Ils ne se sont jamais affrontés sur un banc, mais leur destin est lié depuis l'été 1998. Didier Deschamps, capitaine des Bleus champions du monde, s'apprête à passer le flambeau à Zinédine Zidane, son ancien coéquipier devenu l'entraîneur le plus titré de sa génération. La Coupe du monde 2026, qui s'ouvre le 11 juin aux États-Unis, au Canada et au Mexique, servira de théâtre à cette passation historique — et de dernier examen pour des joueurs qui savent que leur avenir en sélection se joue avant même le coup d'envoi du tournoi.

Le secret de Polichinelle : Zidane dans l'ombre des Bleus
« C'est un secret de Polichinelle. À moins d'un énorme retournement de situation, Zinédine Zidane sera le prochain sélectionneur de l'équipe de France masculine de football. » Le constat du Monde résume une situation unique dans l'histoire récente des Bleus : tout le monde sait, mais personne n'officialise.
Didier Deschamps quittera son poste à l'issue du Mondial, mettant fin à un mandat entamé à l'été 2012. Quatorze ans de règne, une Coupe du monde (2018), une finale perdue (2022), un Euro à domicile raté (2016) et une génération dorée façonnée à son image. Son successeur désigné n'est autre que son ancien capitaine, le Ballon d'or 1998, l'icône absolue du football français.
Le président de la Fédération française de football, Philippe Diallo, a choisi de différer l'annonce officielle jusqu'après la compétition. Une décision mûrement réfléchie : « afin de ne pas perturber l'entraînement des coéquipiers de Kylian Mbappé », explique le Monde. L'ombre de Zidane plane pourtant déjà sur le groupe, et le dirigeant n'a pas hésité à éventer partiellement le secret. « Je connais [le] nom » du futur sélectionneur, a-t-il affirmé au Figaro, avant d'esquisser le portrait-robot de l'heureux élu : « Il faut un profil qui coche beaucoup de cases et puisse faire aussi l'objet d'une adhésion des Français. Un lien doit se créer entre le sélectionneur et les Français. »
Qui d'autre que « Zizou », adulé dans l'Hexagone, peut susciter pareille adhésion ? Le dirigeant a révélé avoir reçu « moins de cinq candidatures, toutes françaises », confirmant que la voie était libre pour l'ancien numéro 10.
La tournée américaine : dernière audition avant la liste du 14 mai
Pendant que la succession se joue en coulisses, Deschamps orchestre ses adieux sur le terrain. La tournée américaine de fin mars avait tout d'une répétition générale : victoire contre le Brésil (1-2) à Boston le 26 mars, puis rendez-vous contre la Colombie à Landover le 29 mars. Mais pour une partie du groupe, ces deux matchs représentaient bien plus qu'une préparation : une dernière chance de convaincre.
Contre le Brésil, le sélectionneur avait aligné son onze type. Quatre jours plus tard, il a procédé à une rotation complète de son effectif de 25 joueurs. « Je change tout le monde, c'est le moment. Ce n'est pas parce qu'on a gagné, c'était prévu. C'est logique de le faire », a-t-il déclaré après la victoire face aux Auriverde.
Le message est clair : le match contre la Colombie était l'ultime occasion pour les remplaçants de marquer des points avant l'annonce de la liste définitive, prévue le 14 mai sur TF1. Une liste qui comptera 24, 25 ou 26 joueurs, et qui scellera le sort de nombreux espoirs. « À travers le temps de jeu qu'ils ont, ils ont tout intérêt à faire du mieux possible », a prévenu le technicien, qui entendait titulariser ceux qui n'avaient pas — ou peu — joué face au Brésil.
Pour ces joueurs en marge, l'enjeu dépasse le simple choix de Deschamps. Ils savent que leur sort se joue aussi à l'aune de l'après-Mondial, quand Zidane aura les mains libres pour bâtir son équipe. Une place dans la liste du 14 mai, c'est la possibilité de montrer ses qualités sur la plus grande scène du monde — et de s'imposer dans l'esprit du futur sélectionneur.
Zidane, Mbappé et la nouvelle génération : un mariage sous tension

