Ce mardi 17 février 2026, la patinoire olympique de Milan a été le théâtre de la fin d’une aventure historique. Les hockeyeurs français, de retour aux Jeux après vingt-quatre ans d’absence, ont vu leur parcours s’arrêter en barrage contre une redoutable équipe d’Allemagne. Le score, sans appel (5-1), masque pourtant une résistance acharnée et un courage qui ont transcendé la simple défaite sportive. Face à la froide efficacité de la septième nation mondiale, vice-championne olympique en titre, les Bleus, classés quatorzièmes, ont livré un combat digne avant de plier sous le poids d’un écart de niveau manifeste. Cette élimination sonne le glas des espoirs de quart de finale, un stade que la France n’a plus atteint depuis les Jeux d’Albertville en 1992. Mais au-delà du résultat, ce match a marqué un tournant émotionnel pour une équipe et un sport longtemps restés dans l’ombre.

Le choc des réalités : vingt minutes pour tout perdre face à la machine allemande
Dès le coup d’envoi, l’écart entre les deux formations s’est dessiné avec une cruelle clarté. L’Allemagne, véritable machine de guerre composée de huit joueurs évoluant dans la prestigieuse Ligue Nationale de Hockey (NHL), a imposé son rythme et sa maîtrise technique. En l’espace d’un premier tiers-temps de vingt minutes, les espoirs français se sont littéralement envolés sous une avalanche de trois buts. Ce démarrage en trombe des Allemands a prouvé une vérité implacable du hockey de haut niveau : contre des équipes de ce calibre, une erreur, un moment de flottement, se paye cash. Les Bleus, qui avaient pourtant battu cette même Allemagne en match de préparation l’année précédente, se sont retrouvés submergés par une vague offensive d’une précision chirurgicale. Ce début de match catastrophique a placé les hommes de Yorick Treille dans une position intenable, obligés de courir après un score déjà lourdement compromis face à l’une des meilleures nations du monde. Comme l’a illustré la trajectoire d’autres équipes barragistes, le passage en knockout exige une perfection dès les premières secondes, un défi que la France n’a pas réussi à relever.
Leon Draisaitl et la supériorité numérique : l'école allemande fait mal

La leçon a été rude et rapide. Dès la quatrième minute de jeu, les Français ont concédé une pénalité, offrant à l’Allemagne sa première supériorité numérique. Face à une unité spéciale aussi rodée, le danger était maximal. Et il s’est matérialisé par la star de l’équipe adverse, Leon Draisaitl. MVP de la NHL en 2020, l’attaquant a démontré toute sa classe en ouvrant le score d’une frappe imparable. Ce but précoce a eu un effet dévastateur sur le moral du bloc français. Il a non seulement validé la stratégie allemande de pression immédiate, mais il a aussi concrétisé l’écart technique abyssal entre les deux effectifs. Alors que la France ne compte qu’un seul joueur sous contrat NHL (Alexandre Texier), l’Allemagne alignait Draisaitl et sept autres de ses compères de la meilleure ligue au monde. Cette première réalisation a servi de tremplin psychologique pour les Allemands et de piège mental pour les Français, qui se sont retrouvés immédiatement dos au mur.
La réaction en chaîne de Tiffels et Peterka : Junca impuissant
Le choc du premier but n’était pas encore digéré que la seconde vague est arrivée. À la onzième minute, profitant d’un turnover en zone neutre, Frederik Tiffels s’est élancé en solitaire. Sa chevauchée s’est conclue par un tir parfaitement placé dans la lucarne supérieure du gardien français Julian Junca. 2-0. L’étau se resserrait. Huit minutes plus tard, c’est au tour de John Peterka, autre talent de la NHL, d’inscrire son nom au tableau. Sur une passe rapide en fond de zone, il a déclenché un tir clinique et lourd, laissant une nouvelle fois Junca sans réaction possible. 3-0. En moins de vingt minutes, le match semblait déjà plié. Ces trois buts, inscrits à la suite, ont illustré le « retard à l’allumage » fatal dont a souffert l’équipe de France. Face à des adversaires d’une telle précision, chaque erreur défensive a été immédiatement sanctionnée. La solidité collective, pourtant affichée comme un point fort avant le tournoi, s’est fissurée sous les assauts répétés d’une attaque allemande à la fois physique et technique.

