Femme nue allongée sur le dos dans un lit, expression de frustration et de recherche, mains posées sur son ventre
Sexualité

Anorgasmie : causes, symptômes et solutions pour retrouver le plaisir

Incapacité à jouir, causes psychiques ou médicales : explorez les solutions concrètes et thérapeutiques pour surmonter l'anorgasmie et renouer avec le plaisir sexuel.

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Vous ressentez cette montée intense, cette tension qui promet l'explosion de plaisir, mais le sommet reste obstinément inaccessible. Ce sentiment de stagnation au plateau, sans jamais basculer dans la libération orgasmique, est une expérience frustrante et souvent solitaire. Pourtant, sachez que vous n'êtes pas seul(e) à vivre cela et, surtout, que ce n'est pas de votre faute. L'anorgasmie, définie comme l'incapacité à atteindre l'orgasme malgré une stimulation adéquate, est un trouble sexuel fréquent qui touche une part significative de la population.

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Les chiffres sont d'ailleurs plus parlants que les idées reçues : près d'une femme sur dix n'atteint jamais l'orgasme, et seulement 29 % des femmes déclarent jouir systématiquement lors de rapports avec un partenaire. Chez l'homme, bien que le phénomène soit plus rare, il concerne tout de même moins de 3 % de la population masculine. Il est crucial de distinguer ce trouble de la simple baisse de libido ou de la frigidité. Une personne peut ressentir un désir intense et une grande excitation, mais être bloquée au moment fatidique. Il ne s'agit pas d'un manque d'amour ou d'attirance, mais d'un dysfonctionnement complexe qui mérite une attention bienveillante. Pour mieux comprendre ces nuances, il est parfois utile de faire la différence entre frigidité ou baisse de libido.

« J'arrive au plateau mais jamais au sommet » : comprendre ce blocage que vous n'avez pas choisi

L'orgasme vu de l'intérieur : ce qui devrait se passer

Physiologiquement, l'orgasme est la troisième phase du cycle de la réponse sexuelle, succédant à l'excitation et au plateau. Durant la phase de plateau, le corps est à son maximum de tension : rythme cardiaque élevé, respiration haletante, congestion des organes génitaux. Normalement, cette tension accumulée se décharge brusquement lors de l'orgasme, provoquant des contractions rythmiques des muscles pelviens et une sensation intense de plaisir suivie de relaxation.

Chez les personnes souffrant d'anorgasmie, ce mécanisme s'enraye. La phase de plateau peut se prolonger indéfiniment ou s'estomper progressivement sans jamais atteindre le seuil critique déclenchant la décharge neurologique. On reste suspendu(e), comme au bord d'une falaise, incapables de sauter. C’est un blocage qui peut être physique, mais qui est le plus souvent maintenu par un « frein » psychologique qui empêche le système nerveux de lâcher prise.

Pourquoi vous n'êtes pas responsable de ce blocage

Il est impératif de déconstruire l'idée reçue selon laquelle l'anorgasmie serait le signe d'un manque de savoir-faire, d'amour ou de féminité/masculinité. Ce n'est pas un échec personnel, ni une preuve d'incompétence sexuelle, que ce soit la vôtre ou celle de votre partenaire. L'anorgasmie est un trouble médical et psychologique reconnu, au même titre que d'autres dysfonctionnements corporels.

S'en vouloir ou culpabiliser ne fait qu'aggraver la situation en nourrissant l'anxiété. Accepter que ce blocage soit involontaire est la première étape vers la guérison. Votre corps ne vous trahit pas ; il est simplement en mode protection ou en apprentissage. Ce trouble ne définit pas votre identité sexuelle ni votre capacité à aimer et à être aimé(e).

Primaire, secondaire, situationnelle : les types d'anorgasmie

Toutes les anorgasmies ne se ressemblent pas et identifier la forme spécifique que vous rencontrez est essentiel pour trouver la solution adaptée. Les sexologues distinguent généralement l'anorgasmie primaire de l'anorgasmie secondaire, chacune ayant des origines et des prises en charge différentes. Comprendre cette classification permet de ne pas généraliser un problème qui peut être contextuel.

