Le complexe Éric Tabarly d’Antony vibrait encore sous les acclamations, ce dimanche 21 juin 2026, lorsque les épéistes françaises ont décroché le titre européen par équipes devant un public en délire. Ces championnats d’Europe, déplacés de Tallinn à la dernière minute, ont offert à la France une moisson historique de dix médailles et confirmé la domination d’une génération dorée. Retour sur un sacre qui mêle résilience, talent et collectif.

Antony 2026 : la France, reine des podiums
L’ambiance électrique qui régnait dans la salle du complexe Éric Tabarly, le 21 juin 2026, restera longtemps gravée dans les mémoires. À 19 h 40 précises, les épéistes françaises pénétraient sur la piste pour affronter la Hongrie en finale des championnats d’Europe par équipes. Derrière elles, trois jours de compétition intense et un public acquis à leur cause, venu en nombre pour assister à ce qui s’annonçait comme un moment d’histoire.
Le contexte de cette édition 2026 est exceptionnel à plus d’un titre. Initialement attribués à Tallinn, en Estonie, ces championnats ont été déplacés à Antony après le refus des autorités estoniennes d’accorder des visas aux athlètes russes et biélorusses, pourtant autorisés à concourir sous statut AIN (Athlètes Individuels Neutres). La Fédération européenne d’escrime a alors cherché un repreneur. Tbilissi et Plovdiv se sont portées candidates, mais c’est Antony qui a été choisie en janvier 2026, à peine cinq mois avant l’événement. Un véritable jackpot sportif et économique pour la France, qui héritait à domicile d’une compétition majeure.
Un déménagement forcé : de Tallinn à Antony, le jackpot pour l’escrime française
Le refus estonien d’accorder des visas aux athlètes russes et biélorusses a provoqué une onde de choc dans le monde de l’escrime. La décision, motivée par la guerre en Ukraine et les sanctions internationales, a placé la Fédération européenne devant un casse-tête logistique. Organiser un championnat d’Europe en moins de six mois relève de l’exploit. Pourtant, la France a su saisir l’opportunité.
D’un point de vue économique, l’organisation express a représenté un coût non négligeable pour la Fédération française d’escrime et les collectivités locales. Mais les retombées ont été immédiates. L’affluence record dans les tribunes du complexe Éric Tabarly, la billetterie saturée dès les premiers tours, et la couverture médiatique dense ont transformé ce pari en réussite financière. Les commerces d’Antony et des environs ont profité de l’afflux de visiteurs venus de toute l’Europe. Pour l’escrime française, cette organisation à domicile a aussi offert une vitrine exceptionnelle, à l’occasion du 120ᵉ anniversaire de la Fédération française d’escrime.
Le tableau des médailles : une moisson historique pour les Bleus

La France termine largement en tête du tableau des médailles avec dix podiums, un total qui confirme sa place de nation dominante sur la scène européenne. L’escrime championnat d’Europe tableau des médailles affiche un bilan éclatant : deux titres, plusieurs médailles d’argent et de bronze.
Les deux titres français sont venus de l’épée dames par équipes et du fleuret hommes individuel, avec Rafael Savin. L’argent a souri aux sabreuses françaises par équipes, battues en finale par les athlètes russes sous bannière neutre, et aux épéistes hommes par équipes, dominés par l’Italie. Le bronze a récompensé plusieurs individualités dans les épreuves en solitaire.
Avant la dernière journée, la France comptait déjà huit médailles, dont deux titres, un argent et un bronze en individuel. La qualification des épéistes et des fleurettistes hommes pour les finales du 21 juin a porté le total à dix. Une performance qui n’était pas arrivée depuis plusieurs années pour l’escrime tricolore.
Rafael Savin : le premier titre français au fleuret depuis 30 ans
Au-delà du sacre des épéistes, un autre exploit mérite d’être souligné : celui de Rafael Savin, champion d’Europe au fleuret hommes. Ce titre met fin à une disette de trente ans pour l’escrime française dans cette discipline. Le dernier Français à avoir décroché l’or européen au fleuret masculin remontait à 1996. Savin, par sa victoire, redonne des couleurs à une spécialité longtemps dominée par les Italiens et les Russes.
Son parcours dans le tableau final a impressionné. Battant successivement des tireurs mieux classés, il a fait preuve d’une maîtrise technique et d’un sang-froid remarquables. Sa finale, disputée face à un adversaire italien, s’est jouée sur le fil du rasoir. Ce titre individuel, couplé à celui des épéistes par équipes, dessine les contours d’un renouveau pour l’escrime française, portée par une génération talentueuse et déterminée.
