Nvidia a dévoilé ce lundi 1er juin 2026 au Computex de Taipei le RTX Spark, un superchip ARM pour PC portables Windows. Jensen Huang, le PDG de Nvidia, a qualifié cette annonce de « première gamme de PC entièrement repensée et réinventée depuis 40 ans », comparant cette transition à celle du téléphone vers le smartphone. Mais derrière les déclarations et les promesses d’efficacité inégalée, une question demeure : que vaut vraiment ce processeur quand on gratte la couche marketing ?

Computex 2026 : Nvidia entre en guerre contre Intel et Apple avec le RTX Spark
L’ambiance était électrique dans le hall principal du Computex 2026 à Taipei. Des centaines de journalistes, analystes et développeurs s’étaient massés pour assister à ce que beaucoup considèrent comme l’annonce la plus importante de l’année dans l’industrie PC. Nvidia, jusqu’ici cantonné au rôle de fournisseur de GPU, entrait officiellement sur le marché des processeurs grand public.
Jensen Huang, vêtu de son blouson en cuir noir, a martelé un message clair : le PC tel que nous le connaissons doit mourir pour renaître. « Microsoft et Nvidia vont réinventer le PC, ce sera le nouveau PC », a-t-il lancé, avant de promettre que le RTX Spark « peut faire tourner tout ce que le monde a jamais créé ». Une ambition historique qui place Nvidia en concurrence directe avec Intel, AMD, Qualcomm et Apple sur un marché dominé depuis quatre décennies par l’architecture x86.

Une attente de 2 ans et un teasing à 48 h du salon
Le chemin jusqu’à cette annonce a été long. Initialement connu sous les noms de code N1X et N1, le RTX Spark devait être dévoilé au Computex 2025. Les rumeurs de retards se sont accumulées tout au long de l’année, alimentées par des problèmes de conception liés à l’architecture ARM et des difficultés d’intégration avec Windows on Arm.
En juillet 2025, des sources de la chaîne d’approvisionnement rapportaient que Nvidia et MediaTek, son partenaire de développement, avaient repoussé le lancement au premier trimestre 2026 en raison « d’obstacles liés au système d’exploitation Microsoft et de vents contraires sur le marché ». Le CES 2026 est également passé sans annonce, malgré des fuites persistantes.
Ce n’est que le 29 mai 2026, à 48 heures du Computex, que Nvidia, Microsoft et Arm ont posté des messages coordonnés sur X, teasant une « nouvelle ère pour le PC ». Le compte officiel de Nvidia avait alors publié une vidéo montrant un PC portable dont le capot s’ouvrait pour révéler une puce lumineuse, accompagnée du hashtag #RTXSpark. J
Deux patrons, un discours : « le PC réinventé depuis 40 ans »
La mise en scène de l’annonce était soigneusement orchestrée. Jensen Huang, seul sur la scène du Computex, a passé près d’une heure à détailler la vision de Nvidia. Il a comparé l’arrivée du RTX Spark à la transformation du téléphone en smartphone : « Aujourd’hui, quand vous pensez à votre téléphone, vous ne pensez pas à un téléphone. Vous pensez à un appareil qui fait tout. Le PC doit subir la même métamorphose. »
Le véritable coup de théâtre est venu de l’annonce que Huang rejoindrait Satya Nadella, le CEO de Microsoft, sur scène au Build 2026 le 2 juin. Les deux géants présentent cette collaboration comme une alliance stratégique pour redéfinir l’informatique personnelle à l’ère de l’IA. Nvidia ne vend pas une simple puce, mais une vision du PC comme plateforme d’IA locale, capable d’exécuter des agents autonomes, des modèles de langage et des charges de travail créatives intensives.
« La puce PC la plus efficace jamais construite » : une promesse sans aucun chiffre
Mark Aevermann, senior director of product management chez Nvidia, a prononcé une phrase qui restera dans les annales : « This is the most efficient PC chip ever built. » Le problème ? Aucune statistique, aucun graphique, aucune comparaison chiffrée n’a accompagné cette déclaration. Pas de benchmark de performance par watt, pas de comparaison avec le M4 d’Apple, pas de données d’autonomie en usage réel.