L'anorgasmie primaire désigne les personnes qui n'ont jamais connu d'orgasme, ni lors de rapports sexuels, ni lors de masturbation. L'anorgasmie secondaire, quant à elle, survient après une période de vie sexuelle « normale » où la personne parvenait à jouir. Enfin, la difficulté peut être totale (aucun orgasme possible dans aucune circonstance) ou situationnelle (l'orgasme est possible seule, mais pas à deux, ou l'inverse). Cette distinction est fondamentale pour orienter la thérapie. À ce sujet, il est intéressant d'explorer plus en profondeur pourquoi on jouit seule mais pas à deux.

Anorgasmie primaire : quand on n'a jamais connu l'orgasme

L'anorgasmie primaire est plus fréquente chez la femme et est souvent liée à une méconnaissance profonde de son propre corps. Cela peut résulter d'une éducation sexuelle restrictive, de tabous familiaux forts ou de l'absence d'exploration auto-érotique durant l'adolescence. Dans ces cas, le cerveau n'a jamais « cartographié » les voies nerveuses conduisant au plaisir orgasmique.

Heureusement, ce type d'anorgasmie est souvent le plus facile à traiter. La masturbation dirigée, une technique de sexothérapie spécifique, permet de traiter environ 90 % des cas d'anorgasmie primaire. Il s'agit d'apprendre progressivement à son corps à connecter les stimulations physiques et la réponse mentale de plaisir, sans pression et sans objectif de performance immédiat.

Anorgasmie secondaire : comprendre ce qui a changé

L'anorgasmie secondaire peut être plus déstabilisante car elle marque une rupture dans le fonctionnement habituel. Elle apparaît souvent à la suite d'un événement marquant. Ce peut être un choc émotionnel comme une séparation difficile, un deuil, ou une période de déprime. Parfois, la cause est plus biologique : un changement hormonal brutal (comme à la ménopause ou un accouchement), l'installation d'une maladie chronique, ou la prise d'un nouveau médicament.

Identifier l'élément déclencheur est la clé. Si le problème est apparu après le début d'une nouvelle médication ou à la suite d'un événement traumatique, la solution impliquera de traiter cette cause spécifique. Il ne s'agit pas nécessairement d'un état permanent ; souvent, une fois le facteur déclencheur résolu ou géré, la capacité à avoir un orgasme réapparaît.

Les causes psychologiques : quand le cerveau refuse de lâcher prise

Si l'on devait résumer l'origine de l'anorgasmie en un mot, ce serait « le cerveau ». Les spécialistes estiment que dans environ 95 % des cas, les causes sont psychologiques. Le corps peut être prêt, les nerfs sensibles et la circulation sanguine optimale, mais si le cortex cérébral envoie des signaux d'alerte ou de surveillance, l'orgasme est impossible. C'est un mécanisme de défense : pour jouir, il faut accepter de perdre le contrôle, et pour certaines personnes, ce lâcher-prise est terrifiant.

Les facteurs psychologiques sont multiples et souvent imbriqués. L'anxiété de performance est l'un des moteurs les plus puissants de ce blocage. Plus on cherche à avoir un orgasme pour ne pas décevoir ou pour « fonctionner normalement », moins on y parvient. Cette surveillance interne crée une distance entre la sensation physique et le ressenti émotionnel. À cela s'ajoutent le stress quotidien, la fatigue, les complexes physiques ou une mauvaise image de soi, qui agissent comme des freins constants à l'abandon nécessaire au plaisir.

La pression de performance et l'anxiété

Nous vivons dans une époque paradoxale où l'injonction à la jouissance est omniprésente. Entre la pornographie qui montre des orgasmes faciles et multiples, et les discours médiatiques sur la « performance sexuelle », la pression est énorme. Cette pression crée un véritable « stress de performance ». On se met en tête l'idée qu'il faut absolument jouir, et vite, ce qui inhibe le processus naturel de l'excitation.