INSEP, Martinique et Sorbonne : la mosaïque des championnes d’Europe 2026
Derrière le titre européen se cachent quatre femmes aux parcours radicalement différents. Auriane Mallo-Breton, Marie-Florence Candassamy, Alexandra Louis-Marie et Diane Von Kerssenbrock forment un quatuor hétéroclite, uni par une même passion et une même détermination. Leurs origines géographiques, leurs formations et leurs histoires personnelles dessinent une mosaïque fascinante, reflet de la diversité de l’escrime française.
Auriane Mallo-Breton, la maman vice-championne olympique devenue patronne
Née à Lyon le 11 octobre 1993, Auriane Mallo-Breton incarne la résilience. Kinésithérapeute de formation, elle a dû conjuguer sa carrière sportive avec une vie de famille : mariée à Jules Breton, hockeyeur professionnel, elle est maman d’un enfant, né pendant une pause maternité en 2020. Ce retour au plus haut niveau après une grossesse force le respect.
Son palmarès parle pour elle. Triple médaillée olympique à Paris 2024, elle a décroché l’argent en individuel et par équipes, s’inclinant d’une seule touche en finale face à l’Italie. Numéro 2 mondiale en 2024, elle est la cheffe de file incontestée de cette équipe. Sur la piste, son calme olympien et sa lecture du combat font d’elle une adversaire redoutable. Dans le vestiaire, son expérience et sa maturité rassurent les plus jeunes. Elle est la patronne, celle vers qui tout le monde se tourne dans les moments difficiles.
Marie-Florence Candassamy, l’ancienne n°1 mondiale au service du collectif
Née à Paris le 26 février 1991, Marie-Florence Candassamy est une figure historique de l’épée féminine française. D’origine guadeloupéenne et martiniquaise, elle a commencé l’escrime à sept ans au Paris Université Club. Quintuple championne de France, championne du monde 2023 à Milan, elle a même occupé la place de numéro 1 mondiale à l’issue de la saison 2022-2023.
Son parcours est jalonné de médailles : argent aux championnats d’Europe 2014 à Strasbourg, vice-championne d’Europe 2019, or par équipes aux Jeux européens 2023. Aux Jeux olympiques de Paris 2024, elle a décroché l’argent par équipes. Aujourd’hui, à 35 ans, elle met son expérience au service du collectif. Elle n’est plus la jeune première qui cherche à tout prix la performance individuelle. Elle est devenue la sage, celle qui transmet, qui conseille, qui rassure. Son rôle dans ce titre européen est immense, même si les projecteurs sont souvent braqués sur d’autres.
Alexandra Louis-Marie, la Martiniquaise qui a pris sa revanche sur Paris 2024
Alexandra Louis-Marie est née le 3 mars 1996 à Fort-de-France, en Martinique. Elle a débuté l’escrime à six ans aux Mousquetaires de Ducos, un club local. Son talent précoce l’a menée au pôle Antilles-Guyane en Guadeloupe, puis à Talence et enfin à l’INSEP. Championne d’Europe individuelle en 2023 à Plovdiv, médaillée d’or par équipes aux Jeux européens 2023, elle semblait promise aux Jeux olympiques de Paris 2024.
Mais la réalité fut cruelle. Elle a été désignée remplaçante pour les Jeux, regardant de loin ses coéquipières décrocher l’argent. Cette mise à l’écart a été une douleur profonde, un coup dur pour une athlète habituée aux podiums. Ce titre européen à Antony, devant son public, est une revanche éclatante. Elle a prouvé qu’elle méritait sa place parmi les meilleures. Sa détermination, forgée dans l’adversité, a été un moteur pour toute l’équipe.
Diane Von Kerssenbrock, la jeune garde qui impressionne
Diane Von Kerssenbrock est la benjamine du quatuor aligné en finale. Repérée par L’Équipe comme l’une des révélations de la compétition, elle a été intégrée rapidement à l’équipe de France senior, déjà championne du monde. Son aisance technique et son sang-froid à seulement 22 ans impressionnent.
Derrière elle, la relève est assurée. Éloïse Vanryssel, née le 1ᵉʳ mai 1999 à Toulouse, en est un autre exemple. Étudiante en ingénierie agroalimentaire à Sorbonne Université, licenciée à l’Académie beauvaisienne d’escrime, elle a été sacrée championne du monde par équipes en 2025 à Tbilissi, aux côtés de Lauren Rembi, Marie-Florence Candassamy et Alexandra Louis-Marie. Cette victoire mettait fin à une disette de 17 ans pour l’épée féminine française. La profondeur du banc français est impressionnante : les jeunes poussent, les cadres tiennent, et la machine continue de tourner.
