Couple nu pendant un rapport sexuel filmé par un smartphone posé en équilibre sur un meuble de chambre, l'écran allumé est visible
Sexualité

Vidéo intime en couple : loi française, sanctions et protection

Filmer l'intimité de son partenaire à son insu est un délit puni par le Code pénal français. Sanctions, revenge porn et moyens de protection expliqués.

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Un téléphone posé en coin de chambre, une caméra discrètement activée, un geste que l'autre ne remarque pas : ce qui commence comme un fantasme personnel peut basculer en crime sexuel numérique en quelques secondes. L'affaire Jung Joon-young, chanteur de K-pop condamné à cinq ans de prison, illustre ce glissement avec une brutalité rare. Kyung-mi, étudiante ordinaire, a découvert que son petit ami — un homme attentif et prévenant en apparence — l'avait filmée à son insu pendant leurs rapports sexuels, avant de partager ces vidéos avec des amis célèbres sur un forum de discussion. Ce qui s'est passé ensuite n'a rien d'une fiction : harcèlement en ligne, interrogatoires policiers humiliants, idées suicidaires. Et ce parcours cauchemardesque n'est pas l'apanage de célébrités coréennes. En France, des milliers de personnes découvrent chaque année que leur intimité a été captée sans leur accord, souvent par quelqu'un en qui elles avaient confiance.

Couple nu pendant un rapport sexuel filmé par un smartphone posé en équilibre sur un meuble de chambre, l'écran allumé est visible
Couple nu pendant un rapport sexuel filmé par un smartphone posé en équilibre sur un meuble de chambre, l'écran allumé est visible

Filmer son intimité en couple est devenu une pratique courante à l'ère du smartphone. La frontière entre ce qui relève de la sphère privée et ce qui constitue une infraction pénale est pourtant fine, méconnue, et balisée par des textes de loi précis que l'ignorance ne dispense pas de respecter. Cet article détaille le cadre légal français applicable aux enregistrements intimes en couple, les sanctions encourues, et les gestes concrets pour se protéger.

De l'écran du téléphone au tribunal : le traumatisme de Kyung-mi

D'après le récit qu'elle a fait à la BBC, Kyung-mi a d'abord cru à une erreur lorsqu'elle a compris que son petit ami l'avait filmée. Jung Joon-young, star adulée dans toute l'Asie de l'Est, avait placé son téléphone sans qu'elle s'en aperçoive. Lorsqu'elle a porté plainte en août 2016, les policiers lui auraient conseillé de ne pas insister, arguant de la difficulté à poursuivre une célébrité. Pire encore, c'est elle qui a été convoquée par le procureur pour un interrogatoire, se retrouvant traitée en accusée plutôt qu'en victime. En ligne, les fans du chanteur l'ont traînée dans la boue, ses propres amis l'ont accusée de ruiner la vie d'une star, et les médias ont diffusé son identité sans ménagement. Kyung-mi a rapporté avoir eu des pensées suicidaires, tout en sachant que mourir signifierait que la vérité sur Jung Joon-young ne serait jamais connue. Il a fallu attendre 2019 pour que la police saisisse enfin le téléphone du chanteur et y découvre les vidéos de douze femmes. L'affaire a révélé que filmer sans consentement n'est pas une simple maladresse : c'est un acte qui détruit des vies, et dont les conséquences dépassent largement le moment de l'enregistrement.

En France, l'intimité filmée n'est plus un simple « truc entre soi »

Beaucoup de couples français considèrent qu'une vidéo intime reste un contenu privé, régi uniquement par la confiance mutuelle. C'est une erreur juridique potentielle. Le Code pénal français encadre précisément la captation, l'enregistrement et la transmission d'images intimes, et ce cadre s'applique pleinement aux relations de couple. L'ignorance de ces textes ne constitue pas une circonstance atténuante devant un tribunal. Ce qui suit détaille les articles concernés, les sanctions applicables, et les mécanismes de protection que chaque personne devrait connaître avant d'appuyer sur le bouton d'enregistrement.

