Qui aurait cru que la petite blonde des spots publicitaires des années 90 deviendrait l'une des reines incontestées du box-office français ? Élodie Fontan n'est pas juste une actrice comédienne, c'est une véritable machine à rire qui a su transformer ses débuts précoces en une carrière solide et ambitieuse. De la télévision familiale du dimanche soir aux grosses productions qui explosent les compteurs de cinémas, elle a tracé son sillon avec une déconcertante facilité. Focus sur une montée en puissance qui ne prend pas une ride, et sur une femme qui assume pleinement son statut de valeur sûre du cinéma hexagonal.
Une étoile née à Bondy
Née le 9 juillet 1987 à Bondy, en Seine-Saint-Denis, Élodie Fontan a littéralement bercé dans le monde du spectacle. Contrairement à beaucoup de ses confrères qui ont galéré des années avant de décrocher un petit rôle, elle a très vite connu les feux des projecteurs et la pression des plateaux. C'est une enfant de la télé, une star miniature qui a dû grandir sous les regards curieux, une expérience qui forge un caractère et une détermination rares.

La pub, premier tremplin d'une star
Avant de faire rire les Français dans des salles obscures, elle a d'abord fait ses armes, et surtout ses dents, sur le petit écran. Très vite repérée pour son visage poupin et sa prestance naturelle, elle enchaîne les campagnes publicitaires dès son plus jeune âge. Nissan, Quick, ou encore Euro Disney… elle a été l'égérie de marques que l'on retrouve dans tous les salons français et qui ont rythmé l'enfance d'une génération entière.
C'est d'ailleurs pour la marque de gâteaux Alsa qu'on la retient particulièrement, une petite musique ou une image qui reste gravée dans les mémoires collectives. Ces premières expériences lui ont permis d'acquérir un confort devant la caméra que certains acteurs mettent des années à développer. On ne improvise pas ce genre de présence à l'écran, c'est un atout inné qu'elle a su cultiver dès le berceau, transformant chaque spot en une vraie leçon de jeu d'acteur.
Le cinéma à seulement 9 ans
Il ne faut pas croire que la publicité a été son unique terrain de jeu durant sa jeunesse. À seulement 9 ans, elle décroche son tout premier rôle au cinéma dans la comédie Le Plus Beau Métier du monde réalisée par Gérard Lauzier. Imaginez la scène : à peine sortie de l'école primaire, elle se retrouve à jouer aux côtés de monstres sacrés comme Gérard Depardieu et Michèle Laroque.
C'est ce qu'on appelle un baptême du feu. Elle y interprète la fille du personnage principal, et loin d'être écrasée par la stature de ces géants du 7ème art, elle tient la rampe avec une assurance bluffante. Ce rôle de 1996, même s'il reste secondaire, pose les fondations de sa future carrière : elle est née pour le plateau, et la caméra l'aime. C'est cette confiance précoce qui lui permettra, des années plus tard, d'aborder les grands plateaux de tournage sans la moindre frayeur.
L'école de la télé et l'ancrage Clem
Si le cinéma l'a vue naître, c'est la télévision qui va la révéler au grand public. C'est souvent l'étape incontournable pour les acteurs français : passer par une série qui touche les familles avant de tenter la conquête des salles. Pour Élodie, ce tremplin a une envergure monstrueuse et va durablement ancrer son visage dans le paysage audiovisuel français.
Les années de galère formatrices
Après son film d'enfance, elle continue sa petite musique sur le petit écran. On la voit dans des séries comme La Croisière foll'amour ou encore Seconde Chance, des programmes qui l'habituent au rythme effréné du feuilleton télévisé. C'est l'école de la rue, là où on apprend à apprendre ses répliques vite, à tourner vite, et à toujours être au point. Elle enchaîne aussi les apparitions dans des grosses séries populaires comme R.I.S Police Scientifique ou Joséphine, ange gardien.
