Illustration comparaison directe d'une personne parlant avec une grande bulle de dialogue contenant 16 000 points à gauche, reliée par une flèche vers le bas à une bulle plus petite de 12 700 points à droite, montrant la baisse du nombre de mots prononcés quotidiens entre 2005 et 2019.
Santé

Pourquoi on parle moins : chute de 338 mots par jour depuis 2005

Entre 2005 et 2019, le nombre moyen de mots prononcés par jour a diminué de 338, passant de 16 000 à 12 700, selon une méta-analyse de 22 études.

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Entre 2005 et 2019, le nombre de mots prononcés par les individus au quotidien a chuté d'environ 338 par jour. Ce déclin cumulatif représente une baisse totale d'environ 28 % sur cette période, passant de 16 000 à 12 700 mots par jour. Une tendance structurelle documentée par une méta-analyse majeure qui interroge la nature même de nos interactions sociales.

Illustration comparaison directe d'une personne parlant avec une grande bulle de dialogue contenant 16 000 points à gauche, reliée par une flèche vers le bas à une bulle plus petite de 12 700 points à droite, montrant la baisse du nombre de mots prononcés quotidiens entre 2005 et 2019.
Illustration comparaison directe d'une personne parlant avec une grande bulle de dialogue contenant 16 000 points à gauche, reliée par une flèche vers le bas à une bulle plus petite de 12 700 points à droite, montrant la baisse du nombre de mots prononcés quotidiens entre 2005 et 2019.

Une tendance mesurable, pas une impression

Ce constat ne repose pas sur un sentiment collectif, mais sur une analyse rigoureuse de données collectées sur 14 ans. Les chercheurs Valeria Pfeifer et Matthias R. Mehl ont croisé les résultats de 22 études impliquant plus de 2 000 participants âgés de 10 à 94 ans.

La méthodologie employée, l'Electronically Activated Recorder (EAR), consiste à capter de brèves et aléatoires séquences audio de l'environnement naturel des participants. Cette technique permet d'observer les comportements de communication sans les biais de l'auto-déclaration. L'analyse de ces données brutes a révélé une perte constante d'environ 300 mots par jour chaque année.

Ce que représentent ces mots perdus

Une perte de 338 mots peut paraître anecdotique à l'échelle d'une journée. Mais l'addition est éloquente : cela équivaut à plus de 120 000 mots prononcés en moins chaque année, par rapport à l'année précédente.

Comme le souligne l'étude, les mots prononcés se produisent généralement dans le cadre de conversations avec d'autres personnes. Cette érosion quantitative map ainsi une disparition qualitative : elle représente des milliers d'interactions quotidiennes qui ne se déroulent plus. Le tissu social de base, fait d'échanges verbaux simples, se délite.

Un symptôme de restructurations profondes

Attribuer cette baisse à une seule cause serait réducteur. Elle apparaît plutôt comme le symptôme visible de profondes transformations technologiques et sociales.

  1. Le déplacement de la communication. L'échange verbal direct n'est plus le canal unique, ni même principal, pour maintenir des liens. Les messages texte, les réseaux sociaux, les emails et les applications de visioconférence captent une part croissante de nos interactions sociales. La communication ne disparaît pas, elle se redistribue vers d'autres supports, souvent asynchrones.
  2. La modification des usages sociaux. Les espaces traditionnels de sociabilité verbale (cafés, places publiques, travail de bureau partagé) sont concurrencés ou transformés. L'urbanisme, l'organisation du travail et les habitudes de loisirs évoluent, réduisant parfois les occasions fortuites d'échange.
  3. L'impact de l'âge et du contexte. L'étude inclut un large éventail d'âges, suggérant que la tendance traverse les générations, mais peut s'exprimer différemment. Un adolescent communiquant massivement par texto et un retraité moins en contact avec le monde du travail ne vivent pas ce déclin de la même manière.

Illustration en deux panneaux : à gauche, deux personnes à une table de café discutent avec des bulles de dialogue au-dessus de leurs têtes ; à droite, les mêmes personnes regardent leurs téléphones, leurs bulles de dialogue ayant été remplacées par des icônes de notification.
Illustration en deux panneaux : à gauche, deux personnes à une table de café discutent avec des bulles de dialogue au-dessus de leurs têtes ; à droite, les mêmes personnes regardent leurs téléphones, leurs bulles de dialogue ayant été remplacées par des icônes de notification.

Vers une requalification de la sociabilité

Le déclin du nombre de mots prononcés n'est donc pas nécessairement une dégradation, mais une mutation des formes de sociabilité. L'essentiel de l'interaction humaine ne réside pas dans le volume sonore, mais dans l'intention de connexion et la qualité de l'échange.

La question qui se pose alors n'est plus "pourquoi parle-t-on moins ?", mais "comment notre façon de nous connecter évolue-t-elle, et qu'implique ce changement pour le lien social, la santé mentale et la compréhension mutuelle ?" L'étude offre un chiffre précis et inquiétant. C'est aux sciences sociales, à la psychologie et à chacun d'entre nous d'en interpréter les conséquences.

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Questions fréquentes

Combien de mots par jour a-t-on perdus depuis 2005 ?

Environ 338 mots par jour entre 2005 et 2019, soit une baisse de 28 %, passant de 16 000 à 12 700 mots prononcés par jour.

Comment cette baisse a-t-elle été mesurée ?

Par une méta-analyse de 22 études portant sur plus de 2 000 participants (10 à 94 ans), utilisant l'Electronically Activated Recorder (EAR), un dispositif captant des séquences audio aléatoires de l'environnement naturel des participants pour éviter les biais de l'auto-déclaration.

Pourquoi parle-t-on moins qu'avant ?

Ce déclin s'explique par plusieurs facteurs : le déplacement de la communication vers des supports numériques asynchrones (messages texte, réseaux sociaux, emails), la modification des espaces de sociabilité traditionnels (cafés, travail de bureau partagé), et des évolutions de l'urbanisme et des habitudes de loisirs.

Cette baisse concerne-t-elle un seul groupe d'âge ?

Non, l'étude couvre des participants de 10 à 94 ans, montrant que la tendance traverse les générations, bien qu'elle puisse s'exprimer différemment selon l'âge et le contexte.

Faut-il voir cette baisse comme une dégradation ?

Pas nécessairement. Il s'agit plutôt d'une mutation des formes de sociabilité : la communication ne disparaît pas, elle se redistribue vers d'autres supports. L'essentiel réside dans l'intention de connexion et la qualité de l'échange plutôt que dans le volume de mots prononcés.

Sources

  1. 338 mots en moins par jour en quinze ans… Pourquoi nous parlons ... · 20minutes.fr
  2. Fact Check Team: Are Americans speaking less? Study finds 28 ... · abcnews4.com
  3. Is it true that fewer words are being used per day, indicating a ... · aeen.org
  4. CE corner: The risks of social isolation · apa.org
  5. Solitude en Europe - Connect! Ensemble moins seul.e · ch-connect.ch
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Théo Aubot @geo-decoder

Passionné de géopolitique depuis le lycée, je dévore les cartes, les atlas et les analyses internationales. Étudiant en relations internationales à Lyon, je rêve de comprendre pourquoi le monde tourne comme il tourne. Je collectionne les vieux numéros de revues géopolitiques.

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