The Verge, présent lors de l’annonce, a noté que l’argumentaire de Nvidia ressemble à celui d’Apple en 2020 lors du lancement du M1. À l’époque, Apple avait promis des performances et une efficacité révolutionnaires, et avait tenu ses promesses. Mais Apple avait fourni des chiffres précis dès le départ. Nvidia, lui, demande aux utilisateurs de lui faire confiance.
Cette absence de données concrètes est d’autant plus troublante que la concurrence ne manque pas de munitions. Apple M4 et M5, AMD Strix Halo, Intel Lunar Lake et Qualcomm Snapdragon X2 sont tous des processeurs dont les performances et l’efficacité sont documentées. Le RTX Spark doit encore prouver qu’il peut rivaliser sur ce terrain.
Grace Blackwell en miniature : anatomie du superchip RTX Spark
Pour comprendre d’où vient la promesse d’efficacité du RTX Spark, il faut plonger dans son architecture. Ce n’est pas un simple processeur, mais un superchip complet qui fusionne CPU et GPU sur un même package, connectés par une interconnexion ultra-rapide. C’est cette conception intégrée qui, selon Nvidia, permet des gains d’efficacité spectaculaires par rapport aux architectures traditionnelles où CPU et GPU communiquent via le bus PCIe.
20 cœurs ARM et 6 144 cœurs CUDA : que cache la fiche technique ?
La version flagship du RTX Spark dévoilée au Computex est un monstre de miniaturisation. Côté CPU, on trouve 20 cœurs ARM répartis en deux clusters : 10 cœurs Cortex X925 haute performance et 10 cœurs Cortex A725 efficients. Cette configuration big.LITTLE, similaire à celle des processeurs Apple et Qualcomm, permet d’optimiser la consommation énergétique en fonction de la charge de travail.
Côté GPU, le RTX Spark embarque un GPU Blackwell complet avec 6 144 cœurs CUDA répartis sur 48 SM (Streaming Multiprocessors). Il intègre également la 5e génération de Tensor Cores avec support du calcul FP4, ce qui représente un bond en avant pour l’inférence IA locale. Le tout est gravé en 3 nm chez TSMC et développé en partenariat avec MediaTek, qui apporte son expertise en conception de SoC mobiles.
Concrètement, ces chiffres signifient que le RTX Spark peut exécuter des jeux AAA en 1440p à plus de 100 FPS avec ray tracing et DLSS 4.5, rendre des scènes 3D complexes de 90 Go avec OptiX, et faire tourner des modèles de langage jusqu’à 120 milliards de paramètres. Nvidia promet également le montage vidéo 12K 4:2:2, une première sur un PC portable.
Mémoire unifiée et NVLink-C2C : la révolution de la bande passante
Le saut architectural du RTX Spark réside dans son système mémoire. Contrairement aux PC traditionnels où le CPU et le GPU ont chacun leur propre mémoire (RAM et VRAM), le RTX Spark utilise une mémoire unifiée LPDDR5X, disponible en configurations de 16 à 128 Go.

La clé de cette architecture, c’est l’interconnexion NVLink-C2C (Chip-to-Chip), qui relie le CPU et le GPU sur le même package avec une bande passante de 600 Go/s. C’est environ 5 fois plus rapide que le PCIe Gen5 traditionnel. Cette interconnexion ultra-rapide élimine le goulot d’étranglement qui limite les performances dans les systèmes classiques.
Pour le gaming, cela signifie que les assets de jeu sont chargés instantanément depuis la mémoire unifiée, sans temps de transfert entre RAM et VRAM. Pour l’IA locale, les grands modèles de langage peuvent être chargés entièrement en mémoire, avec un accès CPU-GPU quasi instantané. C’est cette architecture qui permet au RTX Spark de rivaliser avec des stations de travail beaucoup plus encombrantes et coûteuses.
Du DGX Spark à 3 999 $ au PC grand public : la démocratisation de l’IA locale
Le RTX Spark n’est pas une création ex nihilo. Il est basé sur la même puce GB10 que le DGX Spark, ce mini-PC IA vendu depuis octobre 2025 au prix de 3 999 $. Le DGX Spark, destiné aux développeurs CUDA, permet d’exécuter localement des modèles de langage jusqu’à 200 milliards de paramètres et de les prototyper avant de les déployer dans le cloud.
