L'affaire Jeffrey Epstein continue de hanter le paysage politique américain, et au cœur de ce scandale se trouve une relation qui soulève de nombreuses questions : celle entre l'actuel président des États-Unis et le financier pédocriminel. Depuis plusieurs années, cette amitié vieux de deux décennies fait l'objet d'une attention médiatique intense, alimentée par des révélations successives et des publications de documents officiels. La sortie massive des « Epstein Files » en janvier 2026 a relancé les spéculations et les débats sur la nature exacte des liens entre ces deux hommes.

Une amitié new-yorkaise qui dure depuis les années 1980
Donald Trump et Jeffrey Epstein se sont rencontrés à la fin des années 1980, probablement vers 1990, dans les cercles huppés de l'immobilier et de la finance new-yorkaise. À cette époque, Trump était déjà un magnat de l'immobilier connu pour ses propriétés flamboyantes, tandis qu'Epstein accumulait une fortune mystérieuse en travaillant comme gestionnaire de fortune pour des clients ultra-fortunés. Leurs mondes se sont naturellement rencontrés dans les soirées mondaines de Manhattan et de Palm Beach.
Les deux hommes partageaient de nombreux points communs qui ont facilité leur rapprochement. Tous deux étaient des New-Yorkais ayant réussi dans leurs domaines respectifs, adeptes de l'autopromotion et de l'ostentation. Ils fréquentaient les mêmes cercles sociaux et partageaient un intérêt marqué pour la compagnie de jeunes femmes. Trump avait acheté Mar-a-Lago en 1985, transformant cette propriété historique de Palm Beach en club privé ultra-sélect. Epstein, de son côté, acquit une résidence à quelques kilomètres seulement de là, renforçant leur proximité géographique.
Des soirées légendaires à Mar-a-Lago
Les archives vidéo et photographiques témoignent de cette époque où Trump et Epstein fréquentaient assidûment les mêmes événements. Des images de 1992, diffusées par NBC News, montrent les deux hommes participant à une fête à Mar-a-Lago, entourés de jeunes femmes. On les voit conversant, riant et profitant de l'ambiance festive qui régnait dans le club de Trump. Ces images, devenues virales des années plus tard, ont alimenté les interrogations sur la nature de leur relation.

En 1997, les deux hommes ont été photographiés ensemble lors d'un événement Victoria's Secret Angels à New York. Epstein était également présent au mariage de Trump avec Marla Maples en décembre 1993, témoignant de l'intimité de leur relation à cette époque. Les deux hommes se rendaient régulièrement dans les propriétés de l'autre, participant à des événements mondains et partageant des moments de détente.
Les déclarations élogieuses de Trump sur Epstein
En 2002, Donald Trump a accordé une interview au New York Magazine dans laquelle il dressait un portrait pour le moins complaisant de Jeffrey Epstein. « Je connais Jeff depuis 15 ans. Type formidable. Il est très amusant à fréquenter », déclarait-il. Mais c'est la suite de ses propos qui a posteriori a suscité l'incompréhension : « On dit même qu'il aime les belles femmes autant que moi, et beaucoup d'entre elles sont plutôt jeunes. »
Cette déclaration, faite plusieurs années avant la première condamnation d'Epstein, prend une résonance particulière aujourd'hui. Elle témoigne de l'ambiance qui régnait dans les cercles fréquentés par ces deux hommes et des conversations qu'ils pouvaient avoir entre eux. Trump qualifiait alors Epstein d'ami proche, une description qu'il a par la suite considérablement nuancée.
Les voyages dans le « Lolita Express »
Les registres de vol du jet privé de Jeffrey Epstein, surnommé le « Lolita Express » par les médias, ont révélé que Donald Trump a effectué au moins huit voyages à bord de cet avion entre 1993 et 1996. Ces informations, confirmées par un courriel du bureau du procureur de New York daté de janvier 2020, contredisent les tentatives de minimisation de cette relation.
