pires taux de surpopulation carcérale du continent, avec 131 détenus pour 100 places. Le taux français est estimé à 139,1 % en avril 2026. Derrière viennent la Croatie (123 %), l'Italie (121 %) et Malte (118 %). À l'autre extrémité du spectre, l'Ukraine (50 %), l'Espagne (77 %) et l'Allemagne (80 %) montrent qu'une gestion plus rationnelle est possible.

En valeur absolue, la France détient le record du plus grand nombre de détenus dans l'Union européenne, avec 80 669 personnes en 2024, devant la Pologne (69 850) et l'Italie (63 524). Le taux d'incarcération pour 100 000 habitants atteint 117 en France, contre une moyenne européenne de 113. Les meilleurs élèves affichent des taux deux fois inférieurs : 57 en Finlande, 67 aux Pays-Bas, 70 au Danemark et en Allemagne.

Promiscuité, violences, suicides : le quotidien d'un système à l'agonie

Derrière les pourcentages, il y a des vies. 173 % d'occupation, ce n'est pas un chiffre : c'est une cellule de 9 m² où trois hommes dorment, mangent, vivent et se soulagent. C'est l'impossibilité de s'isoler, de lire, de se laver correctement. C'est une promiscuité permanente qui génère des tensions, des violences et une dégradation accélérée de la santé mentale.

Cellule individuelle sommairement meublée, murs jaunes et fenêtre en verre dépoli.
Cellule individuelle sommairement meublée, murs jaunes et fenêtre en verre dépoli. — (source)

Les matelas au sol sont devenus le symbole de cette indignité. Au 1er juin 2026, ils étaient 7 608, soit une augmentation de 32,1 % en un an. Un mois plus tôt, on en comptait 7 693, soit +47 % sur un an. Chaque nuit, des milliers de détenus s'allongent sur un morceau de mousse posé à même le carrelage, parfois dans des cellules où l'espace au sol est déjà saturé. Les conditions d'hygiène se dégradent, les nuisibles prolifèrent, et les soins médicaux deviennent un luxe inaccessible.

Qu'est-ce que 4 m² à trois ? Matelas au sol, hygiène, privation de soins

Dans une cellule de 4 m², il n'y a pas de place pour trois lits. Alors on pose des matelas. Le problème, c'est que ces matelas encombrent l'espace déjà réduit. Les détenus ne peuvent plus circuler, s'asseoir à une table, ou simplement s'isoler pour lire ou écrire. Les sanitaires, souvent à ciel ouvert dans la cellule, deviennent une source de conflit permanent.

L'accès aux soins est un autre angle mort de cette crise. Les études le montrent : les détenus présentent trois fois plus de troubles psychologiques que la population générale, et huit fois plus d'addictions. Dans un établissement saturé, les psychologues sont submergés. Les rendez-vous s'espacent, les traitements sont interrompus, et les pathologies s'aggravent. Les activités de réinsertion, censées préparer la sortie, sont tout simplement inexistantes dans les maisons d'arrêt les plus touchées. Comment organiser un atelier de formation quand les cellules sont verrouillées 22 heures sur 24 ?

Taux de suicide : la France parmi les 3 pires élèves d'Europe

Le suicide carcéral est le révélateur le plus brutal de cette déshérence. En France, le taux est de 19 suicides pour 10 000 détenus. La moyenne des pays membres du Conseil de l'Europe est de 7 pour 10 000. La France fait partie des trois pires élèves du continent, aux côtés de la Belgique et du Portugal.

Dortoir surpeuplé dans une prison, lits superposés et effets personnels s'entassant dans un espace réduit.
Dortoir surpeuplé dans une prison, lits superposés et effets personnels s'entassant dans un espace réduit. — (source)

En 2023, 148 détenus se sont donné la mort. En 2025, ils étaient 136. Ces chiffres, déjà catastrophiques, ne tiennent pas compte des tentatives, bien plus nombreuses. Le lien avec la surpopulation est direct : moins de personnel par détenu, moins de surveillance, moins de possibilités de repérer les signes de détresse. Les soins psychiatriques, déjà insuffisants à l'extérieur, sont quasi inexistants dans des prisons où un psychologue doit suivre plusieurs centaines de patients.

L'impact sur les jeunes détenus : une génération sacrifiée

Les jeunes adultes sont les premières victimes de cette crise. Dans les maisons d'arrêt, ils représentent une part disproportionnée de la population carcérale. Incarcérés pour des délits souvent mineurs, ils arrivent en prison avec un lourd passif de carences éducatives, de traumatismes, et d'absence de perspectives. La prison, au lieu de les remettre sur les rails, achève de les briser.

