Mercredi 1er juillet 2026, à 7 heures du matin, les pelleteuses sont entrées dans le bidonville des Batêtes à Stains. Après vingt ans d'existence, le plus grand bidonville de France métropolitaine a été évacué dans le calme, sous l'œil des caméras et des associations. L'opération, préparée pendant dix-huit mois par la préfecture de Seine-Saint-Denis, marque un tournant dans la gestion des bidonvilles en France. Mais derrière le discours officiel sur une expulsion « dans la dignité », ce sont plus de 1 200 personnes — hommes, femmes et enfants — qui se retrouvent sans solution pérenne, dispersées entre hôtels d'urgence, hébergements provisoires et l'incertitude la plus totale.

Stains, 1er juillet 2026, 7h : le dernier jour du plus grand bidonville de France
Le jour se lève à peine sur la zone des Batêtes, à Stains. Les engins de chantier patientent déjà, alignés le long des allées de terre battue. Une centaine de policiers encadrent l'opération, tandis que les travailleurs sociaux de l'association Trajectoires font les dernières vérifications. Le bidonville, qui abritait encore 600 personnes quelques semaines plus tôt, n'en compte plus que douze ce matin-là. Les autres ont déjà plié bagage, avertis par les flyers en roumain distribués par la préfecture et par le bouche-à-oreille qui a couru ces dernières semaines.
L'atmosphère est étrange, presque irréelle. Les cabanons de bois et de tôle ondulée s'étendent sur cinq hectares, un labyrinthe de bric et de broc où des générations de familles roms ont vécu, travaillé, scolarisé leurs enfants. Un journaliste du Parisien décrit des habitations vidées à la hâte, des affaires personnelles abandonnées sur le sol. La veille, un incendie a ravagé 5 000 mètres carrés du campement. Cent pompiers ont lutté contre les flammes jusqu'à tard dans la nuit. Le feu a dévoré une partie des cabanons, accélérant le départ des derniers occupants.
L'incendie de la veille et le tricycle abandonné : les dernières images des Batêtes
Les reporters qui ont pu accéder au site avant l'évacuation finale en rapportent des images poignantes. Dans une baraque épargnée par les flammes, un journaliste d'Actu.fr découvre « une frise pour habiller un mur, des stickers pour égayer ce qui semble être une chambre d'enfant, au sol un joli parquet ». Des détails qui racontent l'attachement des familles à ces lieux, malgré la précarité extrême. Un tricycle d'enfant traîne près d'une entrée effondrée. Des poupées abandonnées, des vêtements accrochés à un fil — tout porte la marque d'une vie qui s'arrête brutalement.

L'incendie de la veille n'est pas passé inaperçu dans le quartier. Les voisins, riverains de la zone industrielle voisine, ont vu la fumée noire s'élever au-dessus des toits. « On a eu peur que le feu ne se propage aux entrepôts », confie l'un d'eux. Mais pour les familles du bidonville, ce brasier a été le signe que la fin était proche. Déjà fragilisés par des mois d'incertitude, beaucoup ont préféré partir avant l'arrivée des pelleteuses, emportant ce qu'ils pouvaient dans des sacs plastique et des valises éventrées.
« Nous n'avons nulle part où aller » : les douze derniers occupants face aux pelleteuses
À 7h15, les douze derniers occupants sont rassemblés près de l'entrée du site. Parmi eux, une femme qui vit là depuis dix ans. Interrogée par Ouest-France, elle ne cache pas son désarroi : « C'est très difficile, je ne sais pas ce que nous allons faire, sûrement nous installer devant la mairie ou la préfecture, parce que nous n'avons rien, nulle part où aller, aucune solution. » Ses mots résument l'impasse dans laquelle se trouvent ces familles.

La préfecture avait annoncé l'opération deux semaines à l'avance, une première. Des flyers en roumain avaient été distribués pour informer les occupants et les inviter à se présenter aux diagnostics sociaux. Mais sur les 261 personnes qui ont accepté cet accompagnement, seules 167 — soit 56 ménages — se sont vu proposer une solution d'hébergement. Pour les autres, rien. Le préfet Julien Charles, présent sur place, salue pourtant « l'aboutissement d'un travail collectif ». Le maire de Stains, Azzédine Taïbi, abonde : « Cela se fait dans la dignité, et dans le respect des droits humains. » Une déclaration qui contraste avec le désespoir des derniers occupants.
