Le sexe oral est souvent perçu comme une pratique sûre, une sorte de « première étape » ou une alternative sans conséquences par rapport à la pénétration. Pourtant, cette idée reçue est dangereuse et contribue à une recrudescence inquiétante des infections sexuellement transmissibles (IST). De nombreuses personnes pensent qu'en l'absence de pénétration vaginale ou anale, le risque est nul ou négligeable, oubliant que les muqueuses buccales sont des portes d'entrée larges ouvertes pour les virus et les bactéries. Cette fausse sécurité conduit à un relâchement brutal des comportements de prévention, laissant place à une propagation silencieuse de maladies potentiellement graves.

Pourquoi le préservatif disparaît du sexe oral
Il existe aujourd'hui une fracture inquiétante entre la perception du risque et la réalité épidémiologique, particulièrement chez les jeunes générations. L'enquête menée par Le Monde et les données de Santé publique France révèlent que le préservatif est de plus en plus délaissé lors des rapports oraux. La fellation ou le cunnilingus sont fréquemment classés, dans l'esprit collectif, dans la catégorie des « preuves d'amour » ou des jeux érotiques mineurs, plutôt que dans celle des actes sexuels à risque. Cette minimisation comportementale est au cœur du problème : tant que le sexe oral n'est pas considéré comme du « vrai sexe », la protection semble superflue.
Cette désinhibition repose souvent sur des arguments sentimentaux ou pratiques qui masquent la réalité biologique. Le site Sida Info Service rappelle pourtant que les agents pathogènes ne font pas de distinction entre le type d'acte sexuel ; ils cherchent simplement un hôte pour se multiplier. En l'absence de barrière physique comme le préservatif ou la digue dentaire, chaque contact bucco-génital représente une opportunité de transmission. Ce déni du risque transforme la bouche en un vecteur majeur de contamination, perpétuant un cycle infectieux que l'on croyait maîtrisé.
La chute de l'usage du préservatif chez les moins de 30 ans
Les chiffres sont sans appel : l'usage du préservatif lors du premier rapport sexuel a diminué entre 2019 et 2023 selon l'enquête de l'Inserm et de l'ANRS. Cette baisse de la protection n'est pas anecdotique, elle marque un changement profond dans les rapports à la santé sexuelle. Les moins de 30 ans constituent aujourd'hui l'une des populations les plus à risque. Pour expliquer ce sexe sans protection, les jeunes invoquent souvent une liste d'excuses classiques, allant du pragmatisme au sentimental.
Santé publique France a recensé sur son site OnSEXprime les « douze pires excuses antipréservatif ». On y retrouve les classiques : « Je ne sens rien », « ça casse l'ambiance », « ça fait débander » ou encore « ça serre ». Ces rationalisations trahissent une priorité accordée au plaisir immédiat et à la spontanéité, au détriment de la santé à long terme. Lorsqu'il s'agit de sexe oral, ces réticences sont encore plus fortes, car l'odeur ou le goût du latex sont souvent perçus comme des freins majeurs au plaisir. Pourtant, cette négligence offre un terrain de jeu idéal aux bactéries et aux virus qui circulent librement lors de ces échanges.
Le piège des excuses sentimentales
Parmi tous les arguments avancés pour éviter la protection, l'un d'eux revient de manière récurrente et touche au cœur de la relation : « Je t'aime ». Cette phrase, souvent utilisée pour justifier l'abandon du préservatif, suggère implicitement que l'amour protège des infections. La réponse de Santé publique France est cinglante et résume parfaitement l'enjeu : « Les IST ne cherchent pas à savoir si tu aimes ou pas ton-ta partenaire. Elles ne font pas dans le sentiment. » C'est un rappel brutal mais nécessaire : les agents infectieux ne s'arrêtent pas aux sentiments romantiques.
Ce relâchement comportemental lié à l'excuse sentimentale a des conséquences directes sur la santé publique. En associant protection et manque de confiance, les couples créent un tabou autour de la prévention. Il devient difficile de redemander un préservatif sans que cela soit interprété comme une accusation d'infidélité ou un manque d'amour. Ce mécanisme psychologique favorise la propagation des IST au sein même de couples stables, où l'idée de se protéger est reléguée au début de la relation, jamais maintenue dans la durée. C'est ainsi que des populations entières de moins de 30 ans se retrouvent exposées, transformant les relations orales non protégées en un véritable problème de santé publique.
