Un flacon d'Apretude (cabotégravir) dans son emballage, le nouveau traitement préventif.
Sexualité

PrEP injectable Apretude : enfin disponible en France, comment ça change la vie ?

Apretude, la PrEP injectable, est disponible en France. Une alternative à la pilule offrant une protection tous les deux mois pour une liberté retrouvée.

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Nous sommes le 10 mars 2026 et une page importante de l'histoire de la prévention du VIH vient d'être tournée en France. Après des années d'attente, de lobbying et de négociations parfois tendues, le cabotégravir, commercialisé sous le nom d'Apretude, est officiellement disponible. Ce traitement préventif injectable marque une rupture symbolique et pratique avec la contrainte du comprimé quotidien. Pour des milliers de personnes, c'est la promesse d'une liberté retrouvée, d'une charge mentale allégée et d'une protection qui s'efface du quotidien pour ne plus réapparaître que tous les deux mois. 

Un flacon d'Apretude (cabotégravir) dans son emballage, le nouveau traitement préventif.
Un flacon d'Apretude (cabotégravir) dans son emballage, le nouveau traitement préventif. — (source)

La France rattrape enfin son retard sur la PrEP injectable

L'annonce officielle de la mise à disposition du cabotégravir en France, tombée le 26 février 2026 via la publication au Journal officiel, a été accueillie comme un véritable soulagement par la communauté médicale et associative. Ce n'est pas simplement l'arrivée d'un nouveau médicament, c'est la concrétisation d'un combat pour réduire les barrières à l'accès à la prévention. Pour les associations de lutte contre le sida, ce retard français par rapport à d'autres pays développés était devenu insupportable, d'autant plus que l'épidémie continue de progresser dans certaines populations.

Deux ans d'avance aux États-Unis, 18 mois de négociations en France

Pour comprendre l'émotion suscitée par cette disponibilité, il faut regarder la chronologie. Aux États-Unis, la Food and Drug Administration (FDA) avait déjà autorisé l'utilisation du cabotégravir pour la prophylaxie pré-exposition (PrEP) dès décembre 2021, avec une disponibilité effective dès 2022. De l'autre côté de l'Atlantique, l'Agence européenne des médicaments (EMA) a emboîté le pas en septembre 2023. En France, la Haute Autorité de santé (HAS) a rendu un avis favorable en mai 2024. Cependant, l'écueil principal s'est révélé être financier. Il a fallu attendre dix-huit mois de négociations âpres entre le Comité économique des produits de santé (CEPS) et le laboratoire ViiV Healthcare pour que le prix de l'injection soit fixé. Ce délai, qui a pu sembler éternel pour les patients concernés, reflète la complexité de la mise sur le marché d'innovations thérapeutiques coûteuses dans un système de soins solidaire.

Pourquoi AIDES et Sidaction saluent cette arrivée comme une « victoire »

Les associations ne mâchent pas leurs mots pour qualifier cet événement. Pour AIDES, cette arrivée représente une diversification cruciale de l'offre de prévention. Comme l'explique Franck Barbier, responsable programmes & populations à l'association, il est impératif de lever les obstacles qui freinent l'accès à la PrEP. Le simple fait d'avoir le choix entre plusieurs modalités permet d'atteindre des personnes qui, pour des raisons logistiques ou psychologiques, ne pouvaient pas s'aligner sur la prise d'un comprimé chaque jour. C'est une victoire collective qui s'inscrit dans un mouvement mondial. D'ailleurs, en janvier 2025, lors du Forum économique mondial de Davos, l'ONUSIDA lançait un appel vibrant en faveur d'un accès rapide à ces traitements à longue durée d'action, les qualifiant de médicaments « révolutionnaires » pour espérer mettre fin au sida d'ici 2030.

Oublier le VIH pendant 60 jours : la fin de la pilule quotidienne

L'apport majeur de la PrEP injectable ne se mesure pas seulement en termes d'efficacité biologique, mais surtout en qualité de vie. Imaginez un instant la différence entre devoir penser à sa protection chaque matin au réveil, ou simplement aller faire une piqûre deux fois par an. C'est ce passage d'une prévention chronique à une prévention ponctuelle qui transforme le rapport au VIH. L'injection offre une « trêve » de deux mois durant laquelle la protection est assurée sans effort conscient, libérant l'espace mental souvent occupé par la gestion du risque.