Des jardins ouvriers aux cabanons : vingt ans de précarité sur cinq hectares
Pour comprendre ce qui s'est joué le 1er juillet 2026, il faut remonter le fil de l'histoire. Le bidonville de Stains n'a pas surgi du jour au lendemain. Il s'est installé progressivement sur d'anciens jardins ouvriers, un terrain de cinq hectares situé en zone industrielle, à deux pas de la Francilienne. Les premiers cabanons sont apparus au milieu des années 2000, vers 2006-2008 selon les sources. Des familles roms, venues principalement de Roumanie, y ont trouvé refuge, attirées par la promesse de travail dans le bâtiment, le nettoyage ou la récupération de métaux.
Au fil des années, le bidonville est devenu une petite ville informelle. Au printemps 2025, il atteint son pic avec 1 200 personnes recensées par les associations. Certaines sources, comme Ouest-France, évoquent même jusqu'à 1 500 occupants à certains moments. Des familles entières, des enfants nés sur place, des adolescents qui n'ont jamais connu autre chose que les allées de terre et les cabanons de tôle.

« Peut-être le bidonville le mieux raccordé en eau de France »
Clément Étienne, coordinateur de la mission Bidonville de Médecins du Monde, lâche cette formule paradoxale dans un entretien au Figaro. Depuis la pandémie de Covid-19, le site des Batêtes s'est organisé. Des raccordements informels aux réseaux d'eau et d'électricité ont été négociés ou bricolés. Une forme d'économie parallèle s'est développée : vente à la brocante, récupération de ferraille, petits boulots dans les entreprises voisines. Des enfants ont été scolarisés dans les écoles de Stains, vingt exactement selon les chiffres de la préfecture.
Pourtant, cette organisation ne doit pas faire illusion. Les conditions de vie restent précaires. L'étude qualitative menée par Médecins du Monde entre 2023 et 2025 sur le site des Batêtes montre les difficultés d'accès aux soins, à la domiciliation administrative et aux droits sociaux. Les cabanons, construits avec des matériaux de récupération, offrent une protection limitée contre le froid l'hiver et la chaleur l'été. « Il fait pas loin de 50 degrés dans les baraquements en canicule », témoigne un travailleur social de MdM cité par BFMTV.
Pourquoi Stains ? Les blocages structurels du logement en Seine-Saint-Denis
Le bidonville de Stains n'est pas un accident. Il est le symptôme d'une crise structurelle du logement en Île-de-France, et plus particulièrement en Seine-Saint-Denis. Le département, le plus pauvre de France métropolitaine, cumule les difficultés : manque de logements sociaux, hausse des loyers, précarisation des ménages. Les familles roms, souvent victimes de discriminations à l'emploi et au logement, se retrouvent sans alternative.
Les politiques publiques menées ces vingt dernières années n'ont pas résolu le problème. Les expulsions se succèdent, les bidonvilles se reconstituent ailleurs. Comme le souligne Clément Étienne, l'ancienne méthode consistait à « donner trois nuits d'hôtel au mieux, les personnes se réinstallaient ailleurs ». Un cycle infernal qui coûte cher à la collectivité sans apporter de solution durable. La question du logement abordable en Seine-Saint-Denis est au cœur des débats.
« On va faire quoi pour l'école ? » : la scolarité sacrifiée des enfants du bidonville
Parmi les questions qui taraudent les familles, celle de l'école est la plus angoissante. La préfecture a choisi la date du 1er juillet pour l'expulsion, soit le dernier jour de l'année scolaire. Un choix stratégique : les enfants terminent leur année, les vacances d'été commencent. Mais que se passera-t-il en septembre ? Où seront ces familles dans deux mois ?

Vingt enfants étaient scolarisés dans les écoles de Stains. Certains depuis plusieurs années. Pour eux, l'école représentait un repère, une normalité dans un quotidien marqué par la précarité. Interrogés par France Inter quelques jours avant l'expulsion, des parents répètent la même question : « Comment on va faire pour l'école ? » Une inquiétude légitime quand on sait que la scolarisation est souvent le seul lien avec les institutions françaises.