La différence fondamentale, c’est la cible. Le DGX Spark tourne sous Linux et s’adresse aux professionnels de l’IA. Le RTX Spark, lui, est conçu pour Windows et vise le grand public : gamers, créateurs de contenu, étudiants. En adaptant la même architecture à un usage grand public, Nvidia démocratise des capacités de calcul qui étaient jusqu’ici réservées aux stations de travail à plusieurs milliers d’euros.
Cette stratégie de descente technologique, du datacenter vers le bureau puis vers le salon, est typique de Nvidia. La question est de savoir si le grand public est prêt à payer le prix de cette technologie de pointe.
Windows on Arm, jeux et anti-triche : le défi logiciel du RTX Spark
Une puce efficace ne sert à rien sans logiciels pour l’exploiter. Et c’est là que le bât blesse. Le RTX Spark tourne sous Windows on Arm, une version de Windows conçue pour les processeurs ARM. Or, l’immense majorité des applications et des jeux Windows ont été développés pour l’architecture x86 d’Intel et AMD. Faire tourner cet écosystème vieux de 40 ans sur ARM sans sacrifier l’expérience utilisateur est le pari le plus risqué de Nvidia.
Prism, l’émulateur de Microsoft, peut-il faire oublier les apps x86 ?
Pour assurer la compatibilité avec les applications x86, le RTX Spark s’appuie sur Prism, l’émulateur de Microsoft. Prism traduit à la volée les instructions x86 en instructions ARM, permettant de faire tourner des applications non natives sans modification. Mais l’émulation a un coût : une perte de performance qui peut atteindre 20 à 30 % selon les charges de travail, et une consommation énergétique plus élevée.
Nvidia affirme travailler avec « 100 fournisseurs de logiciels Windows » pour optimiser leurs applications en natif ARM. Les développeurs d’anti-triche (Easy Anti-Cheat, BattlEye, Denuvo) sont également dans la boucle, ce qui est crucial pour le gaming. Mais le passage au natif prend du temps. En attendant, les utilisateurs devront composer avec l’émulation pour une partie de leurs logiciels.
Le paysage des prix du marché ajoute une pression supplémentaire. Alors que les PC portables équipés de RTX 5060 Ti commencent à apparaître à des prix compétitifs, le RTX Spark devra justifier son surcoût par une expérience logicielle irréprochable dès le lancement.
League of Legends, Valorant et les autres : le test de la compatibilité gaming
Nvidia a confirmé que Riot Games (League of Legends, Valorant) et Epic Games (Fortnite) seront compatibles dès le lancement. Ces titres, parmi les plus joués au monde, sont des vitrines essentielles pour le RTX Spark. Mais l’absence de certains jeux, ou une mauvaise émulation pour d’autres, serait un échec commercial cuisant pour une puce présentée comme gaming.
La force de Nvidia face à Qualcomm, qui domine Windows on Arm avec ses Snapdragon X, c’est l’écosystème CUDA. Les développeurs de jeux connaissent déjà CUDA et les API graphiques Nvidia. Le portage de leurs jeux en natif ARM est donc techniquement plus simple que pour les puces Qualcomm. C’est un avantage asymétrique que Nvidia compte bien exploiter.
L’enjeu des applications créatives : Adobe, Blender et les workflows professionnels
Au-delà du gaming, le RTX Spark doit convaincre les créateurs de contenu. Nvidia a annoncé l’accélération RTX pour les applications Adobe et la reconstruction de rayons DLSS pour Blender Cycles. Ces optimisations, couplées à la mémoire unifiée, pourraient faire du RTX Spark une plateforme de création redoutable.
Les workflows de montage vidéo 12K, de rendu 3D et de génération d’images par IA bénéficient directement de l’architecture unifiée. Là où un PC traditionnel doit transférer les données entre RAM et VRAM via le bus PCIe, le RTX Spark les traite directement dans la mémoire unifiée. Le gain de temps, pour les professionnels, pourrait justifier à lui seul l’investissement.
Performance par watt : le RTX Spark face à Apple M4, AMD Strix Halo et Intel Lunar Lake
C’est le cœur de l’évaluation. Les promesses d’efficacité de Nvidia sont spectaculaires, mais elles doivent être confrontées aux données disponibles et aux concurrents directs. En l’absence de benchmarks indépendants, il faut se baser sur les caractéristiques techniques et les déclarations de Nvidia pour démêler le vrai du faux.
La loi des watts : 80 W max en pleine charge, le vrai saut générationnel ?