Chlamydia et gonorrhée : l'explosion des diagnostics en 2024
Après avoir analysé les comportements, il est indispensable de regarder les conséquences médicales concrètes. L'année 2024 a marqué un tournant inquiétant dans l'épidémiologie des IST en France. Ce ne sont plus des hypothèses ou des craintes théoriques, mais des chiffres bruts qui attestent d'une résurgence massive. Les données fournies par Sidaction et l'Assurance Maladie dressent un portrait sans appel d'une santé sexuelle sous tension. La hausse des diagnostics n'est pas seulement due à un meilleur dépistage ; elle reflète une augmentation réelle des contaminations, particulièrement via les voies orales que l'on pensait « sûres ».
Cette vague de fond s'inscrit dans un contexte global. L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) estimait en 2020 qu'il y avait 374 millions de nouvelles infections curables dans le monde (chlamydia, gonorrhée, syphilis, trichomonase). La France n'échappe pas à cette tendance, avec des taux de contamination qui flambent, touchant disproportionnaliment les jeunes adultes actifs. Les rapports oraux, souvent pratiqués sans protection, sont identifiés comme un catalyseur majeur de cette épidémie. Ils permettent aux infections bactériennes de circuler silencieusement d'une personne à l'autre, contournant les barrières que la population pense avoir érigées en se protégeant uniquement pour la pénétration.
61 100 cas de chlamydia : le chiffre record de l'Assurance Maladie
En 2024, les chiffres publiés par l'Assurance Maladie et relayés par Sidaction sont vertigineux. On compte environ 61 100 cas de chlamydia détectés, ce qui représente un record historique. À cela s'ajoutent 25 800 cas de gonococcies (la gonorrhée) et 6 500 cas de syphilis. Ces statistiques ne sont pas de simples nombres sur une feuille Excel ; elles représentent des milliers de personnes qui vont potentiellement souffrir de complications si ces infections ne sont pas traitées à temps.
La chlamydia, en particulier, est connue comme l'infection « silencieuse ». Elle progresse sournoisement dans les populations jeunes, souvent transmise lors de fellations ou de cunnilingus non protégés où le porteur ignore qu'il est contaminant. Contrairement à une idée reçue, la bactérie ne s'attaque pas uniquement aux organes génitaux ; elle adore les muqueuses chaudes et humides comme celles de la gorge. Cette localisation pharyngée, asymptomatique dans la majorité des cas, agit comme un réservoir. Une personne peut avoir une chlamydia de la gorge pendant des mois, sans le savoir, et la transmettre à chaque partenaire par simple contact bucco-génital, alimentant ainsi la chaîne de contamination sans fin.

La gonorrhée et la syphilis : des IST liées au sexe oral
Si la chlamydia détient le record du nombre de cas, la gonorrhée et la syphilis progressent de manière inquiétante et sont intimement liées aux pratiques orales. Comme le souligne la BBC, la gonorrhée devient résistante aux traitements classiques dans certaines régions du monde, rendant sa prévention d'autant plus cruciale. La gorge offre un environnement propice au développement du gonocoque, la bactérie responsable de la gonorrhée. Beaucoup de personnes consultent pour un « mal de gorge persistant » ou une angine rebelle aux antibiotiques classiques, sans faire le lien avec leur activité sexuelle récente.
La syphilis, quant à elle, connaît une résurgence spectaculaire après des années de déclin. Transmise facilement par contact peau à peau ou muqueuse à muqueuse, elle ne nécessite pas d'échange de fluides pour se propager. Un simple contact avec une plaie syphilitique (chancre) présente dans la bouche ou sur les organes génitaux suffit à contracter la maladie. Ces plaies, souvent indolores et invisibles, sont des portes d'entrée ouvertes lors d'un rapport oral. Ces infections ne sont pas de simples désagréments passagers ; non traitées, elles peuvent avoir des conséquences dévastatrices sur la fertilité, la grossesse ou la santé globale, prouvant que le IST : guide complet des infections sexuelles, symptômes et protection est indispensable pour quiconque est sexuellement actif.