C'est le cercle vicieux de l'anorgasmie : l'anxiété de provoquer l'orgasme empêche l'orgasme d'advenir. Le plaisir sexuel nécessite une forme de passivité mentale, une capacité à « se laisser aller ». Or, l'anxiété nous maintient dans un état d'hyper-vigilance, totalement incompatible avec la vague orgasmique. Apprendre à ne rien attendre, à faire l'amour pour le plaisir des sensations et non pour le but à atteindre, est souvent la clé pour lever ce blocage.

L'impact des traumatismes et du stress quotidien

Parfois, le blocage est plus profond et raciné dans l'histoire personnelle. Les traumatismes sexuels, qu'il s'agisse d'abus ou d'agressions, laissent des traces indélébiles qui peuvent se manifester par une anorgasmie, même des années après les faits. Le corps se souvient et peut mettre en place des mécanismes de défense pour se protéger d'une situation qu'il associe, consciemment ou non, au danger.

Il ne s'agit pas seulement de traumatismes violents. Une éducation sexuelle culpabilisante, des messages religieux rigoristes ou des moqueries concernant le corps pendant l'enfance peuvent également créer des blocages psychologiques profonds. Dans ces cas, le travail thérapeutique est essentiel pour « désamorcer » ces mécanismes de protection et réapprendre au corps que la sexualité peut être un lieu de sécurité et de plaisir.

Ne sous-estimons jamais l'impact du mode de vie moderne sur la sexualité. Le stress chronique, la fatigue professionnelle, ou encore la dépression sont de véritables tueurs de libido et d'orgasme. Lorsque l'esprit est saturé par les soucis du travail, les factures à payer ou les angoisses quotidiennes, il est difficile de créer l'espace mental nécessaire à la sexualité. La déprime, en particulier, agit directement sur les neurotransmetteurs comme la dopamine et la sérotonine, qui jouent un rôle clé dans le circuit de la récompense et du plaisir.

Les causes organiques : hormones, nerfs et médicaments

Bien que moins fréquentes que les causes psychologiques, les causes organiques (environ 5 %) ne doivent jamais être négligées. Elles sont d'autant plus importantes qu'elles nécessitent une prise en charge médicale spécifique. Il est crucial d'écarter une cause physiologique avant de conclure que le problème est « dans la tête ». Ces causes peuvent être liées au système nerveux, au système hormonal ou à la vascularisation.

Les maladies chroniques peuvent avoir un impact direct sur la capacité à jouir. Le diabète, par exemple, peut provoquer une neuropathie qui endort les terminaisons nerveuses du clitoris ou du gland, rendant la stimulation moins efficace. La sclérose en plaques peut interférer avec la transmission des signaux nerveux entre le cerveau et les organes génitaux. De même, les causes gynécologiques comme le vaginisme (contraction involontaire des muscles vaginaux) ou la sécheresse sévère peuvent rendre la pénétration douloureuse ou peu stimulante, bloquant ainsi l'accès à l'orgasme. Pour aller plus loin sur les douleurs pouvant empêcher le plaisir, vous pouvez consulter cet article sur les douleurs pendant les rapports sexuels.

Maladies chroniques et chirurgie pelvienne

Certaines conditions médicales modifient l'architecture biologique du plaisir. Le diabète, mal contrôlé, endommage les petits vaisseaux sanguins et les nerfs, ce qui réduit la sensibilité génitale. La sclérose en plaques, elle, attaque la gaine de myéline qui protège les nerfs, perturbant la communication sensorielle. Des lésions médullaires, suite à un accident, peuvent également interrompre le réflexe orgasmique selon le niveau de la lésion.

Chez la femme, la ménopause est une période charnière. La chute des œstrogènes entraîne une sécheresse vaginale et une diminution de l'afflux sanguin vers les organes génitaux, ce qui peut rendre l'orgasme plus difficile à atteindre. Cependant, cela n'est pas une fatalité : des traitements hormonaux substitutifs ou des lubrifiants de qualité peuvent souvent pallier ces déficits physiologiques.

