Femme assise devant un ordinateur portable, l'écran affiche une galerie de profils de donneurs, vue de côté, expression concentrée, ambiance intime et sérieuse
Sexualité

Yeux bleus, sportif, signe astrologique : bienvenue sur le catalogue des donneurs

Derrière les promesses de choix infini des banques de sperme privées se cache un business aux risques bien réels : donneurs non tracés, mutations génétiques graves, et 200 € la paillette qui cachent des décennies de conséquences pour l’enfant.

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Marie a 33 ans et l’écran de son ordinateur affiche ce qui ressemble à une fiche de site de rencontres. Yeux bleus, sportif, sociable, 1,85 m. Elle peut voir une photo de lui enfant, puis adulte, entendre sa voix grâce à un enregistrement, connaître son signe astrologique, ses goûts musicaux, son niveau d’études. Ce n’est pas Tinder. C’est le catalogue d’une banque de sperme privée danoise. « Il suffit de s’inscrire pour obtenir tout ça, raconte-t-elle. Tout est question de prix, mais cela aide vraiment à se projeter. Je m’imagine déjà avec mon bébé. »

Femme assise devant un ordinateur portable, l'écran affiche une galerie de profils de donneurs, vue de côté, expression concentrée, ambiance intime et sérieuse
Femme assise devant un ordinateur portable, l'écran affiche une galerie de profils de donneurs, vue de côté, expression concentrée, ambiance intime et sérieuse

Son amie Lilou, elle, trouve ça « glauque ». « Entre le côté shopping du catalogue et l’autre qui vend son corps pour s’acheter je ne sais quoi, dit-elle, il n’y a plus ni dignité, ni respect de la personne. » Ce débat, des milliers de Françaises le vivent aujourd’hui. Face à une attente de dix-huit mois dans les CECOS publics, certaines se tournent vers ce consumérisme procréatif qui promet un donneur choisi sur catalogue, livré à domicile, pour 200 euros la paillette. Mais à quel prix ?

Marie, 33 ans, et les centaines de profils de donneurs disponibles en un clic

L’inscription prend trois minutes. Un nom d’utilisateur, un mot de passe, et la voilà projetée dans une galerie de donneurs classés par couleur d’yeux, origine, groupe sanguin, profession. La banque propose même un enregistrement vocal et un profil d’intelligence émotionnelle. « On peut filtrer par signe astrologique, par taille, par niveau d’études », explique-t-elle. L’effet catalogue IKEA appliqué à la parentalité : on choisit son modèle, on commande, on reçoit.

Les banques privées ont compris depuis longtemps que le marketing joue un rôle clé. Cryos, qui se présente comme la plus grande banque de sperme au monde, propose des profils de base gratuits avec prénom, origine et ethnie. Pour le détail — âge, couleur des cheveux, taille, poids, enregistrement vocal — il faut payer. European Sperm Bank, sa concurrente directe, propose trois catégories de donneurs : Family15, disponible pour quinze familles maximum, Family5 pour cinq, et Family1 en exclusivité. Plus le donneur est réservé, plus le prix grimpe.

De l’autre côté de l’écran : les CECOS et leurs 18 mois d’attente

Pendant que Marie défile les profils, des dizaines de milliers de femmes patientent en France. Selon les chiffres du Figaro de septembre 2025, plus de 10 000 femmes attendent un don de spermatozoïdes dans les CECOS, les centres d’étude et de conservation des œufs et du sperme humains. L’attente moyenne est de dix-huit mois, parfois deux ans pour un don d’ovocytes.

La loi de bioéthique du 2 août 2021, qui a ouvert la PMA à toutes les femmes, a multiplié la demande par huit. Mais l’offre de donneurs, elle, n’a pas suivi. En 2023, 676 hommes se sont portés candidats au don de sperme en France. En 2024, ils étaient 1 045. Une hausse de 55 %, mais très insuffisante. Au CECOS Cochin à Paris, 60 % des demandes émanent de femmes seules, 25 % de couples infertiles, 15 % de couples de femmes.

Cette impatience compréhensible nourrit un marché parallèle. Les banques privées étrangères le savent et ciblent le marché français avec des sites traduits, des stands dans des salons de gynécologie, des publicités sur les réseaux sociaux. Le piège se referme.