L’or de la résilience : des JO de Paris au titre d’Antony
Le titre européen d’Antony n’est pas un simple fait d’armes. Il est l’aboutissement d’un chemin de croix, d’une reconstruction après l’échec. Pour comprendre la portée de cette victoire, il faut revenir deux ans en arrière, aux Jeux olympiques de Paris 2024.
Paris 2024 : la désillusion d’une touche (29-30 contre l’Italie)
La finale olympique par équipes, le 30 juillet 2024, restera à jamais un traumatisme pour les épéistes françaises. Opposées à l’Italie, elles ont mené une grande partie du match. Mais à la dernière seconde, une touche fatale les a privées de l’or. Score final : 29-30. Une seule touche d’écart, une défaite cruelle, presque injuste.

Cette désillusion a soudé le groupe. Au lieu de se déchirer, les filles ont transformé cette douleur en carburant. Les larmes de Paris sont devenues la promesse d’une revanche. Chaque entraînement, chaque compétition, chaque victoire depuis cette date a été nourri par le souvenir de cette touche perdue. Le titre d’Antony est la première pierre de cette reconstruction collective. Un message clair envoyé à l’Italie et au reste du monde : les Françaises sont de retour, et elles sont plus fortes que jamais.
Championnes du monde en titre, championnes d’Europe : la confirmation d’une dynastie
Ce titre européen ne tombe pas du ciel. Cette équipe est championne du monde 2023 à Milan, championne du monde 2025 à Tbilissi, et désormais championne d’Europe 2026. Trois titres majeurs en quatre ans. Une régularité qui force le respect et qui prouve qu’il ne s’agit pas d’un coup d’éclat isolé, mais bien d’une génération dorée en pleine domination.
Le parallèle avec d’autres sports collectifs français est frappant. Comme les handballeuses qui parcourent l’Europe avec leur palmarès, les épéistes françaises construisent leur légende. Elles s’inscrivent dans la lignée des grandes équipes tricolores, celles qui gagnent et qui durent. La question n’est plus de savoir si elles sont les meilleures, mais combien de temps elles le resteront.
L’escrime en équipe : un exploit du collectif dans un sport de duels
L’escrime est, par essence, un sport individuel. Sur la piste, le tireur est seul face à son adversaire. Pourtant, l’épreuve par équipes introduit une dimension collective unique. Chaque touche compte, chaque relais est crucial, chaque erreur se paie cash. La cohésion des Bleues fait la différence.
Dans le vestiaire, les rivalités amicales de l’entraînement laissent place à une confiance absolue. Quand l’une est en difficulté, l’autre prend le relais. Quand la pression monte, les regards se croisent et les mots d’encouragement fusent. Cette ambiance unique, faite de complicité et de respect mutuel, est le secret de leur réussite. Elles ne sont pas seulement quatre grandes championnes. Elles sont une équipe, soudée, indestructible.
Antony, pas Val d’Europe : comment l’escrime française a changé d’adresse
Une confusion fréquente mérite d’être clarifiée. De nombreux internautes, en quête d’informations sur la compétition, tapent dans leur moteur de recherche des requêtes comme compétition escrime Val d’Europe ou escrime Val d’Europe. Pourtant, l’événement s’est bien déroulé à Antony, dans les Hauts-de-Seine, et non au centre commercial Val d’Europe, situé en Seine-et-Marne.
Pourquoi la requête « compétition escrime Val d’Europe » est-elle si courante ?
La notoriété du centre Val d’Europe, avec son parc d’attractions Disneyland Paris à proximité, fait que le grand public associe souvent les grandes compétitions d’Île-de-France à cette zone géographique. C’est une erreur compréhensible, mais qu’il convient de corriger. Antony, commune de la banlieue sud de Paris, a été choisie pour son complexe sportif moderne et sa capacité à accueillir un événement de cette envergure.
Le complexe Éric Tabarly, du nom du célèbre navigateur, est un écrin parfait pour l’escrime. Ses gradins peuvent accueillir plusieurs milliers de spectateurs, et sa localisation, à proximité du RER B, facilite l’accès pour le public francilien. La décision d’organiser la compétition à Antony, plutôt que dans une salle plus grande comme Paris Bercy, a été dictée par des considérations pratiques et budgétaires.