Les données de l'OIP sont accablantes : 75 % des hommes incarcérés présentent des carences éducatives graves ou des traumatismes subis dans l'enfance. Chez les femmes, ce taux monte à 85 %. La prison ne fait qu'aggraver ces fragilités. Faute de psychologues, faute d'éducateurs, faute de programmes adaptés, les jeunes détenus passent leur temps à survivre dans un environnement hostile, sans aucun projet pour leur sortie.

Budget de la justice : combien coûte ce fiasco au contribuable français ?

La question du coût est rarement posée avec la rigueur qu'elle mérite. Pourtant, le fiasco carcéral a un prix, et il est élevé. Chaque détenu coûte en moyenne 100 à 120 euros par jour à la collectivité, selon les estimations. Rapporté à l'année, cela représente entre 36 000 et 44 000 euros par personne incarcérée. Pour 88 829 détenus, la facture annuelle dépasse les 3,5 milliards d'euros.

Ce montant inclut le personnel pénitentiaire, la nourriture, les soins médicaux, l'entretien des bâtiments, et une partie des frais de justice. Mais il ne tient pas compte du coût indirect de la récidive. Un détenu qui sort sans formation, sans logement, sans suivi a de fortes chances de commettre une nouvelle infraction. Et chaque récidive engendre de nouveaux frais : nouvelle enquête, nouveau procès, nouvelle incarcération. La boucle est sans fin.

Le coût moyen d'un détenu : un investissement sans retour ?

L'argent dépensé pour la prison est un investissement, mais son rendement social est proche de zéro. En France, la durée moyenne d'incarcération est relativement courte, surtout dans les maisons d'arrêt. On y enferme des gens pour quelques mois, on les prive de tout suivi, et on les relâche dans la nature sans préparation. Le taux de récidive, selon les études, oscille entre 40 % et 60 % selon les profils. Cela signifie qu'une part importante des 3,5 milliards annuels est gaspillée dans un système qui reproduit les conditions de la délinquance.

Le problème n'est pas tant le montant dépensé par détenu que l'absence de retour sur investissement. Un euro investi dans la formation professionnelle en prison a un effet mesurable sur la réduction de la récidive. Un euro investi dans le suivi psychologique aussi. Mais dans le système actuel, ces postes sont les premiers sacrifiés quand les budgets sont serrés. On continue de payer pour la garde, mais on refuse de payer pour la réinsertion.

Allemagne, Pays-Bas : quand investir dans la réinsertion fait baisser la facture

Les comparaisons internationales sont édifiantes. L'Allemagne, avec un taux d'occupation de 80 %, dépense autant par détenu que la France, parfois plus. Mais son taux de récidive est inférieur. Pourquoi ? Parce que l'argent est orienté différemment : plus de psychologues, plus de formations, plus de travail en détention. Les détenus allemands sortent avec un métier, un logement, un suivi.

Les Pays-Bas sont un autre cas d'école. Avec 67 détenus pour 100 000 habitants (contre 117 en France), ils ont fermé plusieurs prisons faute de clients. Leur secret ? Une politique pénale qui privilégie les peines alternatives et une réinsertion systématique. Résultat : moins de détenus, moins de récidive, moins de coût total pour la collectivité. La France, elle, continue d'empiler les condamnations sans se demander si l'argent dépensé sert à quelque chose.

Les alternatives méconnues qui existent déjà

La France dispose pourtant d'alternatives. Le bracelet électronique existe, le travail d'intérêt général aussi. Mais leur usage reste marginal par rapport au volume des incarcérations. L'OIP dénonce une « frénésie punitive » qui pousse les magistrats à prononcer des peines de prison par réflexe, sans envisager les alternatives.

Les freins sont multiples. Le premier est le manque de moyens pour le contrôle des peines alternatives. Un bracelet électronique nécessite un suivi, des agents, une logistique. Les TIG demandent des places disponibles dans les associations et les collectivités. Faute d'investissement dans ces filières, les juges préfèrent la prison, qui a l'avantage de la simplicité administrative.