20 élèves à l'école de Stains : un démantèlement en juillet pour sauver l'année scolaire ?
Le timing de l'opération n'est pas un hasard. En programmant l'évacuation le 1er juillet, la préfecture évite une rupture en cours d'année scolaire. Les vingt enfants scolarisés ont pu terminer leur année, passer dans la classe supérieure, dire au revoir à leurs camarades. Mais cette précaution ne règle pas le problème de fond.
La rentrée de septembre 2026 s'annonce comme un casse-tête. Où seront inscrits ces enfants ? Dans quelle école ? Avec quels documents administratifs ? La domiciliation, déjà fragile, risque d'être perdue avec l'expulsion. Sans adresse fixe, impossible de scolariser un enfant. Les familles relogées à l'hôtel, parfois loin de Stains, devront refaire toutes les démarches. Pour les autres, dispersées ou retournées en Roumanie, la scolarité s'arrête là.
Trois adolescents des Batêtes : le quotidien entre brocante, cartable et expulsion imminente
Les reportages réalisés avant l'expulsion donnent un visage à ces enfants. Sur BFMTV, en septembre 2025, des adolescents racontent leur quotidien. Certains aident leurs parents à la brocante le week-end, d'autres suivent une scolarité tant bien que mal. Ioana, 55 ans, brocanteuse depuis cinq ans sur le site, confie : « Je ne sais pas où on va aller. » Vasile, 58 ans, installé depuis huit ans, se dit « très inquiet » pour ses enfants qui vont à l'école.
Le préfet annonce que 161 personnes sont entrées dans un « processus d'insertion ». Mais de quoi s'agit-il concrètement pour un jeune Rom de 16 à 25 ans ? Des dispositifs d'accompagnement vers l'emploi et la formation existent, portés par des associations comme Trajectoires. Mais leur efficacité dépend de la stabilité du logement. Sans toit fixe, difficile de suivre une formation ou de décrocher un contrat. L'insertion professionnelle des jeunes du bidonville reste un pari incertain.
167 propositions de logement pour 1 200 habitants : le compte n'y est pas
Le chiffre fait débat. Sur les 1 200 personnes qui vivaient aux Batêtes au printemps 2025, seules 167 se sont vu proposer une solution d'hébergement. C'est ce qu'annonce la préfecture. 56 ménages ont accepté un diagnostic social, et parmi eux, 167 personnes ont obtenu une place en hôtel ou en centre d'hébergement. Les autres ? Ils sont repartis en Roumanie, logés chez des proches, ou ont rejoint un autre bidonville. Personne ne peut dire exactement où ils sont.
Le préfet Julien Charles défend son bilan. Il a préparé l'opération pendant dix-huit mois, en collaboration avec l'association Trajectoires. Des flyers en roumain ont été distribués. 261 personnes ont accepté un diagnostic social, un chiffre inédit pour ce type d'opération. Mais le décalage entre le nombre de personnes concernées et les solutions proposées reste frappant.
« Trois nuits d'hôtel » contre « diagnostic social » : la révolution de la méthode Charles
Pour comprendre le changement, il faut comparer avec les méthodes antérieures. Avant l'arrivée de Julien Charles à la préfecture de Seine-Saint-Denis, les expulsions de bidonvilles se faisaient souvent dans la précipitation. « Trois nuits d'hôtel au mieux, les personnes se réinstallaient ailleurs », résume Clément Étienne. Aucun accompagnement, aucune solution durable. Les familles étaient déplacées, pas relogées.

La méthode Charles rompt avec cette logique. Pour la première fois, la préfecture a communiqué la date de l'expulsion deux semaines à l'avance. Des travailleurs sociaux sont allés à la rencontre des familles, ont réalisé des diagnostics individuels, proposé des solutions d'hébergement. Le maire de Stains, Azzédine Taïbi, salue une expulsion « dans la dignité et le respect des droits humains ». Médecins du Monde, pourtant critique sur le fond, approuve la méthode.
1 033 habitants sans solution pérenne : le coût et les angles morts d'une opération exemplaire
Mais le chiffre qui fâche, c'est celui des 1 033 personnes sans solution pérenne. Car sur les 1 200 occupants initiaux, 167 seulement ont obtenu un hébergement. Les autres ? Certains sont partis d'eux-mêmes avant l'expulsion, « auto-expulsés » selon le terme employé par Clément Étienne. D'autres ont été hébergés chez des proches. Mais pour combien de temps ?
