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Howard Hughes : vie et mystère du milliardaire fou

Howard Hughes reste aujourd'hui l'une des figures les plus énigmatiques du XXe siècle. À la fois magnat de l'industrie, pionnier de l'aviation, producteur de cinéma hollywoodien et excentrique reclu, sa vie ressemble à un scénario plus fou que les...

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Howard Hughes reste aujourd’hui l’une des figures les plus énigmatiques du XXe siècle. À la fois magnat de l’industrie, pionnier de l’aviation, producteur de cinéma hollywoodien et excentrique reclu, sa vie ressemble à un scénario plus fou que les films qu’il a produits. Cet homme, qui fut un temps l’individu le plus riche du monde, a fini sa vie comme un fantôme, hanté par des obsessions qui ont réduit son empire à l’état de symbole de décadence. Plongeons dans l’histoire complexe de ce visionnaire génial mais torturé.

Jeunesse et premiers pas dans les affaires

Né le jour de Noël 1905 à Houston, au Texas, Howard Robard Hughes Jr. grandit dans une famille aisée de la haute société. Son père, Howard Sr., est un inventeur brillant qui a fait fortune grâce à la mise au point d’une foreuse à bits de carbure de tungstène révolutionnaire pour l’industrie pétrolière. Cette invention, brevetée sous le nom de “Hughes Tool Company”, garantit au jeune Howard un avenir financier confortable et une liberté que peu de gens peuvent se permettre.

Cependant, son enfance n’est pas sans ombres. Il perd sa mère alors qu’il est encore adolescent, un événement tragique qui le marque profondément. Son père décède quelques années plus tard, laissant le jeune Howard, âgé de seulement 18 ans, aux commandes de l’entreprise familiale. Bien qu’il soit techniquement trop jeune pour gérer seul un tel empire, il utilise une clause juridique pour se déclarer adulte et prendre le contrôle total de la Hughes Tool Company. Dès le départ, il démontre une volonté de fer et une ambition qui dépassent largement les simples profits de l’industrie du forage.

Un intérêt précoce pour la mécanique

Dès son plus jeune âge, Howard montre une affinité naturelle pour tout ce qui est mécanique. Il ne se contente pas de diriger l’entreprise paternelle ; il passe ses heures à bricoter et à expérimenter. À 11 ans, il construit déjà sa propre station radio sans fil, et à 14 ans, il prend les commandes de son premier avion, une passion qui ne le quittera jamais.

Cette fascination pour l’ingénierie explique pourquoi il ne s’est jamais limité au secteur pétrolier. Bien que la Hughes Tool Company fournisse les fonds nécessaires à toutes ses entreprises futures, Howard considère l’argent comme un simple outil pour réaliser ses rêves mécaniques et cinématographiques. Il ne cherche pas à préserver l’héritage familial, mais à l’utiliser pour construire le sien, quitte à prendre des risques immenses qui feraient trembler n’importe quel banquier prudent.

La rupture avec Houston

Après avoir pris la tête de l’entreprise et géré sa fortune héritée, Howard Hughes ne tarde pas à quitter le Texas pour la Californie. Il sent que le véritable pouvoir et l’influence culturelle de l’époque se trouvent à Hollywood, dans l’industrie naissante du cinéma. C’est là-bas qu’il compte faire sa marque, loin des champs de pétrole du Texas. Ce déménagement marque le début d’une nouvelle ère pour le jeune homme, qui s’apprête à devenir une légende vivante, non pas en tant qu’héritier, mais en tant que créateur et innovateur.

La conquête d’Hollywood et le cinéma

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Arrivé à Los Angeles dans les années 1920, Howard Hughes se lance rapidement dans la production cinématographique. Il ne veut pas être un simple producteur ; il veut imposer sa vision, souvent au mépris des coûts et des conventions. Son premier film, “Everybody’s Acting”, est un échec commercial, mais cela ne l’arrête pas. Il comprend vite que pour attirer l’attention, il doit miser sur le spectacle, la technique et des sujets provocants. Il engage Noah Dietrich, un comptable pragmatique, pour gérer ses finances et la Hughes Tool Company, lui laissant ainsi libre cours pour ses activités à Hollywood.