Les chirurgies pelviennes, comme l'hystérectomie (ablation de l'utérus) ou la prostatectomie (ablation de la prostate) chez l'homme, peuvent parfois endommager les nerfs érectiles ou clitoridiens. Bien que les chirurgiens prennent grand soin de préserver ces nerfs, une période de rééducation est souvent nécessaire. Le corps doit « recâbler » ses connexions nerveuses, et cela demande du temps et de la patience. Il est important de noter que même si la chirurgie a modifié l'anatomie, le plaisir reste possible.

Le rôle des antidépresseurs ISRS et le syndrome post-ISRS

L'un des coupables les plus fréquents et pourtant les plus silencieux de l'anorgasmie est la classe des antidépresseurs appelés ISRS (Inhibiteurs Sélectifs de la Recapture de la Sérotonine). Prescrits pour traiter la dépression et l'anxiété, ils sont extrêmement efficaces sur l'humeur, mais ont un effet secondaire dévastateur sur la sexualité. Les études indiquent qu'entre 17 et 41 % des utilisateurs d'ISRS souffrent de dysfonction sexuelle, incluant l'anorgasmie.

Le mécanisme est simple : en augmentant la disponibilité de la sérotonine dans le cerveau pour calmer l'anxiété, ces médicaments inhibent parallèlement les neurotransmetteurs comme la dopamine, qui sont essentiels au désir et à l'excitation sexuelle. C'est un prix à payer lourd pour la santé mentale, qui conduit souvent les patients à arrêter leur traitement par culpabilité ou manque de plaisir.

PSSD : quand les troubles persistent après l'arrêt

Une situation plus complexe et encore méconnue est le Syndrome Post-ISRS (PSSD). Chez une minorité de patients, les troubles sexuels (anorgasmie, baisse de libido, engourdissement génital) persistent des mois, voire des années après l'arrêt complet du médicament. Ce syndrome est iatrogène, c'est-à-dire induit par le médicament, et touche également la sphère émotionnelle, pouvant causer une anhédonie (incapacité à ressentir du plaisir en général).

Bien que la reconnaissance médicale de ce syndrome soit encore en cours de construction, les témoignages sont nombreux et les recherches progressent. Si vous souffrez de symptômes persistants après l'arrêt d'un antidépresseur, sachez que ce n'est pas « dans votre tête » et que des communautés de patients et des chercheurs tentent de mieux comprendre ce mécanisme pour trouver des solutions.

Solutions médicamenteuses possibles

Heureusement, les médecins ont plusieurs cartes en main pour aider les patients souffrant de dysfonction sexuelle liée aux ISRS. La première solution est parfois l'attente : les effets secondaires sexuels peuvent s'estomper après quelques semaines de traitement. Si cela ne suffit pas, une stratégie courante est l'ajout de bupropion (un autre type d'antidépresseur) qui a des propriétés pro-sexuelles, capable de contrer les effets inhibiteurs de la sérotonine.

Dans d'autres cas, on peut proposer un « drug holiday » (pause thérapeutique de quelques jours, sous surveillance stricte) pour permettre à l'organisme de retrouver une réponse sexuelle avant la reprise, ou un changement de classe d'antidépresseur vers des molécules moins impactantes sur la sexualité (comme la mirtazapine ou la bupropion en monothérapie). L'essentiel est de ne pas subir en silence et d'ajuster le traitement en fonction de votre qualité de vie globale.

Techniques et exercices pratiques pour retrouver le chemin du plaisir

Face à l'anorgasmie, qu'elle soit primaire ou secondaire, il existe des techniques concrètes et éprouvées pour rééduquer le corps au plaisir. Ces exercices ne sont pas des recettes miracles, mais des outils de réappropriation de son corps. Ils demandent du temps, de la patience et surtout, la mise à l'écart de l'objectif de performance. L'objectif est de redécouvrir les sensations, pas de « réussir » un orgasme.