Le changement de gardien forcé : Keller entre pour sauver l'honneur
Face au naufrage, l’entraîneur Yorick Treille a dû réagir vite pour éviter une débâcle humiliante. Après le troisième but allemand, il a pris la décision difficile de remplacer son gardien titulaire, Julian Junca, par Antoine Keller. Ce changement, plus tactique que punitif, visait à stopper l’hémorragie et à redonner un nouveau souffle à son équipe. La mission de Keller était claire : tenir la maison et empêcher que le score ne devienne complètement hors de portée. Malgré l’entrée dans un match déjà très compromis, le portier de remplacement a relevé le défi avec brio. Il a réalisé une série d’arrêts de qualité, dont plusieurs réflexes spectaculaires, pour contenir les offensives allemandes. Son intervention a permis à la France de ne pas sombrer totalement avant la pause et a, dans un sens, sauvé l’honneur d’une première période catastrophique. Ce sursaut individuel a préparé le terrain pour la réaction collective qui allait suivre au retour des vestiaires.
Pierre-Edouard Bellemare et l'étincelle de fierté : réduire l'écart avant la mi-temps
La deuxième période a offert un visage radicalement différent de l’équipe de France. Sortis du choc initial, les Bleus ont retrouvé leur combativité et leur fierté. Lâchés par leur coach, ils sont revenus sur la glace avec la détermination de ne pas laisser filer ce match sans se battre. Cette résilience a été incarnée par leur capitaine et vétéran, Pierre-Edouard Bellemare. À près de 41 ans, le leader de cette équipe a su insuffler l’étincelle qui a redonné espoir à tout un pays. Alors que le score de 3-0 pouvait laisser présager un effondrement, les Français ont inversé la dynamique, jouant plus équilibré et créant même de réelles occasions. Ce sursaut a montré le mental « underdog » d’une équipe qui refuse de s’avouer vaincue, même face à l’adversité la plus écrasante. C’est dans ce contexte de regain que l’exploit individuel a jailli, prouvant que la persévérance pouvait parfois trouver sa récompense, même de la manière la plus inattendue.
Le but inespéré du capitaine : un rebond malchanceux pour l'Allemagne

À la 25e minute de jeu, l’improbable s’est produit. Pierre-Edouard Bellemare, en position sur le cercle de mise au jeu de gauche, a déclenché un tir qui, à première vue, ne semblait pas des plus dangereux. Mais le palet a heurté le patin du défenseur allemand Jonas Muller, a dévié de trajectoire de manière totalement imprévisible et a fini sa course au fond des filets derrière un Philipp Grubauer médusé. 3-1. Ce but, aussi chanceux fût-il, a électrisé la patinoire et l’équipe de France. L’espoir, un instant éteint, s’est rallumé. Pour Bellemare, ce but revêtait une importance symbolique immense : c’était son premier et unique but olympique, marqué lors de sa seule participation aux Jeux, à l’aube de sa retraite internationale. Ce moment de grâce a libéré les Bleus, prouvant que même face à une armada, la persévérance pouvait payer. L’ambiance a changé, et la pression s’est légèrement reportée sur les épaules des Allemands.
Un jeu plus équilibré mais infructueux face au « Lockdown » allemand
Portés par ce but, les Français ont ensuite dominé de larges phases de jeu. Leurs lignes ont retrouvé de la fluidité, les déplacements étaient plus précis, et la défense allemande a dû travailler dur pour contenir les assauts. Pendant près d’une dizaine de minutes, le jeu s’est équilibré, voire a penché en faveur des tricolores. Malheureusement, cette domination relative ne s’est pas traduite par des buts supplémentaires. La défense allemande, extrêmement disciplinée et organisée, est passée en mode « lockdown ». Les espaces se sont faits rares, les tirs français ont été bloqués ou déviés, et le gardien Grubauer a été solide sur les quelques occasions nettes. L’incapacité à marquer ce deuxième but, qui aurait mis la pression réelle sur les vice-champions olympiques, a été la grande frustration de cette période. Elle a démontré que même dans ses meilleurs moments, la France manquait peut-être de ce dernier pourcentage de réalisme et de froideur devant le but pour véritablement inquiéter les grandes nations.
