Alexandre Müller, tennisman, frappant un coup de revers à deux mains en revers sur un court de Roland Garros, portant un chapeau noir et une chemise vert clair
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Alexandre Müller et la maladie de Crohn : ce que le haut niveau rend visible

Atteint de la maladie de Crohn, le tennisman Alexandre Müller publie Outsider en mai 2026. Son témoignage décrit les contraintes quotidiennes d'une MICI : pauses toilettes, hydratation difficile, fatigue imprévisible et regard des autres, au-delà du récit d'exemplarité.

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En mai 2026, Alexandre Müller publie Outsider - Mon combat invisible contre la maladie (Alisio). Le livre donne lieu à plusieurs entretiens et portraits - Le Dauphiné, Le Figaro, Libération, Le Pélérin - qui, à des degrés divers, tiennent du registre de l'exemplarité : "malgré la maladie de Crohn" chez Libération, "la maladie m'a rendu plus fort" chez Le Pélérin, un message d'espoir chez Le Dauphiné. Le joueur, lui, décrit autre chose : des matins où il ne sait pas comment il va se lever, des pauses toilettes pendant l'effort, une hydratation difficile, des fatigues sans explication.

Alexandre Müller, tennisman, frappant un coup de revers à deux mains en revers sur un court de Roland Garros, portant un chapeau noir et une chemise vert clair
Alexandre Müller, tennisman, frappant un coup de revers à deux mains en revers sur un court de Roland Garros, portant un chapeau noir et une chemise vert clair - (source)

L'article qui manque n'est pas un nouveau portrait de surhomme, mais ce que son cas rend visible : la gestion quotidienne d'une maladie inflammatoire chronique de l'intestin (MICI) quand le métier impose des horaires fixes, des déplacements et des contraintes physiques extrêmes.

"Il n'y a pas de journée type"

La phrase la plus utile de l'entretien du Dauphiné tient en une ligne : "Il n'y a pas de journée type. À chaque réveil, je ne sais pas à quelle sauce je vais être mangé." Müller ne parle pas de courage. Il parle de méthode, et d'incertitude.

Les symptômes qu'il décrit sont concrets. Des pauses toilettes pendant l'activité physique, aggravées, dit-il, par le stress d'un métier de joueur professionnel. Des difficultés à s'hydrater. Des fatigues qui arrivent au réveil, qu'il met du temps à identifier comme des symptômes plutôt que comme un manque de sommeil. Pendant une poussée, l'entraînement dur devient "compliqué".

Le Parisien | sport@leparisiensport·Follow💬 «J’allais réellement aux toilettes trente fois par jour !»

Le tennisman Alexandre Müller, atteint par la maladie de Crohn, raconte son parcours atypique dans un livre

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Le témoignage cesse alors d'être anecdotique. Un joueur du circuit ATP vit dans des hôtels, joue à des heures imposées, sillonne des fuseaux horaires, n'a aucun contrôle sur l'ordre des matchs. Une personne atteinte de MICI a besoin, elle, de prévisibilité : des toilettes accessibles, des horaires de repas stables, une possibilité de se retirer. Les deux logiques se heurtent chaque matin.

Müller a trouvé ses compromis. Il préfère jouer en début de journée. Il va aux toilettes jusqu'à une minute avant d'entrer sur le court, et jamais pendant le match : "Avec l'adrénaline, tout est vraiment fermé en moi." C'est une explication personnelle, pas une règle médicale.

Le problème n'est pas seulement intestinal

Le portrait du Figaro ajoute une pièce : le regard des autres. "C'est une maladie invisible, donc les gens n'ont pas l'impression que je suis malade. De temps en temps, des joueurs un peu taquins me disent : 'Non, t'es pas malade, arrête ton cinéma'," confesse le Français.

La maladie invisible est d'abord un problème social. Un patient atteint de MICI, sans stomie ni appareil visible, ne porte aucun signe extérieur. Ses contraintes - sortir d'une réunion, quitter une table, demander une salle de bains, annuler - passent pour de l'impolitesse ou de la comédie. Le même mécanisme agit au travail, dans une famille, dans un vestiaire. Au Figaro, Müller confesse ne connaître aucun autre athlète atteint de cette maladie ; dans l'entretien du Dauphiné, il précise n'avoir "jamais vraiment rencontré de sportifs de haut niveau atteints de cette maladie. Et encore moins de joueurs de tennis". C'est sa propre expérience, pas un recensement. Mais l'isolement qu'il décrit est aussi celui des patients ordinaires, qui n'ont ni livre ni passage à la télévision pour expliquer leur situation.

