Un parc aquatique géant au milieu du Texas, une villa de 1 235 m² qui n'arrive pas à trouver preneur, et une promesse : celle de gagner « plus d'argent que tout ce que j'ai gagné dans le basket ». Tony Parker a construit une image d'entrepreneur ambitieux depuis sa retraite NBA en 2019. Mais les chiffres publics racontent une histoire plus nuancée que le storytelling.

Le manoir de Boerne : un parc aquatique géant toujours à vendre
À Boerne, dans la communauté fermée d'Anaqua Springs Ranch près de San Antonio, Tony Parker possède un domaine de 53 acres (environ 21 hectares) avec l'un des plus grands parcs aquatiques privés résidentiels au monde. Construit en 2007, le manoir de style méditerranéen comprend une résidence principale d'environ 1 235 m² avec six chambres, cinq salles de bains complètes et quatre demies, plus une maison d'amis de quatre chambres. L'adresse ? 9 Rue Parker.
Le bien est en vente depuis un moment, et le prix ne cesse de baisser. Selon le site MySanAntonio, la villa était toujours sur le marché le 7 janvier 2026 à 19 millions de dollars. Presque six mois après le marathon de streaming de Kai Cenat, qui avait fait le buzz à l'été 2025 en visitant la propriété, le manoir n'a toujours pas trouvé d'acheteur. Le broker Erwin Nicholas, chargé de la vente, avait même remonté le prix de 16,5 à 20 millions de dollars fin septembre, avant de le redescendre.
Un parc aquatique privé, aussi spectaculaire soit-il, ne fait pas tout. Le marché immobilier texan du haut de gamme reste difficile, et la propriété accumule les baisses successives sans convaincre.

Infinity Nine, l'ASVEL et les promesses de gains : l'envers du business Parker
C'est en 2022 que Tony Parker a lâché sa déclaration la plus ambitieuse. Dans une interview consacrée à l'investissement immobilier, il affirmait que ce qu'il est « en train de développer » lui rapportera « plus d'argent que tout ce [qu'il a] gagné dans le basket ». Une carrière chiffrée à plus de 150 millions d'euros dans le même article.
Derrière cette promesse se cache une galaxie d'entreprises organisée autour de la holding Infinity Nine Group, clin d'œil au n°9 porté aux Spurs. Selon l'enquête de la cellule investigation de Radio France et ici.fr, publiée le 7 mars 2025, plus de 30 millions d'euros ont été investis en France à travers de nombreuses filiales. L'enquête parle d'« affaires en demi-teinte » derrière l'image d'entrepreneur à succès.
Le cas le plus documenté est celui de l'ASVEL. Le rapport de la Chambre régionale des comptes Auvergne-Rhône-Alpes, publié le 20 mai 2025, porte sur les comptes 2018-2023 du club. Verdict : situation financière « dégradée » et modèle économique « pas viable dans la durée ». Le club a enregistré un résultat net négatif trois années sur cinq, et deux sponsors ont fait défaut en 2023 et 2024. Les recettes de parrainage ont doublé entre 2018 et 2023, passant de 2,9 à 6,1 millions d'euros, mais sans garanties sur les capacités financières des parrains. Smart Good Things, engagé à hauteur de 2,4 millions d'euros en 2022, a vu son contrat ramené à 2 millions.
Ce rapport public contredit directement l'image d'un empire sans accroc. La promesse de 2022 — des projets qui rapporteraient plus que le basket — n'est, à ce jour, confirmée par aucun document public.
Repères : quatre titres NBA et 165,8 millions de dollars de salaires
Pour comparer, il faut rappeler ce que représente la carrière NBA de Tony Parker. Drafté en 28e position en 2001 par San Antonio, il a disputé 17 saisons avec les Spurs (2001-2018), remporté quatre titres NBA (2003, 2005, 2007, 2014) et été nommé MVP des Finales 2007, une première pour un joueur européen. Il a terminé sa carrière aux Charlotte Hornets en 2018-2019 avant de prendre sa retraite, et son n°9 a été retiré par les Spurs.
D'après Spotrac, les salaires cumulés de Tony Parker en NBA s'élèvent à 165 843 436 dollars sur l'ensemble de sa carrière. C'est la base de comparaison la plus solide : ce montant est documenté, public et vérifiable.
Considéré comme le meilleur basketteur français de tous les temps, Tony Parker est né le 17 mai 1982 à Bruges, en Belgique, d'un père américain joueur professionnel et d'une mère néerlandaise. Formé à l'INSEP, il a commencé au Paris Basket Racing avant de s'imposer en NBA, et a notamment été champion d'Europe avec les Bleus en 2013. Son histoire personnelle, notamment son mariage avec Eva Longoria et sa longévité exceptionnelle au plus haut niveau, explique l'attachement du public français.
À surveiller : le prix du manoir et le nouveau rôle de coach à l'ASVEL
Deux évolutions concrètes méritent d'être suivies dans les prochains mois.
Premièrement, le prix du manoir de Boerne. À 19 millions de dollars, le bien reste invendu malgré les baisses successives. Une nouvelle réduction ou un retrait du marché changerait la donne.
Deuxièmement, le nouveau rôle de Tony Parker. Le 27 juin 2026, il a été officiellement nommé entraîneur de l'ASVEL, le club dont il est président depuis juillet 2014. Une double casquette président-entraîneur inédite, annoncée 45 minutes après le buzzer de son premier match officiel de coach avec l'Équipe de France U17, perdu 84-115 face à Team USA. Ce retour sur le terrain, vécu avec l'enthousiasme d'un débutant, marque un nouveau chapitre de sa carrière de dirigeant.
Le business n'a pas encore prouvé qu'il surpasse la carrière NBA. Les salaires cumulés de 165,8 millions de dollars restent le revenu le mieux documenté de Tony Parker, tandis que ses activités entrepreneuriales affichent des signes de tension : un manoir invendu, une holding opaque et un club jugé financièrement dégradé par la Chambre régionale des comptes. La promesse de 2022 reste une promesse.