L'arrivée de Zidane ne change pas seulement la donne pour les remplaçants. Pour Kylian Mbappé, la perspective est doublement délicate. Le capitaine des Bleus, qui a égalé Olivier Giroud comme co-meilleur buteur de l'histoire de la sélection, devra composer avec un sélectionneur au charisme au moins égal au sien — une situation inédite depuis ses débuts en équipe de France.
Le choix de Philippe Diallo de retarder l'annonce « afin de ne pas perturber l'entraînement des coéquipiers de Kylian Mbappé » en dit long sur la sensibilité du dossier. Le président de la FFF connaît la relation particulière entre les deux hommes, faite de respect mutuel et d'admiration affichée. Mbappé n'a jamais caché son attachement à Zidane, et l'arrivée de son idole à la tête des Bleus pourrait libérer le joueur — ou créer une pression inédite.
L'ancien entraîneur du Real Madrid a prouvé sa capacité à gérer les ego surdimensionnés. Cristiano Ronaldo, Sergio Ramos, Karim Benzema : Zidane a dirigé les plus grandes stars du football mondial lors de ses deux mandats à Madrid, décrochant au passage trois Ligues des champions consécutives (2016-2018). Une expérience précieuse pour encadrer une génération 2026 qui arrive avec ses propres ambitions.
Car derrière Mbappé, une vague de jeunes talents pousse : les Michael Olise, les Désiré Doué, les Warren Zaïre-Emery. Cette génération, qui n'a pas connu la rivalité Deschamps-Zidane des années 1990, pourrait voir dans l'arrivée de « Zizou » une opportunité unique. Le nouveau sélectionneur, qui n'a jamais dirigé d'équipe nationale, devra pourtant prouver qu'il peut reproduire au niveau international ce qu'il a accompli en club.
Le Mondial 2026 : le plus grand tournoi de l'histoire comme passage obligé
Cette Coupe du monde sera la première à réunir 48 équipes, avec 104 matches disputés dans trois pays. Un format inédit qui bouleverse les équilibres : 1 248 joueurs issus de 449 clubs seront engagés, et les observateurs s'attendent à voir émerger « les futurs visages du football mondial », comme le souligne la BBC.

Pour la France, ce Mondial géant représente un double enjeu. Sportif d'abord : les Bleus, finalistes en 2022, visent un troisième titre mondial. Symbolique ensuite : ce tournoi marque la fin d'une ère et le début d'une autre. Chaque match de Deschamps sera scruté comme un adieu, chaque performance analysée comme un héritage pour son successeur.
La pression est d'autant plus forte que la génération 2026 est comparée, à juste titre, à celle de 1998. Les similitudes sont frappantes : un groupe talentueux, un capitaine charismatique, et un sélectionneur qui a connu les sommets. Mais cette fois, le technicien en place sait que son successeur attend dans l'ombre, prêt à prendre le relais.
Et après ? Ce qui attend les Bleus version Zidane
Si le nom de Zidane ne fait plus guère de doute, les contours de sa future équipe commencent à se dessiner. L'ancien entraîneur du Real Madrid prévoit de s'entourer de deux fidèles lieutenants de son passage chez les Merengue : David Bettoni, son adjoint, et Hamidou Msaidie, qui cumulait les fonctions de kinésithérapeute, rééducateur et psychologue au sein du staff madrilène.
Le trio a déjà affiché sa complicité lors d'une discussion sur la chaîne YouTube de Msaidie, mise en ligne le 9 janvier. Pendant plus d'une heure, les trois hommes sont revenus sur « l'exigence du très haut niveau » et sur la manière dont ils avaient dirigé les stars du Real. Une « opération de communication subtile », analyse le Monde, qui permettait d'exposer comment ils géreraient les Bleus le jour venu.
Cette équipe de confiance, rodée aux sommets européens, apporterait une continuité dans l'encadrement que Deschamps n'a pas toujours su offrir. Pour les joueurs de la génération 2026, c'est une promesse : celle d'un staff qui a prouvé sa capacité à faire gagner les plus grands clubs du monde, et qui arrive avec un regard neuf sur un groupe en pleine mutation.
Reste la question du style. Zidane, formé à l'école du Real et du jeu à la française, devra trouver l'équilibre entre la rigueur défensive héritée de Deschamps et une ambition offensive que les supporters attendent. Le défi est immense, mais l'homme qui a soulevé trois Ligues des champions consécutives sait mieux que quiconque que les plus belles réussites naissent des plus grandes attentes.