Le complexe Éric Tabarly, écrin du sacre
La salle du complexe Éric Tabarly a vibré pendant six jours. L’ambiance de la finale de l’épée dames, le 21 juin, restera dans les annales. Le public, acquis à la cause des Bleues, a poussé derrière ses championnes. Chaque touche française était saluée par une clameur, chaque relais était un moment de communion. Les Hongroises, pourtant redoutables, ont été submergées par la ferveur ambiante.
Cette année 2026 marque également le 120ᵉ anniversaire de la Fédération Française d’Escrime. Organiser ces championnats d’Europe à domicile, dans ce contexte, était un symbole fort. La fédération a mis les petits plats dans les grands pour offrir un spectacle à la hauteur de l’événement. Et le public a répondu présent.
Un public venu en nombre pour l’histoire
L’affluence a été record pour une compétition d’escrime en France. Les billets se sont arrachés, et les gradins étaient pleins à craquer chaque jour. Cette ferveur populaire, rare pour ce sport, témoigne du regain d’intérêt pour l’escrime en France. Les récents succès olympiques, avec les médailles de Paris 2024, ont créé un engouement. Les victoires à domicile, comme ce titre européen, ne font que renforcer cette dynamique.
L’émotion dans les tribunes était palpable. Des familles entières, des clubs d’escrime venus de toute la France, des anciens champions, tous étaient là pour vivre ce moment. Les larmes de joie des épéistes, après la dernière touche, ont été partagées par des milliers de spectateurs. L’escrime française a retrouvé son public.
Cap sur 2028 : les épéistes françaises veulent écrire l’histoire
L’euphorie de la victoire passée, il faut déjà penser à la suite. Le cycle olympique est court, et les prochains rendez-vous s’annoncent décisifs. Après l’Europe et le monde, l’objectif ultime reste l’or olympique, à Los Angeles en 2028.
Les Mondiaux 2027 : premier test pour confirmer la mainmise
Le prochain grand rendez-vous est programmé pour 2027, avec les championnats du monde. Le statut de championnes du monde et d’Europe en titre place les Françaises dans une position inconfortable : celle de favorites. La pression sera forte, et chaque adversaire voudra les détrôner.
La préparation pour ce rendez-vous sera cruciale. Il faudra gérer la fatigue, les blessures, et surtout la concurrence interne. Car la relève pousse, et les places seront chères. Le staff technique devra trouver le bon équilibre entre expérience et jeunesse pour aborder ces championnats dans les meilleures conditions. L’objectif est clair : rester numéro 1 mondial et confirmer la domination.
La relève est assurée : Éloïse Vanryssel et les nouvelles ambitions
Éloïse Vanryssel incarne cette relève. Ingénieure agroalimentaire de formation, championne du monde par équipes en 2025, elle est l’exemple même de la profondeur de l’effectif français. Son parcours, de Toulouse à l’INSEP en passant par Beauvais, montre que le vivier de talents est immense.
La possibilité d’une rotation dans l’équipe, pour garder la fraîcheur jusqu’à Los Angeles, est une option sérieusement envisagée. Les cadres comme Mallo-Breton ou Candassamy ne peuvent pas tirer toutes les compétitions. Il faudra savoir doser les efforts, intégrer progressivement les jeunes, et maintenir un niveau de performance élevé. La concurrence interne, loin d’être un problème, est une force.
Le discours de l’entraîneur : « Ce n’est qu’un début »
Dans la foulée de la victoire, l’entraîneur de l’équipe de France d’épée a livré un discours empreint d’émotion et de détermination. « Ce titre, c’est celui de la résilience, de la confiance et du travail. Mais ce n’est qu’un début. L’objectif, c’est Los Angeles. On veut l’or olympique. »
Ces mots résonnent comme un avertissement. Les épéistes françaises ne comptent pas s’arrêter là. Après l’argent à Paris, après l’or européen et mondial, il ne leur manque que l’or olympique pour compléter leur palmarès. La quête est lancée, et tout le monde est prévenu.
Conclusion : l’Europe conquise, le monde prévenu
Ce titre européen, acquis à domicile devant un public en fusion, est bien plus qu’une simple médaille. Il est le symbole d’une génération dorée, forgée dans l’adversité, unie par un même destin. De la désillusion de Paris 2024 à la domination européenne et mondiale, les épéistes françaises ont tracé leur chemin, pas à pas, touche après touche.
Le collectif, la relève talentueuse, le système performant de l’INSEP, tout concourt à faire de cette équipe une dynastie en marche. L’objectif est désormais clair : l’or olympique à Los Angeles en 2028. Mais avant cela, il faudra confirmer, année après année, que cette domination n’est pas un feu de paille. Le monde est prévenu : les épéistes françaises sont là, et elles comptent bien y rester.