Une soignante en uniforme militaire et gants bleus prépare une perfusion à bord d'un train-hôpital ukrainien évacuant des soldats blessés du front, avec des lits et du personnel en arrière-plan.
Santé

Bactéries multirésistantes : la guerre en Ukraine accélère leur propagation vers les hôpitaux européens

Les blessures de guerre en Ukraine favorisent les infections à bactéries multirésistantes, et les patients transférés vers 22 pays européens peuvent porter ces souches. Plus de 90 % des blessés arriveraient infectés selon une responsable ukrainienne, une estimation de terrain non recoupée.

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Les blessures de guerre ne tuent pas seulement par le choc ou l'hémorragie. En Ukraine, une part croissante des soldats blessés arrive à l'hôpital avec des infections que les antibiotiques ne soignent plus. Ces souches ne restent pas sur le front : portées par les patients transférés vers l'Ouest, elles ont déjà franchi les frontières de l'Union européenne.

Une soignante en uniforme militaire et gants bleus prépare une perfusion à bord d'un train-hôpital ukrainien évacuant des soldats blessés du front, avec des lits et du personnel en arrière-plan.
Une soignante en uniforme militaire et gants bleus prépare une perfusion à bord d'un train-hôpital ukrainien évacuant des soldats blessés du front, avec des lits et du personnel en arrière-plan. - (source)

Des plaies de guerre qui deviennent des foyers d'infection

Le conflit ukrainien produit des blessures d'une gravité inhabituelle. L'usage massif de drones explosifs provoque des lésions graves des tissus et des os : des plaies profondes, souillées, difficiles à nettoyer et propices à l'infection. Sur ce terrain, les bactéries trouvent des conditions idéales.

Selon une responsable ukrainienne citée dans la presse, plus de 90 % des blessés de guerre arriveraient à l'hôpital avec des infections polymicrobiennes à bactéries multirésistantes. Ce chiffre doit être lu comme une estimation de terrain : il n'a pas été recoupé par une statistique nationale consolidée. Mais il pointe une tendance que d'autres sources confirment : un nombre croissant de soldats blessés sont infectés par des souches multirésistantes, y compris des microbes à résistance étendue (XDR) voire panrésistants (PDR), qui résistent à la plupart ou à la totalité des antibiotiques disponibles.

La cause profonde n'est pas seulement la balistique. Les autorités sanitaires ukrainiennes tentent de s'attaquer à ce qui apparaît comme le vrai moteur de la multirésistance : l'effondrement du contrôle et de la prévention des infections dans des services de traumatologie débordés. À cela s'ajoute une pratique ancienne et contestable de certains médecins, qui prescrivent de faibles doses d'antibiotiques pour économiser des stocks limités. Sous-doser, c'est laisser survivre les bactéries les plus robustes et sélectionner les souches les plus coriaces.

Le problème n'est pas né avec l'invasion de février 2022. Avant même l'offensive russe à grande échelle, l'Ukraine affrontait des niveaux de résistance aux antibiotiques plus élevés que de nombreux pays d'Europe de l'Ouest. La guerre a aggravé une situation déjà mauvaise, en saturant les capacités hospitalières et en multipliant les blessures infectées.

Comment ces souches atteignent les hôpitaux européens

La chaîne de transmission est documentée. Depuis 2022, la Commission européenne a facilité le transfert de plus de 5 000 patients ukrainiens vers des hôpitaux répartis dans 22 pays européens. Chaque transfert est aussi un vecteur potentiel de bactéries.

La région de Lviv, dans l'ouest de l'Ukraine, se situe à seulement 70 km de la frontière avec la Pologne et l'Union européenne.

Le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) a tiré la sonnette d'alarme : les patients transférés d'Ukraine au cours des 12 derniers mois devraient être isolés de manière préventive et dépistés pour le portage de bactéries multirésistantes. Une recommandation de précaution, pas une réponse définitive.

Les cas confirmés existent. La dissémination en Europe d'une souche de Providencia stuartii productrice de NDM, très résistante, a été liée aux patients transférés d'Ukraine entre mars 2022 et mars 2023. En 2023, un patient ukrainien de 86 ans a été traité dans un hôpital espagnol pour des infections sévères compliquées par des bactéries multirésistantes. La surveillance génomique relie donc explicitement des cas européens à des transferts depuis l'Ukraine.

Le risque ne se limite plus aux hôpitaux militaires ou aux blessés. Des souches résistantes circulent désormais dans la population générale ukrainienne, y compris chez de jeunes enfants et des personnes aux symptômes légers. Or la région de Lviv se trouve à seulement 70 km de la frontière avec la Pologne et l'Union européenne. La géographie ne laisse aucune marge.

Un fardeau qui s'ajoute à une crise mondiale

Pour mesurer l'enjeu, il faut le replacer dans le fardeau global. En 2021, la résistance aux antimicrobiens a été la cause directe d'environ 1,14 million de décès dans le monde, selon un rapport publié en 2024 dans The Lancet. Les auteurs de ce rapport prévoient un total de 39,1 millions de décès attribués à la résistance antimicrobienne sur les 25 prochaines années. À l'échelle de l'UE et de l'EEE, la résistance aux antimicrobiens est responsable chaque année de plus de 35 000 décès, selon la Commission européenne.

