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L'anorexie n'est pas un style de vie

L'anorexie n'est pas un style de vie, c'est une maladie mortelle. Témoignages et informations sur les dangers physiques et psychologiques de ce trouble alimentaire.

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Anorexie : comprendre cette maladie dangereuse

L'anorexie nerveuse commence habituellement juste après la puberté, mais peut apparaître ultérieurement (vers 20 ans ou plus). Une majorité des patients rapportent avoir souffert d'obésité durant leur enfance. En dépit d'une perte de poids, les patientes nient la faim, la maigreur et la fatigue, tout en restant physiquement actives avec des exercices rituels : course, gymnastique peuvent suivre chaque repas. Si, par obligation sociale, un repas est avalé, le vomissement est provoqué aussitôt que possible, souvent dans les toilettes. La constipation est fréquente. L'aménorrhée accompagne ou suit la perte de poids, mais peut apparaître antérieurement. L'intolérance au froid est probablement due à un dysfonctionnement des fonctions thermo-régulatrices de l'hypothalamus.

Bradycardie, hypothermie et hypotension sont présentes. Le tissu adipeux n'est plus détectable, mais les seins sont conservés. La peau devient sèche et desquamée. La pilosité corporelle augmente. Cette malnutrition induit une diminution du volume ventriculaire gauche et une insuffisance mitrale. L'œdème est constant par manque de protéines, ce qui donne aux patientes une apparence normale lorsqu'elles sont habillées.

Les anomalies biologiques incluent : anémie, leucopénie, hypokaliémie et hypoalbuminémie.

Les risques mortels de l'anorexie

Les conséquences biologiques sont nombreuses :

  • Le taux sérique de carotène est élevé (expliquant la couleur jaune des mains).
  • Les vomissements et laxatifs peuvent causer une azotémie avec des taux d'azote et d'urée atteignant 21 à 25 mmol/L.
  • Les fonctions rénales deviennent insuffisantes.
  • Le cholestérol sérique est élevé, mais les triglycérides ne présentent pas d'anomalie.
  • La tolérance au glucose est anormale, comme dans les autres formes de famine.
  • Les anomalies supplémentaires incluent des taux bas d'IgG et d'IgM, avec une fonction immunitaire conservée.
  • Le taux de fer plasmatique est normal, les taux de cuivre et de zinc sont peu élevés.
  • Les taux de LH (hormone lutéinisante) et de FSH (hormone folliculo-stimulante) sont bas si la perte de poids est sévère, expliquant l'aménorrhée.
  • La libération de gonadotrophine pituitaire est altérée à cause d'une dysfonction hypothalamique.
  • Le taux sanguin d'œstradiol est bas.
  • Le taux de testostérone est normal chez les femmes et bas chez les hommes atteints d'anorexie nerveuse.
  • L'hormone de croissance (GH) peut être normale ou élevée, provoquant une acromégalie.
  • Le taux de cortisone est élevé.
  • Les niveaux de thyroxine totale (T4) sont normaux.
  • Le taux de T3 est bas.

En savoir plus sur le site de l'association : Anorcri - Risques de l'anorexie

Pourquoi l'anorexie n'est pas un style de vie

Depuis quelque temps, les médias nous plongent dans l'univers d'une certaine communauté qui se donne le nom de « pro-anorexie ». Selon eux, l'anorexie serait un style de vie pour être belle, être au top, et j'en passe...

Vous avez 15 ans, 16 ans, voire moins ? Vous visitez ces blogs ou sites ? C'est votre passeport pour l'enfer. Vous avez plus de chances de finir dans un cercueil ou de devenir boulimique que sur un podium à afficher cette pseudo-beauté. Les conseils qu'on vous donne sont ni plus ni moins que les étapes de votre suicide à petit feu.

L'anorexie n'est pas une mode, encore moins un modèle de perfection. C'est avant tout une maladie qui tue, qui enferme, qui détruit tout — vous en premier ! Il faut arrêter de croire que des mannequins squelettiques représentent la beauté actuelle. Ces filles n'ont que la peau sur les os. Elles sont à la merci des dictats de la mode imposés par des créateurs qui se moquent de savoir dans quel état psychologique se trouvent ces filles.

Commencez donc par lire les conséquences de la malnutrition et imaginez-vous avec une bonne partie de ces problèmes. Pensez-vous vraiment que vous serez un modèle de beauté, de perfection ?

Christelle, Présidente de l'association Anorcri « Anorexie, Boulimie »
www.anorcri.com

Témoignage : l'anorexie n'a rien d'un paradis

Par Vittoria Pazalle

Depuis quelque temps, certaines jeunes personnes semblent croire que l'anorexie mentale est un état paradisiaque. Certes, on peut s'habiller dans de petites tailles comme les mannequins des magazines et défilés. Mais sachez bien qu'une personne anorexique, sous une apparence solide et déterminée, est avant tout un être qui souffre énormément.