Le deuxième frein est culturel. L'opinion publique française, nourrie par un discours politique sécuritaire, associe fermeté et incarcération. Les juges, conscients de cette pression, hésitent à prononcer des peines alternatives qui pourraient être perçues comme une faiblesse. Pourtant, les études montrent que le bracelet électronique est aussi efficace que la prison pour prévenir la récidive, pour un coût bien moindre.

Finlande, Pays-Bas : pourquoi ces pays emprisonnent-ils deux fois moins que la France ?

La France détient le record absolu du nombre de détenus dans l'Union européenne, avec 80 669 personnes en 2024, devant la Pologne et l'Italie. Mais ce qui frappe davantage, c'est le taux d'incarcération rapporté à la population. Avec 117 détenus pour 100 000 habitants, la France se situe au-dessus de la moyenne européenne (113). Mais l'écart avec les meilleurs élèves est vertigineux.

La Finlande affiche 57 détenus pour 100 000 habitants, soit deux fois moins que la France. Les Pays-Bas, 67. L'Allemagne et le Danemark, 70. Ces pays ne sont pas des paradis sans criminalité. Ils ont simplement fait le choix de ne pas répondre à la délinquance par l'incarcération systématique. Ce choix repose sur des données probantes : emprisonner plus ne réduit pas la criminalité, mais augmente les coûts et la récidive.

Des taux d'incarcération divisés par deux : la preuve par l'exemple

Comment ces pays y parviennent-ils ? En Finlande, la réforme pénale des années 1960-1970 a progressivement réduit le recours à la prison. Les peines courtes ont été remplacées par des amendes, des travaux d'intérêt général, et un suivi renforcé. Les juges finlandais ont intégré cette culture de la peine alternative, et l'opinion publique, éduquée par des campagnes de sensibilisation, ne réclame pas plus de répression.

Aux Pays-Bas, le système repose sur une évaluation individualisée des risques. Avant d'incarcérer, on se demande si la prison est vraiment nécessaire, ou si un bracelet électronique ou un suivi socio-judiciaire peut suffire. Résultat : le parc pénitentiaire néerlandais est sous-utilisé, et plusieurs prisons ont été reconverties en centres d'hébergement ou en logements. Pendant ce temps, la France construit 15 000 places supplémentaires, sans garantie que cela résolve quoi que ce soit.

Bracelet électronique et TIG : les alternatives qui marchent (mais qu'on n'utilise pas assez)

La France dispose pourtant d'alternatives. Le bracelet électronique existe, le travail d'intérêt général aussi. Mais leur usage reste marginal par rapport au volume des incarcérations. L'OIP dénonce une « frénésie punitive » qui pousse les magistrats à prononcer des peines de prison par réflexe, sans envisager les alternatives.

Les freins sont multiples. Le premier est le manque de moyens pour le contrôle des peines alternatives. Un bracelet électronique nécessite un suivi, des agents, une logistique. Les TIG demandent des places disponibles dans les associations et les collectivités. Faute d'investissement dans ces filières, les juges préfèrent la prison, qui a l'avantage de la simplicité administrative.

Le deuxième frein est culturel. L'opinion publique française, nourrie par un discours politique sécuritaire, associe fermeté et incarcération. Les juges, conscients de cette pression, hésitent à prononcer des peines alternatives qui pourraient être perçues comme une faiblesse. Pourtant, les études montrent que le bracelet électronique est aussi efficace que la prison pour prévenir la récidive, pour un coût bien moindre.

18-25 ans : une génération sacrifiée dans l'étau carcéral français

Les jeunes adultes sont les premières victimes de cette crise. Dans les maisons d'arrêt, ils représentent une part disproportionnée de la population carcérale. Incarcérés pour des délits souvent mineurs, ils arrivent en prison avec un lourd passif de carences éducatives, de traumatismes, et d'absence de perspectives. La prison, au lieu de les remettre sur les rails, achève de les briser.

Les données de l'OIP sont accablantes : 75 % des hommes incarcérés présentent des carences éducatives graves ou des traumatismes subis dans l'enfance. Chez les femmes, ce taux monte à 85 %. La prison ne fait qu'aggraver ces fragilités. Faute de psychologues, faute d'éducateurs, faute de programmes adaptés, les jeunes détenus passent leur temps à survivre dans un environnement hostile, sans aucun projet pour leur sortie.

75 % de carences éducatives : la prison, miroir des inégalités

La prison française est un miroir grossissant des inégalités sociales. Les jeunes qui y entrent viennent majoritairement des quartiers défavorisés, des familles monoparentales précaires, des parcours scolaires chaotiques. Beaucoup ont été placés en foyer ou en famille d'accueil pendant leur enfance. La prison, pour eux, n'est que la continuation d'une vie marquée par l'abandon et la violence.