Ne plus voir le comprimé sur sa table de chevet chaque matin

Une main vide pose une pilule sur une table de nuit en bois à côté d'un réveil matin, la lumière du matin filtre à travers les rideaux à demi fermés
Une main tenant une seringue, illustrant l'administration par injection. — (source)

La prise quotidienne d'un traitement préventif, même pour une personne motivée, finit par créer une fatigue. Chaque pilule sur la table de nuit est un rappel silencieux mais constant : « Tu es à risque ». C'est une anxiété sourde qui s'installe, liée à la peur de l'oubli. On se demande souvent : « Ai-je bien pris mon comprimé hier ? » Ce doute, même infime, peut générer du stress lors des rapports sexuels. Avec l'injection, cette charge mentale disparaît. On cesse d'être un « patient » ou un « usager » pour redevenir simplement une personne qui a une sexualité épanouie sans que le VIH ne soit une ombre portée sur chaque réveil.

Discrétion et intimité : quand la prévention ne se voit plus

Pour beaucoup, la discrétion est un enjeu majeur. Vivre en colocation, en famille, ou simplement ne pas souhaiter exposer sa vie sexuelle à la vue de tous rend la gestion des boîtes de médicaments complexe. La PrEP orale nécessite un rangement, parfois des cachettes, et toujours une explication si la boîte est retrouvée. L'injection, administrée dans un cadre médical ou un centre de santé, résout ce problème de confidentialité au domicile. On rentre chez soi sans rien avoir à trimballer ni à cacher. C'est une anonymisation totale de la prévention qui permet de conserver une sphère privée vraiment privée face au regard des autres.

Pour qui cette libération fait le plus de différence

Si tout le monde peut théoriquement bénéficier de cette facilité, certains profils y trouveront un soulagement décisif. Les personnes ayant des vies professionnelles ou personnelles chaotiques, pour qui l'observance quotidienne est un défi logistique, sont les premières visées. Ceux qui ont une vie sexuelle irrégulière peuvent également préférer ne pas avoir à gérer des prises « à la demande » compliquées à planifier. Enfin, toutes celles et ceux qui refusent la médicalisation quotidienne de leur corps, mais qui souhaitent rester protégés, trouvent dans l'injection une alternative éthique et pratique. C'est un outil précieux pour tous ceux que la pilule quotidienne rebutait ou angoissait.

Deux injections de charge, puis une tous les deux mois : le mode d'emploi

Concrètement, comment se déroule ce nouveau parcours de soins ? Le protocole du cabotégravir est conçu pour être simple, mais il demande une certaine rigueur dans le respect des rendez-vous, surtout lors de la phase de démarrage. Il ne s'agit pas d'une simple piqûre unique, mais d'un calendrier précis qui assure la présence suffisante du médicament dans l'organisme pour bloquer efficacement le virus en cas d'exposition.

Phase d'initiation : deux stratégies possibles (orale ou injectable)

Pour démarrer la PrEP injectable, il existe deux voies d'entrée possibles, laissées à l'appréciation du médecin et du patient. La première stratégie consiste à prendre des comprimés de cabotégravir par voie orale pendant un mois. Cette période, souvent appelée « phase orale d'initiation », permet de vérifier que le médicament est bien toléré par l'organisme, notamment sur le plan digestif ou cutané. Si tout se passe bien, on passe aux injections. La seconde stratégie, plus directe, saute cette étape orale et commence immédiatement par les injections intramusculaires. Quelle que soit la méthode choisie, la phase de mise en route nécessite impérativement deux injections espacées d'un mois (à J0 et à J1). C'est ce qu'on appelle la phase de « charge », destinée à saturer rapidement l'organisme en principes actifs.

Phase d'entretien : une injection intramusculaire toutes les 8 semaines

Une main tenant une seringue, illustrant l'administration par injection.
Schéma explicatif de la PrEP (Prophylaxie Pré-Exposition) et de son rôle dans la prévention de l'infection par le VIH. — (source)

Une fois la phase d'initiation terminée, on entre dans le rythme de croisière. Il suffit ensuite d'une injection de 600 mg toutes les huit semaines, soit environ tous les deux mois. L'injection est administrée en intramusculaire, généralement dans la fesse, par un professionnel de santé (infirmière ou médecin). Ce protocole est particulièrement avantageux car il offre une large marge de manœuvre. Si votre rendez-vous tombe un mardi peu commode, le protocole autorise une fenêtre de tolérance de sept jours avant ou après la date prévue. Cela permet une flexibilité bienvenue pour organiser son agenda sans risquer une rupture de protection.

