Inauguration du deuxième ordinateur quantique de l'UE, le VLQ Quantum Computer, le 23 septembre 2025.
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« Le marché du quantique pourrait ne jamais exister » : l'aveu qui fait trembler l'Europe tech

La start-up finlandaise IQM, fleuron européen du quantique, a admis dans son prospectus boursier que le marché pourrait ne jamais exister.

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Juillet 2026 : l'aveu qui a douché l'euphorie du quantique européen

Le 2 juillet 2026, une bombe a explosé dans le petit monde de l'informatique quantique européenne. IQM, la start-up finlandaise devenue la première entreprise publique européenne du secteur, a achevé sa cotation sur le Nasdaq via un SPAC. Mais au lieu des cris de victoire attendus, c'est une phrase glaçante qui a retenu l'attention des investisseurs et des observateurs. Dans son prospectus déposé auprès de la SEC, la société écrit noir sur blanc que « l'adoption commerciale à grande échelle de la technologie quantique pourrait ne jamais se produire ».

Inauguration du deuxième ordinateur quantique de l'UE, le VLQ Quantum Computer, le 23 septembre 2025.
Inauguration du deuxième ordinateur quantique de l'UE, le VLQ Quantum Computer, le 23 septembre 2025. — (source)

L'action IQM, cotée sous le ticker IQMX, a immédiatement glissé sous son prix d'introduction. La valorisation de 1,9 milliard de dollars, déjà inférieure aux espoirs initiaux, a fondu en quelques heures. Pour une entreprise qui avait levé plus d'un demi-milliard de dollars et qui se présentait comme le champion européen du quantique, l'humiliation était cinglante.

Les 337 millions d'euros de trésorerie pro forma n'ont pas suffi à rassurer les marchés. Car ce n'est pas un concurrent ou un analyste qui a émis ce doute : c'est IQM elle-même, dans un document juridique engageant sa responsabilité. L'aveu est d'autant plus brutal qu'il intervient quelques mois seulement après les déclarations triomphales de son PDG Jan Goetz.

De la licorne à la cotation ratée : l'histoire d'un SPAC décevant

Système quantique IQM Spark dans un environnement de laboratoire chez Eviden.
Système quantique IQM Spark dans un environnement de laboratoire chez Eviden. — (source)

L'ascension d'IQM avait pourtant tout du conte de fées finlandais. Fondée en 2018, la société avait rapidement enchaîné les levées de fonds record. En septembre 2025, sa Series B de 275 millions d'euros, menée par Ten Eleven Ventures avec la participation du fonds souverain finlandais Tesi et du Bayern Kapital allemand, en faisait l'une des start-up les mieux financées d'Europe.

En février 2026, Jan Goetz déclarait à CNBC : « L'informatique quantique n'est plus un projet de science. C'est une industrie où des clients possèdent, exploitent et construisent sur des ordinateurs quantiques avancés. » Le même mois, la société annonçait son intention de devenir publique via une fusion avec Real Asset Acquisition Corp (RAAQ), un SPAC.

Mais les SPAC ont mauvaise réputation en 2026. Après la débâcle de nombreux véhicules d'acquisition spéciaux entre 2021 et 2024, les investisseurs se méfient. La valorisation d'IQM, fixée à 1,8 milliard de dollars en février, a été légèrement relevée à 1,9 milliard en juillet. Insuffisant pour convaincre. Le jour de la cotation, l'action a ouvert en dessous de son prix de référence, signe que le marché n'achetait pas le discours.

« Large-scale commercial traction… may never occur » : la phrase qui a tout changé

La phrase fatidique se trouve dans la section des facteurs de risque du formulaire SEC déposé par IQM. Elle dit exactement : « L'adoption commerciale à grande échelle de la technologie informatique quantique pourrait ne jamais se produire. » Dans le jargon juridique américain, un prospectus doit énumérer tous les risques susceptibles d'affecter la valeur de l'action. Mais entre la clause de style habituelle et un signal fort, il y a un monde.

Les prospectus regorgent de mises en garde génériques : « Nous pourrions ne pas atteindre nos objectifs », « La concurrence pourrait être plus forte que prévu ». Mais reconnaître que le marché lui-même pourrait ne jamais émerger, c'est d'une rare franchise. D'autant qu'IQM n'est pas n'importe quelle start-up : elle est le porte-drapeau européen, celle qui a reçu des centaines de millions d'euros d'argent public.