Ce passage à vide apparent, où elle multiplie les petits rôles sans encore percer, est en réalité une formation intensive. Elle apprend la technique, la gestion du plateau et la relation avec les réalisateurs. C'est cette période qui lui donne la thick skin dont elle aura besoin plus tard. Elle ne s'est pas contentée d'être une jolie figure, elle a travaillé son métier dans l'ombre, accumulant les expériences hétéroclites qui font d'elle aujourd'hui une comédienne complète.
Alizée, un personnage culte pour une génération
Le véritable déclic arrive en 2009. Elle rejoint la distribution de Clem, la série phare de TF1. Elle y incarne Alizée, la meilleure amie de l'héroïne, mais aussi la marraine du petit Valentin. C'est un rôle qui va littéralement changer sa vie.
Pendant près d'une décennie, Élodie va devenir une habituée des familles françaises. Mais attention, ne vous y trompez pas : si Clem est une série sentimentale qui traite de problèmes sociaux, le personnage d'Alizée, c'est bien plus que la simple « bestie » archétypale. Elle apporte la touche de légèreté, voire de folie, dont le scénario a besoin pour ne pas sombrer dans le drame. Élodie y incarne une jeune femme moderne, un peu capricieuse mais profondément loyale, qui navigue entre les péripéties amoureuses et les galères de la vie d'adulte.

Il faut comprendre que tenir un rôle récurrent pendant dix ans, c'est l'équivalent d'un marathon professionnel. Ça demande une rigueur de fer et une capacité à faire évoluer son personnage sans que le public ne se lasse.
Mais ne vous y trompez pas, cette douce vie de série télé n'a jamais étouffé ses ambitions. Bien au contraire, Élodie a utilisé Clem comme un véritable tremplin, une base arrière solide pour préparer l'assaut du grand écran. Car la réalité du showbiz, c'est que la télé, c'est bien, mais le cinéma, c'est le Graal. Et Élodie Fontan ne s'est pas contentée de frapper à la porte ; elle l'a fait sauter avec un dynamisme fracassant. C'est le moment où la petite fille de Bondy se transforme en une véritable « boss » du cinéma français, prête à conquérir un public beaucoup plus large et exigeant.
Le phénomène « Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu ? » : un carton monumental
L'année 2014 marque un tournant décisif dans sa carrière, le genre de moment que les acteurs rêvent de voir sur leur CV. Quand Philippe de Chauveron lui propose le rôle de Ségolène, la petite-amie du benjamin de la famille Verneuil dans Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu ?, elle sent que le deal est bon. Mais personne, absolument personne, n'aurait parié sur un tel tsunami médiatique.
Le film va littéralement exploser les compteurs, dépassant les 12 millions d'entrées en salle, un chiffre dingue à l'ère du streaming. Dans ce succès phénoménal, Élodie trouve la place parfaite. Elle y incarne avec justesse ce mélange de naïveté et de préjugés de « Parisienne branchée »Face à une famille beaujolais quelque peu rustre, l'interprète se doit de faire preuve de subtilité. La difficulté résidait dans l'incarnation d'une femme paumée tout en évitant de la rendre antipathique. C'est un défi relevé avec brio qui prend les spectateurs de court. Elle prouve ainsi une réelle maturité artistique, se détachant définitivement de son rôle d'adolescente dans Clem pour s'affirmer comme une adulte capable de tenir la dragée haute à des icônes telles que Christian Clavier et Chantal Lauby. Cette production sert de sésame incontestable pour entrer durablement au sein du« club très fermé » des stars qui rapportent du public.
L'ère de la « Petite Bande » : une alchimie magique
Si elle est aujourd'hui incontournable, c'est aussi parce qu'elle a compris l'importance du collectif. Dans le cinéma français, il y a des clans, et Élodie a rejoint celui qui cartonne le plus depuis une décennie : la bande de Philippe Lacheau et ses complices Tarek Boudali et Julien Arruti. C'est un peu comme les « Friends » version hexagonale, mais avec plus de gags physiques et moins de café au Central Perk.
