Samedi 27 juin 2026, un géant de roche et de métal va frôler la Terre à plus de 32 000 km/h. L’astéroïde (152637) 1997 NC1, large de près d’un kilomètre, passera à 2,5 millions de kilomètres de nous — une distance qui, à l’échelle cosmique, ressemble à un frôlement. Et pour la première fois depuis des décennies, le grand public pourra le voir avec un simple télescope d’amateur ou de bonnes jumelles. Voici tout ce qu’il faut savoir pour ne pas manquer ce rendez-vous céleste.

950 mètres de roche à 32 000 km/h : plongée au cœur du géant 1997 NC1
Ce n’est pas tous les jours qu’un caillou de cette taille traverse le voisinage de la Terre. L’astéroïde 1997 NC1 mesure environ 950 mètres de diamètre, d’après les dernières estimations radar de la NASA réalisées depuis Goldstone, en Californie. C’est un objet massif, bien plus gros que tout ce qui passe habituellement à cette distance.
La comparaison qui donne le vertige face au météore de Tcheliabinsk
Pour prendre la mesure du monstre, il suffit de le comparer au météore de Tcheliabinsk. En février 2013, un rocher de 19 mètres de large explosait au-dessus de la Russie, blessant 1 500 personnes et soufflant des vitres sur des kilomètres. 1997 NC1 est 50 à 60 fois plus large. Si un tel objet venait à percuter la Terre — ce qui n’est pas le cas — il traverserait l’atmosphère intact, creuserait un cratère de 10 à 15 kilomètres de diamètre et projetterait assez de poussière dans la stratosphère pour provoquer un hiver d’impact global.
Le compte X de Massimo (@Rainmaker1973) résume bien l’échelle : l’astéroïde est « plus large que l’Empire State Building ». À 8,9 km par seconde — soit 31 932 km/h — sa vitesse est 26 fois celle d’une balle de fusil. Ces chiffres donnent le vertige, mais ils sont aussi la raison pour laquelle les astronomes le surveillent de près depuis près de trente ans.
Une forme de cacahuète dévoilée par le radar de Goldstone
Le 25 juin 2026, le radar planétaire de Goldstone a renvoyé une surprise : 1997 NC1 n’est pas une sphère. C’est un objet bifurqué, en forme de cacahuète ou de poire, qui tourne lentement sur lui-même. Les radars sont les seuls instruments capables de révéler la forme d’un objet situé à 2,5 millions de kilomètres. Les images radar, bien que grossières, montrent deux lobes reliés par un col étroit — une configuration fréquente chez les astéroïdes binaires de contact.

Juan Luis Cano, du bureau de défense planétaire de l’ESA, le dit sans détour : « Un passage rapproché de la Terre par un objet de cette taille ne se produit que toutes les quelques années. » La rareté de l’événement est réelle. Sur les 42 000 géocroiseurs répertoriés par la NASA, seuls 872 dépassent le kilomètre. C’est moins de 2 % du total.
2,5 millions de kilomètres : la distance qui nous met à l’abri (et la science en alerte)
Passé l’effet de souffle des chiffres, une question taraude : est-ce dangereux ? La réponse est non. La distance de 2 559 461 kilomètres — exactement 6,66 fois la distance Terre-Lune — est immense à l’échelle humaine. Pourtant, pour les astronomes, c’est une proximité qui justifie une vigilance de tous les instants.
Un géocroiseur sous la surveillance de l’ESA et de la NASA
Le CNES, l’agence spatiale française, confirme dans un communiqué relayé par Ouest-France que l’objet est rocheux et que sa probabilité d’impact est nulle. La Cité de l’espace insiste sur un point rassurant : les calculs d’orbite couvrent plus d’un siècle et ne montrent aucun risque de collision.
1997 NC1 est un astéroïde de type Aten. Sa famille se caractérise par une orbite qui croise celle de la Terre, avec une période de révolution de 294 jours — plus courte que notre année. Son inclinaison de 17 degrés par rapport au plan de l’écliptique le rend un peu plus excentrique que la moyenne. Parmi les 42 000 géocroiseurs recensés par le Centre des planètes mineures, seuls 872 atteignent ou dépassent le kilomètre. Ce qui place 1997 NC1 dans une catégorie très minoritaire.
« Potentiellement dangereux » : le décryptage d’une classification qui fait peur
L’étiquette PHA !— Potentially Hazardous Asteroid — fait souvent paniquer. Pourtant, ses critères sont objectifs et stricts. L’Union astronomique internationale classe un astéroïde comme potentiellement dangereux s’il remplit deux conditions : un diamètre supérieur à 140 mètres ET une distance minimale d’intersection de l’orbite inférieure à 7,5 millions de kilomètres.