Article 226-1 du Code pénal : un an de prison pour avoir enregistré l'autre à son insu

Le texte fondateur qui régit l'enregistrement sans consentement en France est l'article 226-1 du Code pénal, accessible sur Légifrance. Cet article punit d'un an d'emprisonnement et de 45 000 euros d'amende le fait de porter atteinte à l'intimité de la vie privée d'autrui en captant, enregistrant ou transmettant sans consentement l'image d'une personne se trouvant dans un lieu privé. Le texte a été modifié par la loi n° 2024-247 du 21 mars 2024, qui a renforcé le dispositif existant. Il s'agit du premier verrou juridique à connaître : dès lors qu'une image intime est fixée sans l'accord de la personne filmée, l'infraction est constituée, même si la vidéo ne sort jamais du téléphone.

Captation, enregistrement, transmission : les trois verrous de l'article 226-1

Le législateur a distingué trois actions distinctes, et chacune suffit à elle seule à caractériser l'infraction. Capter désigne le fait de filmer en direct, de pointer un appareil vers une personne dans un lieu privé afin de capter son image. Enregistrer correspond au stockage de l'image sur un support, que ce soit la mémoire du téléphone, une carte SD ou un espace de stockage en ligne. Transmettre vise l'envoi de l'image à un tiers, par message, par mail ou par tout autre moyen. Ces trois actes sont incriminés indépendamment les uns des autres. Autrement dit, il n'est pas nécessaire que la vidéo soit diffusée publiquement ou envoyée à quiconque pour que l'enregistrement seul constitue une infraction pénale. Ce point est crucial : beaucoup d'auteurs pensent à tort que tant que la vidéo reste dans leur téléphone, rien ne peut leur arriver.

La loi n° 2024-247 du 21 mars 2024 : ce qui a changé dans le Code pénal

La loi du 21 mars 2024 est venue modifier l'article 226-1 dans un contexte de prise de conscience accrue des violences numériques. Le texte de loi, consultable sur Légifrance, a notamment ajouté un troisième alinéa à l'article 226-1, qui punit désormais la captation, l'enregistrement ou la transmission de la localisation en temps réel ou en différé d'une personne sans son consentement. Cette évolution traduit la volonté du législateur de s'adapter aux technologies disponibles — géolocalisation, caméras connectées, objets intelligents — qui offrent de nouveaux moyens d'intrusion dans l'intimité d'autrui, au-delà de la seule image.

L'enregistrement seul suffit-il à constituer l'infraction ?

Une confusion fréquente consiste à croire que l'infraction n'est constituée qu'en cas de diffusion publique. Le texte est pourtant sans ambiguïté : l'article 226-1 incrimine le fait de fixer ou d'enregistrer l'image d'une personne se trouvant dans un lieu privé, sans son consentement. La diffusion n'est pas un élément constitutif de l'infraction. Concrètement, si un partenaire pose son téléphone et enregistre un rapport sexuel sans que l'autre le sache, l'infraction est constituée au moment même où il appuie sur le bouton d'enregistrement, même s'il ne montre la vidéo à personne et la supprime le lendemain.

Consentement et limites : ce que la loi française prévoit pour les couples

L'argument le plus fréquent entendu lors de procès pour enregistrement clandestin est le suivant : « mais elle a bien vu que je filmais, elle n'a rien dit ! ». Le législateur a prévu cette situation en inscrivant dans l'article 226-1 un mécanisme lié au consentement présumé, mais ce mécanisme est entouré de limites strictes que beaucoup de couples méconnaissent.

