
Dans notre société qui valorise la minceur, de nombreuses adolescentes expriment le souhait de devenir anorexiques ou boulimiques. Elles s’organisent sur des sites et blogs « pro ana » pour s’entraider, échanger leurs témoignages et maigrir rapidement, jusqu’à cesser de s’alimenter ou à se faire vomir pour les boulimiques. Cet article explore l’anorexie mentale, la boulimie, leurs causes, leurs risques et l’idéologie des communautés pro-ana.
Qu’est-ce que l’anorexie mentale ?
Qui est touché par l’anorexie ?
L’anorexie mentale touche principalement les femmes : 90 % des personnes atteintes sont des femmes, et environ 2 % de la population féminine souffre de cette maladie mentale (soit 1 femme sur 50). Ce sont surtout les adolescentes de 12 à 20 ans qui en sont victimes.
Les troubles alimentaires en général touchent environ 10 % des adolescents (majoritairement des filles), mais à des degrés divers. Ces troubles peuvent évoluer vers l’anorexie mentale ou disparaître avec l’âge. Il est fréquent que des adolescentes souffrent de troubles alimentaires pendant quelques années, puis reprennent des habitudes alimentaires « normales » lorsqu’elles se sentent mieux.
Définition et caractéristiques de l’anorexie mentale
Le terme « anorexie » signifie « perte d’appétit » en grec, mais une personne atteinte d’anorexie mentale n’a pas nécessairement perdu l’appétit : elle refuse simplement de s’alimenter.
L’anorexie mentale n’est pas seulement une question de poids. C’est une véritable maladie mentale qui traduit un trouble profond, à la fois sociologique et psychologique. Plus elle est dépistée tôt, mieux elle peut être traitée. Autrefois limitée aux classes moyennes et élevées, elle touche désormais toutes les couches de la société, y compris les classes populaires.
Les filles anorexiques cherchent à manger de moins en moins pour maigrir rapidement. Au fur et à mesure qu’elles maigrissent, elles repoussent leurs limites et souhaitent devenir toujours plus maigres. Une adolescente squelettique peut se voir grosse dans le miroir et croire qu’elle doit perdre du poids. Bien qu’elles prennent en compte les conseils des nutritionnistes, elles les interprètent mal : elles évitent les féculents, les graisses et les sucres, et consomment les autres aliments en très petites quantités, souvent au gramme près.
La relation inversée à la nourriture
Chez les anorexiques, l’alimentation devient un calvaire : le jeûne est vécu comme un plaisir, tandis que manger est perçu comme une contrainte, voire une agression. Cette inversion du mode de pensée est déstabilisante pour les parents et les proches.
Alors que pour une personne sans troubles alimentaires, le jeûne prolongé est insupportable, l’anorexique le vit comme quelque chose de positif et agréable. Pour elle, la nourriture est dangereuse. Cette perspective explique pourquoi forcer une adolescente anorexique à manger n’arrange rien. Elle a besoin d’une véritable thérapie psychologique et du soutien de ses parents. L’hospitalisation n’est pas toujours une solution : l’anorexie n’est pas une maladie comme les autres. L’envie de manger doit venir de l’adolescente elle-même, non lui être imposée, sinon elle recommencera à refuser de s’alimenter par la suite.
Facteurs de risque et signes d’alerte de l’anorexie
Certains facteurs accompagnent souvent le début de l’anorexie (son dépistage précoce augmente les chances de guérison) :
- Anxiété et dépression
- Repli sur soi
- Dépendances aux drogues ou à l’alcool
- Tendances suicidaires
La majorité des anorexiques ont commencé par un régime alimentaire ordinaire. Le système « yo-yo » des régimes pousse de nombreuses jeunes filles à devenir anorexiques : voyant qu’elles ne maîtrisent pas les changements de leur corps, elles décident de ne plus manger du tout.
Environ 10 % des adolescentes commencent à être anorexiques avant 10 ans (ce qui n’est pas surprenant sachant que la puberté commence avant 10 ans chez 1 fille sur 4). Cependant, les deux âges où l’anorexie débute le plus souvent sont 14 et 18 ans, deux périodes cruciales : 14 ans marque la fin de l’adolescence pour les filles qui doivent se sentir « femmes », et 18 ans le passage à l’âge adulte.
Causes de l’anorexie : études scientifiques
Des recherches scientifiques révèlent des données intéressantes sur les origines de l’anorexie mentale :
L’acculturation et le choc sociologique : Le risque de comportement alimentaire anormal est plus élevé chez les jeunes filles arrivant dans un pays occidental et découvrant de nouvelles valeurs. Ce choc sociologique peut déclencher des troubles alimentaires, mais les médias couvrent rarement ces études.