Son parcours diagnostique illustre une autre réalité. Première coloscopie : le diagnostic est une rectocolite hémorragique, traitée au Pentasa. Dix ans plus tard, une nouvelle coloscopie conclut à la maladie de Crohn. Ce n'est pas un détail médical : cela montre que le diagnostic d'une MICI n'est pas toujours un point d'arrivée. À l'adolescence, un médecin lui avait dit qu'il pouvait oublier le tennis. Renvoyé chez ses parents deux mois après son entrée au CREPS de Boulouris, il n'a été réintégré qu'après l'avis d'un médecin consulté à Roland-Garros.

Le refus d'aménagement, un contrepoint utile

Un point mérite d'être souligné parce qu'il tranche avec la tonalité générale : Müller refuse tout aménagement de calendrier.

Alexandre Müller, tennisman, en mouvement pendant un échange sur un court de terre battue de Roland Garros, avec la bannière BNP Paribas en arrière-plan
Alexandre Müller, tennisman, en mouvement pendant un échange sur un court de terre battue de Roland Garros, avec la bannière BNP Paribas en arrière-plan - (source)

Ce refus est ambigu, et c'est ce qui le rend intéressant. D'un côté, il relève d'une culture sportive qui récompense la constance : on ne demande pas de traitement de faveur, on joue. De l'autre, il risque de servir d'argument contre ceux qui demandent, à l'usine comme au bureau, des horaires adaptés à leur pathologie. L'adaptation n'est pas un aveu de faiblesse : c'est ce qui permet de rester dans le jeu. Un joueur du circuit qui refuse toute exception n'est pas la norme à reproduire : c'est une position personnelle, assumée comme telle.

Ce que dit réellement la littérature médicale

La tentation est grande de conclure : le sport soigne la maladie de Crohn. La littérature ne dit pas cela.

Une revue de portée parue dans les bases des NIH conclut que l'activité physique d'intensité modérée est faisable et sûre chez l'adulte atteint de maladie de Crohn, et peut avoir des effets bénéfiques sur l'évolution de la maladie, la qualité de vie, la densité osseuse et la fonction musculaire - un "peut", pas une démonstration. Côté patients, Crohn's & Colitis UK, une association de malades, indique dans ses conseils que l'exercice est sûr et ne devrait pas déclencher de poussée, et qu'être actif aide à réduire la fatigue et à améliorer le bien-être mental : c'est une recommandation destinée aux malades, pas un constat clinique. L'Afa, association française de patients, recommande elle aussi l'activité physique régulière.

Trois limites à garder en tête. Ces travaux portent sur l'activité modérée, pas sur l'entraînement de haut niveau. Ce sont majoritairement des revues et des études de qualité de preuve limitée, pas de grands essais. Et aucun ne démontre que le tennis professionnel aggrave ou guérit une MICI.

Le point de jonction entre le sport et la maladie n'est donc pas l'inflammation : c'est la fatigue. Celle-ci est un symptôme central de la MICI et un indicateur habituel de la surcharge d'entraînement. Les deux mondes parlent du même mot pour des raisons différentes - ce qui rend la confusion si facile, et le diagnostic de surmenage si difficile à poser.

Un cas, pas un modèle

Combien de personnes la maladie concerne-t-elle ? Le chiffre dépend de la source. L'Afa évoque 150 000 personnes atteintes de maladie de Crohn en France, Le Figaro 120 000, Libération "près de 100 000". Les écarts viennent des périmètres - la maladie de Crohn seule ou toutes les MICI - et des méthodes d'estimation. Mieux vaut une fourchette attribuée qu'un nombre affirmé.

L'incidence se lit de la même manière, et les chiffres ne se contredisent pas vraiment. L'Afa donne une estimation nationale : entre 4 et 5 nouveaux cas pour 100 000 habitants par an. Santé publique France et le CNPHGE, eux, s'appuient sur le registre régional EPIMAD, qui collecte des données depuis 1988 : sur cette série, l'incidence de la maladie de Crohn est passée de 5,3 à 7,6 pour 100 000 habitants. Deux mesures différentes, deux périmètres différents : il n'y a donc pas de contradiction frontale. En revanche, la série EPIMAD montre bien une progression. Dans tous les cas, le début de la maladie survient le plus souvent entre 15 et 30 ans, c'est-à-dire l'âge où se construit une carrière de haut niveau.