Comment les IST traversent la barrière du corps
Comprendre l'anatomie de la contamination est essentiel pour dépasser les mythes. Beaucoup de gens pensent encore que pour attraper une IST, il faut qu'il y ait du sang ou une plaie ouverte. C'est faux. La bouche est une zone hautement vascularisée et recouverte de muqueuses extrêmement perméables. Contrairement à la peau épaisse qui recouvre le reste de notre corps et qui agit comme un bouclier efficace, les muqueuses buccales sont fines, fragiles et conçues pour laisser passer certaines substances. Cette perméabilité est une aubaine pour les virus et les bactéries qui n'ont qu'à se glisser entre les cellules pour gagner la circulation sanguine.
Le site Prévention Sida explique clairement que les IST se transmettent lors de relations et contacts sexuels sans préservatif, incluant la fellation, le cunnilingus et l'anulingus. Un simple contact entre muqueuses suffit à provoquer une infection. Cela signifie que le fluide pré-séminal, les sécrétions vaginales ou même la salive contaminée par une lésion peuvent servir de vecteur. La barrière du corps n'est pas une muraille infranchissable face aux IST bucco-génitales ; c'est une membrane poreuse que chaque rapport non protégé met à l'épreuve.
La bouche, une porte d'entrée pour virus et bactéries
La bouche est un écosystème complexe qui, malgré son pH acide et sa flore bactérienne protectrice, ne peut pas se défendre contre tous les pathogènes sexuellement transmissibles. Lorsque la muqueuse buccale entre en contact direct avec les sécrétions génitales infectées, les agents pathogènes trouvent rapidement leur chemin. Selon les informations relayées par la BBC, ce contact facilite la prolifération des virus et des bactéries. La gorge, en particulier, constitue un site privilégié d'implantation pour des bactéries comme le gonocoque ou la chlamydia.
Il est crucial de comprendre que la contamination n'est pas liée à la quantité de fluide avalé, mais à la durée et à l'intensité du contact muqueux. Les micro-abraisions, invisibles à l'œil nu, sont fréquentes sur les gencives ou le palais, surtout suite à un brossage de dents vigoureux ou à la mastication d'aliments durs. Ces micro-lésions agissent comme des autoroutes pour les infections. Même en l'absence de saignement visible, la perméabilité des muqueuses augmente considérablement le risque infectieux. C'est pourquoi le sentiment de sécurité ressenti lors du sexe oral est une illusion biologique ; la biologie elle-même travaille contre nous en offrant un accès facile aux pathogènes.
Quand l'herpès change de visage : l'essor de l'HSV-1 génital
L'exemple de l'herpès est probant pour illustrer cette circulation dynamique des IST entre la bouche et les organes génitaux. L'herpès génital touche environ 20 % de la population sexuellement active en France. De plus en plus de cas sont désormais causés par le virus HSV-1, traditionnellement responsable de l'herpès labial (le « bouton de fièvre »). Comme le précise Ameli.fr, ce basculement est directement favorisé par les pratiques sexuelles bucco-génitales.
Le virus voyage sans billet : une personne porteuse d'un herpès labial peut transmettre le virus aux organes génitaux de son partenaire lors d'un cunnilingus ou d'une fellation. Inversement, l'herpès génital peut être transmis à la bouche. Ce va-et-vient constant montre que les compartiments « buccal » et « génital » ne sont pas isolés. Une poussée d'herpès dans la bouche, même cicatrisée ou en phase de prodromes (picotements), contient des virus actifs capables d'infecter ailleurs. La facilité avec laquelle l'herpès, le papillomavirus (HPV) ou la syphilis traversent la barrière des muqueuses prouve que le sexe oral n'est pas une zone de non-droit pour les IST, mais un axe de transmission majeur.
VIH versus gonorrhée : quels sont les risques réels ?
Face à la multitude d'infections possibles, il est essentiel de hiérarchiser les risques pour ne pas céder à la panique tout en restant vigilant. Dans l'imaginaire collectif, le VIH reste la peur absolue, l'ombre portée sur toute sexualité. Cependant, lors de rapports oraux, la hiérarchie des risques est différente de celle de la pénétration anale ou vaginale. Si le risque zéro n'existe pas, le niveau de danger varie considérablement d'une infection à l'autre. Comprendre cette nuance permet de mieux se protéger contre les menaces les plus imminentes sans vivre dans la terreur irrationnelle.
Il est temps de déconstruire le mythe du « VIH oral » tout en remettant le projecteur sur des infections souvent sous-estimées comme la syphilis, l'hépatite B ou l'herpès. La confusion entre les niveaux de risque conduit parfois les individus à s'inquiéter d'un scénario quasi impossible (transmission du VIH par la salive) tout en négligeant totalement des risques très élevés (contracter une gonorrhée de la gorge). Une information claire et précise est nécessaire pour adapter les stratégies de protection à la réalité biologique.