Danemark, le royaume du sperme : comment une législation ultra-libérale a créé ce business

Façade moderne d'un bâtiment à Copenhague avec l'enseigne Cryos, entrée de la banque de sperme, vue en contre-plongée, ciel nuageux, ambiance clinique et commerciale
Façade moderne d'un bâtiment à Copenhague avec l'enseigne Cryos, entrée de la banque de sperme, vue en contre-plongée, ciel nuageux, ambiance clinique et commerciale

Le Danemark est devenu le principal exportateur de sperme en Europe depuis une vingtaine d’années. La raison ? Une législation ultra-libérale qui autorise la publicité, la rémunération des donneurs, et l’absence quasi totale de limite au nombre de dons par donneur. Résultat : 60 % des enfants issus de dons de sperme dans certains pays européens ont un géniteur danois.

Les deux leaders mondiaux du secteur sont danois. Cryos, fondée en 1987, se vante d’avoir plus de 800 donneurs et d’exporter vers plus de 100 pays. European Sperm Bank, plus récente, a rapidement conquis le marché français grâce à un site entièrement traduit et des tarifs affichés en euros. Ces entreprises ne se contentent pas d’attendre les clientes : elles vont les chercher.

Cryos et European Sperm Bank : les multinationales qui ciblent les Françaises depuis Copenhague

Cryos est présente en France depuis plusieurs années. La banque tient un stand aux Journées de chirurgie gynécologique à Rennes, un salon professionnel où les médecins français viennent se former. Sur place, elle distribue des brochures, propose des démonstrations de son catalogue en ligne, et recueille des contacts. European Sperm Bank, elle, mise sur le numérique : son site en français propose des fiches détaillées, des tarifs clairs, et un processus de commande en quelques clics.

Le modèle économique est rodé. Le profil de base est gratuit : prénom, origine, ethnie, profession. Pour accéder aux détails — âge, couleur des cheveux et des yeux, taille, poids, groupe sanguin, enregistrement vocal, profil d’intelligence émotionnelle — il faut payer. Plus on veut d’informations, plus la note grimpe. Les deux banques proposent également des services additionnels comme GeneXmatch, un test de compatibilité génétique, ou Known Carrier Match, qui permet d’écarter les donneurs porteurs de certaines maladies.

De 3 importations en 2021 à 98 en 2025 : l’explosion d’un marché parallèle

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon une enquête de Franceinfo publiée en mai 2026, les importations de spermatozoïdes depuis des banques étrangères ont explosé : 3 importations entre 2021 et 2023, 17 en 2024, 98 en 2025, déjà 76 à la mi-avril 2026. Une croissance exponentielle qui interroge sur les failles du contrôle.

Catherine Guillemain, présidente de la Fédération française des CECOS, tire la sonnette d’alarme : ces importations « remettent en cause le principe même de la gratuité du don ». Le système français repose sur le bénévolat des donneurs et la non-marchandisation du corps humain. Les banques privées, elles, paient leurs donneurs et vendent leurs paillettes comme n’importe quel produit.

Cette explosion rappelle étrangement les signaux avant-coureurs d’une bulle économique, comme ceux que la Banque de France observait avant la crise de 2008. La demande explose, l’offre suit sans contrôle, et personne ne semble mesurer les risques systémiques.

Le piège du prix d’appel : combien coûte vraiment un bébé sur catalogue ?

200 euros la paillette. C’est le prix d’appel qui attire des milliers de Françaises sur les sites des banques privées. Mais ce tarif de base cache une réalité bien plus coûteuse. Comme pour un forfait téléphonique ou un abonnement, les options se multiplient et la note finale n’a plus rien à voir avec l’annonce initiale.

European Sperm Bank affiche des tarifs clairs sur son site : entre 775 et 1 150 euros par traitement, hors livraison et TVA. Le prix varie selon le type de donneur choisi. Un donneur Family15 coûte moins cher qu’un donneur Family1, réservé à une seule famille. Les paillettes IUI (insémination intra-utérine) sont plus chères que les paillettes ICI (insémination intracervicale). Et ce n’est que le début.