C'est avec eux qu'elle va enchaîner les succès au box-office, créant une alchimie qui fonctionne à tous les coups. Ce n'est pas juste une question de casting, c'est une vraie osmose. À l'écran, on sent qu'ils s'amusent, qu'ils se tournent autour, qu'il y a une connivence naturelle. Elle devient la muse de cette nouvelle génération de comédies populaires, celle qui ose tout, du déguisement le plus trash à la situation la plus gênante.
Alibi.com et l'art du mensonge
Avec Alibi.com, sorti en 2017, elle passe un cap. Elle n'est plus juste la petite amie ou la figuration secondaire, elle est l'héroïne aux côtés de Philippe Lacheau. Le film est une machine de guerre comique, bourré de scènes d'action et de quiproquos. Élodie y joue une femme fatale en devenir, ou du moins une maîtresse d'un jour qui se retrouve entraînée dans une spirale de mensonges.
Ce qui marque dans ce film, c'est sa capacité physique. Elle ne compte pas ses heures, elle se jette à l'eau, fait ses propres cascades, accepte les situations les plus ridicules. Il y a une scène mythique où elle doit déjeuner avec une famille entière alors qu'elle est censée être la maîtresse du père : le malaise est palpable, hilarant, et elle le gère avec un sens du timing impeccable. Elle prouve ici qu'elle est une comédienne de « combat », prête à mettre les mains dans le cambouis pour faire rire.
Pourris gâtés : quand la réalité dépasse la fiction
Peut-être faut-il avoir un peu d'auto-dérision pour jouer dans Pourris gâtés en 2021. Dans ce film, elle incarne… Eh bien, une fille de milliardaires, gâtée pourrie, déconnectée de la réalité. C'est le rôle qui semble couler de source pour elle, et c'est là que réside sa finesse. Si une mauvaise comédienne avait joué ça, ça aurait été insupportable. Mais Élodie joue ce côté « bimbo » assumé avec une telle légèreté, une telle innocence, qu'on finit par adorer son personnage.
Elle transforme ce qui pourrait être un défaut en une qualité de jeu. Elle surf sur cette image de la jolie blonde un peu « blonde »…alors qu'elle détient, en fait, plus de finesse et de perspicacité que les hommes de son cercle. C'était une mission périlleuse : parvenir à susciter le rire à ses dépens sans jamais inspirer la commisération. Ce nouvel engouement commercial la positionne au centre du dispositif, consolidant par là même sa réputation présente de« bankable star », une tête d'affiche qui remplit les salles seule.
Mince alors ! : l'égalitarisme rireux
En 2021, elle signe aussi Mince alors !, une comédie sur un sujet brûlant : le poids et l'image de soi. Elle y joue aux côtés de Mélanie Doutey et Michèle Laroque, reprenant un flambeau com féminin. Le film explore la tyrannie de la minceur et Élodie y incarne une femme obsédée par son apparence. C'est un rôle qui résonne particulièrement à notre époque, où les réseaux sociaux dictent la norme.
Là encore, elle ose. Elle se grime, se déguise, accepte de se mettre en scène dans des situations peu flatteuses pour servir l'histoire. Elle prouve que son comédie n'est pas juste réservée au « bêtisier », mais qu'elle peut aussi avoir une dimension sociale, un peu comme le faisaient les grandes comédies des années 80. Elle utilise sa beauté comme un outil, un vecteur de rire, et non pas comme un écrin figé.
Une carrière audacieuse : se risquer hors de sa zone de confort
Ce qui fascine avec Élodie, c'est qu'elle aurait pu s'arrêter là. Enchaîner les Alibi.com 2 et les Bon Dieu 2, vivre sa belle vie de star comique populaire. Mais elle a une étincelle dans le regard qui dit « non, je veux aller voir ailleurs ». Elle a compris que pour durer, il faut brouiller les pistes, surprendre, et montrer qu'on n'est pas qu'à une case.