Que se passe-t-il en cas de retard ou d'arrêt ?

La gestion des retards est un point crucial du mode d'emploi. Grâce à la fenêtre de sept jours, un petit décalage n'est pas dramatique. Cependant, si vous dépassez ce délai de tolérance, la protection n'est plus garantie. Dans ce cas, le protocole préconise de ne pas simplement refaire une injection, mais de repasser temporairement par une prise orale de cabotégravir (comprimés de 30 mg par jour) jusqu'à la prochaine injection possible, sur une durée maximale de deux mois. Il est aussi important de noter que si vous décidez d'arrêter définitivement la PrEP, le produit reste présent dans votre corps pendant plusieurs mois (la demi-vie est longue). Cela signifie que le risque de développer une résistance si une infection par le VIH survient pendant cette période persiste, justifiant un suivi médical rigoureux après l'arrêt.

Efficacité : ce que disent vraiment les études HPTN

Les chiffres concernant l'efficacité du cabotégravir sont pour le moins spectaculaires et ont surpris la communauté scientifique. Ils proviennent de deux vastes essais cliniques majeurs, baptisés HPTN 083 et HPTN 084, qui ont comparé l'injection injectable à la PrEP orale classique (le ténofovir/emtricitabine). Les résultats montrent non seulement que l'injection marche, mais qu'elle surperforme largement le comprimé dans la vie réelle, principalement pour des raisons d'observance.

HPTN 083 : 66% de réduction du risque chez les HSH

L'étude HPTN 083 a été menée auprès de 4 570 participants répartis dans sept pays, principalement des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH) et des femmes transgenres. Les résultats ont été sans appel. Dans le groupe ayant reçu le cabotégravir injectable, seules 13 infections par le VIH ont été recensées, contre 39 dans le groupe sous PrEP orale. Cela représente une réduction du risque d'infection de 66% par rapport à la pilule quotidienne. Il est fascinant de noter que les deux tiers de ces participants avaient moins de 30 ans, une population souvent réputée pour une observance plus difficile, ce qui rend la supériorité de l'injection encore plus frappante.

HPTN 084 : une protection renforcée de 89% chez les femmes

L'étude HPTN 084, réalisée en Afrique subsaharienne auprès de femmes cisgenres, a dévoilé des résultats encore plus impressionnants. Le cabotégravir a montré une protection supérieure de 89% par rapport au traitement oral. Sur 3 200 femmes, seulement 4 infections sont survenues dans le groupe injectable contre 37 dans le groupe oral. Ces chiffres sont si probants qu'ils ont conduit l'Organisation mondiale de la santé (OMS) à recommander le cabotégravir comme une option de première ligne pour la prévention du VIH. Pour ces femmes, qui peuvent parfois avoir moins de contrôle sur l'utilisation du préservatif ou sur l'adhésion à une prise quotidienne de médicaments dans un environnement où la stigmatisation est forte, l'injection est une bouée de sauvetage.

Pourquoi la PrEP injectable performe-t-elle mieux en pratique ?

Il ne faut pas croire que la molécule injectable est intrinsèquement plus puissante que le médicament oral. La PrEP orale, lorsqu'elle est prise parfaitement, offre une protection extrêmement élevée (supérieure à 99%). En France, l'étude EPI-PHARE a montré une efficacité réelle de 93% en vie quotidienne. La différence de performance constatée dans les études HPTN tient presque exclusivement à l'observance. Oublier une pilule est facile, et un oubli suffit parfois pour compromettre la protection. Avec l'injection, l'observance est assurée par le professionnel de santé le jour du rendez-vous. Il n'y a pas d'oubli possible une fois le produit dans le muscle. C'est la « passivité » de la prévention qui en fait sa force : on ne peut pas oublier de prendre son traitement si on ne l'a pas à gérer soi-même au quotidien.

1 312 € l'injection mais 100% remboursée : qui peut y accéder ?

Le coût d'un médicament innovant est souvent un sujet d'inquiétude, mais dans le cas de la PrEP injectable, le modèle français de solidarité joue à plein. Le prix public affiché peut faire peur au premier abord, mais pour l'usager, l'accès financier est comparable à celui de la PrEP orale. Il est toutefois important de comprendre les nuances de ce remboursement pour éviter les mauvaises surprises.