Le niveau socio-économique : Il a été prouvé scientifiquement que le taux d’anorexie augmente avec le niveau socio-économique. C’est pourquoi des pays comme la France et les États-Unis ont de nombreuses personnes anorexiques et des réseaux pro-ana bien développés, dotés d’une véritable idéologie de vie.
L’hypothèse génétique : Quelques scientifiques défendent l’hypothèse selon laquelle la génétique pourrait favoriser l’anorexie, en s’appuyant sur des études ethniques aux États-Unis. Il a été constaté que l’anorexie est rarissime dans la population noire, même chez les personnes de haute classe sociale. Cette hypothèse doit être considérée avec prudence, mais elle mérite d’être connue.
La société, la mode et l’anorexie
Influence de la mode et des mannequins sur l’anorexie
La société et la mode jouent un rôle important pour les anorexiques. Cependant, il est faux de croire, comme le suggèrent les médias, que la mode a créé l’anorexie : cette maladie existe depuis plusieurs siècles. De nombreuses personnalités historiques, comme l’Impératrice Sissi d’Autriche, étaient considérées comme anorexiques.
Selon Wikipédia : « Pour éviter de prendre du poids, Sissi s’astreignait à consommer uniquement du jus de viande, substance très nourrissante mais absolument répugnante au palais. L’impératrice était tellement obsédée par la peur de grossir, elle ne pesait pourtant qu’un frêle 41 kilos pour 1 m 72, que certains la considèrent a posteriori comme souffrante d’anorexie mentale. »
Si la mode n’a pas créé l’anorexie, elle l’encourage ouvertement avec des mannequins qui font la moitié d’un corps « normal ». Les mannequins symbolisent la beauté et sont censés mettre en valeur les vêtements luxueux. En affichant des mannequins en sous-poids, l’industrie de la mode sait très bien que les adolescentes cherchent des modèles. Voyant ces jolies filles à la télévision et jouissant de la célébrité, elles aimeraient vivre la même vie. Inconsciemment, elles se rapprochent de ces modèles, et la minceur devient le moyen d’y parvenir. Une adolescente attirée par l’anorexie sera d’autant plus tentée en voyant que cette maladie lui permettrait de ressembler aux mannequins maigres.
La mode ne crée pas d’anorexiques, mais elle les encourage. Elle permet aux filles qui choisissent l’anorexie de croire que c’est la meilleure voie pour avoir confiance en elles et se sentir supérieures aux autres, surtout aux filles plus « rondes ».
Stéréotypes de beauté et normes sociales
La société moderne favorise l’anorexie, notamment dans les pays occidentaux. On a constaté que plus une population est obèse, plus le taux d’anorexie augmente. Cela suggère que les anorexiques cherchent peut-être à se marginaliser et à se sentir supérieures aux autres. Une de leurs règles implicites est : « Tu peux te sentir supérieure du fait que tous les autres vivent sur de la graisse, tandis que tu es légère comme l’air. »
Cette affirmation est d’autant plus vraie que dans les pays pauvres ou sortant de la pauvreté, une personne grosse est synonyme de richesse et de fortune. Dans certains pays, notamment certaines tribus du Sahara, les femmes obèses sont considérées comme belles, car la majorité de la population est maigre : être grosse signifie se démarquer et avoir du statut.
Les modèles sociaux participent activement à la restriction alimentaire : mode, top models, milieux sportifs et artistiques. Il est intéressant de noter que les civilisations ne présentant pas ces critères de beauté ne développent pas les mêmes proportions de troubles alimentaires. Ces stéréotypes peuvent nourrir le perfectionnisme des personnes souffrant de troubles alimentaires.

Comprendre la boulimie
Qu’est-ce que la boulimie ?
La boulimie consiste pour une boulimique à avoir d’abord une crise de « compulsion alimentaire » : elle mangera une très grande quantité de nourriture sans pouvoir se contrôler. Ensuite, elle se fera vomir ou utilisera des laxatifs pour compenser.
Il est important de clarifier une erreur courante de compréhension de la boulimie. Beaucoup de gens pensent que pour être boulimique, il faut nécessairement vomir après avoir mangé. Or, il existe aussi des boulimiques qui utilisent d’autres méthodes de purge, comme les laxatifs, l’exercice excessif ou les régimes restrictifs.