La gestion de la supériorité numérique française
L’un des points clés de ce match a été le contraste frappant dans l’exploitation des supériorités numériques. Alors que l’Allemagne avait été implacable sur son premier power-play (but de Draisaitl), la France a, elle, échoué à capitaliser sur ses occasions en avantage numérique. Les Bleus ont obtenu plusieurs pénalités en leur faveur en deuxième période, mais n’ont jamais réussi à organiser un jeu aussi tranchant et dangereux que leurs adversaires. Les déplacements étaient parfois hésitants, les passes manquaient de précision, et les tirs étaient trop prévisibles ou facilement lisibles par la défense allemande. Cette inefficacité en situation d’homme-avantage a été un facteur décisif dans l’issue du match. Dans un duel aussi serré sur le plan de l’engagement, ne pas savoir punir les indisciplines adverses est un luxe que l’on ne peut pas se permettre. Ces occasions manquées ont scellé, en creux, le sort de la rencontre, soulignant une différence d’exécution dans les moments décisifs.
L'écart de niveau : Joshua Samanski et la réalité NHL sonnent l'heure de vérité

Si la deuxième période avait laissé entrevoir une lueur d’espoir, la fin du match est revenue à la dure réalité des écarts statistiques et individuels. L’Allemagne, après avoir absorbé la pression française, a rappelé pourquoi elle figurait parmi l’élite mondiale. La différence de talent pur, cristallisée par la présence massive de joueurs de NHL dans ses rangs, a fini par faire la différence de manière implacable. Chaque erreur française, aussi minime soit-elle, était immédiatement exploitée et transformée en danger concret. Cette partie a servi de rappel cruel : au plus haut niveau, le courage et le cœur ne suffisent pas toujours face à la froide efficacité et à la puissance de feu d’une équipe aguerrie. Le dernier tiers a été la démonstration méthodique de cette supériorité, mettant un terme définitif à tout espoir de remontée spectaculaire.
La pénalité de Gallet et le coup de grâce de Samanski
Le tournant fatal est survenu à la 48e minute. Alors que la France tentait désespérément de réduire l’écart à un but, Hugo Gallet a commis une pénalité en zone neutre. Face à une équipe aussi mortelle en supériorité numérique, la sanction a été immédiate et sans appel. Quelques secondes seulement après le début du power-play allemand, Joshua Samanski a trouvé l’ouverture d’un tir précis, battant Antoine Keller et portant le score à 4-1. Cette séquence a parfaitement illustré les mots du capitaine Bellemare après le match : « Les erreurs qu’on a faites, on ne veut pas les faire, elles sont forcées par l’adversaire. » La pression constante, le pressing agressif et la qualité technique des Allemands ont forcé les fautes françaises, et chaque punition a été mise à profit avec une précision d’élite. Ce but a brisé le dos des Bleus, sonnant le glas de leurs derniers espoirs.
Un seul Texier contre une armada de stars : les chiffres parlent
Pour comprendre cette défaite, il faut regarder les chiffres. L’équipe de France alignait un seul joueur évoluant dans la Ligue Nationale de Hockey : Alexandre Texier. Face à elle, l’Allemagne en comptait huit, dont des stars mondiales comme Leon Draisaitl (MVP de la NHL en 2020) ou John Peterka. Cette disparité statistique est l’explication la plus factuelle de l’issue du match. La France, 14e nation mondiale, s’est mesurée à une « machine » classée 7e, vice-championne du monde en 2023 et vice-championne olympique en 2018. Les Allemands évoluent semaine après semaine contre les meilleurs joueurs de la planète, dans une ligue où la vitesse et l’intensité sont inégalées. Confrontés à ce niveau, les Bleus, dont la majorité joue dans des championnats européens, ont naturellement montré des limites. Le résultat, bien que douloureux, est logique au regard de cette différence de calibre. Comme cela a été le cas pour d’autres nations éliminées par l’Allemagne, la puissance de feu adverse a été tout simplement trop forte.
Le but dans le but vide de Nico Sturm : la fin du rêve
Dans les dernières minutes, lâchant prise pour tenter l’impossible, l’entraîneur Yorick Treille a décidé de sortir son gardien Antoine Keller pour ajouter un attaquant supplémentaire et créer une supériorité numérique offensive. Cette ultime stratégie du tout pour le tout est courante dans le hockey lorsqu’une équipe est au bord de l’élimination. Mais l’Allemagne, experte et disciplinée, a parfaitement géré la situation. Après avoir repoussé les assauts français, elle a récupéré le palet en zone neutre. Nico Sturm, lancé seul vers la cage déserte, n’a eu qu’à pousser le disque au fond du filet à la 59e minute, scellant le score à 5-1. Cette image, cruelle et symbolique, a marqué la fin définitive de l’aventure olympique française pour 2026. Elle résume à elle seule le match : la France pousse, se donne, tente le tout pour le tout, mais se fait punir dans son élan par un adversaire plus expérimenté et plus réaliste. Le rêve des quarts de finale, entrevu après le but de Bellemare, s’est définitivement envolé.