Les Anges de l’Enfer et l’obsession du détail

En 1930, Hughes produit “Les Anges de l’Enfer” (Hell’s Angels), un film de guerre sur les pilotes de la Première Guerre mondiale. À l’époque, c’est le film le plus cher jamais produit, avec un budget astronomique pour l’époque qui atteint près de 4 millions de dollars. Hughes, passionné d’aviation, s’implique personnellement dans la réalisation, allant jusqu’à piloter les avions de cascade lui-même, malgré les risques évidents.

Sa poursuite de la perfection tourne à l’obsession. Il tourné et retourne des scènes pendant des années, changeant de pellicule lorsque le son apparaît, et engageant des centaines de pilotes réels pour les batailles aériennes. Le résultat est un spectacle visuel époustouflant qui rencontre un immense succès critique et public. Ce film lance définitivement la réputation de Hughes comme un homme capable de faire les choses en grand, peu importe le prix à payer.

Scarface et la controverse

Après le triomphe des “Anges de l’Enfer”, Hughes continue de repousser les limites avec “Scarface” en 1932, inspiré de la vie d’Al Capone. Le film est brut, violent et crée une polémique énorme à Hollywood, qui à l’époque commence à s’inquiéter de la censure. Hughes refuse de couper les scènes choquantes, ce qui le met en conflit direct avec les censeurs du Code Hays. Il finit par accepter de couper certaines prises de vue, mais seulement après avoir maintenu une bataille juridique et médiatique intense. Ce film confirme son statut de “bad boy” de l’industrie du cinéma, un producteur qui ne suit pas les règles.

La prise de contrôle de RKO Pictures

En 1948, Howard Hughes acquiert RKO Pictures, l’un des cinq grands studios de Hollywood. Cependant, contrairement à ses succès précédents, sa gestion de RKO est chaotique. Il intervient dans la moindre décision, dérègle le fonctionnement quotidien du studio et licencie des employés clés sur un coup de tête. Sa paranoïa grandissante et son incapacité à déléguer efficacement nuisent à la rentabilité de la société. C’est pendant cette période que la différence entre son génie créatif et ses lacunes en gestion devient évidente. Finalement, il vend ses parts en 1955, mettant fin à une période tumultueuse de l’histoire d’Hollywood.

Un destin d’aviateur et d’ingénieur

Si le cinéma l’a rendu célèbre, c’est l’aviation qui a immortalisé le nom de Howard Hughes dans l’histoire. En 1932, il fonde la Hughes Aircraft Company, une division de son entreprise paternelle, dédiée à la conception et à la construction d’avions. Contrairement à ses activités cinématographiques, ici, Hughes n’est pas seulement un financier, il est un ingénieur et un pilote passionné qui veut repousser les limites de ce qui est possible dans les airs.

Le Hughes H-1 Racer

Le Hughes H-1 Racer est sans doute l’une de ses plus grandes réussites techniques. Conçu pour être l’avion le plus rapide du monde, il intègre des innovations révolutionnaires pour l’époque, comme des rivets à tête plate pour réduire la traînée aérodynamique et des ailes conçues pour une vitesse maximale. En 1935, aux commandes du H-1, Hughes bat le record du monde de vitesse en volant à plus de 560 km/h.

Plus tard, en 1937, il utilise le même avion pour traverser les États-Unis d’ouest en est en un temps record, soit 7 heures et 28 minutes. Ces exploits lui valent d’immenses éloges, mais aussi la reconnaissance officielle. En 1939, il reçoit même la trophée Harmon, décerné aux aviateurs les plus éminents de l’année, aux côtés de figures comme Charles Lindbergh. Hughes n’est pas un playboy qui joue à l’avion ; il est un pilote d’élite et un ingénieur respecté de ses pairs.