« Au vu et au su sans opposition » : comment le juge évalue le consentement à l'image

D'après les analyses publiées sur consultation.avocat.fr et les fiches pratiques de Service-public.gouv.fr, l'article 226-1 précise que lorsque l'enregistrement est effectué au vu et au su de la personne concernée, sans qu'elle s'y oppose alors qu'elle en avait la capacité, le consentement est présumé. Concrètement, si un partenaire sort son téléphone, le pose en évidence et appuie sur enregistrer devant l'autre, et que l'autre ne dit rien et ne fait aucun geste pour l'en empêcher, le juge considérera qu'il y avait consentement. Toutefois, cette présomption n'est pas absolue : le juge apprécie les circonstances au cas par cas, et le silence ne vaut pas nécessairement consentement définitif si la personne était sous l'emprise de l'auteur, sous l'effet de l'alcool ou de substances, ou si la caméra, bien que présente, était placée de manière à ne pas être clairement perceptible.

Moins de 16 ans : pourquoi la présomption de consentement ne s'applique jamais aux mineurs

Le texte de l'article 226-1, tel que reproduit sur Légifrance, pose une règle stricte : lorsque les faits concernent un mineur, le consentement doit émaner des titulaires de l'autorité parentale. Cela signifie qu'un adolescent de quinze ans qui dit « oui » à l'enregistrement ne fournit pas un consentement juridiquement valable au sens de l'article 226-1. La présomption de consentement « au vu et au su » ne s'applique pas aux mineurs. Par ailleurs, la loi n° 2020-1266 du 19 octobre 2020, mentionnée par Service-public.gouv.fr, encadre spécifiquement la diffusion de l'image d'un enfant de moins de 16 ans sur une plateforme en ligne, en subordonnant cette exploitation à une autorisation parentale renforcée. Un adolescent qui enregistre son partenaire mineur s'expose donc à des poursuites, même si l'autre a donné son accord verbal.

Le consentement de tourner n'est jamais le consentement de diffuser

Il existe une confusion fréquente et dangereuse entre deux actes juridiquement distincts : accepter d'être filmé et accepter que la vidéo soit diffusée. Le droit français pose comme principe que le consentement à l'enregistrement ne vaut jamais consentement à la diffusion. Une personne peut tout à fait accepter d'être filmée pendant un rapport sexuel « pour le couple » et s'opposer fermement à ce que cette vidéo soit envoyée à un tiers, même un proche. C'est précisément cette distinction que le législateur a sanctuarisée en créant un article spécifique pour punir la diffusion d'images obtenues avec accord.

« Revenge porn » : l'article 226-2-1 sanctionne la diffusion d'images obtenues avec accord

Le scénario le plus fréquent lors de séparations conflictuelles est celui-ci : la vidéo a été tournée avec le consentement des deux partenaires, mais après la rupture, l'un d'eux la diffuse sur Internet ou l'envoie à des tiers pour humilier l'ex. Ce phénomène, connu sous le terme de « revenge porn », a conduit le législateur à créer l'article 226-2-1 du Code pénal, un texte spécifiquement conçu pour punir ce comportement, comme l'explique Village-justice.com.

Pénétration vaginale en missionnaire, couple nu sur un lit, un bras tendu vers un téléphone portable qui enregistre la scène
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Deux ans de prison et 60 000 € d'amende quand la vidéo intime atterrit sur Internet

L'article 226-2-1 punit de deux ans d'emprisonnement et de 60 000 euros d'amende le fait de diffuser, sans l'accord de la personne concernée, des images à caractère sexuel obtenues avec son accord. La comparaison avec les peines de l'article 226-1 est éloquente : l'enregistrement clandestin est puni d'un an et 45 000 euros, mais la diffusion d'images obtenues avec accord est punie plus sévèrement, à hauteur de deux ans et 60 000 euros. Le législateur a fait le choix de considérer que la trahison de la confiance — diffuser une image que quelqu'un a accepté de confier — est plus grave que l'enregistrement à l'insu. La raison est simple : la diffusion entraîne une victimisation à grande échelle, une exposition publique qui peut détruire la vie sociale et professionnelle de la victime de manière irréversible.