Un retour au sommet vingt-quatre ans après : l'odyssée d'une qualification paradoxale

Pour pleinement mesurer la portée de cette élimination, il faut prendre du recul et se souvenir du chemin parcouru. Le simple fait pour l’équipe de France de se trouver sur la glace de Milan pour ce match de barrage relevait déjà de l’exploit. Vingt-quatre ans. C’est le temps qui s’était écoulé depuis leur dernière participation aux Jeux Olympiques, à Salt Lake City en 2002. Un quart de siècle durant lequel le hockey français était resté dans l’anonymat des grandes compétitions internationales. Cette longue traversée du désert a pris fin grâce à un concours de circonstances géopolitiques et à une performance sportive remarquable, faisant de cette qualification un événement historique en soi, bien avant le premier coup de patin de la compétition.
2002-2026 : briser la malédiction d'un quart de siècle
L’histoire récente du hockey français aux Jeux était celle d’une longue attente. Après une participation honorable à Salt Lake City en 2002, les Bleus avaient disparu du paysage olympique. Le dernier quart de finale remontait même à 1992, lors des Jeux d’Albertville organisés… en France. Pour une génération entière de joueurs, dont le capitaine Pierre-Edouard Bellemare, les Jeux Olympiques n’étaient qu’un lointain souvenir télévisuel. Cette édition 2026 représentait donc bien plus qu’un simple tournoi ; c’était l’aboutissement d’un rêve, la concrétisation d’années d’efforts pour sortir de l’ombre. L’entraîneur Yorick Treille, lui-même ancien joueur présent en 2002, en avait bien conscience. Avant le tournoi, il déclarait : « Quand on arrive à faire les JO, il faut se rendre compte que c’est un privilège. Les JO, il faut les vivre, mais pas seulement, ça ne suffit pas juste d’y aller. 24 ans après, les Jeux de 2002 restent pour moi un échec sportif. » Son objectif était clair : ne pas se contenter de participer, mais laisser une trace.
Le ticket gagné par défaut : l'ombre de la Russie
La voie vers Milan-Cortina a été ouverte par un événement extérieur au sport. En mai 2023, la Fédération Internationale de Hockey sur Glace (IIHF) a suspendu la Russie de toutes compétitions internationales, libérant ainsi une place pour les Jeux de 2026. Cette décision, prise dans un contexte géopolitique tendu, a offert une opportunité inespérée à plusieurs nations, dont la France. Les Bleus, qui s’étaient classés « meilleurs deuxièmes » lors du Tournoi de Qualification Olympique (TQO) de l’été 2024, ont été repêchés pour combler le vide laissé par les Russes. Une qualification à l’arrachée, teintée d’un goût mitigé. Pierre-Edouard Bellemare l’avait confié : « Notre célébration était un peu en demi-mesure car on est bien conscients du problème politique qui a forcé la main à notre qualification. » Malgré cette amertume, l’équipe avait su saisir sa chance sur la glace, prouvant qu’elle méritait sa place parmi les douze meilleures nations du tournoi.
Le « Groupe de la mort » : l'apprentissage forcé face aux géants
Une fois qualifiés, le tirage au sort des poules leur a réservé un baptême du feu des plus ardus. Les Bleus sont tombés dans le « groupe de la mort », aux côtés de véritables géants du hockey mondial : la Suisse (double vice-championne du monde), la République tchèque (championne du monde en titre 2024) et le Canada, nonuple champion olympique et favori perpétuel. Le parcours préliminaire a été un chemin de croix : défaite 4-0 face aux Suisses, défaite 6-3 contre les Tchèques, et lourde correction 10-2 infligée par les Canadiens. Ces défaites, aussi sévères soient-elles, ont servi de leçon grandeur nature. Elles ont exposé les joueurs français au niveau de jeu le plus exigeant de la planète, une intensité et une vitesse auxquelles ils n’étaient pas habitués. Cet apprentissage forcé, bien que douloureux sur le moment, a sans doute préparé mentalement et tactiquement l’équipe pour l’affrontement contre l’Allemagne en barrage. Chaque match était un cours accéléré, une immersion totale dans le haut niveau, dont les enseignements seront précieux pour l’avenir.