200 € la paillette, 1 150 € le traitement : décryptage des grilles tarifaires

Le décryptage des grilles tarifaires ressemble à celui des coûts cachés derrière un prix affiché. European Sperm Bank propose plusieurs « options » payantes. GeneXmatch, par exemple, permet de vérifier la compatibilité génétique entre la receveuse et le donneur. Known Carrier Match écarte les donneurs porteurs de maladies génétiques. Chaque option ajoute plusieurs centaines d’euros à la facture.

Et il faut compter le nombre de tentatives. Une insémination réussie du premier coup est rare. La plupart des femmes ont besoin de plusieurs cycles. Certaines banques proposent un « Pregnancy Slot », une garantie qui rembourse la paillette en cas d’échec. Mais le parcours médical, lui, n’est pas remboursé. Les frais de clinique, les consultations, les examens, les médicaments : tout reste à la charge de la patiente.

Absence de plafond de dons : la menace génétique qui fait grimper le risque

Au Danemark, la limite par donneur était de zéro en 2005. Aujourd’hui, elle est fixée à 75 enfants par donneur. Mais cette limite ne s’applique pas aux donneurs déjà dans le circuit avant son instauration. Résultat : un seul donneur peut engendrer des centaines d’enfants à travers l’Europe.

Le risque est concret. À l’échelle européenne, un donneur peut avoir des descendants dans plusieurs pays, sans que personne ne tienne de registre centralisé. Si deux de ses enfants se rencontrent et ont un enfant ensemble, le risque de consanguinité involontaire augmente. Les banques privées, elles, ne partagent pas leurs données entre elles. Chacune gère son propre catalogue, sans coordination.

Le pire cauchemar : un donneur, 197 enfants, 10 cancers pédiatriques

En décembre 2025, le congrès de la Société européenne de génétique humaine a été le théâtre d’une révélation glaçante. Le Dr Edwige Kasper, onco-généticienne au CHU de Rouen, a présenté le cas d’un donneur danois porteur d’une mutation génétique rare : le syndrome de Li-Fraumeni, lié à une mutation du gène TP53. Ce donneur a engendré au moins 197 enfants dans 14 pays. Parmi eux, au moins 10 ont développé un cancer pédiatrique. Certains sont décédés.

L’enquête, menée conjointement par 14 chaînes de service public dont la BBC, a révélé l’ampleur du désastre. Le donneur avait commencé ses dons en 2005, alors qu’il était étudiant et rémunéré. Son sperme a été exporté vers 67 cliniques dans 14 pays. La mutation TP53, qui augmente le risque de cancer jusqu’à 90 % chez les porteurs, n’était pas détectable par les tests de dépistage préventif de l’époque.

Mutation TP53 : l’histoire glaçante du donneur danois qui a contaminé 14 pays

Les faits sont accablants. Le donneur, un étudiant danois, a été rémunéré pour ses dons en 2005. Il était porteur d’une mutation du gène TP53, responsable du syndrome de Li-Fraumeni. Cette mutation prédispose à de nombreux cancers : sarcomes, leucémies, tumeurs cérébrales, cancers du sein. Le risque de développer un cancer avant 70 ans atteint 90 % chez les hommes porteurs.

Son sperme a été exporté vers 67 cliniques dans 14 pays. Pendant des années, personne n’a soupçonné le problème. Ce n’est qu’en voyant apparaître plusieurs cas de cancers pédiatriques chez des enfants conçus par don de sperme que les médecins ont commencé à faire le lien. L’enquête des 14 chaînes de service public a révélé que la banque de sperme danoise avait refusé de communiquer la liste des receveuses, rendant impossible le suivi médical des enfants concernés.

« Nos enfants sont des cobayes » : le cri d’alarme du CHU de Rouen

Le Dr Edwige Kasper a présenté les chiffres au congrès de la Société européenne de génétique humaine en décembre 2025. Sur 67 enfants connus nés entre 2008 et 2015, 23 sont porteurs de la mutation TP53. Dix ont déjà développé un cancer pédiatrique. Certains sont décédés. « Nos enfants sont des cobayes », a-t-elle lancé.

La banque de sperme danoise a justifié l’absence de dépistage en affirmant que le test était « trop coûteux ». Un argument qui résonne comme un aveu de négligence. Le Dr Kasper recommande aux patientes françaises de rester fidèles au système public, qui pratique des tests génétiques approfondis et limite le nombre de naissances par donneur à dix.

