Tu as peut-être des appréhensions en pensant à la fellation, la sodomie ou le cunnilingus. Peur d'avoir mal, peur de « mal faire », peur du regard de l'autre… Ces craintes sont légitimes, mais elles reposent souvent sur des idées reçues. Les enquêtes nationales le montrent : ces pratiques sont largement répandues, et les professionnels de santé disposent de repères concrets pour les aborder sereinement. Voici ce que disent les chiffres, d'où viennent les peurs, et comment se lancer sans pression.

Ces pratiques sont bien plus répandues qu'on ne l'imagine
Si tu as l'impression que la fellation, le cunnilingus ou la sodomie sont des pratiques « à part », les statistiques disent le contraire. Elles se sont même largement banalisées en l'espace de trente ans.
La fellation est aujourd'hui la pratique sexuelle la plus courante après la pénétration vaginale. Selon l'enquête CSF-2023 menée par l'Inserm auprès de plus de 31 000 personnes, 84,4 % des femmes et 90,5 % des hommes de 18 à 69 ans l'ont déjà pratiquée ou reçue au cours de leur vie. En 1992, ils n'étaient que 63,2 % et 75,3 %.
Le cunnilingus suit la même tendance : il concernait 72,1 % des personnes en 1992 et 83,7 % en 2006, avec des chiffres similaires en 2023. Une pratique si répandue que Les Inrockuptibles relevaient déjà, sur la base des données CSF 2006, que 85 % des hommes et des femmes l'avaient essayé, et qu'environ 70 % des 25-34 ans le pratiquaient régulièrement.
La sodomie connaît la progression la plus spectaculaire. L'enquête Ifop/LELO 2025, menée auprès de 2 000 personnes, estime que 49 % des femmes et 56 % des hommes de 18-69 ans l'ont déjà pratiquée, contre respectivement 14 % et 19 % en 1970. Les données de l'Inserm confirment cette hausse : 38,9 % des femmes et 57,4 % des hommes en 2023, contre 23,4 % et 29,6 % en 1992.
La Société nationale française de colo-proctologie (SNFCP) insiste d'ailleurs sur un point : le sexe anal n'est ni rare ni réservé aux hommes ayant des rapports avec des hommes. Selon un sondage Ifop de 2019 cité par les proctologues, 53 % des femmes avaient déjà pratiqué la sodomie, dont 21 % parfois ou souvent. Autre signe de cette banalisation : 30 % des Françaises déclarent avoir déjà pénétré analement un partenaire en 2025, contre 16 % en 2017.
Ces chiffres ne signifient pas que ces pratiques sont obligatoires. Ils montrent simplement que si tu as envie d'essayer, tu es loin d'être hors norme. Et si tu n'en as pas envie, c'est tout aussi valable.
Pourquoi ces pratiques font-elles peur ?
Si ces pratiques sont si répandues, pourquoi génèrent-elles encore autant d'appréhension ? Trois causes principales se dégagent : la peur de la douleur, l'héritage moral et les normes de genre, et l'influence du porno.
La peur de la douleur, surtout pour la sodomie
« Ce qui fait peur, c'est le fait d'avoir mal », résume Santé Magazine à propos de la sodomie. Cette crainte n'est pas irrationnelle : les douleurs anales liées à la sexualité, appelées anodyspareunie, sont fréquentes. Selon la SNFCP, elles touchent 9 % à 70 % des femmes et 14 % à 59 % des hommes, selon les études. Les facteurs de risque identifiés par les proctologues : le jeune âge, l'anxiété de performance et le mauvais vécu des premières expériences.
Mais la douleur n'est pas une fatalité. Elle est souvent favorisée par une pénétration trop brusque, un manque de lubrification et un blocage psychologique qui contracte l'anus. Autrement dit, la douleur est en grande partie évitable avec une préparation adaptée — on y revient plus bas.
Normes de genre, morale et porno
L'autre source de peur est culturelle. Historiquement, la fellation et le cunnilingus ont longtemps été associés aux maisons closes. Comme le rappelait le sexologue Philippe Brenot dans Les Inrockuptibles, avant 1960, « 90 % des femmes n'avaient jamais pratiqué la fellation, c'était une pratique de bordel ». De nombreuses traditions ont interdit ces pratiques pendant longtemps : « la bouche ne devait jamais rencontrer le sexe ». Ce tabou a laissé des traces.
Les normes de masculinité pèsent aussi, notamment sur le sexe anal. L'enquête Ifop/LELO 2025 le montre : environ un quart des hommes adhèrent encore à l'idée qu'un « vrai homme » ne se laisse pas pénétrer. Une croyance qui peut freiner les envies et générer de la honte.