« Fiers du groupe » : dans les vestiaires des Bleus, la déception laisse place à la fierté

Une fois le dernier coup de sifflet retenti et la défaite actée, l’ambiance dans le vestiaire français était un mélange complexe de déception immédiate et de fierté profonde. Les joueurs, exténués par l’effort fourni, avaient laissé sur la glace toute leur énergie et leur volonté. Les visages étaient marqués par la tristesse de l’élimination, mais aussi par la conscience d’avoir honoré le maillot bleu-blanc-rouge face à une montagne. Les déclarations post-match ont toutes tourné autour du même thème : la reconnaissance pour l’investissement collectif et la certitude d’avoir donné le maximum, malgré l’écart de niveau. Cette unité et cette résilience ont été les marques de fabrique d’une équipe soudée, qui a su transformer l’adversité en force motrice, notamment après la suspension controversée d’un de leurs coéquipiers avant ce match décisif.
Yorick Treille : déçu du résultat mais fier de l'investissement total
L’entraîneur Yorick Treille, architecte de ce retour olympique, a résumé l’ambivalence des sentiments après la rencontre. « Je suis fier de leur investissement, déçu des performances », a-t-il déclaré. Son analyse était lucide : l’objectif ambitieux de « faire vibrer » ou de « faire quelque chose de spécial » pour le public français n’a pas été atteint sportivement. Pourtant, dans la défaite, il a souligné le point le plus positif : l’absence totale de relâchement. « Il n’y a pas eu un joueur qui s’est relâché », a-t-il confirmé, reprenant les mots de son capitaine. Pour un coach, voir son équipe se battre jusqu’au bout, même avec un retard de trois buts, est une victoire en termes d’état d’esprit. Sa déception portait sur le résultat, mais sa fierté était intacte pour le combat mené et les valeurs démontrées. Il savait que la qualité adverse, plus que l’abandon, avait fait la différence.
Thomas Thiry : quand l'expérience l'emporte sur le score
Le défenseur Thomas Thiry a, lui, mis des mots sur l’émotion qui dépasse le simple score. « C’était un rêve d’être ici et ça a été une expérience sportive, sociale et humaine extraordinaire », a-t-il témoigné. Son discours illustre parfaitement la dimension humaine de ces Jeux. Bien sûr, la déception de ne pas avoir « osé croire, rêver d’un quart de finale » était présente, mais elle ne devait pas, selon lui, éclipser « ces souvenirs extraordinaires ». Pour ces athlètes, participer aux Jeux Olympiques est l’accomplissement d’une vie, la concrétisation d’années de sacrifices. Le fait de jouer sur la plus grande scène mondiale, de défier les meilleures nations, et de partager cet événement unique avec ses coéquipiers, constitue un héritage bien plus durable qu’un résultat sur un tableau d’affichage. L’expérience vécue à Milan restera gravée à jamais, indépendamment du bilan en défaites.
L'esprit de famille : une réaction soudée après la suspension de Pierre Crinon
La cohésion du groupe a été mise à l’épreuve juste avant ce match crucial. Le défenseur Pierre Crinon a été suspendu pour le barrage à la suite d’un « comportement provocant » lors de la lourde défaite face au Canada. Cette sanction aurait pu fragiliser le moral de l’équipe. Au contraire, elle a renforcé leur esprit de corps. Le gardien Antoine Keller l’a exprimé sans détour : « On est une grande famille, quand on est ensemble, on est comme des frères, et ils viennent de se débarrasser d’un de nos frères. C’est une blague. » Cette citation, forte, montre à quel point le groupe était soudé. L’injustice ressentie a été transformée en carburant supplémentaire sur la glace. Cette unité indéfectible a été un moteur essentiel dans leur résistance face à l’Allemagne. Elle prouve que cette équipe n’était pas seulement un rassemblement de joueurs, mais une véritable fratrie prête à se battre pour chacun de ses membres, un atout précieux pour affronter les barrages dans de telles conditions.
L'héritage Bellemare et les fondations posées pour l'avenir
Alors que les lumières de la patinoire de Milan s’éteignent sur l’aventure olympique française, un chapitre important se referme, tandis qu’un autre, plein d’espoir, semble s’ouvrir. Ce match contre l’Allemagne a marqué la fin de la carrière internationale d’un symbole : Pierre-Edouard Bellemare. Mais il a aussi, par la visibilité et l’émotion qu’il a générées, potentiellement planté une graine pour l’avenir du hockey en France. L’élimination n’est donc pas une fin en soi, mais peut-être le point de départ d’une nouvelle ère pour un sport qui cherche à sortir de l’anonymat et à inspirer une nouvelle génération de patineurs et de patineuses.