Les détails des vols
Les registres montrent que Trump voyageait principalement sur des vols domestiques, entre le New Jersey, Palm Beach et Washington DC. Ghislaine Maxwell, la complice d'Epstein condamnée à 20 ans de prison, était présente sur au moins quatre de ces vols. Un vol en particulier a retenu l'attention : le 23 mars 1993, Trump et Epstein étaient les seuls passagers avec une personne de 20 ans non identifiée. D'autres vols comptaient des passagers comme Erin Nance, ancienne Miss Georgia, ou des membres de la famille de Trump, dont ses enfants Eric et Tiffany ainsi que son ex-femme Marla Maples.
Jeffrey Epstein lui-même aurait déclaré à l'auteur Michael Wolff en 2017 que « la première fois [Trump] a dormi avec [Melania], c'était dans mon avion ». Cette affirmation, rapportée par le Daily Beast, n'a jamais été confirmée indépendamment mais illustre les prétentions d'Epstein concernant son intimité avec le couple Trump.

La portée de ces révélations
Il est important de noter que la présence sur les vols d'Epstein ne constitue pas une preuve de participation à des activités criminelles. Les registres de vol documentent les déplacements mais pas les activités au sol. Néanmoins, la fréquence de ces voyages témoigne d'une relation plus étroite que ce que Trump a reconnu publiquement par la suite. Pour comprendre l'ampleur de cette affaire, Epstein Files : tout ce que révèlent les documents permet d'approfondir les informations contenues dans les archives déclassifiées.
La brouille de 2004 : dispute immobilière ou divergences morales ?
La relation entre Trump et Epstein s'est détériorée fin 2004, officiellement autour d'une guerre d'enchères immobilière à Palm Beach. La Maison de l'Amitié, une propriété de style français, était convoitée par Epstein qui pensait l'avoir sécurisée pour 36 millions de dollars. Trump a surenchéri et remporté la vente, déclenchant la colère du financier.
Les circonstances de la rupture
Selon plusieurs sources, Epstein croyait que c'était Trump qui avait alerté la police sur ses activités. Deux semaines après la vente, la police de Palm Beach a effectivement reçu un tuyau concernant la présence de mineures chez Epstein. Cette coïncidence temporelle a alimenté les spéculations sur un possible lien entre la dispute immobilière et le début des ennuis judiciaires d'Epstein.
Donald Trump a raconté par la suite son propre récit de la rupture : « Pour des années, je ne parlerais plus à Jeffrey Epstein… Parce qu'il a fait quelque chose d'inapproprié. Il a embauché du personnel et j'ai dit : 'Ne refais jamais ça.' Il a volé des gens qui travaillaient pour moi. J'ai dit : 'Ne refais jamais ça.' Et il l'a refait. Et je l'ai jeté de l'endroit. Persona non grata. Je l'ai jeté et c'était fini. »
Le bannissement de Mar-a-Lago
En octobre 2007, Trump a officiellement banni Epstein de Mar-a-Lago après que le financier eut harcelé sexuellement la fille adolescente d'un autre membre du club. La jeune femme travaillait comme masseuse au spa du club. Selon plusieurs sources, Epstein avait également l'habitude de recruter des employées du spa de Mar-a-Lago pour ses propres activités, ce qui avait fortement irrité Trump.
C'est au spa de Mar-a-Lago, où elle était employée à l'âge de 16 ans en 2000, que Virginia Giuffre a été approchée par Ghislaine Maxwell. Son père travaillait alors pour le club en tant qu'agent d'entretien. Si Trump a reconnu en juillet 2025 qu'Epstein s'était livré à du « vol » de personnel féminin au sein de son établissement — Virginia Giuffre faisant partie de ces recrutements — la jeune femme n'a, pour sa part, jamais mis en cause le président dans des actes répréhensibles.