La temporalité de cet aveu est cruciale. Pourquoi IQM choisit-elle de révéler cette incertitude juste après son SPAC, et non avant ? La réponse est juridique : les sociétés cotées aux États-Unis sont soumises à des obligations de transparence bien plus strictes que les entreprises privées européennes. Tant qu'IQM était une licorne non cotée, elle pouvait tenir un discours optimiste. Dès qu'elle a mis un pied sur le Nasdaq, la SEC l'a contrainte à la vérité.

23 ordinateurs, 35 millions de revenus : le vrai bilan d'IQM

Processeur quantique finlandais ayant battu un record de stabilité.
Processeur quantique finlandais ayant battu un record de stabilité. — (source)

Les chiffres parlent d'eux-mêmes. IQM a vendu 23 systèmes quantiques depuis sa création. Une performance honorable, jusqu'à ce qu'on regarde la liste des clients. La grande majorité sont des instituts de recherche publique : le consortium CINECA en Italie, le Oak Ridge National Laboratory aux États-Unis, le Leibniz Supercomputing Centre en Allemagne. Autant de centres qui achètent des machines pour explorer le potentiel du quantique, pas pour en tirer un profit immédiat.

Seulement deux clients récents viennent du secteur privé. L'un d'eux est une entreprise japonaise qui a acheté le premier ordinateur quantique d'entreprise au Japon. C'est un symbole fort, mais c'est aussi un signal de la faiblesse du marché : deux clients privés sur 22 clients au total en 2025.

Les revenus d'IQM en 2025 s'élèvent à 35 millions de dollars, selon des chiffres non audités. C'est peu pour une entreprise valorisée près de 2 milliards. Le ratio cours/bénéfice est astronomique, et encore : il faudrait des bénéfices pour en parler. La trésorerie de 337 millions d'euros donne un peu d'air, mais à ce rythme de dépenses, elle ne durera que quelques années.

200 millions d'euros publics : le jackpot européen d'IQM

Si l'aveu d'IQM a provoqué un choc, c'est aussi parce que l'argent public est massivement engagé. En additionnant les subventions, les prêts et les participations en fonds propres des institutions européennes, on dépasse allègrement les 200 millions d'euros. Une somme colossale pour une entreprise qui admet que son marché pourrait ne jamais exister.

Cette cartographie des financements publics pose une question gênante : les contribuables finlandais et européens ont-ils investi dans une promesse ou dans un gouffre ? Le débat est d'autant plus vif que l'argent public a permis à IQM de devenir ce qu'elle est, mais que les retours sur investissement sont, pour l'instant, inexistants.

BEI, EIC, fonds souverains : qui sont les vrais actionnaires publics d'IQM ?

Premier ordinateur quantique européen à 50 qubits, développé par VTT et IQM.
Premier ordinateur quantique européen à 50 qubits, développé par VTT et IQM. — (source)

Le puzzle des financements publics d'IQM est complexe. En 2022, la Banque européenne d'investissement (BEI) a accordé un prêt de 35 millions d'euros pour accélérer le développement de l'usine de fabrication quantique en Finlande. Ce n'est pas une subvention, mais un prêt qui doit être remboursé avec intérêts. Si IQM fait faillite, la BEI perdra son argent.

Le Conseil européen de l'innovation (EIC) a été encore plus généreux. Via son programme Accelerator, il a injecté jusqu'à 17,5 millions d'euros, dont 15 millions en equity (prise de participation) et 2,5 millions en subvention directe. L'EIC est un fonds public qui prend des risques sur des technologies de rupture. Mais quand la rupture tarde à venir, le contribuable paie.

Le fonds souverain finlandais Tesi et le Bayern Kapital allemand ont participé à la Series B de 275 millions d'euros. Ces fonds sont publics ou semi-publics : ils investissent l'argent des citoyens dans des start-up prometteuses. Leurs participations dans IQM sont devenues des actions cotées, qui valent aujourd'hui moins que leur prix d'entrée.

L'action en baisse : les contribuables ont-ils déjà perdu de l'argent sur IQM ?

La mécanique est simple : quand un fonds public comme Tesi investit dans une start-up, il reçoit des actions. Si la start-up entre en bourse, ces actions deviennent liquides et leur valeur fluctue. Depuis la cotation d'IQM, le cours est inférieur au prix d'introduction. Les fonds publics sont donc en moins-value latente.

Mais le risque ne s'arrête pas là. Les SPAC sont connus pour leur effet dilutif : les investisseurs initiaux voient leur participation réduite à mesure que de nouvelles actions sont émises. Si IQM doit lever des fonds supplémentaires pour survivre, la dilution sera encore plus forte. Les contribuables, actionnaires indirects via Tesi et l'EIC, pourraient voir leur mise de départ fondre comme neige au soleil.