L'association Médecins du Monde approuve la méthode mais souligne le manque structurel de places d'hébergement. En Île-de-France, les capacités d'accueil d'urgence sont saturées. Les hôtels sociaux, déjà surbookés, peinent à absorber les flux. Le coût de l'opération pour la collectivité est élevé : hébergement à l'hôtel, accompagnement social, dépollution du site. Mais sans politique de logement pérenne, cet investissement risque de n'être qu'un pansement sur une hémorragie.
Canicule et hébergement d'urgence : le quotidien précaire des familles délogées
Le calendrier de l'expulsion ajoute une difficulté supplémentaire. Au moment où les familles sont relogées à la hâte, une canicule est annoncée sur l'Île-de-France. Les températures devraient dépasser les 35 degrés dès le week-end suivant l'opération. Une ironie cruelle pour celles et ceux qui vivaient dans des cabanons où le thermomètre grimpait déjà à 50 degrés en été.
Les solutions d'hébergement proposées sont souvent précaires. Des chambres d'hôtel, parfois exiguës, où une famille entière doit se partager une seule pièce. Pas de cuisine, pas de réfrigérateur, pas d'espace pour les enfants. Les conditions de vie dans ces hôtels sociaux sont rarement à la hauteur des besoins. Et l'éloignement géographique complique l'accès aux services : écoles, médecins, administrations.
50 degrés dans les cabanons, une chambre d'hôtel pour toute une famille : d'une précarité à l'autre
Le contraste est saisissant. D'un côté, les cabanons des Batêtes, où la température pouvait atteindre 50 degrés en été, où l'eau courante était un luxe, où les enfants jouaient dans la poussière. De l'autre, les chambres d'hôtel, souvent situées en zone périurbaine, loin de tout, où une famille de six personnes s'entasse dans 20 mètres carrés.
Les associations dénoncent ce transfert de précarité. « On passe d'une forme de précarité à une autre, sans que les besoins fondamentaux soient vraiment couverts », explique un travailleur social. L'accès à une douche, à des toilettes, à un espace de vie décent n'est pas garanti. Et la canicule qui s'annonce rend la situation encore plus critique.
Perte de domiciliation et rupture de suivi médical : le revers sanitaire du démantèlement
L'étude qualitative menée par Médecins du Monde entre 2023 et 2025 sur le site de Stains met en lumière un phénomène méconnu : malgré sa précarité, le bidonville permettait une forme de suivi médical communautaire. Les travailleurs sociaux de MdM et d'autres associations venaient régulièrement sur place, distribuaient des soins, orientaient vers des centres de santé. La domiciliation administrative, même fragile, permettait l'accès à la CMU ou à l'AME.
L'expulsion éclate ce système. Les familles sont dispersées, parfois à des dizaines de kilomètres les unes des autres. Les réseaux informels d'entraide — une voisine qui garde les enfants, un parent qui connaît les démarches — sont brisés. Le lien avec les travailleurs sociaux se perd. Sans adresse fixe, la domiciliation devient impossible. Les droits sociaux s'évanouissent. Pour les personnes atteintes de maladies chroniques, les femmes enceintes, les enfants, cette rupture peut avoir des conséquences graves.
Que reste-t-il des Batêtes ? Dépollution, entreprises et crainte d'un retour
Le site des Batêtes, désormais vide, pose la question de son avenir. Cinq hectares de terrain, situés en zone industrielle, à proximité de la Francilienne. Des entreprises voisines, citées par TF1 Info, vont « reprendre la zone ». Mais avant cela, il faudra dépolluer.
Vingt ans d'occupation informelle ont laissé des traces. Des déchets accumulés, des raccordements sauvages, des matériaux amiantés dans certains cabanons. La dépollution du site représente un coût important, qui sera supporté par l'État et les collectivités locales. Un investissement qui interroge : combien coûte l'expulsion d'un bidonville, entre hébergement d'urgence, accompagnement social et dépollution ? Et ce coût est-il inférieur à celui d'une politique de logement pérenne ?
5 hectares à dépolluer : qui paie, qui bénéficie de la reprise du foncier ?
