Guesch Patti, de son vrai nom Patricia Porrasse, est morte le 22 juin 2026 à Paris, à 80 ans, des suites d'une longue maladie. L'annonce a été faite par son représentant à l'AFP. Au-delà du tube sulfureux qui l'a rendue célèbre, elle était une artiste plurielle : danseuse, chorégraphe, comédienne et autrice-compositrice-interprète. Son histoire est celle d'un succès planétaire qui a éclipsé une carrière bien plus vaste.

La danseuse de l'Opéra devenue "Étienne"
Avant d'être une voix, Guesch Patti était un corps en mouvement. Elle entre au ballet de l'Opéra de Paris à 9 ans et devient la plus jeune danseuse de la troupe. À 15 ans, elle rejoint la compagnie de Roland Petit. Huit ans plus tard, elle bifurque vers la danse contemporaine, collaborant avec des artistes majeurs comme Pina Bausch, Carolyn Carlson et Karlheinz Stockhausen.
Son nom de scène vient du basque. "Guesch" est la contraction de "Gaixoa", le surnom que lui donnait son grand-père. Elle est la fille de Jean Porrasse, directeur artistique qui a notamment lancé les débuts de Gilbert Bécaud, Nino Ferrer et Éric Charden, et la filleule du comédien Bernard Blier.
"Étienne", le phénomène de 1987
L'année 1987 bascule avec la sortie du single "Étienne". Écrit par Guesch Patti sur une musique de Vincent Bruley, le morceau est un mélange de provocation rock et de souffle sensuel. Les paroles, ouvertement suggestives ("tiens-le bien / Baiser salé, sali"), et le clip en noir et blanc réalisé par Emmanuel Cany, dans lequel la chanteuse danse en corsage et bas résille, marquent les esprits. Plusieurs chaînes françaises censurent le clip à sa sortie.
Le succès est fulgurant. Le titre atteint la première place du Top 50 français, où il reste classé 23 semaines. Il se vend à plus de 1,5 million d'exemplaires, est certifié disque d'or en France et remporte la Victoire de la musique 1987 de la révélation féminine de l'année. "Étienne" devient n°1 en Italie, n°3 en Suisse, n°6 en Autriche et n°9 en Allemagne de l'Ouest.

Ce succès a cependant un revers. Guesch Patti déclarera plus tard qu'il a "phagocyté" sa carrière, elle qui se définit comme un "caméléon" aimant "travailler tranquillement avec tous les arts".
Une bataille juridique de plus de trente ans
Le succès a aussi été une source de conflits juridiques persistants. Deux producteurs, Cesare Rancilio et Marc Britan, ont revendiqué les droits du titre, Guesch Patti ayant signé deux contrats de production exclusifs, l'un avec chacun d'eux. Marc Britan a été condamné en 1995 pour faux et usage de faux. Malgré une quarantaine de décisions de justice, dont huit de la Cour de cassation, le dossier n'était toujours pas clos en 2018, l'un des producteurs ayant quitté la France. Cette bataille illustre les enjeux économiques souvent invisibles derrière un tube à succès.
Après la gloire : albums, théâtre et retour à la danse
Après "Étienne", Guesch Patti ne disparaît pas. Elle sort l'album Labyrinthe en 1988, suivi de Nomades (1990), Gobe (1992), Blonde (1995) et Dernières Nouvelles (2000). Sur Blonde, elle collabore avec des artistes comme Matthieu Chedid, Étienne Daho et Françoise Hardy. Elle fait également des apparitions au cinéma, notamment dans Une pour toutes de Claude Lelouch et Suzanne de Viviane Candas.

Passée la cinquantaine, elle opère un retour marqué à la danse contemporaine. Elle devient jurée dans l'émission de France 2 Dancing Show et joue au théâtre dans Les Monologues du vagin et L'Opéra de quat'sous. Son dernier spectacle de danse contemporaine, Per au travers, est joué jusqu'en 2020.
"J'ai fini de jouer" : le rejet de la surenchère
En 2001, alors qu'elle est à l'affiche d'un spectacle de danse à Paris, elle confie à l'AFP le poids du succès d'"Étienne" : "Je n'ai pas envie de vivre à nouveau ce que j'ai connu avec Étienne. Je veux me préserver d'une nouvelle surenchère médiatique. J'ai fini de jouer." Elle ajoute avoir été heurtée que l'industrie musicale la considère "comme un produit".
Contrairement à d'autres figures d'un tube, comme Lio avec "Banana Split" ou Alizée avec "Moi... Lolita", Guesch Patti a toujours refusé de participer aux tournées nostalgiques. Loin de l'image de "variétoche" qu'on lui prêtait, son univers artistique s'est toujours situé ailleurs : elle écoutait Kraftwerk, fréquentait les spectacles de danse et les expositions, et participait aux performances de son amie la plasticienne Sophie Calle.
"Une vraie danseuse" : les hommages
Après sa mort, le monde de l'art a tenu à réaffirmer son identité première. Le chorégraphe Daniel Larrieu a rendu hommage à "une vraie danseuse", soulignant la rareté du lien qu'elle a établi entre l'art contemporain et le show-business : "Qu'une danseuse arrive en tête du box-office avec un tube comme Étienne et qu'elle fasse ainsi le lien entre l'art et le show-biz est une chose rare." La plasticienne Sophie Calle l'a qualifiée de "plus belle femme du monde" dans Le Monde.
Le tube de 1987 n'a résumé ni la femme, ni l'artiste.