La masturbation dirigée est sans doute la technique la plus célèbre et la plus efficace. Elle consiste en une série d'exercices d'auto-stimulation progressifs, souvent guidés par un sexologue, permettant de découvrir ce qui fait plaisir physiquement, sans la pression d'un partenaire. Parallèlement, les exercices de Kegel permettent de renforcer le périnée, une zone musculaire clé pour l'intensité orgasmique. Enfin, les exercices de focalisation sensitive rétablissent la communication corporelle au sein du couple.

La masturbation dirigée et la découverte de soi

On ne peut pas espérer guider un partenaire vers son propre plaisir si l'on ne connaît pas soi-même sa propre carte du corps. La masturbation dirigée est basée sur ce principe simple : le premier pas vers l'orgasme à deux est souvent l'orgasme en solo. Cette technique, qui a fait ses preuves dans le traitement de 90 % des anorgasmies primaires, invite à explorer son corps sans but précis, simplement pour ressentir.

Cela peut impliquer l'utilisation d'un vibromasseur, qui permet une stimulation intense et localisée, particulièrement utile pour les personnes dont la sensibilité clitoridienne ou pénienne est diminuée. L'idée n'est pas de remplacer le partenaire, mais de déconnecter l'orgasme de la performance relationnelle pour le reconnecter à la sensation pure. Une fois le chemin neuronal retrouvé seul(e), il devient beaucoup plus facile de le réinvestir à deux.

Femme nue se stimulant le clitoris avec un vibromasseur, main guidant l'objet sur son sexe
Femme nue se stimulant le clitoris avec un vibromasseur, main guidant l'objet sur son sexe

Exercices de Kegel et focalisation sensitive

Le plancher pelvien, ou périnée, est un groupe de muscles en forme de hamac qui soutient les organes génitaux. Chez les deux sexes, un périnée tonifié joue un rôle crucial dans la réponse sexuelle. Pour les femmes, il augmente la sensibilité vaginale et la capacité à contracter lors de l'orgasme. Pour les hommes, il permet de mieux contrôler l'éjaculation et d'intensifier la sensation de plaisir.

Les exercices de Kegel sont simples : il s'agit de contracter les muscles du périnée (ceux que l'on utilise pour se retenir d'uriner) pendant quelques secondes, puis de les relâcher, et de répéter ce cycle plusieurs fois par jour. Avec le temps, ce renforcement musculaire améliore la circulation sanguine dans la région génitale et augmente la perception des signaux nerveux, rendant l'orgasme plus accessible et plus puissant. Il est souvent recommandé de combiner ces exercices avec une meilleure connaissance des techniques de stimulation.

La focalisation sensitive est un exercice de couple inventé par les pionniers de la sexothérapie moderne. Le principe est de se caresser mutuellement, mais avec une règle stricte : l'interdiction absolue d'aller jusqu'au rapport sexuel ou de chercher l'orgasme. L'objectif est uniquement de redécouvrir le plaisir du toucher, la chaleur de la peau, les réactions de l'autre, sans la pression du « résultat ». Ces exercices se déroulent souvent en plusieurs étapes, commençant par des zones non génitales avant de s'approcher progressivement des zones érogènes.

Gérer l'impact sur le couple et la communication

L'anorgasmie ne touche pas que l'individu ; elle résonne dans toute la dynamique du couple. Il est fréquent que le partenaire se sente responsable, incompétent ou rejeté, pensant qu'il ne « sait pas faire ». De son côté, la personne qui ne jouit pas peut ressentir une grande culpabilité, comme si elle volait son partenaire ou ne remplissait pas son « contrat » conjugal. Cette combinaison de frustration et de non-dit crée un terreau fertile pour les conflits.