La patinoire de Milan en guise de dernier chapitre
Pour Pierre-Edouard Bellemare, bientôt 41 ans, ce tournoi olympique était le chant du cygne d’une longue et belle carrière. Il avait annoncé qu’il mettrait un terme à sa carrière internationale après les Jeux, ainsi qu’à sa carrière en club à l’issue de la saison. Son dernier match sous le maillot bleu s’est donc joué à Milan. Et quel dernier acte : marquer le seul but français de la rencontre, son premier et unique but olympique. Ce geste, aussi chanceux fût-il, était d’une puissance symbolique immense. Voir le capitaine, le vétéran, l’homme qui a porté l’équipe pendant des années, inscrire son nom au tableau d’affichage lors de sa dernière sortie est une image qui restera dans les mémoires. Elle couronne une carrière exemplaire par un moment de grâce olympique, lui permettant de quitter la scène internationale la tête haute, en guerrier ayant marqué son territoire jusqu’au bout.
Inspirer la relève : « Être aux JO est déjà une médaille »
L’héritage le plus précieux que laisse cette équipe ne se mesure pas en victoires, mais en inspiration. Avant le tournoi, Pierre-Edouard Bellemare avait posé un cadre réaliste et ambitieux : « Être aux JO est déjà une médaille en soi parce que ce n’est pas notre niveau. […] Si on arrive à inspirer des jeunes Français pour notre sport, c’est la plus belle des médailles qu’on peut ramener. » Cette phrase résume toute la philosophie de cette aventure. Pour une nation où le hockey reste un sport de niche, la simple présence aux Jeux, face aux géants du Canada, des États-Unis ou de la Suède, est une victoire en termes de visibilité. Les images de ce match, diffusées en prime time, les efforts des joueurs, le but de Bellemare, la résistance face à l’Allemagne : autant de séquences susceptibles de « faire vibrer les jeunes Français » et de susciter des vocations. Dans un pays dominé par le football, le rugby ou le basket, cette exposition est une chance unique de développer la pratique et d’attirer de nouveaux talents vers les patinoires.
Le hockey français sort de l'anonymat
Le bilan sportif est sans appel : quatre défaites en quatre matchs. Pourtant, il serait réducteur de ne voir que ces chiffres. Le hockey français a, pendant deux semaines, retrouvé une place sous les projecteurs. Il a montré qu’il pouvait tenir tête, pendant des périodes, à des nations majeures. Il a démontré un caractère, une solidarité et une fierté qui ont transcendé les scores. Milan-Cortina 2026 n’est donc pas une fin, mais un socle. Un socle sur lequel les prochaines générations, celles qui auront vu Bellemare et ses coéquipiers se battre à la télévision, pourront bâtir leur avenir. L’objectif est désormais clair : capitaliser sur cette visibilité, développer les structures, et travailler pour que la prochaine qualification olympique n’attende pas encore vingt-quatre ans. Le chemin sera long, mais cette édition a prouvé que le hockey français avait le cœur et l’âme nécessaires pour rêver à nouveau.
Conclusion
L’élimination des hockeyeurs français en barrage des Jeux Olympiques 2026 face à l’Allemagne (5-1) clôt un chapitre intense, marqué par le courage et la fin d’une longue attente. Si le score reflète l’écart de niveau avec une nation du top 10 mondial, le match a surtout révélé la formidable résilience d’une équipe qui n’a jamais renoncé. Du premier tiers-temps catastrophique au sursaut porté par Pierre-Edouard Bellemare, les Bleus ont écrit une page honorable de leur histoire, vingt-quatre ans après leur dernière apparition olympique. Cette aventure, née d’une qualification paradoxale et forgée dans le « groupe de la mort », aura permis au hockey français de sortir de l’ombre. L’héritage laissé par le capitaine vétéran et l’ensemble du groupe dépasse le simple bilan sportif. Il s’agit d’une inspiration pour l’avenir, d’un message adressé aux jeunes joueurs et d’une promesse : celle de ne pas attendre un autre quart de siècle pour revenir sur la plus grande scène. Milan-Cortina 2026 restera comme le tournoi du retour, du combat et, surtout, du début d’une nouvelle ère pour le hockey tricolore.