1997 NC1 coche les deux cases, ce qui explique son statut. Mais « potentiellement » ne signifie pas « imminence ». C’est une catégorie de surveillance, pas d’alerte. Les survols proches sont fréquents — comme celui de — mais rares sont ceux qui concernent un objet de cette taille.
Samedi 13h14 précises : la carte du ciel et les astuces pour ne pas le manquer
Venons-en au pratique. L’astéroïde sera au plus près de la Terre le samedi 27 juin 2026 à 13 h 14, heure de Paris. Problème : en France, il fait jour. Mais les nuits qui encadrent ce passage offrent une fenêtre d’observation bien réelle.
Cap vers le Scorpion et Antarès : le plan de vol de l’astéroïde
L’objet traverse la constellation du Scorpion, à proximité immédiate de l’étoile Antarès. Antarès — le cœur du Scorpion — est facilement repérable : c’est une étoile rouge-orangée, l’une des plus brillantes du ciel d’été. Pour trouver l’astéroïde, il faut regarder plein Sud, vers l’horizon, dans les heures qui suivent le coucher du soleil.
La magnitude apparente de 1997 NC1 atteint environ 10. C’est trop faible pour l’œil nu, dont la limite se situe autour de la magnitude 6. Mais c’est à la portée d’un télescope de 100 à 150 mm de diamètre, et même de bonnes jumelles d’astronomie.
L’astuce pour le distinguer des étoiles fixes est simple : notez sa position exacte par rapport à une étoile brillante, puis observez à nouveau 5 à 7 minutes plus tard. L’astéroïde se sera déplacé. Ce mouvement lent mais perceptible est le meilleur moyen de le confirmer, comme le rappelle le Journal du Geek.
100 mm de diamètre suffisent : le matériel recommandé par les experts
Gianluca Masi, astrophysicien et fondateur du Virtual Telescope Project, le dit clairement dans Forbes : « People will have the opportunity to see it visually through a small telescope or even good binoculars. » Un télescope de 100 à 150 mm d’ouverture (4 à 6 pouces) est l’idéal. Les « grosses jumelles » annoncées dans les médias doivent être des modèles d’astronomie — 15×70 ou 20×80 montés sur trépied — et non une paire de jumelles de randonnée classiques 10×42.
Pour caler précisément votre instrument, utilisez une application mobile comme Stellarium ou SkySafari. Un chercheur point rouge peut aussi vous aider à viser la bonne zone. L’astéroïde ressemble à une étoile faible qui se déplace lentement sur le fond du ciel. Avec un peu de patience, vous le verrez.
Pleine Lune des Fraises : pourquoi l’observation sera un défi
Un obstacle de taille : la Pleine Lune du 29 juin, surnommée Strawberry Moon, sera presque à son zénith. La Lune éclaire le ciel et réduit le contraste, rendant la détection d’un objet de magnitude 10 plus difficile. Juan Luis Cano, de l’ESA, prévient : « La Lune brillante et proche pourrait gêner l’observation. »
Pour maximiser vos chances, privilégiez les créneaux où la Lune est basse ou absente : début de nuit, avant son lever, ou en fin de nuit après son coucher. Malgré ce défi, c’est probablement la seule occasion pour le grand public d’observer un astéroïde d’un kilomètre avant plusieurs années.
De sa découverte en 1997 à aujourd’hui : la traque de 29 ans d’un géant insaisissable
Chaque astéroïde a une histoire. Celle de 1997 NC1 commence au sommet d’un volcan hawaïen, par une nuit de juillet 1997.
Une signature repérée depuis le volcan Haleakalā, à Hawaï
Le 5 juillet 1997, le programme NEAT (Near-Earth Asteroid Tracking) détecte un point lumineux en mouvement sur les images prises depuis l’observatoire GEODSS de l’US Army, au sommet du volcan Haleakalā, sur l’île de Maui. NEAT est un programme conjoint NASA / Air Force, conçu pour traquer les objets proches de la Terre. L’astéroïde reçoit la désignation provisoire (152637) 1997 NC1. Il est classé comme Aten, une famille d’astéroïdes dont l’orbite croise celle de la Terre.
Son orbite, inclinée de 17 degrés par rapport à l’écliptique, le rend plus difficile à détecter que les objets qui circulent dans le plan du système solaire. Pourtant, les astronomes ont réussi à le suivre pendant 29 ans, accumulant suffisamment de données pour calculer sa trajectoire sur des siècles.
Un voyage de 29 ans qui culmine ce samedi
Les calculs rétroactifs d’orbite sont formels : depuis l’an 1600, 1997 NC1 ne s’était pas approché aussi près de la Terre. Le précédent survol proche connu remonte au 29 juin 1993. En 29 ans, l’objet a effectué des dizaines de tours autour du Soleil, chacun le ramenant un peu différemment dans notre voisinage.