Les reproches fusent souvent : « Tu ne te lâches pas », « Tu m'en veux », « Tu ne prends pas de plaisir avec moi ». Ces phrases, dites sous le coup de l'énervement ou de la tristesse, blessent profondément et ne font qu'accentuer le blocage. L'anorgasmie devient alors le troisième larron du lit, un sujet tabou que l'on évite ou qui déclenche une dispute à chaque rapport. Il est urgent de briser ce cercle vicieux par une communication honnête et bienveillante.

Sortir du jeu des reproches et de la culpabilité

Il faut accepter une vérité simple mais difficile : l'anorgasmie n'est la faute de personne. Le partenaire n'est pas un « mauvais amant » et la personne concernée n'est pas « cassée ». Le problème est une dysfonction qui nécessite une équipe pour être résolue, et non un tribunal pour désigner un coupable. Sortir du jeu des reproches permet de désamorcer l'anxiété de performance qui pèse sur les épaules des deux amants.

La communication est le remède. Il faut oser dire ce que l'on ressent sans accuser : « Je suis frustrée de ne pas jouir, mais je t'aime et je prends plaisir à être avec toi », ou « Je me sens impuissant quand tu ne jouis pas, j'ai peur de ne pas te suffire ». Ces phrases déculpabilisent et ouvrent la voie à une coopération. Le couple devient alors une équipe face à l'obstacle, au lieu d'être adversaire l'un de l'autre.

Construire une intimité au-delà de l'orgasme

L'une des clés pour sauver le couple de l'usure est de réévaluer ce que l'on considère comme une « bonne séance ». Si l'orgasme reste le seul critère de réussite, alors chaque échec est vécu comme un désastre total. Il est essentiel de diversifier les formes de plaisir et d'intimité. Câlins, massages érotiques, douches à deux, ou simplement se tenir dans les bras : ces moments nourrissent le lien affectif et sexuel sans la pression de l'orgasme.

En s'autorisant à vivre des moments de sensualité sans « but », le couple réapprend à se connecter. Souvent, c'est dans ce climat de détente et d'affection désintéressée que l'orgasme finit par réapparaître, comme par surprise. Car le paradoxe du plaisir est qu'il vient souvent quand on cesse de le chercher activement.

Sexothérapie et suivi professionnel : quand consulter ?

Il arrive un moment où les efforts personnels, même soutenus par la bonne volonté du partenaire, ne suffisent plus. C'est le moment de consulter. Demander de l'aide à un professionnel n'est pas un aveu de faiblesse, mais une démarche courageuse et pragmatique. Les troubles de la fonction sexuelle font pleinement partie du champ de compétences des médecins, sexologues et psychologues. N'attendez pas que la situation devienne insupportable pour franchir le pas.

Plusieurs approches thérapeutiques existent et ont fait leurs preuves. La sexothérapie est une forme de thérapie brève, orientée vers la résolution de problèmes concrets via des exercices à la maison. Les thérapies cognitivo-comportementales (TCC) aident à identifier et modifier les pensées négatives (« je n'y arriverai jamais ») qui entretiennent le blocage. L'hypnose, quant à elle, peut être très efficace pour travailler sur le lâcher-prise et la déconnexion des traumatismes anciens.

Choisir le bon professionnel de santé sexuelle

Le paysage des professionnels de la santé sexuelle peut sembler confus. Le sexologue est un professionnel formé à la sexualité humaine, qui peut avoir une formation initiale en médecine, en psychologie ou en soins infirmiers. Le sexothérapeute est souvent un psychologue ou un médecin qui s'est spécialisé dans le traitement des dysfonctions sexuelles par des exercices et des thérapies spécifiques.

Le psychologue clinicien, s'il n'est pas spécialisé en sexologie, pourra traiter les causes psychologiques sous-jacentes comme la dépression ou l'anxiété, mais orientera souvent vers un sexologue pour les aspects techniques de la dysfonction. En cas de suspicion de cause organique (ménopause, diabète, médicaments), un médecin généraliste, gynécologue ou urologue sera le premier interlocuteur pour un bilan hormonal ou neurologique.