Le chiffre clé communiqué par Nvidia est une consommation maximale de 80 W en pleine charge. En veille, la puce descend à « low, low single-digit » watts, selon Mark Aevermann. Pour comprendre l’ampleur de cette promesse, comparons avec la situation actuelle.
Un laptop gaming haut de gamme typique, équipé d’une RTX 5070 mobile et d’un Intel Core Ultra, consomme entre 150 et 200 W en jeu. Certains modèles comme le Legion 7 (qui sera d’ailleurs l’un des premiers à recevoir le RTX Spark) dépassent les 200 W avec leur alimentation. Réduire cette consommation à 80 W tout en maintenant des performances équivalentes à une RTX 5070 mobile changerait radicalement la donne.
Pour l’autonomie, l’impact serait tout aussi significatif. Un laptop gaming actuel tient rarement plus d’une heure et demie en jeu sur batterie. Avec un TDP de 80 W, le RTX Spark pourrait doubler, voire tripler cette autonomie. Pour la chaleur, fini les ventilateurs qui rugissent et les châssis qui brûlent les cuisses. Un laptop RTX Spark pourrait être aussi silencieux et frais qu’un MacBook Pro.
Autonomie réelle en jeu et en création : que valent les promesses de Nvidia ?
La phrase de Mark Aevermann est aussi audacieuse que vague : « You won’t need a charger » en usage léger. Mais que signifie « usage léger » ? Navigation web, bureautique, vidéo ? Dans ces scénarios, les MacBook M4 tiennent déjà 15 à 18 heures. Le RTX Spark devra au minimum égaler ces chiffres pour justifier sa promesse.
En usage plus intensif, les scénarios sont plus complexes. Combien d’heures d’autonomie en montage vidéo 12K, une charge de travail que Nvidia met en avant ? Combien en jeu AAA 1440p avec DLSS activé ? Si le RTX Spark consomme 80 W en jeu, et que la batterie d’un laptop typique est de 90 à 100 Wh, l’autonomie théorique serait d’environ une heure et quart. C’est mieux que les laptops gaming actuels, mais pas révolutionnaire.
Le véritable test, ce sera l’autonomie en usage mixte : une session de jeu d’une heure, suivie de navigation web et de travail. Si le RTX Spark parvient à alterner rapidement entre les cœurs performance et efficients, et à descendre en veille à quelques watts, l’autonomie totale pourrait être impressionnante. Mais sans benchmarks, tout cela reste de la spéculation.
Le test de l’IA locale : un modèle de 122 milliards de paramètres en 69 secondes
Un utilisateur de DGX Spark a partagé une expérience édifiante sur X. Il a exécuté un modèle de 122 milliards de paramètres sur la même puce GB10 que le RTX Spark. Résultat : 69 secondes pour que le modèle réponde « hello ». Le même utilisateur précise que le problème ne vient pas du matériel, mais du modèle lui-même : « same DGX Spark, same 128GB of unified memory, completely different experience, and the only thing that changed was the model ». L
Cette anecdote illustre parfaitement la réalité de l’IA locale : le matériel n’est que la moitié de l’équation. La qualité des modèles, leur optimisation et leur taille ont un impact bien plus grand sur l’expérience que la puissance brute de la puce. Nvidia promet l’exécution de modèles jusqu’à 120 milliards de paramètres, mais l’expérience utilisateur dépendra autant des développeurs de modèles que de la puce elle-même.
Comparaison concurrentielle : où se situe vraiment le RTX Spark ?
Forbes a qualifié le RTX Spark de « premier concurrent sérieux aux puces Apple M sur le terrain de la performance par watt ». L’avantage principal de Nvidia, c’est CUDA. Aucun concurrent sur Windows on Arm ne supporte nativement CUDA et les Tensor Cores. Qualcomm domine Windows on Arm avec ses Snapdragon X, mais ses puces ne peuvent pas exécuter les mêmes charges de travail IA.
Apple M4 et M5 restent les références en efficacité énergétique, mais ils tournent sous macOS. Pour un utilisateur Windows, le RTX Spark est la première option ARM qui combine performance graphique, support CUDA et efficacité énergétique. AMD Strix Halo et Intel Lunar Lake, de leur côté, restent sur x86 avec une consommation plus élevée.