Deux mains gantées de bleu tiennent des boîtes de Petri contenant des cultures bactériennes dans un laboratoire, illustrant la résistance aux antibiotiques.
Deux mains gantées de bleu tiennent des boîtes de Petri contenant des cultures bactériennes dans un laboratoire, illustrant la résistance aux antibiotiques. - (source)

En Ukraine, le taux de mortalité lié aux infections résistantes dépasse largement les niveaux observés internationalement, selon l'organisation Gavi. Une étude publiée dans Lancet Infectious Diseases en avril 2025, portant sur plus de 6 800 isolats diagnostiques, a montré que, pour certains antibiotiques, le taux de sensibilité tombait à 30 % ou moins. Autrement dit, dans près de sept cas sur dix, le traitement de référence ne fonctionne plus.

La réponse européenne et ses limites

L'Europe dispose d'instruments. La deuxième édition de l'action conjointe EU-JAMRAI a débuté en 2024 pour quatre ans, jusqu'à fin 2027, avec pour mission de coordonner la lutte contre l'antibiorésistance entre États membres. La coopération bilatérale existe aussi : une délégation de soignants ukrainiens de l'hôpital régional de Dnipro a été accueillie pendant une semaine au CHU de Montpellier. Le nouvel hôpital Supehumans d'Odessa a été financé avec le soutien de crédits d'Expertise France et de crédits européens. Ces projets renforcent les capacités ukrainiennes, mais ils ne remplacent pas une expertise clinique française documentée sur le sujet, qui reste absente du débat public.

Reste le verrou de fond : les antibiotiques. Le besoin de nouveaux médicaments est pressant, mais presque aucune nouvelle molécule n'a été mise sur le marché depuis les années 1970. Des instruments économiques sont à l'étude pour créer des incitations à la recherche d'antibiotiques efficaces contre les bactéries résistantes. Le principe est connu - rémunérer l'innovation autrement que par le volume de ventes - mais son financement effectif reste à trancher.

Un précédent : "Iraqibacter"

L'histoire offre un avertissement. Pendant la guerre d'Irak des années 2000, les hôpitaux militaires étaient tellement infestés d'Acinetobacter baumannii résistant que les médecins l'avaient surnommé "Iraqibacter". Un conflit, un système de soins saturé, et une bactérie opportuniste qui devient emblématique : la séquence ukrainienne ressemble à une répétition, en plus grand et plus proche de l'Europe.

La facture reste en suspens

La question qui bloque n'est ni scientifique ni militaire. Elle est budgétaire : qui financera la réponse à ce risque de santé publique ? Entre surveillance renforcée, aide ciblée à l'Ukraine et incitations à la recherche de nouveaux antibiotiques, les arbitrages sont ouverts - et la bataille pour savoir qui paiera l'est tout autant. Tant que ces arbitrages ne sont pas tranchés, les bactéries continueront d'avancer plus vite que les décisions.

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Questions fréquentes

Pourquoi les bactéries résistent aux antibiotiques ?

Les doses trop faibles d'antibiotiques laissent survivre les bactéries les plus robustes et sélectionnent les souches les plus coriaces.

Comment les bactéries ukrainiennes arrivent en Europe ?

Portées par les patients transférés d'Ukraine vers des hôpitaux de 22 pays européens.

Quelles bactéries résistantes viennent d'Ukraine ?

Une souche de Providencia stuartii productrice de NDM, liée aux transferts entre mars 2022 et mars 2023.

Combien de morts dus à la résistance aux antibiotiques ?

Environ 1,14 million de décès directs dans le monde en 2021, selon un rapport publié en 2024 dans The Lancet.

Pourquoi les blessures de guerre s'infectent-elles autant ?

Les drones explosifs provoquent des plaies profondes et souillées, difficiles à nettoyer et propices à l'infection.

Sources

  1. Economie des Antibiotiques: Incitations à l'Innovation et Implications ... · anr.fr
  2. [PDF] Les infections associées aux soins de santé – une menace pour la ... · antibiotic.ecdc.europa.eu
  3. [PDF] L'antibiorésistance, une menace majeure négligée par les ... · atterres.org
  4. Antibiorésistance en France en 2021 : une menace sous surveillance · beh.santepubliquefrance.fr
  5. Recommandations pour mener la R&D sur les antibiotiques et lutter ... · cordis.europa.eu
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Dylan Frabot @match-day

Je vois le sport comme un miroir de la société, et ça rend chaque match plus intéressant. Ancien rugbyman universitaire à Toulouse, j'ai raccroché les crampons mais pas la passion. Ce qui m'intéresse, c'est pas juste le score final : c'est le dopage qu'on ignore, l'argent qui gangrène, les questions d'inclusivité qu'on esquive. Mon écriture est rythmée comme un commentaire sportif, mais avec du fond.

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