Les enregistrements de Michael Wolff : Epstein se dit « le plus proche ami » de Trump
En 2017, l'auteur Michael Wolff a enregistré environ 100 heures de conversations avec Jeffrey Epstein dans le cadre de ses recherches pour son livre « Fire and Fury ». Ces enregistrements, révélés partiellement en 2024, jettent une lumière crue sur la vision qu'Epstein avait de sa relation avec Trump.
Les affirmations d'Epstein
Dans ces enregistrements, Epstein se décrit comme le « plus proche ami » de Trump pendant dix ans. Il brosse un portrait complexe de l'ancien président, le qualifiant de « charmant » et « toujours amusant », tout en l'accusant d'être un homme fondamentalement sans amis, incapable de gentillesse. Epstein allègue également que Trump aimait « coucher avec les femmes de ses meilleurs amis » et qu'il avait subi une chirurgie de réduction du cuir chevelu pour traiter sa calvitie.
Wolff a affirmé qu'Epstein était « obsédé par Trump et, franchement, avait peur de lui ». Selon l'auteur, Epstein aurait menacé Trump de « révéler » des informations compromettantes, de « parler à la presse » et de lui « faire un procès ». Wolff prétend qu'Epstein détenait des informations sensibles sur Trump et les utilisait comme moyen de pression. Pour une vue d'ensemble du scandale, consultez Affaire Epstein : 30 ans de scandale, secrets et impunité.
Les réactions du camp Trump
L'équipe de Trump a qualifié ces enregistrements de « fausses calomnies » et de « ingérence électorale ». Melania Trump aurait, par l'intermédiaire de ses avocats, menacé Michael Wolff d'un procès en diffamation pour ses révélations. L'auteur a d'ailleurs déposé une plainte auprès d'un tribunal new-yorkais accusant l'épouse du président de « menace » et « intimidation ».
Le témoignage du chef de la police de Palm Beach
En février 2026, un document du FBI a relancé les questions sur ce que Donald Trump savait vraiment des activités d'Epstein. Ce document, un compte rendu fédéral de l'audition de Michael Reiter, ancien chef de la police de Palm Beach, menée par le FBI en octobre 2019, révèle des propos troublants.
L'appel téléphonique de 2006
Selon ce document, Donald Trump aurait appelé Michael Reiter en juillet 2006, peu après le lancement de l'enquête de la police de Palm Beach sur Epstein. « Dieu merci vous l'arrêtez, tout le monde sait qu'il fait ça », aurait déclaré Trump au chef de la police. Le futur président aurait affirmé qu'il était de notoriété publique, dans les milieux new-yorkais, qu'Epstein était « répugnant ».
Trump aurait également mis en garde les enquêteurs contre Ghislaine Maxwell : « Elle est maléfique et il faut se concentrer sur elle. » Il aurait raconté qu'il s'était retrouvé une fois en présence d'Epstein entouré d'adolescentes, mais qu'il serait « parti immédiatement ». Le document indique également que Trump aurait été l'un des « toutes premières personnes à appeler » la police de Floride lorsqu'il a appris l'enquête sur Epstein.
Les contradictions avec les déclarations publiques de Trump
Ces révélations contredisent directement les déclarations répétées de Trump selon lesquelles il n'avait « aucune idée » des agissements d'Epstein. En juillet 2019, après l'arrestation d'Epstein, Trump avait déclaré aux journalistes : « Non, je n'avais aucune idée. Je n'en avais aucune idée. Je ne lui ai pas parlé depuis de nombreuses, nombreuses années. »
Le ministère de la Justice a déclaré à la BBC qu'il n'était « pas au courant d'éléments corroborant » l'appel du président aux forces de l'ordre il y a 20 ans. Lors d'un briefing, la porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, a déclaré que cet appel « a pu ou non se produire en 2006 » mais qu'il corrobore la version de Trump selon laquelle il a expulsé Epstein de Mar-a-Lago.