Remboursement Sécurité sociale : le ticket à 100% comme la PrEP orale

Le prix public fixé par l'arrêté du 26 février 2026 s'élève à 1 312 € TTC par flacon de 3 mL (600 mg). Sur une année, avec six injections, cela représente un coût théorique avoisinant les 7 800 €. Cependant, grâce à l'accord entre le laboratoire ViiV Healthcare et le CEPS, ce montant n'est pas supporté par le patient. La Sécurité sociale rembourse la PrEP injectable à 100 %, exactement comme la version orale (Truvada ou ses génériques). Le coût réel pour l'Assurance maladie est d'ailleurs bien inférieur au prix public, grâce à des remises confidentielles consenties par le fabricant. Pour l'usager, cela signifie qu'il n'aura aucun reste à charge pour le médicament lui-même, sous réserve de respecter les conditions de prescription et de délivrance.

Le piège du test de charge virale non remboursé à 100%

Cependant, il existe un détail financier qu'il faut connaître. Pour avoir le droit à l'injection, la réglementation impose de réaliser un test de charge virale du VIH avant chaque rendez-vous. C'est une mesure de sécurité indispensable pour s'assurer que la personne n'a pas contracté le virus entre-temps (auquel cas l'injection serait dangereuse et inefficace). Problème : alors que le médicament est remboursé à 100%, ces bilans sanguins ne sont généralement pas remboursés à 100% dans le cadre spécifique de la PrEP. Ils suivent le parcours de soins classique, ce qui peut entraîner des restes à charge modérés selon la mutuelle du patient. C'est un coût caché à prendre en compte dans la gestion budgétaire de sa prévention.

Où se faire injecter : en ville, à l'hôpital, dans les centres de santé ?

L'accès aux lieux de délivrance est un point logistique qui se met progressivement en place. L'injection est disponible en pharmacie de ville sur ordonnance médicale, mais il faut que la pharmacie soit agréée pour délivrer ce médicament spécifique. Les hôpitaux peuvent également le fournir via le circuit de la rétrocession hospitalière. Enfin, les Centres gratuits d'information, de dépistage et de diagnostic (CeGIDD) et certains centres de santé sexuelle associative jouent un rôle clé. Ils offrent souvent un environnement plus bienveillant et mieux adapté aux populations les plus vulnérables. La disponibilité peut varier d'une région à l'autre, il est donc conseillé de se renseigner auprès des associations locales comme AIDES ou de son médecin traitant pour trouver le point de prescription le plus proche et le plus rapide.

Femmes enceintes, insuffisants rénaux, autres IST : les limites à connaître

Si la PrEP injectable est une avancée majeure, elle n'est pas une solution miracle pour tout le monde et dans toutes les situations. Comme tout médicament, elle présente des contre-indications et des précautions d'emploi qu'il faut connaître pour faire un choix éclairé et sûr. Il est crucial de discuter de son histoire médicale avec son médecin avant d'entamer le protocole.

Pourquoi les femmes en âge de procréer sont écartées du protocole

Une des limites les plus importantes concerne les femmes en âge d'avoir des enfants. En France, à l'heure actuelle, le cabotégravir en PrEP n'est pas recommandé pour cette population. La raison réside dans une précaution liée à la famille des inhibiteurs d'intégrase, dont fait partie la molécule. Des études animales ont suggéré un risque, certes très faible, de malformation du tube neural du fœtus lors d'une exposition in utero. Par principe de précaution maximale, les autorités de santé préfèrent limiter son utilisation chez les femmes qui pourraient être enceintes. Cependant, les données de la vie réelle et les études futures pourraient faire évoluer cette position assez restrictive. En attendant, la PrEP orale reste la norme pour cette population. Pour en savoir plus sur les protections possibles, n'hésitez pas à consulter notre guide sur les infections sexuellement transmissibles.

L'indication de « seconde intention » : qu'est-ce que ça signifie ?

En France, le positionnement stratégique de ce nouveau médicament est particulier. La HAS l'a autorisé en indication de « seconde intention ». Concrètement, cela signifie que la PrEP orale reste le traitement de référence en première intention. La PrEP injectable est proposée principalement en cas d'échec de la PrEP orale (mauvaise observance répétée) ou en cas de contre-indication, comme par exemple l'insuffisance rénale. La PrEP orale classique (ténofovir/emtricitabine) pouvant être toxique pour les reins à long terme, le cabotégravir, qui n'a pas cette toxicité rénale, devient une alternative salvatrice pour ces patients. Est-ce que cette restriction restera éternelle ? Probablement pas. Au vu de l'enthousiasme des patients et des résultats des études, il est plausible qu'elle soit élargie, mais pour l'instant, il faut justifier un peu plus sa demande auprès du prescripteur.