Reste la question du ton. Le Pélérin titre : "La maladie m'a rendu plus fort." Deux ans plus tôt, Müller confiait à RMC Sport : "Un soulagement quand je vais arrêter le sport" (publication de mai 2024).

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🎾 Alexandre Müller raconte son quotidien éprouvant avec la maladie de Crohn.

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Les deux prises de parole sont sincères ; le problème vient du récit qu'on construit ensuite à partir d'elles. Le récit d'exemplarité - "elle m'a forgé", "elle m'a rendu plus fort" - a une durée de vie courte. Il rassure les spectateurs, pas les patients. Il transforme une maladie chronique, imprévisible, en épreuve féconde, alors que la majorité des personnes concernées gèrent des toilettes, des horaires et une fatigue, sans jamais en faire un palmarès. Ce qui rend le cas Müller utile n'est pas sa performance : c'est l'accès qu'il donne, à travers un sport d'élite, à des contraintes que des dizaines, voire des centaines de milliers de personnes vivent dans le silence.

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Questions fréquentes

Quel livre Alexandre Müller a-t-il publié en mai 2026 ?

Alexandre Müller a publié Outsider - Mon combat invisible contre la maladie, aux éditions Alisio, en mai 2026. Le livre décrit son quotidien avec la maladie de Crohn depuis l'adolescence.

Quels symptômes Alexandre Müller décrit-il avec la maladie de Crohn ?

Il décrit notamment des pauses toilettes pendant l'activité physique, des difficultés à s'hydrater et des fatigues matinales qu'il mettait du temps à reconnaître comme des symptômes. Pendant une poussée, l'entraînement dur devient selon lui "compliqué".

Pourquoi le diagnostic d'Alexandre Müller a-t-il changé au fil du temps ?

À sa première coloscopie, il a été diagnostiqué avec une rectocolite hémorragique, traitée au Pentasa. Dix ans plus tard, une nouvelle coloscopie a conclu à la maladie de Crohn, ce qui illustre que le diagnostic d'une MICI n'est pas toujours un point d'arrivée.

Que dit la littérature médicale sur le sport et la maladie de Crohn ?

Une revue de portée publiée dans les bases des NIH conclut que l'activité physique d'intensité modérée est faisable et sûre chez l'adulte atteint de maladie de Crohn, et peut avoir des effets bénéfiques sur l'évolution de la maladie, la qualité de vie, la densité osseuse et la fonction musculaire. Ces travaux portent sur l'activité modérée, pas sur l'entraînement de haut niveau, et ne démontrent pas que le tennis professionnel aggrave ou guérit la maladie. Crohn's & Colitis UK, association de patients, indique de son côté, à titre de conseils aux malades, que l'exercice est sûr et ne devrait pas déclencher de poussée.

Combien de personnes sont concernées par la maladie de Crohn en France ?

Les estimations varient selon les sources : l'Afa évoque 150 000 personnes, Le Figaro 120 000, Libération "près de 100 000". Les écarts viennent des périmètres - maladie de Crohn seule ou toutes les MICI - et des méthodes d'estimation.

Sources

  1. Exercice physique dans les MICI - Adacyte Therapeutics · adacyte.com
  2. Quelle est la fréquence de la maladie de Crohn (MICI) ? · afa.asso.fr
  3. Sport et MICI - pratiquer une activité physique - Afa Crohn RCH · afa.asso.fr
  4. [PDF] 01-Lessentiel-Maladie-de-Crohn.pdf · afa.asso.fr
  5. Qu'est-ce que la maladie de Crohn, dont souffre le joueur de tennis ... · allodocteurs.fr
match-day
Dylan Frabot @match-day

Je vois le sport comme un miroir de la société, et ça rend chaque match plus intéressant. Ancien rugbyman universitaire à Toulouse, j'ai raccroché les crampons mais pas la passion. Ce qui m'intéresse, c'est pas juste le score final : c'est le dopage qu'on ignore, l'argent qui gangrène, les questions d'inclusivité qu'on esquive. Mon écriture est rythmée comme un commentaire sportif, mais avec du fond.

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