Plus spécifiquement, être anorexique, c'est notamment connaître :

Les troubles physiques de l'anorexie

  • Des soucis de santé qui peuvent avoir des conséquences graves : carences multiples, aménorrhée, troubles cardiaques, de la tension, de la circulation et du sommeil, constipation, décalcification, œdèmes, insomnie, crampes, perte de concentration, de mémoire et des cheveux, pilosité accrue, vergetures, absence de libido.
    Pour en savoir davantage : Anorcri - Risques
  • Une peur de ce qui représente l'âge adulte. Ainsi, pour les filles, le désir de voir disparaître seins, ventre, hanches, cuisses ou fesses n'est certainement pas le fruit du hasard. On finit plus ou moins par régresser vers un stade « asexué ».
  • Un dégoût de tout ce qui est corporel et instinctif — dont la faim et la fatigue, totalement méprisées — à force d'efforts incessants pour parvenir à un idéal. Ce seuil de poids toujours plus bas peut aller jusqu'à un IMC inférieur à 17,5. Face à une quête de perfection, le corps devient une prison et un fardeau. À force de contrôle drastique, on finit par toujours le trouver trop gros, puis finalement de trop.
  • Même les démonstrations affectives, pourtant si réconfortantes, sont rejetées tant on a peur du moindre abandon et de perdre la face.
  • Quant au plaisir et aux désirs, à l'idée du lâcher-prise qu'ils déchaînent, ce sont d'énormes tabous, des notions bannies catégoriquement de sa vie.

Les troubles psychologiques

  • Un cercle vicieux de mécanismes mentaux dévalorisants à cause d'une quête aliénante d'idéal et de pureté qui finit malheureusement par devenir, sans même qu'on s'en aperçoive, de l'autodestruction.
  • Un rejet de tout ce qui est émotionnel par désir de tout maîtriser, faisant qu'on est perçu comme une personne froide, indifférente et insensible — alors qu'on souhaite juste être à la hauteur pour masquer un grand sentiment d'insécurité.
  • Une tristesse et une détresse qui deviennent chroniques, avec des idées négatives persistantes, puis même un état dépressif avec perte d'intérêts générale, tant on tombe dans le désespoir et l'épuisement.

Les troubles relationnels et la solitude

  • Une coupure progressive d'avec les autres, à commencer par un évitement de sa propre famille et de ses proches durant les repas et invitations — pourtant généralement moments de retrouvailles, discussions et partages — par peur de manger.
  • Le recours aux cachotteries et mensonges divers et variés, même envers les gens à qui l'on tient, engendrant une culpabilité qui mortifie davantage, pour tout simplement ne pas avoir à rendre de comptes à qui que ce soit.
  • Un repli sur soi par manque de confiance et d'estime de soi, peur des autres et sentiment d'un moi vulnérable qui se sent étouffé et trop dépendant de son entourage. Ces sentiments peuvent un certain temps être masqués par certaines compétences scolaires ou professionnelles.
  • Une impossibilité de communiquer, voire un certain mutisme, à cause non seulement d'une réelle impossibilité de comprendre ce que l'on ressent et de parler de son intimité — qu'on trouve indécente — mais aussi du sentiment d'être trop souvent incompris.
  • Une hyperactivité, de l'irritabilité et des manies difficilement conciliables avec une certaine sociabilité, respectivement à cause de ces besoins obsessionnels de se dépenser pour éliminer et de calmer son anxiété.

Sincèrement, qui peut souhaiter vivre tout cela ?

Qui peut vouloir que sa vie ne soit essentiellement que dégoûts, obsessions, frustrations ainsi que de nombreux conflits psychologiques : blocages, refoulements et multiples angoisses épuisantes ?

Sachez que même si l'on paraît très calme, dynamique, performant et capable de dominer sa faim — je tiens à préciser que ce que beaucoup pourraient envier en pensant que c'est une grande force de caractère n'est que le résultat d'horribles tiraillements entre la peur d'engraisser en prenant des formes et une très grande culpabilité — cette apparence n'est qu'un leurre par rapport à ce que l'on vit en son for intérieur. Le semblant de triomphe, de bien-être et de grande maîtrise du début devient très vite un enfer dont on aimerait tant sortir pour se sentir de nouveau « vivant ».

On ne le dira jamais assez : l'anorexie mentale est un engrenage funeste dans lequel on tombe, sans même en avoir conscience. Elle peut conduire jusqu'à la dépression avec des angoisses si nombreuses qu'on ne trouve plus de répit, une débâcle familiale et sentimentale, une vie relationnelle réduite pratiquement à néant, voire même la mort à force de dénutrition (environ 7 % de décès).

Par conséquent, réfléchissez bien : une anorexie « active », choisie, peut se transformer en anorexie « passive » où l'on ne contrôle plus absolument rien.

Par expérience, je me permets donc d'insister : en désirant consciemment devenir anorexique sous prétexte de vouloir ressembler à certains idéaux, on finit par se retrouver avec un corps nié et un mental hyperdominant et destructeur. Ce rêve se paie très cher car on finit complètement dépassé, en s'autodétruisant irrémédiablement à petit feu.

Or le bonheur, ce n'est pas être un portemanteau de vêtements à la mode. C'est avant tout être en accord avec soi-même, avec toutes ses composantes — son corps, son intellect et son affectif — en apprenant notamment à s'accepter, s'écouter, se respecter et s'aimer. Des aspects que l'anorexie anesthésie totalement.

Par extension, dans un monde qui se targue d'aller vers l'ouverture, la diversité ainsi que l'amélioration du niveau de vie et de la santé, on peut se poser des questions sur l'image médiatique de la femme parfaite qui revient de plus en plus à une norme unique : la jeunesse (alors que l'espérance de vie s'accroît), la minceur (impliquant de nombreuses privations et une sous-alimentation dans des pays pourtant de profusion), voire une certaine androgynie (alors que nous sommes supposés nous diriger vers une libération de la femme).

N'est-il pas également inquiétant de voir, dans les pays développés, de plus en plus de petites filles de moins de 10 ans se trouvant déjà trop grosses et souhaitant perdre du poids à un âge où elles devraient encore penser aux poupées, aimer lire des contes de fées ou rêver de belles robes de princesse ?

Vittoria Pazalle
www.vittoria-pazalle.com

Son témoignage : Anorexie et boulimie - Éditions Dangles

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