Préservatifs toujours nécessaires : le risque des autres IST

C'est un point qu'on ne répétera jamais assez : la PrEP, qu'elle soit orale ou injectable, ne protège que contre le VIH. Elle ne crée pas un bouclier magique contre toutes les infections sexuellement transmissibles (IST). La syphilis, la gonorrhée, la chlamydia, l'hépatite B ou C, ainsi que les papillomavirus humains (HPV), circulent toujours et leur prévalence est parfois en hausse chez les utilisateurs de PrEP. Oublier le préservatif pour ces infections peut avoir des conséquences graves sur la santé à long terme. La PrEP doit donc être intégrée dans une stratégie de prévention globale : protégé contre le VIH par l'injection, mais restant vigilant sur les autres risques via le dépistage régulier et l'usage du préservatif selon les situations.

Résistances possibles : pourquoi le suivi médical reste obligatoire

La longue durée de vie du médicament dans l'organisme est un avantage pour la protection, mais elle pose un défi spécifique : les résistances. Si, par malheur, une personne contracte le VIH alors qu'elle a du cabotégravir dans le sang (ce qui peut arriver en cas de rapport à très haut risque ou d'échec rarissime du traitement), le virus va être exposé à une molécule active mais insuffisante pour l'éradiquer seul. C'est le scénario idéal pour que le virus mute et devienne résistant à cette classe de médicaments (les inhibiteurs d'intégrase). Or, si cette personne développe ensuite un sida, les traitements thérapeutiques de première ligne risquent d'être moins efficaces. C'est pour cela que les tests de dépistage réguliers (tous les 3 mois ou avant chaque injection) sont strictement obligatoires. C'est la condition pour préserver l'efficacité des traitements futurs.

Témoignages d'outre-Manche : l'expérience de ceux qui l'utilisent déjà

Pour mieux appréhender ce que l'injection change réellement dans la vie des gens, il est utile de se tourner vers l'expérience de ceux qui l'utilisent déjà depuis quelques années, notamment au Royaume-Uni ou aux États-Unis. Leurs retours permettent de dédramatiser la procédure et de donner corps aux promesses thérapeutiques. Ce ne sont plus des chiffres d'études, mais des vies transformées.

Douleur à l'injection : que ressentent vraiment les utilisateurs ?

Un médecin en blouse blanche injecte un liquide dans le bras d'un patient assis sur un tabouret médical dans un cabinet lumineux
Une infographie présentant les différents piliers de la prévention du VIH : PrEP, préservatifs, TasP et dépistage. — (source)

La première question qui vient souvent à l'esprit est : est-ce que ça fait mal ? Les utilisateurs rapportent des expériences variées mais généralement rassurantes. L'injection est intramusculaire et nécessite une aiguille relativement longue pour atteindre le muscle de la fesse. Au moment de la piqûre, on ressent habituellement une petite piqûre d'insecte ou une légère pression. Par contre, dans les heures ou les jours qui suivent, il est fréquent de ressentir une douleur modérée, une raideur ou une sensibilité au site d'injection, comme un bleu ou un nodule. Ces effets secondaires locaux sont généralement transitoires et disparaissent spontanément en quelques jours. La plupart des utilisateurs décrivent une gêne minime par rapport au bénéfice de ne pas avoir à prendre de pilule. Pour les plus sensibles, un simple paracétamol suffit généralement à passer le cap.

« J'ai repris le contrôle » : le sentiment d'autonomie retrouvé

Au-delà de l'aspect purement médical, les témoignages recueillis par les associations britanniques et américaines convergent vers un point commun : le sentiment de liberté. Beaucoup décrivent avoir « repris le contrôle » sur leur vie sexuelle. Ils racontent l'angoisse qui pouvait surgir en cas de week-end prolongé oubliant leur plaquette de Truvada, ou la culpabilité latente lors des prises de risque. Avec l'injection, cette anxiété s'évapore. Une fois que l'injection est faite, on sait qu'on est couverts, quoi qu'il arrive, pendant huit semaines. Cette tranquillité d'esprit permet de vivre sa sexualité de manière plus spontanée, sans avoir à planifier logistiquement chaque rapport. C'est ce changement de paradigme, passant de la prévention quotidienne à la prévention « à la demande » (mais de manière planifiée), qui représente le véritable tournant psychologique pour les utilisateurs.