Le mythe du VIH oral : un risque marginal
Le risque de transmission du VIH par la voie orale fait l'objet de nombreuses études. Le consensus scientifique, rapporté par Sidaction et Prévention Sida, est clair : ce risque est très faible, voire marginal. Des études, notamment celles de l'université de Lisbonne, indiquent que la fellation ne présente qu'un risque théorique de transmission du VIH. La salive n'est pas un vecteur du virus ; elle contient même des enzymes inhibitrices qui limitent sa prolifération.
Cependant, ce risque « faible » ne signifie pas « nul ». Il existe dans des conditions précises : présence d'éjaculation dans la bouche, ulcères buccaux importants, gingivites sévères avec saignements, ou charge virale élevée chez le partenaire séropositif non traité. C'est pourquoi, bien que le VIH ne soit pas la menace principale lors du sexe oral, la prudence reste de mise, notamment en cas d'ulcères ou de lésions visibles dans la bouche. Il ne faut pas non plus négliger le fait que d'autres IST, comme la syphilis ou l'herpès, en créant des lésions sur les muqueuses, peuvent augmenter mécaniquement le risque de transmission du VIH s'il est présent. C'est l'effet synergétique des infections qu'il faut craindre.
Syphilis, Hépatite B et C : les véritables menaces
Si le VIH fait moins peur au lit qu'on ne le pense pour le sexe oral, d'autres infections méritent toute notre vigilance. La syphilis se transmet très facilement par contact peau à peau ou muqueuse à muqueuse. Elle peut causer des plaques dans la bouche, indolores mais hautement contagieuses, rendant le cunnilingus et la fellation risqués même sans éjaculation. De même, l'herpès se propage par simple contact d'une lésion active avec une zone saine.
Les hépatites, notamment B et C, constituent une préoccupation majeure. Hépatites Info Service rappelle que les rapports bouche-sexe peuvent transmettre l'hépatite B. Pour l'hépatite C, le risque est plus faible mais existe, notamment lors du cunnilingus pratiqué pendant les règles, où la présence de sang augmente le danger. Contrairement au VIH, ces virus sont beaucoup plus résistants dans l'environnement et peuvent se transmettre plus facilement par des contacts non protégés. C'est pourquoi la vaccination contre l'hépatite B et l'usage systématique de protections sont recommandés pour les pratiques sexuelles à hauts risques : guide pour un sexe sûr.
Témoignage : « Je pensais que ça n'arrivait qu'aux autres »
Derrière chaque statistique médicale, il y a des vies bouleversées. Pour comprendre comment les infections se propagent si efficacement, il faut écouter ceux qui les ont subies. Le récit d'Anouk Perry, jeune femme de 24 ans, rapporté par Le Monde, est éloquent. Son histoire illustre parfaitement la mécanique de la contamination silencieuse, où l'absence de symptômes masque une réalité infectieuse active. Ce n'est pas une histoire de « promiscuité », mais une histoire de banalité, celle d'une sexualité ordinaire qui devient compliquée.
Ce témoignage permet de briser le tabou et la honte qui entourent les IST. Souvent, on se sent coupable ou « sale » en apprenant qu'on est porteur d'une infection, alors que la réalité est simplement biologique. En racontant son parcours, Anouk met le doigt sur un problème sociétal majeur : le silence. Si l'on n'en parle pas, comment peut-on se protéger ? Son expérience sert d'avertissement : personne n'est immunisé, et la seule barrière reste le dépistage et la protection.
Le choc du SMS de David
Tout commence par un SMS qui change la vie d'Anouk Perry. « Salut, Anouk, est-ce que tu es là ? » écrit David, un amour de vacances. Le message suivant tombe comme un couperet : « J’ai une mauvaise nouvelle : je suis positif à l’IST chlamydia. Il faut que tu te fasses dépister. » Ce moment de stupeur est le scénario classique d'une contamination par IST asymptomatique. Anouk, comme beaucoup de jeunes gens, pensait que les IST ne touchaient que « les autres ». Elle témoigne : « Dans mon entourage, on n’en parle pas, ou alors c’est pour rigoler. On trouve ça dégueulasse. »
Cette réaction est le terreau de la propagation des IST. La honte et le dégoût empêchent la communication. On ne demande pas à son partenaire son statut sérologique avant un rapport oral, parce que cela paraît lourd, manquant de confiance ou peu romantique. Pourtant, c'est précisément ce manque de communication qui permet à la chlamydia de circuler librement. Anouk ne l'a pas attrapée parce qu'elle était négligente, mais parce que la norme sociale actuelle minimise le risque et décourage les discussions franches sur la santé sexuelle.