Faisons un calcul d'opportunité. Deux cents millions d'euros, c'est le budget annuel de recherche de plusieurs universités européennes. C'est le financement de centaines de bourses de doctorat. C'est l'investissement nécessaire pour créer une filière industrielle complète dans un autre domaine. L'argent public investi dans IQM n'est pas perdu, mais il n'est pas non plus disponible pour d'autres projets. Le coût d'opportunité est réel.

Investir dans le futur ou gaspillage ? Le débat autour du financement public du quantique

Les défenseurs du financement public du quantique avancent un argument de souveraineté. L'Europe ne peut pas laisser les États-Unis et la Chine dominer une technologie aussi stratégique. L'ordinateur quantique, s'il voit le jour, pourrait casser les codes de chiffrement actuels, simuler des molécules pour la découverte de médicaments, ou optimiser des chaînes logistiques complexes. Ne pas investir serait une faute politique.

Mais cet argument a une limite : l'argent public doit être utilisé de manière efficiente. Si IQM admet elle-même que le marché pourrait ne jamais exister, à quoi sert d'y engloutir des centaines de millions ? La R&D fondamentale a sa place dans le budget des États, mais elle ne justifie pas une capitalisation boursière de 2 milliards de dollars.

Le paradoxe est cruel : l'argent public a créé une perle technologique, mais cette perle est bancale. Les brevets d'IQM sont excellents, ses machines fonctionnent, ses équipes sont talentueuses. Mais tout cela ne fait pas un marché.

Décibels, décohérence, clients absents : les trois murs du quantique

Pourquoi IQM est-elle contrainte à un tel aveu d'incertitude ? Parce que le quantique se heurte à trois obstacles majeurs, que les ingénieurs connaissent bien mais que le marketing préfère taire. Le mur physique, le mur commercial et le mur concurrentiel forment une triple barrière que peu d'entreprises ont réussi à franchir.

Composant doré d'un système quantique, symbole de la technologie de pointe.
Composant doré d'un système quantique, symbole de la technologie de pointe. — (source)

Le mur physique : pourquoi le matériel quantique ne décolle pas

Au cœur du problème se trouve la décohérence quantique. Les qubits, ces unités d'information quantique, sont extrêmement fragiles. Le moindre bruit thermique, la moindre vibration, la moindre interaction avec l'environnement les fait perdre leurs propriétés quantiques. Résultat : les calculs sont entachés d'erreurs.

Les processeurs quantiques actuels sont dits NISQ (Noisy Intermediate-Scale Quantum). Ils comptent entre 50 et 100 qubits, mais ces qubits sont bruités. Leurs calculs ne sont pas fiables à 100 %. Pour des applications pratiques, il faudrait des millions de qubits tolérants aux fautes, capables de corriger leurs propres erreurs. Or, personne n'a encore démontré qu'un tel ordinateur est réalisable à l'échelle industrielle.

IQM a vendu 23 machines, mais ces machines sont des prototypes avancés, pas des ordinateurs universels. Elles servent à explorer, à expérimenter, à former des étudiants. Elles ne remplacent pas un supercalculateur classique pour les tâches du quotidien. Le fossé entre les NISQ d'aujourd'hui et le Graal du quantique tolérant aux fautes est immense.

Le mur commercial : qui a vraiment besoin d'un ordinateur quantique en 2026 ?

La question est brutale mais nécessaire. À quoi sert un ordinateur quantique en 2026 ? Pour 99 % des tâches informatiques, un bon vieux processeur classique fait aussi bien, voire mieux. Les algorithmes quantiques ne sont efficaces que pour une poignée de problèmes très spécifiques : factorisation de grands nombres, simulation de systèmes quantiques, optimisation combinatoire.

Le problème, c'est que ces applications restent théoriques. La factorisation de grands nombres, qui menace le chiffrement RSA, nécessite des millions de qubits. La simulation de molécules complexes, qui promet des médicaments révolutionnaires, n'a pas encore donné de résultat concret. L'optimisation logistique, qui pourrait sauver des milliards aux transporteurs, est souvent mieux réalisée par des algorithmes classiques améliorés.

Les clients d'IQM le savent bien. Ils achètent une machine pour explorer ce qu'elle pourrait faire un jour, pas pour résoudre un problème immédiat. C'est un achat d'option, pas un achat d'outil. Et les options, ça se paie, mais ça ne fait pas une industrie.