Utilisation détournée de l'image : le droit à l'image comme double protection

Au-delà de l'arsenal pénal, le droit à l'image offre une protection complémentaire. Selon les analyses du Cabinet ACI, le droit à l'image interdit toute utilisation détournée : si une image a été captée pour un objet précis — par exemple, un usage strictement privé entre deux partenaires — la diffuser pour un autre objet constitue une violation. Le cumul des actions est donc possible : la victime peut engager des poursuites pénales sur le fondement de l'article 226-2-1 et simultanément une action civile pour atteinte au droit à l'image. Cette double voie permet d'obtenir à la fois une sanction pénale et des dommages et intérêts en réparation du préjudice subi.

La différence entre article 226-2 et article 226-2-1 : ne pas se tromper de texte

Le Cabinet ACI précise une nuance importante : l'article 226-2 du Code pénal punit d'un an d'emprisonnement et de 45 000 euros d'amende l'utilisation illicite de l'image d'une personne lorsque cette image a été obtenue sans son consentement. Si l'image a été obtenue avec le consentement de la victime, la diffusion ne sera punie au titre de ces textes que si l'image est à caractère sexuel — c'est alors l'article 226-2-1 qui s'applique, avec des peines plus lourdes. Autrement dit, diffuser une photo intime prise à l'insu relève de l'article 226-2 (un an, 45 000 euros), tandis que diffuser cette même photo alors qu'elle avait été acceptée relève de l'article 226-2-1 (deux ans, 60 000 euros). Le législateur a voulu sanctionner plus durement la trahison de confiance que la captation clandestine.

Conjoint ou partenaire de PACS : les peines automatiquement alourdies par la loi

Le titre de cet article mentionne explicitement « en couple », et c'est ici que le droit français devient particulièrement protecteur. Le législateur a prévu des circonstances aggravantes quand l'auteur de l'infraction est le conjoint, le concubin ou le partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité. La violation de l'intimité est jugée plus grave lorsqu'elle est commise par la personne avec qui l'on partage sa vie, car elle rompt le lien de confiance fondamental de la relation.

De 45 000 € à 60 000 € d'amende : le surcoût pénal quand l'auteur est votre partenaire

Pour l'enregistrement sans consentement (article 226-1), les peines de base sont d'un an d'emprisonnement et de 45 000 euros d'amende. Le texte de loi publié sur Légifrance précise que lorsque les faits sont commis par le conjoint, le concubin ou le partenaire de PACS, ces peines sont automatiquement portées à deux ans d'emprisonnement et 60 000 euros d'amende. L'aggravation est donc considérable : l'amende est multipliée par plus d'un tiers et la peine de prison doublée. Le juge n'a pas besoin de démontrer une circonstance supplémentaire : la qualité de partenaire suffit à déclencher l'aggravation. Cette disposition vise à reconnaître que la traîtrise conjugale produit un préjudice spécifique — psychologique, émotionnel, parfois financier — que l'infraction « ordinaire » ne capture pas pleinement. Comme le précise consultation.avocat.fr, cette aggravation s'applique automatiquement dès lors que le lien juridique ou de fait entre l'auteur et la victime est établi.

Cyberviolences conjugales : la vidéo intime comme arme de contrôle

Le guide « Cyberviolences au sein du couple » publié en 2024 par la Mission interministérielle pour la protection des femmes contre les violences (Miprof) et le Centre Hubertine Auclert, disponible sur Arretonslesviolences.gouv.fr, identifie explicitement la captation et la diffusion d'images intimes comme des formes de cyberviolences conjugales. Ce guide place ces actes dans le continuum plus large du contrôle coercitif, où le partenaire utilise les outils numériques pour surveiller, humilier et maintenir une emprise sur l'autre. La vidéo intime filmée à l'insu fonctionne alors comme une menace latente : même sans être diffusée, elle installe un rapport de force. Cette logique de contrôle rejoint d'autres violations de consentement au sein du couple, comme le stealthing : retirer le préservatif sans consentement, qui constitue également une agression sexuelle reconnue par la jurisprudence française.

Pourquoi le droit pénal fait-il la différence quand l'auteur est le partenaire ?

