Le 13 août 2026, la Fédération française de football a officialisé la composition du staff de Zinédine Zidane : 22 membres, tous des hommes, aucune femme. Un mois plus tôt, RMC Sport annonçait pourtant une « volonté de forte féminisation » du futur encadrement des Bleus. Entre la promesse et la photo de groupe, il y a un écart qui ne tient pas seulement à un calendrier : il révèle un problème de méthode.

Une promesse de féminisation, puis 22 hommes sur la photo
Zinédine Zidane a été officialisé sélectionneur de l'équipe de France le 28 juillet 2026, pour quatre ans, avec une prise de fonction au 1er août. Il succède à Didier Deschamps, en poste depuis 2012. Le contexte sportif est particulier : la France sort d'un Mondial 2026 terminé à la 4e place, après une défaite en demi-finale contre l'Espagne (0-2) puis une défaite 4-6 contre l'Angleterre en petite finale.
Avant même l'officialisation, RMC Sport rapportait le 17 juillet que le futur staff de Zidane « pourrait atteindre à terme plus de 25 membres avec une volonté de forte féminisation, notamment pour la cellule data/performance à laquelle Zidane accorde beaucoup d'importance ». L'Équipe précisait de son côté que le nouveau sélectionneur voulait féminiser son staff « dans la cellule data/performance ainsi qu'au niveau du service de presse ».
Le 13 août, la FFF a dévoilé la liste. Le staff est nommé par le président Philippe Diallo sur proposition du sélectionneur. Il est composé de fidèles : Fabien Barthez (entraîneur des gardiens), David Bettoni (adjoint), Grégory Dupont (stratégie et performance), Stéphane Plancque (observateur), Farid Tabet (data vidéo). Aucune femme.

La réaction la plus visible est venue d'Estelle Denis. Le 13 août à 8h25, l'animatrice de RMC a publié sur X : « Pour la féminisation du staff, on repassera…. » Le tweet a dépassé 4,6 millions de vues. ![]()
La FFF a précisé que le staff « sera complété et présenté dans sa totalité au début du mois de septembre », avec notamment un officier de liaison désigné dans le cadre de la convention FFF-ministère de l'Intérieur. Le dossier n'est donc pas clos. Mais la promesse de fin juillet n'a, pour l'instant, aucune traduction concrète.
Le problème de méthode : une promesse sans calendrier, une piste jugée cosmétique
La critique ne porte pas seulement sur l'absence de femmes dans le staff. Elle porte sur la manière dont la promesse a été formulée et sur ce qui a été réellement mis en place pour la tenir.
Une promesse sans calendrier ni noms
L'engagement de féminisation annoncé par RMC Sport et L'Équipe fin juillet est resté général. Aucun nom n'a été cité, aucun calendrier n'a été donné, aucun objectif chiffré n'a été fixé. La seule information concrète est venue le 13 août, avec l'annonce que le staff serait « complété » en septembre.
Une promesse sans trajectoire ni personnes identifiées est difficile à vérifier. C'est le cœur du problème de méthode : on annonce une intention, mais rien ne permet de mesurer sa progression. Le complément de septembre pourrait apporter des femmes dans le staff, mais rien dans les annonces ne dit combien, à quels postes, ni selon quels critères.
La seule piste concrète : un poste de presse « pour une jeune femme »
Dans les commentaires du tweet d'Estelle Denis, Stéphane L'Hermitte, grand reporter à L'Équipe, a suggéré que le poste de responsable presse « pourrait être confié à une jeune femme ». La réponse d'Estelle Denis a été ironique : « Ah bah ça va alors ».
Cette suggestion illustre le risque d'effet vitrine. Un poste de responsable presse n'est pas une fonction d'encadrement technique ni de performance. C'est un poste de communication. Le confier à une femme répondrait à l'exigence de visibilité sans toucher au cœur de l'encadrement sportif. La publication d'Estelle Denis a d'ailleurs suscité des réactions sexistes et ironiques, du type « Il n'y a plus de vaisselle à faire dans la cuisine ? », preuve que le sujet reste traité comme une plaisanterie par une partie du public.
Le staff des fidèles, par choix assumé
Zidane a explicitement choisi son noyau. En conférence de presse le 28 juillet, il a déclaré : « Mon staff technique est déjà en place. C'est pratiquement celui que j'ai eu au Real Madrid, avec peut-être 2-3 incorporations. Je suis plutôt un fidèle de ce côté-là. »
Ce choix de la fidélité réduit mécaniquement les nouvelles entrées. Quand un sélectionneur reconstitue l'équipe qui l'a accompagné dans ses clubs précédents, les postes disponibles pour des profils extérieurs, notamment féminins, sont rares. Ce n'est pas un hasard : c'est une décision assumée, qui a des conséquences sur la capacité à féminiser.
Plafond de béton : 0 femme sous Deschamps, 2,12 % dans le Big 5
Le cas des Bleus n'est pas un accident. C'est une constante française et européenne.
Sous Didier Deschamps, aucune femme ne figurait parmi les 21 membres du staff des Bleus. Et aucune femme n'a jamais eu de fonction dans le staff technique de l'équipe de France : ni entraîneur, ni adjoint, ni préparatrice physique. Dans le top 10 du classement FIFA, seule l'Angleterre compte une femme dans son staff, Katie Sorenson, analyste.

Le problème dépasse les sélections nationales. Selon une étude Apuestas Deportivas citée par L'Équipe, les femmes représentent 2,12 % du personnel d'encadrement dans les cinq grands Championnats européens. En Ligue 1, cela représente 9 femmes pour 262 personnes. Au PSG, on compte seulement deux analystes data.
La sociologue Béatrice Barbusse décrit un « plafond de verre très bas, et même un plafond de béton ». Elle explique que le sport a été construit par et pour les hommes, et que l'entre-soi dissuade les femmes de s'y engager. Les pionnières existent : Marie-Louise Eta à l'Union Berlin, première femme à diriger une équipe masculine du Big 5, Corinne Diacre, Hannah Dingley ou Sabrina Wittmann. Mais elles restent des exceptions.
Dans ce contexte, la promesse de Zidane de féminiser la cellule data et le service de presse se heurte à une réalité : le vivier est structurellement presque vide. Féminiser un staff ne se décrète pas en un mois quand la filière n'a pas été construite en amont. C'est un travail de long terme qui suppose de former, d'identifier et de faire émerger des profils, pas seulement d'annoncer une intention.
Et maintenant ? Le staff complet en septembre, la Turquie le 25 septembre
Le dossier reste ouvert. La FFF a promis un staff complet et présenté « dans sa totalité » début septembre. La question est de savoir si ce complément apportera des femmes, à quels postes, et avec quelles fonctions réelles.
Les échéances sont proches. Le nouveau staff vivra sa première échéance officielle en Ligue des nations : déplacement en Turquie le 25 septembre 2026, puis réception de l'Italie au Stade de France le 2 octobre, déjà à guichets fermés. D'ici là, la composition du staff doit être finalisée.
Sur le fond, la question n'est pas de savoir si Zidane est sexiste, ni s'il faut des femmes à tout prix. Elle est de savoir si une promesse de féminisation peut être tenue sans calendrier, sans noms et sans dispositif structuré. Les données disponibles suggèrent que non. Le complément de septembre dira si cette fois, la méthode a changé.
Le salaire de Zinédine Zidane sélectionneur, un contrat qui défie la loi, a déjà fait couler beaucoup d'encre. La composition de son staff en ajoute une couche. Et le prix du rêve Mbappé, qui a façonné l'arrivée de Zidane aux Bleus, rend chaque décision du nouveau sélectionneur plus scrutée encore.