Enfin, la pornographie joue un rôle ambigu. Les experts du CSF-2023 notent qu'elle « peut faire peur du fait de la violence qui y est véhiculée » et qu'elle peut « générer des angoisses de performance, notamment chez les plus jeunes ». Or, comme le rappelle le site Onsexprime, validé par Santé publique France : « Tu as vu des pénétrations anales dans des films porno ? Ce n'est pas comme dans la réalité. » Le porno montre des corps préparés, lubrifiés et montés de façon à masquer toute difficulté — pas une première fois.
Se lancer sans stress : les repères qui changent tout
Passer à l'action ne se résume pas à une technique. C'est d'abord une question de consentement, de communication et de progressivité. Voici les repères concrets, validés par des sources médicales, pour aborder chaque pratique sans pression.
Sodomie : préparation, lubrification, rythme
La sodomie est la pratique qui demande le plus de préparation, et c'est aussi celle pour laquelle les conseils médicaux sont les plus précis.
Le lubrifiant est indispensable. L'anus et le rectum ne produisent pas de sécrétions naturelles. Un lubrifiant à base d'eau doit être appliqué sur le pénis ou le sextoy et dans l'anus. Il limite à la fois le risque de rupture du préservatif et les lésions de la muqueuse rectale.

La dilatation doit être progressive. Les recommandations d'Helloclue sont claires : commencer par insérer lentement un doigt, puis le bout du pénis ou du sextoy, et faire une première pénétration lente pour éviter les fissures. Personne ne doit forcer l'anus.
Le préservatif s'utilise du début à la fin. Le sexe anal présente un risque de transmission du VIH plus élevé que les autres pratiques sexuelles, insiste Helloclue. Ce n'est pas un détail : c'est une condition non négociable.
Le consentement prime sur tout. Comme le résument les sexologues interrogés par Santé Magazine : dire non ne veut pas dire qu'on n'est pas « drôle » ou « un bon coup ». Accepter à contrecœur crée des ressentiments, pas du plaisir. Côté hygiène, une douche avant et après peut aussi rassurer, sans qu'un lavement soit indispensable.
Tu peux aussi te poser la question de ta préparation psychologique : es-tu vraiment prêt·e, ou est-ce une pression extérieure ? C'est le sujet de notre guide pour savoir si on est prêt·e pour sa première fois anale.
Fellation : gérer les dents, le rythme et le liquide pré-séminal
La fellation fait souvent peur par crainte de « mal faire ». Les conseils de la coach en sexualité Jessica Pirbay, relayés par le Journal des Femmes, sont là pour dédramatiser.
La technique repose sur trois principes simples. D'abord, y aller en douceur avec la langue et varier le rythme — jamais de va-et-vient mécanique. Ensuite, garder les dents hors du chemin : utiliser les lèvres et l'aspiration, ou la langue, mais pas les deux en même temps. Enfin, utiliser les mains sur la base du pénis ou les testicules pour compléter ce que la bouche ne peut pas couvrir.
Le liquide pré-séminal peut gêner. Si c'est le cas, un lubrifiant adapté aux pratiques orales — y compris les lubrifiants aromatisés — ou simplement la salive peut aider.
Le plus important, note Jessica Pirbay, est de dédramatiser : les femmes qui apprécient cette pratique ne sont pas « soumises », et celles qui n'y arrivent pas ne sont pas « frigides ». Si la communication avec ton partenaire te semble difficile, notre article sur comment parler de la fellation en couple peut t'aider à briser le silence.
Cunnilingus : un tabou qui recule, aucune performance attendue
Le cunnilingus est la pratique pour laquelle les sources médicales fournissent le moins de protocole technique — et c'est peut-être une bonne nouvelle. Contrairement à la sodomie, il n'y a pas de risque de lésion ni de préparation spécifique. Les principes généraux suffisent : communication, écoute des réactions de l'autre, et absence de performance imposée.
Le tabou, lui, recule nettement. Les chiffres CSF le montrent : la pratique est passée de 72,1 % en 1992 à 83,7 % en 2006, et cette tendance s'est poursuivie. Si tu as des appréhensions sur plusieurs pratiques à la fois, notre guide complet sur la fellation, l'anulingus et la sodomie peut t'aider à y voir plus clair.
Aucune pratique n'est obligatoire
Le rappel final, et peut-être le plus important, vient d'Onsexprime : « Il n'y a pas de modèle à suivre pour une relation sexuelle, pas d'étapes par lesquelles passer absolument. » On ne fait que ce que l'on a vraiment envie de faire, avec consentement.
Les statistiques le montrent : ces pratiques sont courantes, mais elles ne sont pas une checklist à cocher. La peur se dissipe quand on remplace l'injonction par l'envie, et la pression par la communication. Si une pratique te tente, les repères ci-dessus t'aideront à l'aborder sereinement. Si elle ne te tente pas, ce n'est pas un problème — c'est une préférence, et elle se respecte.