Le mur concurrentiel : pourquoi l'IA a mangé le budget du quantique

Le timing d'IQM est terrible. Depuis 2023, l'intelligence artificielle générative a explosé. Les investissements dans l'IA ont augmenté de plus de 300 % en 2025, cannibalisant les capitaux disponibles pour d'autres technologies de rupture. Les talents aussi : les ingénieurs et les doctorants qui auraient pu travailler sur le quantique sont aspirés par les géants de l'IA, qui paient mieux et offrent des perspectives plus immédiates.

Le rapport de force est éloquent. Nvidia, le fabricant de puces pour l'IA, pèse plus de 3 000 milliards de dollars en bourse. Toute l'industrie quantique réunie, y compris les géants américains comme IonQ et Rigetti, ne pèse pas 50 milliards. Les investisseurs votent avec leur portefeuille : l'IA promet des revenus concrets à court terme, le quantique promet des révolutions dans vingt ans.

Cryostat d'un ordinateur quantique IQM à Espoo, Finlande.
Cryostat d'un ordinateur quantique IQM à Espoo, Finlande. — Ragsxl / CC BY-SA 4.0 / (source)

IQM se retrouve dans une position délicate. Elle doit convaincre les investisseurs que le quantique est l'avenir, alors que l'IA est le présent. Et son propre prospectus admet que cet avenir est incertain.

Jan Goetz : « Le problème, c'est de scaler en Europe »

Au-delà des murs techniques, Jan Goetz pointe un obstacle spécifiquement européen. Dans un entretien à Sifted, le PDG d'IQM livre un constat sans concession sur les difficultés de l'écosystème deep tech européen. Son analyse est un plaidoyer politique autant qu'un diagnostic économique.

Le plaidoyer pour un « Buy European Act » du quantique

« Le défi en Europe est de scaler et de faire grandir les start-up, explique Goetz. Même si nous avons beaucoup de jeunes pousses, il est très difficile de les faire croître et de rivaliser au niveau mondial. » Le constat est partagé par de nombreux entrepreneurs européens : l'Europe excelle dans la recherche fondamentale et les brevets, mais échoue à créer des géants industriels.

Goetz propose une solution radicale : que les organismes publics européens deviennent les premiers clients de l'industrie quantique. Hôpitaux, armées, administrations : autant de marchés captifs qui pourraient garantir un revenu minimum aux start-up du secteur. C'est exactement ce que fait le Department of Defense américain avec ses propres champions technologiques.

L'idée d'un « Buy European Act » pour le quantique n'est pas nouvelle, mais elle prend une urgence nouvelle après l'aveu d'IQM. Si les États-Unis et la Chine subventionnent massivement leurs industries quantiques via des commandes publiques, l'Europe doit faire de même sous peine de voir ses champions disparaître.

La malédiction européenne : des brevets, des start-up, pas de géants

Le diagnostic de Goetz est implacable. L'Europe a d'excellents laboratoires et des brevets de qualité, mais elle manque d'entrepreneurs en série capables de scaler des entreprises de deep tech. Les talents formés par l'argent public partent aux États-Unis, où les salaires sont plus élevés et les marchés plus vastes.

Rendu de conception d'ordinateurs quantiques IQM.
Rendu de conception d'ordinateurs quantiques IQM. — Ragsxl / CC BY-SA 4.0 / (source)

La comparaison avec l'écosystème finlandais est éloquente. Nokia a été un succès planétaire, mais il est resté un cas isolé. Supercell, le développeur de jeux mobiles, a été racheté par le chinois Tencent. La Finlande n'a pas réussi à créer une filière technologique intégrée, avec des start-up qui deviennent des PME, puis des ETI, puis des géants.

Le quantique souffre du même syndrome. L'Europe compte plusieurs start-up prometteuses : IQM en Finlande, Quandela et Alice & Bob en France, Pasqal en France également. Mais aucune n'a encore la taille critique pour rivaliser avec Google Quantum AI, IBM Quantum ou les entreprises chinoises.

La fuite des cerveaux : les talents du quantique quittent l'Europe

Le cas d'IQM est emblématique. Ses meilleurs chercheurs sont régulièrement débauchés par Google Quantum AI ou IBM. L'entreprise doit recruter au Japon et aux États-Unis pour compenser les départs. L'ironie est cruelle : l'Europe finance la formation des talents via ses universités et ses programmes de recherche, mais l'Amérique capte la valeur.