L'infection invisible : quand le corps ne prévient pas
Le piège principal des IST transmises par voie orale réside dans leur discrétion. Comme le souligne Ameli.fr, 80 % des femmes infectées par le HPV et une majorité de porteurs de chlamydia ne présentent aucun symptôme. Le corps ne prévient pas, ne fait pas mal, ne gratte pas. L'infection s'installe et se développe en silence, causant parfois des dégâts irréversibles avant d'être découverte.
Cette absence de symptômes est trompeuse pour les deux partenaires. Celui qui donne le rapport oral peut avoir une gonorrhée de la gorge sans le savoir et la transmettre à ses organes génitaux par auto-contamination, ou à d'autres partenaires. Celui qui reçoit peut être asymptomatique mais infectieux. C'est cette invisibilité qui rend le dépistage crucial. Les complications, comme la stérilité tubaire liée à la chlamydia ou les cancers liés au HPV, sont des conséquences tardives d'infections qui auraient pu être traitées facilement si elles avaient été détectées plus tôt. Le corps muet des IST exige une écoute proactive par le biais de tests réguliers.
Se protéger : préservatifs et digues dentaires
Fort de la compréhension des risques et de la réalité biologique, il est temps de passer à l'action concrète. Se protéger lors du sexe oral n'est pas une mission impossible ni une contrainte insurmontable ; c'est une question d'équipement et d'habitude. Si le préservatif est bien connu pour la fellation, d'autres outils comme la digue dentaire restent largement méconnus du grand public, alors qu'ils sont indispensables pour un cunnilingus ou un anulingus sécurisés.
Intégrer la protection dans sa vie sexuelle demande un peu de préparation, mais garantit une tranquillité d'esprit qui permet de profiter pleinement du moment sans angoisse. Il ne s'agit pas de transformer l'intimité en bloc opératoire stérile, mais d'adopter des gestes simples qui deviennent naturels avec le temps. Question Sexualité et d'autres spécialistes de la santé sexuelle proposent des astuces pratiques pour rendre la protection accessible et acceptable pour tous.
La digue dentaire : l'outil oublié du cunnilingus
La digue dentaire est l'outil de référence pour la protection lors du cunnilingus (stimulation orale de la vulve) et de l'anulingus (stimulation orale de l'anus). Il s'agit d'un carré de latex, souvent fin et souple, que l'on pose sur la zone à stimuler avant d'utiliser la bouche. Elle agit comme une barrière imperméable, empêchant tout contact direct entre les fluides corporels et la muqueuse buccale, tout en permettant la transmission de la chaleur et des sensations.
Malgré son efficacité, la digue dentaire est introuvable en supermarché et rarement disponible en pharmacie standard, ce qui la rend méconnue. Heureusement, Question Sexualité propose une solution de secours ingénieuse : on peut fabriquer soi-même une digue dentaire avec un préservatif masculin classique. Il suffit de couper le préservatif dans la longueur, du bout à l'autre, pour obtenir un rectangle de latex. On le déploie ensuite sur la vulve ou l'anus, en utilisant un peu de gel lubrifiant pour améliorer les sensations et empêcher le latex de glisser. C'est une astuce peu coûteuse et facile à mettre en œuvre pour une protection maximale.
Préservatif aromatisé et erreurs à éviter
Pour la fellation, la protection de base reste le préservatif masculin. Pour le confort, il est recommandé d'utiliser des modèles non lubrifiés et sans réservoir pour éviter l'œdème de la glotte (un gonflement de la gorge pouvant gêner la respiration). Les préservatifs aromatisés (fraise, menthe, vanille, etc.) sont spécialement conçus pour cette pratique et peuvent rendre l'expérience plus agréable pour la personne qui pratique l'acte. Il est important de noter que les lubrifiants chauffants ou picotants sont à éviter sur les muqueuses buccales car ils peuvent être irritants.
