La question de départ mérite d'être retournée. "The Gentlemen" saison 2 n'est plus une promesse à évaluer : les huit épisodes sont en ligne depuis le 3 septembre 2026. Sept semaines plus tard, le verdict est double et il ne dit pas la même chose selon qu'on écoute les critiques ou les compteurs de Netflix. La saison est meilleure que la première sur le plan critique. Elle a été vue par nettement moins de monde.

Ce qui a changé à l'écran
Guy Ritchie et son co-scénariste Matthew Read ont durci le tir. Eddie Horniman (Theo James), duc depuis peu et baron du cannabis malgré lui, ne bénéficie plus du doute : Télérama le dit sans détour, il est "bel et bien une ordure". Sa tentative de faire dépénaliser le cannabis au Royaume-Uni tourne mal, et la seconde moitié de la saison le voit se reconstruire par des moyens moins reluisants encore - un mariage avec une comtesse italienne dont le parrain est aussi un mafieux.

La série assume aussi plus franchement l'action. Le septième épisode - un assaut nocturne sur le manoir familial - fonctionne, selon Télérama, comme "un petit film d'action assez excellent". Le contrat de divertissement est rempli - au prix, déjà reproché à la première saison, d'épisodes trop longs : la plupart durent une heure, et la critique française parle d'une saison qui donne "l'effet de deux saisons agglutinées en une". C'est probablement là que se joue la vraie fracture avec une partie du public de 2024. Giancarlo Esposito, lui, semble rejouer son personnage de "Breaking Bad", ce que la presse n'a pas manqué de relever.
Les critiques ont suivi, pas le public
Sur Rotten Tomatoes, la saison 1 plafonnait à 74 % d'avis favorables (70 critiques, moyenne 7,1/10) ; sur Metacritic, elle affichait 67/100. La saison 2 a débuté avec un 100 % provisoire, puis est retombée au fil des publications : les décomptes disponibles la situent entre 81 et 86 %, selon la date du relevé. Le score a tellement bougé pendant la période d'embargo qu'il faut le prendre comme un indicateur de tendance, pas comme une mesure : la direction est claire, la précision ne l'est pas. En France, Allociné recense une trentaine de critiques presse, et la tonalité générale est nettement plus favorable que sur les neuf titres de presse de la saison 1.
Côté audiences, le contraste est brutal. Selon les chiffres Netflix relayés par Deadline, la saison 2 a totalisé 6,7 millions de "vues" sur ses quatre premiers jours, contre environ 12,2 millions pour la saison 1 en 2024 - une chute de près de la moitié. Une deuxième semaine à 9,9 millions de vues, en hausse sur le démarrage, montre toutefois une série qu'on découvre plus qu'on abandonne ; ce chiffre provient du classement hebdomadaire public de Netflix et non d'un communiqué du service, il vaut donc comme signal, pas comme mesure exacte.
En Grande-Bretagne, le tableau est plus doux. Le panel de Barb, l'organisme officiel de mesure d'audience, crédite le premier épisode de la saison 2 de 3,0 millions de téléspectateurs en sept jours, contre 3,5 millions pour le lancement de la saison 1 : environ -15 %.
Deux thermomètres, deux verdicts
L'écart entre -15 % et -45 % ne s'explique pas par une erreur, mais par deux instruments différents. La "vue" Netflix est calculée en divisant les heures visionnées par la durée totale de la saison. Allonger les épisodes à une heure fait donc mécaniquement baisser le nombre de vues à heures constantes. Ajoutez un lancement mondial simultané sur catalogue complet, et vous obtenez un indicateur très sensible à la durée et à la fenêtre de mesure. Barb, lui, mesure des personnes sur un territoire donné : c'est le meilleur guide pour savoir si les fans britanniques de la première heure sont revenus.
La deuxième explication est structurelle, et Netflix la revendique. Ted Sarandos, co-PDG, déclarait en juillet 2026 que la déperdition en saison 2 est un phénomène courant, "encore plus chez nous parce que nous lançons nos séries très fort", grâce à la portée mondiale et à la diffusion intégrale, qui permettent de trouver très tôt un large public. Il ajoutait que le décrochage de deuxième saison s'était "légèrement amélioré cette année par rapport à l'an dernier". Autrement dit : le succès initial de "The Gentlemen" en 2024 était en partie un effet de lancement, et la saison 2 paie ce plafond.
Il faut aussi écarter une explication paresseuse. La presse britannique a relié la baisse à la rumeur d'un rôle de Meghan Markle - une rumeur qui portait sur une éventuelle saison 3 et dont l'offre a été retirée après une polémique. Un feuilleton de casting postérieur à la mise en ligne n'explique pas un démarrage. Deux ans et demi d'attente entre les deux saisons, en revanche, sont un vrai facteur.
La saison 3 était commandée avant la saison 2
Voilà le point qui invalide la prémisse de départ. Le renouvellement pour une troisième saison a été annoncé par Netflix en même temps que la bande-annonce de la saison 2, donc avant le 3 septembre. Guy Ritchie avait déjà sa déclaration : "L'ambition de The Gentlemen s'est accélérée, le monde s'est élargi et les conséquences pèsent. Une troisième saison semblait inévitable." La décision ne dit donc rien de l'accueil de la saison 2 : elle a été prise avant sa mise en ligne.
Le 23 octobre 2026, Netflix a confirmé que la saison 3 est entrée en tournage, avec une distribution élargie : Robert Carlyle, Elijah Wood, Orlando Bloom, Dexter Fletcher, Bruna Marquezine, Ed Speleers, Saffron Burrows et Bugzy Malone. Wood et Bloom, réunis après "Le Seigneur des anneaux", donnent à l'annonce des airs de casting de blockbuster. On peut y voir un achat d'attention plutôt qu'une fidélité à la recette d'origine : quand une saison perd près de la moitié de ses vues d'ouverture, on rajoute des noms. Aucune date de diffusion n'a été annoncée, et un compte spécialisé évoque une intrigue de casino au Moyen-Orient pour Eddie et Susie - détail non confirmé par Netflix.
Alors, on regarde ?
Si vous aviez aimé la saison 1 pour son mélange d'aristocratie fauchée et de règlements de comptes, la saison 2 est plus dense, plus noire, mieux tenue. Si les longueurs vous avaient déjà fait décrocher, elles sont toujours là, en pire. C'est une suite pour ceux qui ont tenu jusqu'au bout la première fois, pas une porte d'entrée.
Et pour les autres, il reste une raison d'attendre : la saison 3, avec un casting taillé pour faire du bruit. Reste à savoir si Netflix en profitera pour resserrer l'écriture ou pour ajouter encore des têtes d'affiche.