La question du foncier est au cœur du débat. Le terrain des Batêtes appartient à des propriétaires privés et à des collectivités. Les entreprises voisines, qui subissaient les nuisances du bidonville (incendies, déchets, insécurité), voient d'un bon œil son départ. La reprise de la zone permettra de développer des activités économiques, de créer des emplois, de valoriser le foncier.
Mais cette logique économique entre en conflit avec le droit au maintien des occupants. Pour les associations, l'expulsion est motivée en partie par des intérêts fonciers. « On chasse les pauvres pour faire de la place aux entreprises », résume un militant. Un argument qui trouve un écho dans les déclarations des habitants : « On nous chasse parce que le terrain vaut de l'argent », confie l'une des femmes interrogées par Ouest-France.
Le risque du « déplacement » : comment empêcher la reconstitution d'un bidonville ?
La menace est réelle. Comme le dit l'habitante citée plus haut, « sûrement nous installer devant la mairie ou la préfecture ». L'expulsion ne règle rien si elle ne s'accompagne pas de solutions de logement pérennes. Les leçons du passé sont claires : les bidonvilles se reconstituent ailleurs, sur un terrain vague voisin, dans une commune limitrophe.
La préfecture assure avoir pris des mesures de prévention. Des patrouilles de police seront maintenues dans le secteur. Les propriétaires des terrains alentour sont incités à sécuriser leurs parcelles. Mais ces mesures sont insuffisantes. Sans logement abordable, sans politique d'insertion durable, le cycle de la précarité itinérante risque de se reproduire. Stains ferme une page, mais le chapitre du mal-logement en France reste ouvert.
Conclusion : Stains, un démantèlement réussi mais une politique du logement toujours en échec
Le bilan de l'opération est paradoxal. D'un côté, une méthode qui a changé : concertation, diagnostic, hébergement proposé. Fini les expulsions sauvages qui faisaient la une il y a dix ans. La préfecture de Seine-Saint-Denis a montré qu'une autre approche était possible. De l'autre, des chiffres qui parlent d'eux-mêmes : sur 1 200 habitants, seuls 167 ont reçu une solution. Le reste demeure invisible, dispersé, sans suivi.
Le maire de Stains salue une expulsion « dans la dignité ». Médecins du Monde approuve la méthode. Mais l'ONG le dit aussi : le manque de places d'hébergement est un obstacle structurel. Sans politique de logement ambitieuse, ces opérations restent des coups d'épée dans l'eau.
Succès de méthode, échec de système : leçons d'une expulsion
La méthode Charles a indéniablement progressé. Pour la première fois, une expulsion de bidonville a été préparée, annoncée, accompagnée. Les familles ont été informées, des diagnostics sociaux réalisés, des solutions d'hébergement proposées. Un progrès notable par rapport aux expulsions sauvages du passé.
Mais ce succès tactique ne doit pas masquer l'échec stratégique. Car le problème de fond reste entier : il manque des logements abordables en Île-de-France. Les places d'hébergement d'urgence sont saturées. Les familles roms sont victimes de discriminations à l'emploi et au logement. Sans politique structurelle, les expulsions — même bien préparées — ne font que déplacer le problème.
L'avenir en suspens des 1 200 habitants du plus grand bidonville
Que sont devenus les 1 200 habitants des Batêtes ? Certains ont accepté les solutions d'hébergement proposées. D'autres sont repartis en Roumanie, peut-être pour revenir. D'autres encore errent, sans solution, entre hébergement chez des proches et rue. Les vingt enfants scolarisés ? Leur avenir scolaire est incertain. Les 161 personnes entrées dans un « processus d'insertion » ? Leur parcours sera semé d'embûches.
Le démantèlement de Stains ferme une page, mais le chapitre du mal-logement en France reste ouvert. Sans politique de logement pérenne et d'emploi, le calme du 1er juillet 2026 n'est peut-être que le début d'un nouveau cycle de précarité itinérante. Les bidonvilles ne disparaîtront pas par la seule force des expulsions, même les mieux préparées. Ils ne disparaîtront que lorsque chaque famille aura un toit décent, un emploi stable, une école pour ses enfants. Ce jour-là, Stains ne sera plus qu'un souvenir. Mais ce jour n'est pas encore arrivé.