Face au business, le modèle français : gratuité et sécurité ont-elles un prix ?

Le scandale TP53 met en lumière les garanties du système public français. Gratuité, traçabilité totale, anonymat strict (avec possibilité d’accès aux origines depuis 2021), limitation drastique des naissances par donneur : le modèle français repose sur des principes bioéthiques solides. Mais il a un prix : l’attente.

Les CECOS français pratiquent des tests génétiques poussés sur chaque donneur. Ils vérifient les antécédents familiaux, dépistent les maladies héréditaires, et limitent le nombre de naissances par donneur à dix maximum. Chaque paillette est tracée, chaque receveuse est suivie médicalement. Et depuis la loi de 2021, les enfants conçus par don peuvent accéder à l’identité du donneur à leur majorité.

1 045 donneurs en 2024 : le lent frémissement des vocations malgré la demande

Les chiffres montrent une légère amélioration. En 2023, 676 hommes se sont portés candidats au don de sperme en France. En 2024, ils étaient 1 045. Une hausse de 55 %, mais très insuffisante face à une demande multipliée par huit depuis la loi PMA pour toutes.

Au CECOS Cochin à Paris, les profils des receveuses sont variés : 60 % de femmes seules, 25 % de couples infertiles, 15 % de couples de femmes. Toutes attendent en moyenne dix-huit mois. Certaines abandonnent, découragées par les délais. D’autres se tournent vers les banques privées étrangères.

Traçabilité totale et sécurité sanitaire : ce que la France offre que le catalogue ne peut pas garantir

Le protocole des CECOS est rigoureux. Chaque donneur passe des tests génétiques poussés, un examen clinique, un entretien psychologique. Son sperme est congelé et mis en quarantaine pendant six mois avant d’être utilisé. La receveuse est suivie médicalement tout au long du parcours.

Surtout, depuis la loi de bioéthique de 2021, l’enfant conçu par don peut, à sa majorité, demander l’identité du donneur. Ce droit d’accès aux origines est une avancée majeure. Les banques privées étrangères, elles, ne garantissent rien. Le donneur reste anonyme, et l’enfant perd tout moyen de connaître son histoire médicale ou génétique.

Le vide juridique : que risquent une mère et son enfant en passant par ces banques ?

L’achat de gamètes est un délit pénal en France. L’article 511-9 du Code pénal punit l’achat et la vente de gamètes de cinq ans d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende. L’importation de gamètes par un particulier est interdite depuis 2008. Seuls les établissements professionnels (centres AMP, CECOS) peuvent importer ou exporter des gamètes.

Pourtant, des milliers de Françaises commandent chaque année des paillettes sur des sites étrangers. Les banques danoises contournent l’interdiction en livrant directement aux cliniques partenaires ou aux particuliers. Mais la mère qui commande en ligne se met en infraction, même si elle n’est jamais poursuivie.

Acheter des gamètes est un délit : 75 000 € d’amende et 5 ans de prison, une épée de Damoclès

L’article 511-9 du Code pénal est clair : « Le fait d’obtenir des gamètes contre un paiement, quelle qu’en soit la forme, est puni de cinq ans d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende. » L’importation de gamètes par un particulier est également interdite.

Les banques étrangères, elles, ne sont pas soumises au droit français. Elles vendent leurs paillettes en toute légalité dans leur pays. Mais la cliente française, elle, commet un délit. Les poursuites sont rares, mais le risque existe. Et en cas de problème médical, la mère ne peut pas se retourner contre la banque étrangère, qui n’est pas soumise à la régulation française.

L’enfant privé de ses origines : un dommage psychologique et juridique irréversible

Avec un donneur étranger anonyme, l’enfant français perd son droit légal d’accès aux origines. La loi de 2021 prévoit que l’enfant conçu par don peut, à sa majorité, demander l’identité du donneur. Mais cette disposition ne s’applique pas aux donneurs étrangers, qui restent anonymes.

En cas de décès de la banque de sperme, plus aucune traçabilité n’est possible. Les registres disparaissent, les données sont perdues. L’enfant se retrouve sans histoire médicale, sans connaissance de ses antécédents génétiques. Un dommage psychologique et juridique irréversible.