Il existe également des erreurs à éviter qui augmentent le risque de transmission sans qu'on s'en aperçoive. L'une d'elles, contre-intuitive, concerne l'hygiène dentaire. Comme le recommandent Question Sexualité et Sidaction, il ne faut pas se brosser les dents vigoureusement ni utiliser du fil dentaire dans l'heure qui précède ou suit un rapport oral. Ces pratiques créent des micro-saignements des gencives, offrant des portes d'entrée directes aux virus et bactéries. Un simple rinçage à l'eau ou au bain de bouche est suffisant pour la fraîcheur sans fragiliser la muqueuse buccale. De même, l'éjaculation dans la bouche est à éviter pour limiter l'exposition directe aux fluides contaminants.
Le dépistage : l'ultime barrière
Même avec une protection parfaite, le dépistage reste la pierre angulaire de la santé sexuelle. C'est la seule méthode fiable pour connaître son statut et celui de ses partenaires. Heureusement, les mentalités évoluent et les comportements changent : en France, le nombre de tests a augmenté de 30 % pour la chlamydia entre 2022 et 2024. Cette tendance positive montre une prise de conscience collective face à l'augmentation des IST.
Le dépistage complet ne se limite pas à une prise de sang. Pour détecter les infections comme la chlamydia ou la gonorrhée, il faut des prélèvements locaux : urinaires, buccaux ou anaux, selon les pratiques sexuelles. Se faire dépister régulièrement, même en l'absence de symptômes, c'est respecter sa santé et celle de ses partenaires. C'est un acte citoyen et responsable qui brise la chaîne de transmission. En France, de nombreuses structures proposent des tests gratuits et anonymes, et l'autotest est désormais disponible pour le VIH, rendant le contrôle accessible à tous.
Se dépister pour continuer à profiter : la nouvelle règle
La conclusion de ce voyage au cœur des IST et du sexe oral ne doit pas être un message de peur, mais un message de responsabilisation positive. Le but n'est pas de culpabiliser les lecteurs pour leurs comportements passés, mais de les outiller pour leur avenir sexuel. Le plaisir et la santé ne sont pas des opposés ; au contraire, une santé sexuelle maîtrisée est la garantie de pouvoir continuer à profiter de sa sexualité sereinement, sans arrière-pensée ni angoisse.
Le sexe oral reste une pratique source de plaisir et de complicité intense entre partenaires. Il n'est pas question de l'abandonner, mais de l'apprivoiser. Comme le rappelle Prévention Sida, le risque zéro n'existe pas, mais le risque minimal est tout à fait accessible. Il repose sur l'éducation, la communication et l'utilisation adéquate des protections disponibles aujourd'hui.
Normaliser le check-up avant le sexe oral
La clé de cette nouvelle ère sexuelle réside dans la communication. Il faut normaliser la discussion sur les IST, les dépistages et les protections avant de passer à l'acte. Demander à son partenaire « Quand as-tu fait ton dernier dépistage ? » ou « Est-ce qu'on se protège ? » ne doit plus être perçu comme un manque de confiance ou une atteinte à l'ambiance, mais comme une preuve de respect mutuel. C'est la base d'une sexualité éclairée, où la sécurité devient une composante du désir.
En adoptant cette attitude proactive, on transforme le check-up en un rituel ordinaire, comparable à la contraception dans les couples hétérosexuels. Savoir que l'on est protégé ou que l'on connaît son statut libère l'esprit et permet de se lâcher totalement pendant le rapport. La protection devient alors un atout pour le plaisir, et non un obstacle. Avec l'augmentation des cas de syphilis et de chlamydia, ce comportement n'est plus une option, c'est une nécessité sanitaire collective.
Liens utiles et ressources
Pour aller plus loin et trouver de l'aide ou des informations, plusieurs plateformes sont à disposition. Sida Info Service reste une ressource inestimable pour briser les idées reçues et trouver des écouteurs bienveillants. Le site OnSEXprime de Santé publique France offre des conseils adaptés aux jeunes, tandis que Hépatites Info Service fournit des spécificités sur les risques liés aux virus de l'hépatite. N'hésitez pas à consulter ces ressources et à en parler à votre médecin ou à un planning familial.
Enfin, pour comprendre pourquoi il ne faut pas avoir peur des IST mais les respecter, voici une vidéo explicative du Dr Jimmy Mohamed qui résume parfaitement l'enjeu actuel.