Les observations radar de Goldstone, en juin 2026, ont précisé sa forme et sa taille avec une exactitude inédite. Sans ces données, les estimations basées sur l’albédo — la quantité de lumière solaire réfléchie — donnaient une fourchette de 750 à 1 650 mètres. Aujourd’hui, on sait qu’il mesure environ 950 mètres. C’est une confirmation qui compte, car la taille est le premier paramètre qui détermine la dangerosité potentielle d’un objet.
Chasse aux astéroïdes : comment vos jumelles peuvent faire avancer la science

Observer 1997 NC1 n’est pas qu’un plaisir visuel. C’est aussi une contribution possible à la science.
Le réseau Unistellar et le Virtual Telescope Project sur le pont
Gianluca Masi et son équipe du Virtual Telescope Project diffuseront le passage en direct. Mais au-delà du spectacle, les astronomes amateurs équipés de télescopes connectés — comme ceux du réseau Unistellar — peuvent activer le mode « Science ». Ce mode permet d’effectuer de l’astrométrie de précision : mesurer la position exacte de l’astéroïde à un instant donné.
Ces mesures, même faites par des amateurs, sont envoyées au Minor Planet Center. Elles servent à affiner les éphémérides — les tables de positions prédites — et à mieux contraindre l’orbite de l’objet. Chaque donnée compte.
Comment vos données aident la défense planétaire
Le processus est simple : prenez une série de photos chronométrées, mesurez la position de l’astéroïde par rapport aux étoiles de fond, et soumettez vos mesures. L’utilité scientifique est double. D’abord, mieux connaître l’orbite permet de prédire les futurs passages avec une précision accrue. Ensuite, en accumulant des mesures de luminosité — une courbe de lumière — on peut confirmer la période de rotation révélée par Goldstone.
La science a besoin de ces yeux au sol. Chaque survol proche est une répétition générale pour les réseaux d’observation qui, un jour, devront détecter et caractériser un objet potentiellement menaçant. En pointant votre télescope vers 1997 NC1, vous participez à cet effort collectif.
Sur le même sujet, notre article revient sur les dispositifs de surveillance mis en place par les agences spatiales.
Après le passage : prochains rendez-vous en 2030, 2088 et les leçons à retenir
1997 NC1 ne disparaît pas après ce week-end. Son orbite le ramènera. Mais il faudra patienter.
Les futures fenêtres d’observation de (152637) 1997 NC1
Le prochain survol est prévu pour le 23 juin 2030, mais à une distance de 19,7 millions de kilomètres. Trop loin pour une observation amateur. Le vrai retour proche est programmé pour le 27 juin 2088. Soit 62 ans après ce passage de 2026.
L’astéroïde a été découvert il y a 29 ans. Il faudra attendre plus de six décennies pour le revoir d’aussi près. C’est le temps long de l’astronomie : une discipline où les rendez-vous se comptent en générations. Si vous voulez voir 1997 NC1, c’est ce week-end ou jamais.
Une répétition générale pour la protection de la planète
Chaque survol proche est une opportunité. Les agences spatiales !— ESA, NASA, CNES — testent leurs réseaux d’observation. Les amateurs participent. Les radars planétaires sont mobilisés. Tout ce dispositif a un nom : la défense planétaire.
Les missions DART et Hera, qui ont testé la déviation d’un astéroïde, s’inscrivent dans cette logique. L’ESA Planetary Defence team suit 1997 NC1 de près. Comme le rappelle le tweet officiel de l’agence, ce passage est « surveillé » mais sans danger.
Ces passages ne sont pas une menace. Ils sont une chance. Celle de se préparer, et surtout, celle de regarder le ciel avec émerveillement.
Conclusion
Ce samedi 27 juin 2026, un géant de 950 mètres de large filera à 2,5 millions de kilomètres de la Terre. Il n’y a aucun danger, mais le spectacle est rare : un objet de cette taille ne s’approche que tous les quelques ans. Avec un télescope de 100 mm ou de bonnes jumelles d’astronomie, vous pouvez le voir traverser la constellation du Scorpion, près de l’étoile Antarès. La Pleine Lune compliquera l’observation, mais en choisissant le bon créneau — début ou fin de nuit — vous maximiserez vos chances. Et si vous voulez aller plus loin, vos mesures peuvent aider la science. Les prochains passages, en 2030 puis 2088, seront bien plus lointains. Alors levez les yeux ce week-end. Ce rendez-vous avec un géant de l’espace, c’est maintenant ou dans 62 ans.