Il y a des films qu'on aime avec une tendresse particulière, ceux qu'on a découverts un soir de VHS et qui ont pris la poussière sans jamais vraiment vieillir. The Four Seasons d'Alan Alda, sorti en 1981, appartient à cette catégorie. Quarante-cinq ans plus tard, Tina Fey s'en empare pour Netflix, et le pari était loin d'être gagné. Pourtant, la série Les Quatre Saisons réussit là où une première adaptation télévisée avait échoué dès 1984, au point que les critiques la comparent désormais à 30 Rock, le chef-d'œuvre de sa créatrice.

L'héritage du film de 1981 face au pari de Netflix
Le film original, écrit et réalisé par Alan Alda, suit trois couples new-yorkais dont les vacances saisonnières communes sont bouleversées par un divorce. Jack et Kate (Alda et Carol Burnett), Nick et Anne (Len Cariou et Sandy Dennis), Danny et Claudia (Jack Weston et Rita Moreno) : six amis qui traversent l'année ensemble, entre rires et tensions. Le long-métrage affiche un score de 68 % sur Rotten Tomatoes, un résultat honorable pour une comédie dramatique de son époque, mais qui n'a rien d'écrasant.
L'histoire des adaptations de ce film est pourtant éloquente. Dès 1984, CBS tente de transposer le concept en série, toujours sous la houlette d'Alan Alda. Treize épisodes diffusés entre janvier et juin, de nouveaux personnages installés à Los Angeles… et un échec retentissant, tant critique que d'audience. Comme le résume Nostalgia Central : « ce n'était presque pas aussi bon que le film, et la série a vite disparu de l'antenne ». Pendant quarante ans, personne n'ose y retoucher.
C'est là qu'intervient Tina Fey, accompagnée de Lang Fisher et Tracey Wigfield, ses complices de 30 Rock et Unbreakable Kimmy Schmidt. Leur approche diffère radicalement de celle de 1984 : plutôt que de copier le film, elles l'utilisent comme un point de départ pour explorer ce que le format long permet. Huit épisodes d'environ trente minutes par saison, structurés en quatre arcs de deux épisodes correspondant aux saisons de l'année. Alan Alda lui-même apparaît d'ailleurs en caméo dans les deux premières saisons, comme pour transmettre le flambeau.

Pourquoi la série surpasse l'original : l'effet Tina Fey
Le cœur du succès de la série réside dans sa trajectoire critique. La première saison, sortie le 1er mai 2025, a obtenu 78 % sur Rotten Tomatoes avec 80 critiques, un score déjà supérieur à celui du film. Mais c'est la deuxième saison qui a changé la donne : environ 90 % d'avis positifs, avec une moyenne de 7,3/10. Metacritic confirme cette progression, passant de 61 à 75. Cette ascension n'est pas anodine : elle signale une série qui trouve ses marques et approfondit son propos, là où le film de 1981, lui, reste figé dans son époque.
Le Guardian, qui avait déjà salué la première saison avec un 4/5, s'est montré encore plus enthousiaste pour la suite. Le critique compare la saison 2 à 30 Rock, rien de moins, la jugeant « encore plus perspicace, poignante et hilarante que la première ». Télérama abonde dans ce sens, qualifiant la série d'« excellente » et saluant sa capacité à explorer la psyché des quinquas à travers l'amitié. Pour Marianne Levy, la série « continue de réussir l'impossible ».
Une mise à jour sociale et émotionnelle
Ce qui distingue fondamentalement la série de son modèle, c'est sa capacité à moderniser le propos sans trahir l'esprit original. Là où le film de 1981 ne pouvait montrer qu'un couple hétérosexuel par duo, la série introduit Danny et Claude, un couple gay, élargissant la palette des dynamiques relationnelles. Les thèmes du deuil et de la co-parentalité viennent enrichir le récit, donnant à chaque personnage une profondeur que le format de deux heures ne permettait pas.
Mais l'audace la plus marquante reste narrative. À la fin de la première saison, la série tue Nick, le personnage incarné par Steve Carell. Une décision radicale, impensable dans le film original, qui aurait pu déstabiliser le public. Au contraire, elle a ouvert la voie à une saison 2 plus libre, où les personnages doivent apprendre à vivre sans l'un des leurs. Le Guardian évoque une scène en particulier : Kate, jouée par Tina Fey, courant un marathon tout en parlant de son désespoir, un moment qualifié de « digne d'un Emmy ».

Cette prise de risques explique sans doute pourquoi la série dépasse son modèle. Le film d'Alan Alda, aussi charmant soit-il, reste une comédie dramatique classique de son temps. La série, elle, ose la mort, le deuil, la reconstruction. Elle utilise la durée offerte par le format sériel pour laisser mûrir ses personnages, là où le film devait tout résoudre en deux heures.
L'ascension des scores critiques
Les réserves exprimées sur la première saison méritent d'être mentionnées, car elles éclairent la progression. Le New York Times parlait de « problèmes tièdes dans un paradis d'âge moyen », tandis que Rolling Stone trouvait la série « mince, moins une série qu'une excuse pour que des gens talentueux traînent ensemble dans de jolis décors ». Variety évoquait une Tina Fey « en difficulté ». Ces critiques n'ont pas disparu avec la saison 2, mais elles se sont nettement raréfiées, comme si la série avait écouté ses détracteurs pour mieux se recentrer.
Cette trajectoire est d'autant plus remarquable que la série a rencontré son public dès le départ. La première saison a cumulé 24,4 millions de vues en deux semaines et s'est maintenue en tête du Top 10 Netflix pendant deux semaines. La deuxième saison, malgré un démarrage plus modeste (4,4 millions de vues la première semaine), a confirmé l'attachement du public. En France, AlloCiné attribue à la série une note presse de 3,7/5, et Télérama a consacré plusieurs critiques élogieuses à la saison 2.
Infos pratiques et perspectives pour la suite
Pour les spectateurs français, les deux saisons sont disponibles sur Netflix, avec des sorties mondiales simultanées : la première le 1er mai 2025, la deuxième le 28 mai 2026. Le film original de 1981, lui, n'est pas disponible sur la plateforme en France, ce qui renforce l'idée que la série s'est émancipée de sa source. Pour ceux qui découvrent l'univers, notre guide des saisons 1 et 2 détaille les arcs narratifs et les personnages.
La bonne nouvelle, c'est que l'aventure ne s'arrête pas là. La saison 3 a été renouvelée en juin 2026, quelques semaines seulement après la diffusion de la deuxième. Le final de la saison 2 a d'ailleurs introduit David Tennant, dont le personnage devrait jouer un rôle central dans la suite. Les créatrices n'ont pas annoncé de date de diffusion, mais le rythme de production suggère une sortie courant 2027.
Il serait exagéré de dire que la série a déjà surpassé le film de 1981 dans les cœurs. Le long-métrage d'Alan Alda conserve son statut de classique, avec sa mélancolie douce et ses dialogues ciselés. Mais les faits sont là : les scores critiques sont supérieurs, l'audience est au rendez-vous, et la série a réussi à s'approprier le concept pour le faire sien. C'est exactement ce qu'une adaptation devrait faire : non pas copier, mais prolonger, approfondir, et parfois oser ce que l'original n'aurait jamais pu tenter.