Reconnaître les signes d'alerte

Certains signes doivent vous alerter et vous inciter à prendre rendez-vous sans tarder. Si l'anorgasmie génère une souffrance importante, une détresse psychologique ou une perte d'estime de soi, c'est le moment d'agir. Si elle entraîne des conflits majeurs au sein du couple et menace la relation, l'aide d'un tiers peut désamorcer la crise.

Enfin, si l'anorgasmie apparaît soudainement sans cause apparente, ou si elle s'accompagne d'autres symptômes physiques (douleurs, pertes de sensibilité ailleurs), un bilan médical s'impose pour écarter une pathologie sous-jacente. Ne restez pas seul(e) face au silence de votre corps.

Conclusion

Au terme de ce voyage à travers les méandres de l'anorgasmie, il est essentiel de rappeler une vérité fondamentale : l'orgasme n'est pas une obligation, une performance à accomplir pour prouver sa santé ou son amour. Si l'absence d'orgasme est une souffrance pour vous, alors oui, cherchez des solutions, car des solutions efficaces existent, qu'elles soient médicales, psychologiques ou relationnelles.

Cependant, une vie sexuelle épanouie ne se résume pas à l'orgasme. On peut vivre une sexualité riche, tendre et joyeuse sans atteindre systématiquement le sommet de la montagne. Le plaisir se trouve aussi dans la caresse, dans l'échange, dans la connexion des regards et des peaux. L'important est de se faire du bien, ensemble ou seul(e), sans pression ni culpabilité. Si le poids du silence devient trop lourd, n'hésitez jamais à consulter : votre bien-être sexuel en vaut largement la peine.

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Questions fréquentes

Quelles sont les causes de l'anorgasmie ?

Dans environ 95% des cas, les causes sont psychologiques comme l'anxiété de performance ou les traumatismes. Les causes organiques, comme le diabète ou la prise d'antidépresseurs, représentent environ 5% des cas.

Quelle est la différence entre anorgasmie primaire et secondaire ?

L'anorgasmie primaire désigne une personne qui n'a jamais connu d'orgasme. L'anorgasmie secondaire survient après une période de vie sexuelle normale où la personne parvenait à jouir.

Comment traiter une anorgasmie primaire ?

La masturbation dirigée permet de traiter environ 90% des cas d'anorgasmie primaire. Cette technique de sexothérapie aide à connecter progressivement les stimulations physiques et la réponse mentale de plaisir.

Les antidépresseurs peuvent-ils causer l'anorgasmie ?

Oui, les antidépresseurs ISRS sont une cause fréquente car ils inhibent les neurotransmetteurs essentiels au désir sexuel. Il existe des solutions médicamenteuses pour contrer ces effets secondaires.

Quels exercices aider à retrouver l'orgasme ?

La masturbation dirigée et les exercices de Kegel pour renforcer le périnée sont des techniques efficaces. La focalisation sensitive permet également au couple de redécouvrir le toucher sans pressure de performance.

Sources

  1. *Médicaments des Troubles sexuels : Les points essentiels · pharmacomedicale.org
  2. [PDF] Dysfonctions sexuelles, problèmes de couple et déviations sexuelles · aba-illeetvilaine.org
  3. allodocteurs.fr · allodocteurs.fr
  4. Anorgasmia - Wikipedia · en.wikipedia.org
  5. Dysfonction sexuelle liée aux médicaments ISRS — Wikipédia · fr.wikipedia.org
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Inès Zerbot @safe-space

Je parle de sexualité comme on devrait en parler : sans tabou, sans jugement, et avec de la science derrière. Étudiante en sciences sociales à Strasbourg, je me suis inspirée des modèles nordiques d'éducation sexuelle pour aborder ces sujets avec bienveillance. Consentement, plaisir, santé, identité – tout passe, tant que c'est respectueux. J'utilise l'humour pour dédramatiser, parce que la gêne n'a jamais aidé personne à s'informer. Si t'as une question que tu n'oses pas poser à voix haute, il y a des chances que j'aie écrit un article dessus.

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