Elle avait 20 ans et une « petite voix enfantine » lorsqu'elle a déferlé sur le Top 50. Quarante ans plus tard, Sabine Paturel raconte sans fard comment le succès des « Bêtises » a failli la détruire — et comment elle a fini par se réconcilier avec son tube et avec la scène.

Née le 19 septembre à Toulon, Sabine Paturel a vu son année de naissance varier selon les sources : 1955 selon Wikipédia, 1965 selon d'autres biographies comme celles de Voici ou Gala. Une contradiction que l'artiste n'a jamais clarifiée publiquement.
Comment est né le tube « Les Bêtises » ?
L'histoire des « Bêtises » commence loin de Sabine Paturel. En 1982, le compositeur Dominique Pankratoff écrit une mélodie pour l'album du comédien-chanteur Philippe Clay. Le texte, intitulé « Les Joggeurs du bois de Boulogne », ne convainc pas : Clay refuse la chanson. Trois ans plus tard, le parolier Sylvain Lebel apporte à Pankratoff un texte intitulé « Les Bêtises ». Le compositeur réalise alors que la mélodie refusée par Philippe Clay colle parfaitement à ces nouvelles paroles.
Le duo sollicite d'abord Annie Cordy, puis Charlotte Julian. Les deux refusent. La chanson échoue finalement entre les mains de Sabine Paturel, jeune comédienne repérée dans la troupe de la pièce La Chienlit au théâtre Marigny par le producteur Claude Carrère. L'artiste, qui perçoit le côté scénique des paroles, accepte de l'enregistrer. Le 45 tours sort en décembre 1985, coproduit par Carrère et le petit label Emma Productions de Bernard Ricci et Max Amphoux.
Le succès n'est pas immédiat. Il doit beaucoup à l'opiniâtreté de Philippe Gildas, alors animateur sur Europe 1, qui diffuse la chanson en boucle dans son émission. « Les bacs ont été vidés en une semaine » après la première télévision de Sabine Paturel chez Patrick Sabatier, raconte l'histoire du tube.
Le 45 tours entre au Top 50 le 22 mars 1986 à la 50e place. Il atteint la deuxième place en mai — bloqué par « Ouragan » de la princesse Stéphanie de Monaco — et reste classé 36 semaines (certaines sources anglophones avancent 30 semaines), de mars à octobre 1986. Sur le classement annuel, « Les Bêtises » se place troisième, derrière « Les Démons de minuit » et « Ouragan ». Sabine Paturel devient l'un des plus gros one-hit wonders français.
Pourquoi Sabine Paturel dit que ce succès a « gâché sa vie »
Le succès fulgurant tourne au cauchemar. Dans une interview accordée à Charts in France, Sabine Paturel est sans détour : « Ça m'a gâché la vie ». La notoriété arrive du jour au lendemain. Elle ne peut plus sortir acheter une baguette de pain sans être reconnue. Elle arrête d'écouter de la musique, s'enferme chez elle. « J'étais malheureuse », résume-t-elle.

Le conflit avec son producteur Bernard Ricci aggrave la situation. Dans le documentaire « La story des années 80 » diffusé en 2017, elle le décrit comme « pourri, véreux ». Elle affirme qu'il l'a volée — « Il m'a volé tout ce qu'il a pu » — et qu'il est allé jusqu'à la gifler, une agression rapportée dans Ici Paris dès 2013.
La rupture définitive avec l'industrie musicale vient de son refus d'exploiter le filon. Les producteurs veulent des suites : « Les Bêtises 2, 3, 4 ». Sabine Paturel dit non. Elle se fâche et disparaît des radars. Le second single, « P'tit Bouchon », sorti en novembre 1986, se classe dans les meilleures ventes mais ne confirme pas. La chanteuse ne parvient pas à s'imposer durablement, et ce n'est pas faute d'avoir essayé de tracer sa propre route : les sources évoquent des chansons plus engagées et un retour au théâtre, sans que sa carrière ne retrouve le même éclat. Ses activités entre la fin des années 1980 et les années 2010 restent d'ailleurs peu documentées, faute de témoignages vérifiables.
La renaissance sur scène : « Je suis redevenue chanteuse »
Pendant des décennies, Sabine Paturel reste discrète. Le théâtre occupe une partie de sa vie — elle joue dans une pièce il y a une quinzaine d'années — et elle donne des cours de comédie. Puis, en 2014, un concert d'1h30 à l'Artishow cabaret, dans le Var, change la donne. « Un carton énorme », selon ses propres termes.
En 2025, la renaissance est actée. Dans une interview au Var-Matin du 27 octobre 2025, reprise par Gala, elle annonce : « Je suis redevenue chanteuse ». Elle tourne avec le spectacle « Tendances 80/90 » aux côtés de Zouk Machine et Thierry Pastor, et intervient en guest dans les spectacles transformistes de l'Artishow. Les dates précises de cette tournée ne sont pas encore annoncées publiquement.

Le contexte est favorable : 2026 marque le 40e anniversaire du Top 50 de 1986, et les tournées rétro offrent une seconde chance aux artistes oubliés. Sabine Paturel ne renie plus son tube, mais elle ne veut pas s'y réduire. Dans une interview à Nice-Matin, elle insiste : « J'ai d'autres belles chansons que Les Bêtises ». Elle souhaite les faire connaître.
Le parcours de Sabine Paturel n'est pas isolé. D'autres artistes des années 80 ont connu ce destin de one-hit wonder, entre gloire éclair et traversée du désert. Cookie Dingler, derrière « Femme libérée », raconte une histoire comparable, tout comme Caroline Loeb avec « C'est la ouate ». La nostalgie des années 80, portée par les tournées rétro, leur offre aujourd'hui une scène où se réconcilier avec leur passé.
La reprise des « Bêtises » par Ella, Salomé et Charlie lors des battles de The Voice Kids 2024 montre que la chanson traverse les générations. Sabine Paturel, elle, a fini par accepter ce tube qui lui a tant coûté. Non plus comme un fardeau, mais comme une porte d'entrée vers autre chose. Après avoir fui son propre succès pendant près de quarante ans, elle est remontée sur scène. Cette fois, c'est elle qui choisit ce qu'elle chante.