Le mythique Spruce Goose

Pendant la Seconde Guerre mondiale, le gouvernement américain demande à Hughes de construire un avion de transport géant capable de transporter des troupes et du matériel à travers l’Atlantique. En raison de la pénurie de matériaux stratégiques comme l’aluminium, Hughes décide de construire l’avion, baptisé le H-4 Hercules, en bois de bouleau (souvent appelé à tort “spruce” ou épicéa). Le projet prend un retard considérable et coûte une fortune en argent public, attirant l’ire du Sénat américain.

L’avion ne sera terminé qu’après la fin de la guerre. En 1947, lors d’une audition au Sénat pour se justifier des dépassements de budget, Hughes défend son projet avec véhémence. Pour prouver que l’avion vole, il décide de réaliser un vol de démonstration. Le H-4 Hercules, surnommé “Spruce Goose” par les critiques, se soulève du sol à quelques mètres de hauteur et parcourt un mile environ. C’est le seul vol de l’histoire de cette machine immense, qui reste aujourd’hui comme l’un des plus grands avions jamais construits, un monument à l’ambition démesurée de son créateur.

L’homme d’affaires et l’empire TWA

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Au-delà de la conception d’avions, Howard Hughes a voulu dominer le ciel en contrôlant les compagnies aériennes. Dans les années 1930, il acquiert une participation majoritaire dans la Trans World Airlines (TWA), alors une entreprise en difficulté. Avec sa vision habituelle, il investit massissement pour moderniser la flotte et transformer TWA en une concurrente sérieuse de la Pan Am, qui détenait alors quasiment le monopole des vols internationaux.

Le duel avec Pan Am et la “Constellation”

Pour rivaliser avec Pan Am, Hughes comprend qu’il ne suffit pas d’avoir de bons pilotes, il faut des appareils révolutionnaires. Il entre en contact avec Lockheed pour développer ce qui deviendra le Lockheed Constellation, surnommé affectueusement le “Connie”. C’est un avion d’une beauté fatale, avec une queue en forme de dauphin et une silhouette élancée. Mais surtout, c’est le premier avion de ligne commercial pressurisé capable de voler haute et vite, au-dessus des turbulences.

La relation entre Hughes et la direction de la TWA est cependant tumultueuse. Hughes, dans son habituelle manie du secret, rachète personnellement les parts de la compagnie pour ne pas avoir à rendre de comptes au conseil d’administration. Il investit des millions de sa fortune personnelle pour financer la flotte de Constellation, forçant ainsi la main de la TWA. En 1944, il place la TWA sur la carte du monde en reliant New York à Paris en un temps record, brisant le monopole international que Pan Am tentait de maintenir coûte que coûte grâce à l’influence de son patron, Juan Trippe. Les deux hommes, Hughes et Trippe, deviennent des rivaux acharnés, se livrant une guerre d’influence politique pour contrôler les routes aériennes du globe.

Cependant, l’entêtement de Hughes finit par nuire à la compagnie. Obsédé par la perfection, il retarde la livraison des avions pour modifier des détails techniques infimes, provoquant la faillite quasi-certaine de la TWA. En 1960, sous la pression des actionnaires et du gouvernement, Hughes est contraint de vendre ses parts. Il en tirera profit, mais perd son empire aérien, marquant la fin de son règne actif sur le ciel commercial.

Le crash du XF-11 : le tournant tragique

Si l’aviation l’a porté au sommet, elle sera aussi la cause de sa chute physique. Le 7 juillet 1946, Hughes pilote le prototype du XF-11, un avion de reconnaissance militaire révolutionnaire. Au-dessus de Beverly Hills, une fuite de huile provoque la perte de puissance du moteur arrière droit. L’avion s’écrase dans un quartier résidentiel, percutant trois maisons et prenant feu.

Miraculeusement, Hughes survit à l’accident. Sauvé par un sergent de la marine qui passait par là, il est grièvement blessé : côtes fêlées, poumons perforés, brûlures au troisième degré et, plus dramatique, de multiples fractures au crâne. Cet événement marque un point de non-retour dans sa santé mentale. Pour soulager ses douleurs atroces, les médecins lui prescrivent de la morphine. C’est le début d’une dépendance aux analgésiques qui ne le quittera plus, exacerbant ses troubles obsessionnels compulsifs (TOC) et sa paranoïa.