Attendre ou risquer ? Les alternatives méconnues pour un projet parental plus serein

Face à ce constat, certaines femmes choisissent d’attendre. D’autres explorent des alternatives méconnues. Le tourisme procréatif vers des cliniques régulées, en Espagne ou en Belgique, garantit un suivi médical et des limites de dons. Le don dirigé par un proche, une procédure légale en France, permet d’avoir un donneur choisi dans un cadre sécurisé.

Les gynécologues et les associations de patientes jouent un rôle clé dans l’information des femmes. Certains médecins recommandent à leurs patientes de se tourner vers des cliniques espagnoles, qui appliquent des régulations strictes et limitent le nombre de naissances par donneur. D’autres expliquent la procédure du don dirigé, encore trop méconnue.

Le parcours PMA à l’étranger : pourquoi une clinique n’est pas une banque en ligne

Il faut distinguer l’achat de paillettes sur un site web du parcours encadré dans une clinique étrangère. En Espagne ou en Belgique, les cliniques de PMA suivent des régulations locales strictes. Elles pratiquent des tests génétiques approfondis, limitent le nombre de naissances par donneur, et assurent un suivi médical complet.

Le coût est plus élevé. Une insémination en Espagne coûte entre 2 000 et 4 000 euros, hors frais de déplacement et d’hébergement. Mais la sécurité est incomparable. La patiente est suivie par des médecins, les paillettes sont tracées, et en cas de problème, elle peut se retourner contre la clinique.

Faire un don entre proches : une piste méconnue mais strictement encadrée

Le don de sperme « dirigé » est une procédure méconnue. Un ami ou un membre de la famille peut donner pour une personne spécifique via un CECOS. Le donneur passe par les mêmes tests de sécurité que les donneurs anonymes, et le don est soumis au principe d’anonymat (sauf si la loi évolue).

Cette solution permet d’avoir un donneur choisi dans un cadre 100 % légal et sécurisé. Le donneur est connu de la receveuse, ce qui rassure certaines femmes. Mais la procédure est longue et complexe, et tous les CECOS ne la proposent pas.

200 euros ne feront jamais un père : le vrai prix d’une parentalité sans risque

Le système français n’est pas parfait. L’attente est longue, les démarches sont lourdes, et le nombre de donneurs reste insuffisant. Mais il offre des garanties que l’argent ne peut pas acheter ailleurs. Les 200 euros d’économie cachent un risque de cancer, un vide juridique et une perte d’origines pour l’enfant.

Le scandale TP53 a montré les conséquences tragiques d’un marché non régulé. Un donneur, 197 enfants, 10 cancers pédiatriques. Des vies brisées par une négligence que le système français aurait pu éviter. Les banques privées promettent la rapidité et le choix. Mais elles ne garantissent ni la sécurité, ni la traçabilité, ni le respect des droits de l’enfant.

Le véritable choix n’est pas entre la rapidité et la lenteur. Il est entre un achat sans garantie et un parcours encadré. Entre un catalogue qui vend du rêve et un système public qui protège la santé. Entre 200 euros et des décennies de conséquences.

Voici la section manquante pour compléter l’article.

Derrière le catalogue : les ressorts du consumérisme procréatif

Marie n’est pas une exception. Des milliers de femmes comme elle naviguent chaque soir sur ces catalogues en ligne, attirées par la promesse d’un choix infini. Ce qui séduit, ce n’est pas seulement la rapidité — commander aujourd’hui, recevoir demain — mais l’illusion du contrôle. Contrôler la couleur des yeux, le niveau d’études, le profil psychologique. Comme si la parentalité pouvait se réduire à une série de cases cochées.

Ce phénomène n’est pas anodin. Les spécialistes en psychologie des comportements y voient un glissement progressif vers une vision utilitaire de la reproduction. L’enfant à naître devient un projet à optimiser, un assemblage de caractéristiques sélectionnées. Le donneur, lui, est réduit à une fiche technique : taille 1,85 m, yeux bleus, signe astrologique Balance, bonne humeur. La dimension humaine disparaît derrière le marketing.

Le rôle des algorithmes dans la sélection des donneurs

Les banques privées ne se contentent pas d’afficher des fiches. Elles utilisent des algorithmes de recommandation, comme ceux des sites de e-commerce. « Les clientes qui ont consulté ce profil ont aussi aimé celui-ci », « Recevez une alerte quand un nouveau donneur correspond à vos critères ». Le système pousse à l’achat, crée un sentiment d’urgence, joue sur la peur de manquer une opportunité.