La raison pour laquelle le Code pénal alourdit systématiquement les peines lorsque l'auteur est le partenaire tient à la nature même de la relation de couple. Le couple suppose un lien de confiance, de vulnérabilité partagée et d'intimité protégée. Lorsque c'est précisément ce lien qui est instrumentalisé pour porter atteinte à l'intimité, le préjudice est double : la victime subit à la fois l'atteinte à sa vie privée et la trahison de la personne en qui elle avait le plus confiance. C'est pourquoi le législateur a choisi de traiter les cyberviolences conjugales avec une sévérité accrue, sans que le juge ait besoin de prouver une intention de nuire supplémentaire.

Sextorsion et montages illicites : quand la vidéo intime n'existe même pas

Les menaces liées aux images intimes ne se limitent pas aux comportements d'un ex-partenaire. Le danger peut venir d'un inconnu, et la vidéo incriminée peut même ne pas exister. Deux phénomènes sont en forte expansion : la sextorsion par webcam et les deepfakes pornographiques. Ces situations mobilisent d'autres articles du Code pénal et viennent élargir le tableau des risques numériques liés à la sexualité.

Comment fonctionne le chantage à la webcam sur les sites de rencontre ?

Selon la fiche réflexe de Cybermalveillance.gouv.fr, la sextorsion — également appelée chantage à la webcam — suit un scénario redoutablement stéréotypé. Tout commence sur un site de rencontre, un réseau social ou une messagerie instantanée. Un inconnu engage la conversation, gagne la confiance de la victime, puis propose des échanges vidéo à caractère sexuel. La victime accepte. Ce qu'elle ignore, c'est que l'échange est enregistré à son insu. Peu après, l'escroc lui envoie un message révélant l'existence de l'enregistrement et exige une somme d'argent sous menace de diffuser la vidéo publiquement et auprès de ses contacts. Dans certains cas, il n'y a même pas eu d'échange préalable : l'escroc pirate un compte pour récupérer des images existantes, ou crée un faux contenu de toutes pièces.

Deepfake pornographique : un an de prison pour le montage illicite

L'article 226-8 du Code pénal, détaillé par le Cabinet ACI, punit d'un an de détention et de 15 000 euros d'amende le montage illicite de l'image d'autrui, y compris la tentative. Ce texte vise directement la pratique des deepfakes pornographiques, où le visage d'une personne est apposé sur un corps filmé dans un contexte sexuel. La particularité de cette infraction est qu'aucune image réelle de la victime n'a besoin d'exister : le montage à partir de photos publiques (réseaux sociaux, etc.) suffit à constituer l'infraction. La tentative est également punie, ce qui signifie que le simple fait de commencer à réaliser un montage, même inachevé, peut faire l'objet de poursuites. Face à l'essor des outils d'intelligence artificielle génératrice d'images, cette disposition est appelée à prendre une importance croissante.

Piratage de compte et images existantes : l'autre voie d'attaque des escrocs

La fiche de Cybermalveillance.gouv.fr souligne un scénario moins connu mais tout aussi dévastateur : l'escroc n'a pas besoin de vous piéger par webcam. Il peut pirater un de vos comptes en ligne — messagerie, réseaux sociaux, stockage Cloud — et y récupérer des photos ou vidéos intimes que vous aviez vous-même prises ou reçues. Il utilise ensuite ce contenu pour exercer un chantage, exactement comme s'il avait enregistré un échange vidéo. C'est un rappel brutal que la sécurité des comptes en ligne n'est pas qu'une question technique : c'est une condition essentielle de la protection de l'intimité.

Comment se protéger : désactiver le Cloud et verrouiller ses accès

Le lecteur sait désormais ce que dit la loi. Reste à passer à l'action concrète. Les recommandations ci-dessous s'appuient sur les conseils publiés par franceinfo et le Guide de protection numérique. Elles concernent toute personne qui filme ou stocke des images intimes, que ce soit seule ou en couple.

Comment empêcher la sauvegarde automatique des images intimes sur iCloud et Google Photos ?