Conclusion : un outil de plus, pas une solution unique

L'arrivée de la PrEP injectable Apretude en France est une excellente nouvelle. Elle enrichit la boîte à outils de la prévention contre le VIH et offre une alternative précieuse pour ceux pour qui la pilule quotidienne était un obstacle insurmontable. Cela dit, il est essentiel de garder à l'esprit qu'il n'y a pas de solution unique universelle.

La PrEP injectable s'ajoute à l'arsenal, elle ne le remplace pas

Les différentes options de prévention — le préservatif, la PrEP orale continue, la PrEP orale à la demande, et maintenant la PrEP injectable — ne sont pas en concurrence. Elles sont complémentaires. Chaque individu peut choisir la méthode qui s'adapte le mieux à son mode de vie, à son corps et à ses envies. Certains préféreront la simplicité de la pilule, d'autres la discrétion de l'injection. L'objectif commun reste la réduction drastique des nouvelles infections. Avoir plus de choix, c'est augmenter les chances que chacun trouve la méthode qui lui permettra de rester séronégatif sur le long terme.

Prochaine étape : en parler avec son médecin ou un centre de dépistage

Si vous pensez que la PrEP injectable pourrait vous convenir, la prochaine étape est simple : prenez rendez-vous avec un médecin généraliste, un spécialiste en maladies infectieuses, ou rendez-vous dans un CeGIDD ou une association comme AIDES. Ensemble, vous pourrez évaluer votre risque, vérifier vos antécédents médicaux (notamment rénaux) et décider si cette nouvelle option est la bonne pour vous. N'oubliez pas de consulter régulièrement des ressources fiables sur les infections sexuelles et leurs symptômes pour maintenir une santé sexuelle globale. La protection est possible, et elle vient de devenir un peu plus facile.

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Questions fréquentes

Quel est le calendrier des injections pour la PrEP Apretude ?

Le traitement débute par une phase de charge avec deux injections espacées d'un mois. Ensuite, pendant la phase d'entretien, une injection intramusculaire de 600 mg est nécessaire toutes les 8 semaines (environ tous les deux mois).

Est-ce que la PrEP injectable est plus efficace que la pilule quotidienne ?

Les études HPTN montrent que le cabotégravir est 66% à 89% plus efficace que la PrEP orale en vie réelle. Cette supériorité s'explique principalement par une meilleure observance, car l'injection élimine le risque d'oubli quotidien.

Qui peut bénéficier de la PrEP injectable en France et est-elle remboursée ?

Elle est indiquée en seconde intention, principalement en cas d'échec d'observance de la PrEP orale ou de contre-indication comme l'insuffisance rénale. Le médicament est remboursé à 100% par la Sécurité sociale, bien que les tests viraux obligatoires avant chaque injection ne le soient pas forcément intégralement.

Pourquoi la PrEP injectable n'est-elle pas recommandée pour les femmes en âge de procréer ?

Par principe de précaution, les autorités de santé l'écartent pour ce public en raison d'un risque potentiel, suggéré par des études animales, de malformation du tube neural du fœtus en cas d'exposition in utero. La PrEP orale reste donc la norme pour ces femmes.

Quels sont les principaux avantages de l'injection par rapport au comprimé quotidien ?

L'injection permet d'oublier la gestion du VIH pendant 60 jours, supprimant la charge mentale liée à la peur de l'oubli. Elle offre également une discrétion totale au domicile, ce qui est crucial pour celles et ceux qui ne souhaitent pas exposer leur prévention à leur entourage.

Sources

  1. Pathologies - Actualités, vidéos et infos en direct · lemonde.fr
  2. L’Actu vue par Remaides : « Anti-VIH de longue action : l’Onusida monte au front pour un accès universel » · aides.org
  3. aides.org · aides.org
  4. hptn.org · hptn.org
  5. VIH : succès d’un traitement préventif pris « à la demande » · lemonde.fr
labo-geek
Paul Ribot @labo-geek

Doctorant en physique des particules à Saclay, je passe mes journées à chercher des trucs qu'on ne peut même pas voir. Mais ma vraie passion, c'est d'expliquer la science à ceux qui pensent ne pas pouvoir la comprendre. L'univers est dingue, et je trouve ça injuste que seuls les chercheurs en profitent. Alors je vulgarise, avec des analogies du quotidien et zéro jargon. La science, c'est pour tout le monde.

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