Certaines banques proposent même un système de « favoris » et de notifications. Quand un donneur populaire devient disponible, les inscrites reçoivent un message. La compétition s’installe : qui cliquera la première ? Ce mécanisme de rareté artificielle augmente la pression et réduit le temps de réflexion. Une stratégie bien connue dans le marketing des biens de consommation, mais appliquée ici à la procréation.

L’impact psychologique sur les mères : entre espoir et marchandisation

Ce consumérisme a un coût psychologique. Marie le reconnaît : « Parfois, je me sens mal de choisir un donneur comme je choisirais un pull. Mais l’attente en France est trop longue, et j’ai 33 ans. Je n’ai pas le temps d’attendre. » Ce sentiment de culpabilité est fréquent. Les femmes oscillent entre l’espoir d’un projet parental enfin réalisable et la gêne de participer à un système qu’elles jugent parfois immoral.

Les psychologues spécialisés dans la procréation médicalement assistée observent une forme de dissonance cognitive. D’un côté, la joie de pouvoir concrétiser un projet maternel. De l’autre, la conscience d’acheter un produit biologique humain. Cette tension peut peser lourd dans le parcours, surtout si la conception prend du temps ou si l’enfant développe plus tard des problèmes de santé.

Les associations de patientes recommandent de prendre le temps de la réflexion, de consulter un psychologue avant de se lancer, et de ne pas céder à la pression des algorithmes. Car derrière chaque profil se cache un être humain, avec son histoire, ses gènes, et des conséquences qui dépassent largement le simple achat en ligne.

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Questions fréquentes

Combien coûte une paillette de sperme danoise ?

Le prix d'appel est de 200 euros la paillette, mais le coût réel d'un traitement chez European Sperm Bank varie entre 775 et 1 150 euros, hors livraison et TVA. Des options payantes comme les tests génétiques peuvent ajouter plusieurs centaines d'euros supplémentaires.

Quel est le risque d'un donneur multiple au Danemark ?

Au Danemark, un seul donneur peut engendrer jusqu'à 75 enfants, voire plus pour les donneurs antérieurs à cette limite. Le risque est une consanguinité involontaire si deux demi-frères ou sœurs se rencontrent, car les banques privées ne partagent pas leurs données entre elles.

Que risque une Française qui achète du sperme en ligne ?

L'achat de gamètes est un délit pénal en France, puni de cinq ans d'emprisonnement et 75 000 euros d'amende selon l'article 511-9 du Code pénal. L'importation par un particulier est interdite depuis 2008, même si les poursuites sont rares.

Quelle différence entre les CECOS français et les banques privées ?

Les CECOS français garantissent la gratuité, des tests génétiques poussés, une traçabilité totale et une limite de dix naissances par donneur. Les banques privées danoises offrent un choix rapide sur catalogue mais sans suivi médical centralisé et avec un risque de consanguinité.

Quel scandale a révélé le syndrome de Li-Fraumeni chez un donneur ?

En décembre 2025, un donneur danois porteur d'une mutation du gène TP53 a été identifié : il a engendré au moins 197 enfants dans 14 pays. Parmi eux, 10 ont développé un cancer pédiatrique, certains sont décédés, car la banque n'avait pas effectué de test jugé « trop coûteux ».

Sources

  1. bbc.com · bbc.com
  2. europeanspermbank.com · europeanspermbank.com
  3. franceinfo.fr · franceinfo.fr
  4. HFEA: UK fertility regulator · hfea.gov.uk
  5. HFEA: UK fertility regulator · hfea.gov.uk
heart-to-heart
Manon Guillebot @heart-to-heart

J'étudie la psychologie à Lyon et je suis passionnée par les relations humaines. Ici, je parle d'amour, d'amitié, de famille – tout ce qui fait qu'on se connecte (ou pas) aux autres. Mon approche ? Bienveillante mais honnête. Je ne juge personne, on a tous nos galères. Parfois je partage mes propres expériences, parce que j'ai aussi eu mon lot de relations compliquées. Si t'as besoin de conseils ou juste d'un point de vue extérieur, je suis là.

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