Beaucoup de victimes de revenge porn ont été exposées non pas parce que leur ex a volé leur téléphone, mais parce qu'il avait simplement accès au Cloud partagé ou connaissait le mot de passe du compte. Sur iPhone, il faut aller dans Réglages, puis taper sur son nom d'utilisateur, sélectionner iCloud, puis Photos, et désactiver « Synchro iCloud Photos ». Sur Android, ouvrir l'application Google Photos, accéder aux paramètres via l'icône de profil, puis désactiver la sauvegarde automatique. Une alternative plus radicale consiste à supprimer manuellement les images intimes de la galerie de sauvegarde Cloud après chaque session, ou à utiliser une application de photothèque sécurisée locale (comme l'application « Cachée » sur iOS ou « Fichier sécurisé » sur Samsung) qui stocke les images uniquement sur l'appareil et non dans le Cloud.

Mot de passe long et double authentification : la barrière minimale contre un accès indésirable

franceinfo insiste sur trois règles : utiliser un mot de passe long combinant majuscules, minuscules, symboles et chiffres ; ne jamais réutiliser le même mot de passe sur plusieurs services ; activer la double authentification (vérification en deux étapes) sur les comptes Apple et Google. La double authentification signifie qu'accéder au compte nécessite non seulement le mot de passe, mais aussi un code envoyé par SMS ou généré par une application. Même si un ex-partenaire connaît le mot de passe, il ne pourra pas se connecter sans le deuxième facteur. Cette mesure simple bloque la grande majorité des accès indésirables.

En cas de séparation : quels paramètres de partage modifier en urgence ?

Le Guide de protection numérique contre les cyberviolences conjugales recommande, en cas de séparation, de changer immédiatement tous les mots de passe connus du partenaire ou ex-partenaire. Cela inclut les comptes de messagerie, les réseaux sociaux, les comptes Apple ou Google, mais aussi les services moins évidents comme Netflix, Spotify ou les applications bancaires partagées. Il faut également modifier les paramètres de partage sur les services en ligne : retirer l'ex des contacts de partage de localisation, des calendriers partagés, des albums photo partagés. Une attention particulière doit être portée aux options de « partage familial » sur les écosystèmes Apple et Google, qui permettent à tous les membres du groupe d'accéder aux photos des autres. Le guide insiste également sur un point essentiel : éviter de sauvegarder les photos ou vidéos intimes sur un Cloud auquel le partenaire ou ex pourrait avoir accès.

Victime de diffusion non consentie : quels sont les premiers réflexes et recours juridiques ?

Malgré toutes les précautions, le mal peut être fait. Une vidéo intime peut être diffusée par un ex-partenaire vindicatif, un compte piraté peut livrer des images privées, ou un montage peut circuler sans que la victime ait jamais filmé quoi que ce soit. Dans ces situations, la réaction immédiate est déterminante.

Ne jamais payer la rançon et verrouiller ses comptes : les consignes de Cybermalveillance

Les consignes de Cybermalveillance.gouv.fr en cas de sextorsion sont claires et impératives. Premièrement, interrompre toute relation avec l'escroc : ne pas répondre, ne pas négocier, ne pas menacer en retour. Deuxièmement, verrouiller immédiatement tous les comptes de réseaux sociaux en changeant les mots de passe et en activant la double authentification. Troisièmement, et c'est essentiel, ne surtout pas payer la rançon. Payer ne garantit en rien la suppression des images — l'escroc conserve les fichiers et peut exiger de nouvelles sommes — et marque la victime comme une cible réceptive pour d'autres escroqueries. Cybermalveillance met également à disposition le 3018, ouvert sept jours sur sept de 9 h à 23 h, qui offre un accompagnement gratuit, anonyme et confidentiel, avec la possibilité d'intervenir auprès des plateformes pour faire supprimer les contenus.

Comment déposer plainte avec les bons articles du Code pénal ?