L’ère du secret et la CIA

Dans les années qui suivent sa convalescence, Hughes devient de plus en plus secret, réduit à l’ombre de lui-même. Pourtant, son empire industriel reste immense. Dans les années 1960, alors que la guerre froide bat son plein, la CIA approche Hughes. L’agence de renseignement américaine a un plan fou : récupérer un sous-marin soviétique coulé dans l’océan Pacifique, à plus de 5 000 mètres de profondeur. Pour ce faire, ils ont besoin d’un navire capable de forer le fond marin sans éveiller les soupçons des Russes.

Le projet, baptisé “Azorian”, utilise l’ Hughes Glomar Explorer, un immense navire construit officiellement pour l’exploitation minière des nodules marins par la Hughes Tool Company. La couverture est parfaite : l’excentrique milliardaire cherchant des minerais au fond des mers passe pour une idée typique de Hughes. En 1974, le navire tente l’opération. Si seule une partie du sous-marin est remontée (la section la plus intéressante, contenant du code et des missiles, se brise), l’opération reste l’une des missions les plus audacieuses et secrètes de la CIA. Hughes, quant à lui, ne monte probablement jamais sur le navire, servant de façade parfaite aux opérations clandestines de son pays.

Le roi de Las Vegas

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À la fin des années 1960, Howard Hughes réapparaît dans l’actualité, mais d’une manière inattendue. Il quitte la Californie pour s’installer à Las Vegas. À l’époque, Sin City est encore largement contrôlée par la pègre et les mafieux qui gèrent les casinos. Hughes commence par louer une suite au penthouse du Desert Inn. Lorsque la direction lui demande de partir pour libérer la suite pour un client VIP, il fait ce qu’il fait de mieux : il achète l’hôtel.

En quelques mois, Hughes rachète six autres casinos majeurs (le Sands, le Sahara, le Frontier, le Castaways, le Silver Slipper et le Riviera). Ce n’est pas pour le jeu, mais pour la terre et le pouvoir. Il investit massivement dans la ville, achetant des terrains et des stations de télévision. Contrairement aux mafieux, Hughes impose un code de conduite strict, nettoyant les casinos de leurs éléments criminels les plus visibles. Il modernise Las Vegas, la transformant d’un repaire de gangsters en une destination touristique familiale respectable pour les grandes entreprises américaines. On raconte qu’il vit cloîtré dans sa suite sombre, regardant sans fin le film “Ice Station Zebra”, mangeant des repas transmis sous la porte par ses fidèles collaborateurs.

L’équipe des “Mormons”

Pour gérer sa vie quotidienne et ses affaires pendant cette période, Hughes s’entoure d’un groupe restreint de jeunes hommes originaires de l’Utah, membres de l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours (les Mormons). Pourquoi eux ? Parce qu’ils sont réputés pour leur honnêteté, leur sobriété (ni alcool, ni tabac) et leur discipline. Ils deviennent ses yeux, ses oreilles et, littéralement, ses mains. Ils transportent ses ordres, gèrent ses millions et protègent sa sphère privée, ne laissant personne approcher le “boss”. Cette organisation informelle est parfois surnommée la “Mormon Mafia”.

L’enfermement final et l’affaire Clifford Irving

À mesure que les années passent, la santé mentale de Hughes se détériore irrémédiablement. Son hypocondrie (peur maladive des maladies) se transforme en phobie des germes. Il refuse de toucher les poignées de porte, exige que ses assistants portent plusieurs couches de gants et manipulent ses documents avec des mouchoirs. Il commence à se dénuder pour éviter tout contact avec des vêtements contaminés.

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Sarah Lebot @world-watcher

Journaliste en herbe, je synthétise l'actu mondiale pour ceux qui n'ont pas le temps de tout suivre. Étudiante en journalisme à Sciences Po Lille, je contextualise les événements sans prendre parti. Mon objectif : rendre l'info accessible et compréhensible, surtout pour ma génération. Pas de jargon, pas de sensationnalisme – juste les faits et leur contexte. Parce que comprendre le monde, c'est le premier pas pour le changer.

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