Cette fuite des cerveaux n'est pas propre au quantique. Elle touche tous les secteurs du deep tech européen. Mais elle est particulièrement douloureuse pour une industrie naissante qui a besoin de tous ses talents pour franchir les obstacles techniques.

La fin d'un cycle de hype ? Ce que l'aveu d'IQM change pour l'industrie

L'aveu d'IQM n'est pas un cas isolé. Il s'inscrit dans un mouvement plus large de refroidissement du secteur quantique. Après des années de promesses et de levées de fonds records, l'industrie entre dans une phase de réalisme forcé.

Alice & Bob, Quandela, Pasqal : le même constat ?

Les autres start-up européennes du quantique sont-elles dans la même situation qu'IQM ? Pas exactement, car elles sont encore privées. Une société cotée comme IQM a une obligation de transparence totale via la SEC. Les sociétés privées peuvent encore tenir un discours optimiste sans craindre de poursuites judiciaires.

Mais les difficultés techniques sont les mêmes. Alice & Bob, start-up française spécialisée dans les qubits « cats », a levé des fonds importants mais n'a pas encore démontré de scalabilité industrielle. Quandela, qui développe des processeurs quantiques photoniques, avance lentement. Pasqal, avec ses atomes neutres, a des résultats prometteurs mais pas de marché de masse.

La différence cruciale est la suivante : tant qu'elles sont privées, ces entreprises peuvent choisir leur moment pour révéler leurs difficultés. IQM, en devenant publique, s'est exposée à la lumière crue des marchés. Son aveu est un signal pour toute l'industrie.

Le quantique et la fusion nucléaire : « Toujours dans 30 ans »

Le parallèle avec la fusion nucléaire est tentant. Depuis les années 1950, on nous promet une énergie propre et illimitée « dans 30 ans ». Aujourd'hui, ITER est en construction à Cadarache, mais la fusion commerciale reste hypothétique. Le quantique suit une trajectoire similaire : des promesses répétées, des délais sans cesse repoussés, et un marché qui tarde à émerger.

Le rapport de l'Environmental Law Institute de 2022, intitulé « An Environmentalist's Guide to Quantum Computing », pointait déjà ce risque. Son auteur, David Rejeski, évoquait « Another Ride on the Hype Cycle » et titrait un chapitre « Not There Yet: The Long March to Market ». IQM entre aujourd'hui de plain-pied dans la « vallée de la désillusion », cette phase du cycle de hype où les promesses se heurtent à la réalité.

Ce que disent les analystes du secteur

Les analystes financiers sont partagés. UBS, dans une note de janvier 2026 citée par CNBC, écrivait : « Bien que les progrès aient été lents et que de nombreux défis subsistent, nous commençons à voir des percées significatives dans le domaine quantique. » Un optimisme mesuré, qui contraste avec la franchise d'IQM.

La capitalisation boursière d'IQM est devenue un indicateur pour toute l'industrie. Si l'action continue de baisser, les autres start-up quantiques auront du mal à lever des fonds. Si elle se stabilise, le secteur pourra respirer. Les prochains mois seront décisifs.

Doctorants, ingénieurs, promesses : le monde d'après pour le quantique

Quand le hype se tasse, ce sont les jeunes et les promesses qui trinquent. Les étudiants qui se sont formés au quantique, attirés par des salaires mirobolants et des carrières passionnantes, risquent de se retrouver sur un marché de l'emploi resserré. Les promesses de révolutions médicales et climatiques, elles, devront attendre.

Faut-il encore se former au quantique après l'aveu d'IQM ?

La réponse est nuancée. Le marché de l'emploi quantique se resserre, mais il n'a pas disparu. Les doctorants spécialisés en physique des qubits risquent de se retrouver sur un marché de niche, avec peu d'offres d'emploi en Europe. En revanche, ceux qui se forment aux algorithmes hybrides (quantique + classique) et aux applications logicielles auront plus de débouchés.

La double compétence est la valeur refuge. Un ingénieur qui maîtrise à la fois le calcul classique et les principes du quantique peut travailler dans l'IA, la simulation numérique ou l'optimisation. Le quantique devient une spécialisation complémentaire, pas une carrière à part entière.

Cryptographie, santé, climat : les promesses oubliées du quantique

Si le quantique n'arrive jamais à maturité commerciale, que deviennent les promesses de remèdes contre le cancer, de modèles climatiques parfaits et de codes incassables ? La réponse dépend de ce qu'on attendait exactement.