Pour que la plainte soit efficace, il est important de mentionner les articles pertinents. Si la vidéo a été enregistrée sans consentement, c'est l'article 226-1 qui s'applique. Si elle a été diffusée sans accord alors qu'elle avait été obtenue avec accord, c'est l'article 226-2-1. S'il s'agit d'un montage (deepfake), c'est l'article 226-8. La plainte peut être déposée au commissariat, à la gendarmerie, ou par courrier au procureur de la République du tribunal judiciaire compétent. Il est recommandé de conserver toutes les preuves : captures d'écran des messages de menace, URLs des pages où les images sont diffusées, témoignages éventuels. Le guide Miprof sur les cyberviolences au sein du couple rappelle que le 3919 (Violences Femmes Info) est disponible pour les femmes victimes de cyberviolences conjugales.

Comment conserver les preuves et faire retirer les contenus illicites ?

Au-delà de la plainte pénale, il est crucial d'agir rapidement pour limiter la diffusion. La plateforme 3018 peut intervenir directement auprès des réseaux sociaux pour demander le retrait des contenus illicites. Il est également possible de signaler les contenus directement aux plateformes (signalement en ligne), et de faire appel à un huissier de justice pour constater l'existence des contenus avant leur retrait — ce constat servira de preuve dans la procédure pénale ou civile. Conserver les preuves ne signifie pas les partager : il s'agit de les sauvegarder de manière sécurisée (captures d'écran horodatées, sauvegarde sur support physique) sans les diffuser davantage.

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Questions fréquentes

Filmer à l'insu est-il puni par la loi ?

Oui, l'article 226-1 du Code pénal punit d'un an d'emprisonnement et de 45 000 euros d'amende la captation ou l'enregistrement de l'image d'une personne dans un lieu privé sans son consentement. L'infraction est constituée dès l'enregistrement, même si la vidéo n'est jamais diffusée.

Quelles peines pour le revenge porn en France ?

L'article 226-2-1 du Code pénal punit de deux ans d'emprisonnement et de 60 000 euros d'amende la diffusion d'images à caractère sexuel obtenues avec l'accord de la victime. Le législateur considère la trahison de la confiance comme plus grave que la captation clandestine.

Les peines sont-elles alourdies entre partenaires ?

Oui, les peines sont automatiquement aggravées si l'auteur est le conjoint, le concubin ou le partenaire de PACS. L'enregistrement sans consentement passe alors à deux ans d'emprisonnement et 60 000 euros d'amende en raison de la rupture du lien de confiance.

Que risque-t-on pour un deepfake pornographique ?

L'article 226-8 du Code pénal punit d'un an d'emprisonnement et de 15 000 euros d'amende le montage illicite de l'image d'autrui, y compris la tentative. L'infraction est constituée même si l'image de la victime n'existe pas réellement et est créée à partir de photos publiques.

Comment se protéger d'une diffusion d'images ?

Il est conseillé de désactiver la sauvegarde automatique des photos intimes sur le Cloud (iCloud, Google Photos) et d'utiliser des photothèques locales sécurisées. Il faut également utiliser des mots de passe longs uniques et activer la double authentification sur tous les comptes.

Sources

  1. Que faire en cas de sextorsion ? · cybermalveillance.gouv.fr
  2. [PDF] Guide les (cyber)violences au sein du couple · arretonslesviolences.gouv.fr
  3. Maladies sexuellement transmissibles : les rapports oraux sans préservatif et comment s'en protéger - BBC News Afrique · bbc.com
  4. Caméra cachée : le traumatisme persistant des personnes filmées secrètement en Corée du Sud - BBC News Afrique · bbc.com
  5. cabinetaci.com · cabinetaci.com
cine-addict
Julien Cabot @cine-addict

Je regarde des films comme d'autres font du sport : intensément et quotidiennement. Toulousain de 28 ans, je travaille dans un cinéma d'art et essai la semaine, ce qui me permet de voir gratuitement à peu près tout ce qui sort. Mon appartement est tapissé d'affiches et mon disque dur externe contient 4 To de films classés par réalisateur. J'ai un superpouvoir agaçant : reconnaître n'importe quel film en moins de trois plans. Mon compte Letterboxd est une œuvre d'art en soi, avec des critiques de 2000 mots sur des nanars des années 80.

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