
Refuser sa nature de femme
J'exerçais sur moi d'ultimes sévices pour me punir de la saleté de mon âme, m'interdisant toute pensée. Je ne voulais pas penser aux hommes, ils me faisaient peur. Je m'étais rendu compte que je ne voulais pas grandir mais les années ont passé et je continuais à me détruire, jour après jour. Maniaque sur les aliments, je triais tout minutieusement ne m'accordant aucun écart. J'aimais me faire souffrir, ne trouvant pas normal la normalité, je me sentais bien. Je n'ai jamais pu me faire soigner par aucun docteur.
Je suis devenue une rebelle, toisant mes camarades, restant solitaire. Je m'aventurais dans des expériences dangereuses et l'adrénaline me faisait tenir. Je détestais mon père, je faisais un peu ça contre lui. Je l'avais souvent considéré comme un macho de base, caractère hérité de l'éducation familiale.
J'ai commencé à ne plus vouloir entendre parler des hommes, je me refusais de penser au sexe et pourtant je savais que j'éprouvais du désir.
J'ai été hospitalisée à 32 kg, j'ai fait des bouffées délirantes. À 15 ans, chambre capitonnée, électrochocs. Je ne mangeais toujours pas, j'avais décidé de me détruire. Me prouver que j'étais en étant invulnérable, voilà tout ce dont j'ai réussi.
La délivrance par l'épreuve
Toute seule dans le froid, enfermée, l'anorexique, mélancolique, décharnée, j'attendais que la lucarne de la porte s'ouvre et que les infirmiers me parlent. J'avais besoin de mes parents, de ma mère, j'avais besoin d'elle. Non, j'étais seule, froide, droguée.
J'avais décidé de me faire mourir, je n'avais pas le droit. J'ai été déclarée malade, pas majeure, en souffrance, à l'article de la mort, seule, entourée de gens formés à sauver des vies et aussi à travailler dans des cliniques privées à but lucratif.
Tout cela dura des années, seule, en souffrance, mes parents m'ont en partie trahie. Je suis devenue une écorchée vive, un peu déçue par les humains mais j'aime. J'aime la vie parce qu'elle est dure, j'aime Anthony et je crois aux anges.