Prix premium, économies d’énergie et TCO : le vrai coût d’un PC RTX Spark
Appliquons maintenant le prisme économique. Le RTX Spark est un produit de luxe, et son retour sur investissement dépend fortement du profil de l’utilisateur. Qui paie, combien, et est-ce que ça en vaut la peine ?
Surface Laptop Ultra, Dell XPS 16, ASUS ProArt : combien coûtera vraiment le réveil du PC ?
Les premiers PC portables équipés du RTX Spark arriveront à l’automne 2026. Les partenaires sont nombreux : Microsoft avec le Surface Laptop Ultra (« le plus puissant jamais fabriqué par Microsoft »), ASUS avec les ProArt P14 et P16, Dell avec le XPS 16, HP avec les OmniBook X14 et Ultra 16, Lenovo avec le Yoga Pro 9N, et MSI avec le Prestige N16 Flip AI et le Legion 7 gaming.
Nvidia n’a pas communiqué de prix, mais TechRadar s’inquiète : « If these laptops are more expensive than M5 Max-toting MacBooks (which launched at $2,199), then they are going to struggle. » Le Surface Laptop Ultra, positionné comme le PC le plus puissant de Microsoft, pourrait dépasser les 3 000 $. Les modèles gaming comme le Legion 7 seront probablement dans la même fourchette que les laptops gaming haut de gamme actuels, soit entre 2 000 et 3 500 $.
La promesse d’efficacité pourrait justifier un prix de lancement très élevé, mais elle devra être prouvée. Les consommateurs qui ont acheté des laptops Snapdragon X à prix premium ont souvent été déçus par la compatibilité logicielle. Nvidia devra éviter le même écueil.
L’équation économique : le surcoût d’achat face aux économies d’électricité
Prenons un scénario concret. Un gamer joue 3 heures par jour sur un laptop RTX Spark, dont la consommation totale (écran, stockage, etc.) est d’environ 100 W. Sur un PC gaming classique, la consommation totale serait plutôt de 200 W. La différence est de 100 W, soit 0,1 kWh par heure de jeu.
Sur un an, cela représente 0,1 kWh × 3 heures × 365 jours = 109,5 kWh d’économisé. Au tarif réglementé français d’environ 0,25 €/kWh, l’économie annuelle est de 27,38 €. Même en jouant 6 heures par jour, l’économie ne dépasse pas 55 € par an.
En d’autres termes, l’économie d’électricité est réelle mais marginale comparée au surcoût probable de la machine, qui se chiffre en centaines d’euros. La rentabilité du RTX Spark ne viendra pas de la facture EDF, mais d’autres facteurs : la performance IA locale (qui peut remplacer un abonnement cloud à 20 €/mois), la mobilité accrue (pas besoin de deux machines), ou la productivité gagnée sur des charges de travail créatives.
Le calcul du TCO pour les professionnels : quand l’investissement se justifie
Pour un créateur de contenu ou un développeur IA, le calcul est différent. Un abonnement cloud pour l’IA coûte entre 20 et 100 € par mois selon les services. Sur trois ans, cela représente 720 à 3 600 €. Un laptop RTX Spark qui remplace à la fois un PC gaming, un MacBook Pro et un abonnement cloud pourrait être rentable malgré un prix d’achat élevé.
De plus, la productivité gagnée grâce à l’exécution locale des modèles d’IA (pas de latence réseau, pas de limites de tokens, pas de frais supplémentaires) a une valeur réelle pour les professionnels. C’est ce segment d’utilisateurs intensifs qui justifiera le plus facilement l’investissement dans un RTX Spark.
Intel et AMD menacés, monopole en vue : comment Nvidia bouscule l’industrie du PC
Au-delà de l’analyse centrée sur l’utilisateur, l’arrivée du RTX Spark a des conséquences profondes sur l’industrie du PC. Nvidia ne se contente pas de lancer un nouveau processeur : il remet en question l’équilibre des pouvoirs qui structure le marché depuis 40 ans.
La stratégie du monopole « de bout en bout » selon Nvidia
Stephen Wu, ancien ingénieur IA et fondateur du fonds d’investissement Carthage Capital, a livré une analyse cinglante dans Le Figaro : « Nvidia contourne la chaîne d’approvisionnement traditionnelle des PC pour bâtir un monopole matériel de bout en bout. Intel et AMD sont les victimes immédiates. Pour les utilisateurs d’IA, ce matériel fournira enfin la bande passante mémoire nécessaire pour faire tourner localement des modèles robustes, sans latence. »
Le constat est implacable. Nvidia contrôle désormais le CPU (Grace, architecture ARM), le GPU (Blackwell), le framework logiciel (CUDA, qui verrouille les développeurs dans son écosystème), et le réseau de distribution (partenariats avec Microsoft, Dell, HP, etc.). C’est un niveau d’intégration verticale que même Apple n’a pas atteint sur le PC, puisque Apple contrôle le matériel mais pas les logiciels tiers de la même manière.