Dans un système carcéral saturé, ces jeunes ne reçoivent aucun suivi individualisé. Les psychologues sont débordés, les éducateurs spécialisés sont rares, et les programmes de réinsertion sont inexistants dans les maisons d'arrêt les plus touchées. On les enferme, on les oublie, et on les relâche quelques mois plus tard, plus fragiles qu'à l'entrée. La récidive devient alors une quasi-certitude.

Zéro formation, zéro espoir : comment la réinsertion devient un vœu pieux

Le quotidien d'un jeune dans une maison d'arrêt surpeuplée se résume à peu de choses. Lever à 6 heures, cellule verrouillée jusqu'à midi, promenade d'une heure dans une cour exiguë, retour en cellule jusqu'au lendemain. Pas d'atelier, pas de formation professionnelle, pas de scolarité adaptée. Dans certains établissements, les activités sont supprimées faute de personnel pour encadrer les détenus.

Ce vide est une catastrophe annoncée. Un jeune de 20 ans qui sort de prison sans diplôme, sans expérience professionnelle, sans logement et sans suivi a toutes les chances de retomber dans la délinquance. La France dépense des milliards pour incarcérer, mais refuse d'investir dans ce qui pourrait réellement changer les choses : la formation, le logement, l'accompagnement psychologique. La question n'est pas de savoir si ces jeunes vont récidiver, mais quand.

L'impact des carences éducatives sur la santé mentale

Les statistiques sur les troubles psychologiques chez les détenus sont alarmantes. Trois fois plus de troubles psychologiques que dans la population générale, huit fois plus d'addictions. Ces chiffres explosent chez les jeunes adultes, qui arrivent en prison avec des traumatismes non traités et des dépendances non soignées.

Dans une maison d'arrêt à 173 % d'occupation, un psychologue peut avoir à suivre plusieurs centaines de patients. Les consultations s'espacent de plusieurs semaines, les traitements sont interrompus faute de suivi, et les pathologies s'aggravent. Les jeunes détenus, qui auraient besoin d'un accompagnement intensif, sont laissés à eux-mêmes dans un environnement qui exacerbe leur détresse.

CEDH, budget, récidive : les trois ultimatums que la France ne peut plus ignorer

La situation actuelle n'est pas tenable. Elle l'est d'autant moins que les pressions extérieures s'accumulent. La Cour européenne des droits de l'homme condamne régulièrement la France pour ses conditions indignes de détention. Les budgets publics sont sous tension. Et le taux de récidive continue de grever les finances de l'État. Les trois angles de la crise se rejoignent en un point : le tout-carcéral est un échec.

Sur le plan judiciaire, la France a déjà été condamnée à plusieurs reprises par la CEDH pour surpopulation carcérale et absence de soins. Ces condamnations, jusqu'à présent, n'ont pas eu d'effet concret. Mais le risque d'une condamnation lourde, avec des dommages et intérêts massifs, devient réel. La France ne peut plus se contenter de promesses de construction.

Sur le plan budgétaire, le choix est clair. Continuer à construire des prisons coûte des milliards et prend dix ans. Les 15 000 places annoncées par le gouvernement ne résoudront pas le problème si le nombre de détenus continue d'augmenter au même rythme. Utiliser massivement les alternatives, comme le bracelet électronique ou le travail d'intérêt général, demande un changement culturel immédiat, mais coûte moins cher et produit de meilleurs résultats.

Sur le plan sociétal, l'échec de la réinsertion des jeunes adultes transforme la prison en machine à fabriquer de la récidive. Chaque année, des milliers de jeunes sortent de prison sans rien, et y retournent quelques mois plus tard. Ce cycle infernal n'a rien d'une fatalité : il est le résultat direct de choix politiques.

La pression de la Cour européenne des droits de l'homme

La CEDH a rendu plusieurs arrêts condamnant la France pour ses conditions de détention indignes. Ces décisions, fondées sur l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme qui interdit les traitements inhumains ou dégradants, n'ont pas provoqué de changement significatif. La France continue d'accumuler les condamnations sans modifier sa politique carcérale.