La cryptographie quantique est un cas à part. La distribution de clés quantiques (QKD) existe déjà et fonctionne. Elle ne nécessite pas un ordinateur quantique universel : c'est une application directe des principes de la mécanique quantique. Les réseaux de fibre optique sécurisés par QKD se déploient en Chine et en Europe. Cette promesse-là est tenue, indépendamment des difficultés d'IQM.

En revanche, les promesses de médicaments conçus par ordinateur quantique ou de modèles climatiques parfaits relèvent de la R&D fondamentale. Même sans marché commercial, la recherche sur les algorithmes quantiques fait progresser notre compréhension de la physique et des mathématiques. Ce n'est pas de l'argent perdu, c'est de la science.

Le retour sur Terre pour l'écosystème start-up

L'aveu d'IQM est une leçon pour les jeunes entrepreneurs. Le danger du « technology push » — pousser une technologie sans marché réel — est bien réel. L'innovation technique ne vaut que ce que pèse son modèle économique.

Les écoles de commerce et d'ingénieurs vont sans doute étudier le cas IQM pendant des années. Comment une entreprise avec des brevets solides, des équipes brillantes et des centaines de millions d'euros de financement peut-elle admettre que son marché pourrait ne jamais exister ? La réponse est dans le business plan : il faut prévoir son échec potentiel dès le départ.

Conclusion : L'heure du réalisme (ou de la retraite) pour le quantique européen

L'aveu d'IQM n'est pas la mort du quantique européen. C'est la fin de son enfance dorée. Pendant des années, les start-up du secteur ont bénéficié d'un crédit quasi illimité de la part des investisseurs et des pouvoirs publics. Aujourd'hui, l'heure du réalisme a sonné.

L'Europe doit choisir. Continuer à financer des promesses lointaines sans exiger de résultats concrets, ou fixer des jalons précis à 5 ans : nombre de qubits tolérants aux fautes, applications industrielles démontrées, clients privés récurrents. Le premier scénario mène à une bulle qui finira par éclater. Le second permet de construire une industrie viable, même si elle est plus modeste que les rêves des débuts.

Pour les jeunes, le message est clair : l'innovation technique ne vaut que ce que pèse son modèle économique. Le quantique a encore de beaux jours devant lui, à condition d'apprendre à marcher avant de courir. Les 23 machines d'IQM ne changeront pas le monde demain, mais elles forment une base sur laquelle construire. La question est de savoir si l'Europe aura la patience et la rigueur nécessaires pour transformer cette base en une véritable industrie.

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Questions fréquentes

IQM a-t-elle admis l'échec du marché quantique ?

Oui, dans son prospectus SEC de juillet 2026, IQM a écrit que « l'adoption commerciale à grande échelle de la technologie quantique pourrait ne jamais se produire », un aveu rare qui a fait chuter son action.

Combien d'argent public IQM a-t-elle reçu ?

IQM a reçu plus de 200 millions d'euros d'argent public européen, via des prêts de la BEI (35 millions), des investissements de l'EIC (17,5 millions) et des fonds souverains finlandais et allemands.

Quels sont les obstacles du quantique selon l'article ?

Trois murs principaux : le mur physique (décohérence et qubits bruités), le mur commercial (absence de clients privés récurrents) et le mur concurrentiel (l'IA cannibalise les investissements).

Combien de systèmes quantiques IQM a-t-elle vendus ?

IQM a vendu 23 systèmes quantiques depuis sa création, mais la grande majorité des clients sont des instituts de recherche publique, avec seulement deux clients du secteur privé.

Quel est le parallèle entre quantique et fusion nucléaire ?

L'article compare le quantique à la fusion nucléaire, une technologie promise « dans 30 ans » depuis les années 1950, et qui peine toujours à émerger commercialement.

Sources

  1. [PDF] An Environmentalist's Guide to Quantum Computing · eli.org
  2. cnbc.com · cnbc.com
  3. eib.org · eib.org
  4. lasvegassun.com · lasvegassun.com
  5. sifted.eu · sifted.eu
labo-geek
Paul Ribot @labo-geek

Doctorant en physique des particules à Saclay, je passe mes journées à chercher des trucs qu'on ne peut même pas voir. Mais ma vraie passion, c'est d'expliquer la science à ceux qui pensent ne pas pouvoir la comprendre. L'univers est dingue, et je trouve ça injuste que seuls les chercheurs en profitent. Alors je vulgarise, avec des analogies du quotidien et zéro jargon. La science, c'est pour tout le monde.

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