L’écosystème comme arme secrète
In a recent tweet, analyst Ryan Shrout commented: « NVIDIA has just unveiled the RTX Spark, and while much of the press will describe it as a speedy new chip for Windows PCs, that’s only part of the story. It represents a far more significant gamble than the technical specifications imply… @nvidia’s success in the data center wasn’t driven solely by its hardware. Instead, it was the ecosystem that secured its dominance. »
Ce tweet résume parfaitement la stratégie de Nvidia : la puce n’est que le début. Le verrouillage viendra de l’écosystème CUDA, qui rendra les développeurs et les utilisateurs dépendants de Nvidia pour leurs charges de travail IA. Les jeux optimisés pour RTX, les applications créatives utilisant CUDA, et les modèles d’IA entraînés sur l’infrastructure Nvidia forment un cercle vertueux (pour Nvidia) difficile à briser.
Intel, AMD et Qualcomm face à la puissance du rouleau compresseur Nvidia
Face à cette offensive, les concurrents historiques sont en position délicate. Intel et AMD dominent le marché x86, mais ils sont vulnérables sur le terrain de l’IA portable. Leurs processeurs intègrent bien des NPU (Neural Processing Units), mais leurs performances en IA locale restent loin de ce que promet le RTX Spark avec ses 1 pétaFLOP en FP4.
Qualcomm, de son côté, domine Windows on Arm avec ses Snapdragon X, mais ses puces ne supportent pas CUDA. Un laptop RTX Spark offre pour la première fois un accès natif à CUDA, aux Tensor Cores et au ray tracing sur ARM sous Windows. C’est un avantage asymétrique que Qualcomm ne peut pas combler rapidement.
La pression sur les prix et les calendriers de développement va s’intensifier. Intel et AMD doivent accélérer leurs propres solutions ARM ou IA, sous peine de perdre des parts de marché significatives dans les segments premium. Les restrictions à l’exportation des puces IA ajoutent une couche de complexité géopolitique à cette compétition.
Verdict : le RTX Spark est un pari fascinant qui doit encore faire ses preuves
Le RTX Spark est, sans conteste, l’annonce la plus importante de l’année dans l’industrie PC. Son architecture unifiée Grace Blackwell, sa mémoire unifiée ultra-rapide et ses promesses d’efficacité énergétique en font un produit visionnaire. Mais la distance entre une vision et sa réalisation concrète est immense.
Les gains d’autonomie annoncés sont potentiellement énormes, avec un TDP max de 80 W qui changerait la donne pour les laptops gaming. Mais en pratique, l’émulation x86 via Prism pourrait limiter l’économie d’énergie, et les benchmarks indépendants manquent cruellement pour valider ces promesses.
Les usages tangibles sont clairs : le gaming et l’IA locale (montage 12K, exécution de LLM) sont les vitrines évidentes du RTX Spark. Pour le travail étudiant (bureautique, navigation), le gain sera moins visible, et l’utilisateur lambda pourrait ne pas justifier le surcoût.
Le surcoût, justement, est-il justifié ? Non, pas par l’économie d’électricité seule, qui ne dépasse pas 50 € par an. Oui, si l’utilisateur a besoin d’une station de création IA portable et puissante, sans équivalent chez Intel, AMD ou Apple. Le RTX Spark pourrait remplacer à lui seul un PC gaming, un MacBook Pro et un abonnement cloud IA, ce qui justifierait un investissement premium.
La révolution du PC n’aura vraiment lieu que lorsque Nvidia prouvera ses chiffres avec des benchmarks indépendants, des tests d’autonomie en conditions réelles, et une compatibilité logicielle irréprochable. D’ici là, le RTX Spark reste un magnifique pari technologique et un coup de communication parfaitement maîtrisé. L’histoire retiendra que Nvidia a osé réinventer le PC. Reste à savoir si les utilisateurs suivront.