Carte des 47 prisons françaises condamnées pour conditions de détention indignes.
Carte des 47 prisons françaises condamnées pour conditions de détention indignes. — (source)

Le précédent italien est instructif. Après la condamnation de l'Italie pour surpopulation carcérale en 2013, le pays a mis en place des mesures correctives qui ont permis de réduire le nombre de détenus de plusieurs milliers en quelques années. La France pourrait être contrainte d'adopter des mesures similaires si elle ne prend pas les devants.

Le coût de l'inaction : une facture qui ne cesse d'augmenter

Construire une place de prison coûte entre 100 000 et 200 000 euros, selon les estimations. Les 15 000 places annoncées représentent donc un investissement de 1,5 à 3 milliards d'euros, sans compter les coûts de fonctionnement qui s'ajoutent chaque année. Pendant ce temps, un bracelet électronique coûte environ 10 euros par jour, soit dix fois moins qu'une journée de détention.

Le calcul est simple : investir dans les alternatives à l'incarcération permet de réduire à la fois le nombre de détenus et le coût total du système. Mais ce raisonnement économique se heurte à une logique politique qui privilégie la fermeté apparente à l'efficacité réelle. Le résultat, c'est que la France dépense toujours plus pour un système qui fonctionne toujours moins bien.

Conclusion : sortir de l'impasse carcérale, un choix politique urgent

Le fiasco carcéral français n'est pas une catastrophe naturelle. Il est le produit d'une politique qui a privilégié la punition à l'efficacité, la répression à la prévention, la construction à la réinsertion. Les solutions existent, elles sont testées ailleurs, et elles fonctionnent. Mais pour les appliquer, il faudrait un courage politique que personne, jusqu'à présent, n'a eu.

La France emprisonne deux fois plus que la Finlande ou les Pays-Bas, pour un résultat qui n'est pas meilleur en termes de sécurité publique. Le taux de récidive reste élevé, les conditions de détention sont indignes, et le contribuable paie une facture toujours plus lourde. Pendant ce temps, des pays voisins montrent qu'une autre voie est possible : moins de prison, plus de réinsertion, moins de récidive.

Les trois ultimatums — juridique, budgétaire, sociétal — convergent vers une même conclusion : le statu quo n'est plus tenable. La France doit choisir entre continuer à s'enfoncer dans l'impasse carcérale, ou oser une réforme profonde de sa politique pénale. Le choix est entre une société qui continue d'enfermer sans résultat, et une société qui ose remettre en question ses propres certitudes.

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Questions fréquentes

Quel est le taux d'occupation des prisons françaises en 2026 ?

Au 1er juin 2026, la densité carcérale globale atteint 140 %, mais dans les maisons d'arrêt, le taux d'occupation monte à 172,6 %. Trente-trois établissements dépassent même les 200 %.

Combien coûte un détenu par jour à la collectivité ?

Chaque détenu coûte en moyenne 100 à 120 euros par jour, soit entre 36 000 et 44 000 euros par an. Rapporté aux 88 829 détenus, la facture annuelle dépasse 3,5 milliards d'euros.

Pourquoi la France emprisonne-t-elle plus que la Finlande ?

La France a un taux d'incarcération de 117 détenus pour 100 000 habitants, contre 57 en Finlande. Ces pays privilégient les peines alternatives comme le bracelet électronique et investissent dans la réinsertion, ce qui réduit à la fois le nombre de détenus et la récidive.

Quel est le taux de suicide dans les prisons françaises ?

Le taux de suicide carcéral en France est de 19 suicides pour 10 000 détenus, soit près de trois fois la moyenne européenne de 7 pour 10 000. La France fait partie des trois pires élèves du continent avec la Belgique et le Portugal.

Les peines alternatives réduisent-elles la récidive ?

Oui, les études montrent que le bracelet électronique est aussi efficace que la prison pour prévenir la récidive, pour un coût dix fois moindre (10 euros par jour contre 100 à 120 euros). Pourtant, la France sous-utilise ces alternatives par manque de moyens et pression sécuritaire.

Sources

  1. franceinfo.fr · franceinfo.fr
  2. countries · globaldetentionproject.org
  3. lemonde.fr · lemonde.fr
  4. lemonde.fr · lemonde.fr
  5. lepoint.fr · lepoint.fr
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Hugo Lambot @fact-checker

Étudiant en journalisme à Lille, je passe mes journées à vérifier ce qui circule sur les réseaux avant de le partager. Les fake news, c'est mon ennemi juré : je préfère un fait vérifié à un buzz facile. Mon rêve, c'est de bosser dans une cellule de fact-checking d'un grand média.

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