La publication des Epstein Files et la polémique
La publication des « Epstein Files » a fait l'objet d'une intense polémique politique. L'Epstein Files Transparency Act, adopté par les deux chambres du Congrès le 18 novembre 2025, contraignait le ministère de la Justice à publier les documents éligibles relatifs à Epstein et ses associés.
Une publication sous tension politique
Donald Trump s'était opposé au projet de loi pendant des mois, avant d'exprimer son soutien la veille de son adoption par le Congrès. Il a ensuite signé la loi. Le 30 janvier 2026, le ministère de la Justice a publié environ 3 millions de pages de documents, 180 000 images et 2 000 vidéos. Selon le New York Times, plus de 5 300 fichiers contiennent plus de 38 000 références à Donald Trump, son épouse, Mar-a-Lago et des termes connexes.
Todd Blanche, procureur général adjoint et ancien avocat personnel de Trump, a affirmé que la Maison Blanche n'avait joué aucun rôle dans l'examen des fichiers. « Ils n'ont pas dit à ce département comment faire notre examen, ce qu'il fallait rechercher, quoi expurger ou ne pas expurger », a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse. Il a balayé les suggestions selon lesquelles des éléments embarrassants pour le président auraient été expurgés : « Nous n'avons pas protégé le président Trump. Nous n'avons protégé ou non protégé personne. »
Les accusations de dissimulation
Hillary Clinton a accusé l'administration Trump de « dissimulation » dans une interview à la BBC diffusée le 16 février 2026. « Publiez ces dossiers. Ils traînent », a-t-elle lancé, affirmant que le président orchestrerait une opération de dissimulation. Selon elle, l'enquête républicaine sur les Clinton viserait à détourner l'attention de Trump.
Si le département de la Justice assure que tous les dossiers ont été rendus publics, plusieurs élus du Congrès soupçonnent l'institution de retenir délibérément certaines notes de service et correspondances électroniques internes. Thomas Massie, le représentant républicain du Kentucky co- signataire du texte de loi, exige également la divulgation des mémos internes relatifs aux décisions prises par le passé concernant d'éventuelles mises en accusation d'Epstein et de son entourage.
Ghislaine Maxwell et les zones d'ombre
Ghislaine Maxwell, condamnée à 20 ans de prison en 2022 pour avoir recruté des mineures pour Epstein, occupe une place centrale dans cette affaire. Ses déclarations successives ont alimenté les spéculations sur ce qu'elle pourrait révéler.
Les déclarations contradictoires de Maxwell
Dans un courriel de 2011 adressé à Maxwell, Epstein affirmait que Trump avait passé des heures chez lui avec Virginia Giuffre et qu'il était « le chien qui n'a pas aboyé » — une expression suggérant qu'il n'a pas réagi alors qu'il aurait dû. Cependant, Maxwell a déclaré en 2025 que Trump n'était pas un « ami proche » d'Epstein, contredisant les affirmations précédentes du financier. Elle a affirmé n'avoir jamais vu Trump se comporter de manière inappropriée.
En février 2026, Maxwell a refusé de répondre aux questions du Congrès en invoquant le cinquième amendement. Son avocat a déclaré qu'elle serait prête à témoigner de « l'innocence de Trump et Clinton » en échange d'une grâce présidentielle. Les démocrates ont estimé que « son silence peut être acheté par une grâce ».
Les vœux de Trump pour Maxwell
En juillet 2020, après l'arrestation de Maxwell, Trump avait déclaré : « Je lui souhaite simplement le meilleur, franchement. Je l'ai rencontrée de nombreuses fois au fil des ans, surtout depuis que je vivais à Palm Beach. Mais je lui souhaite le meilleur, quoi qu'il arrive. » Ces propos, jugés malvenus par de nombreux observateurs, contrastent avec sa rhétorique ultérieure minimisant sa relation avec le couple Epstein-Maxwell.
Pour approfondir les zones d'ombre de cette affaire, Mort de Jeffrey Epstein : les failles de la prison et les zones d'ombre propose une analyse des circonstances troublantes du décès du financier.
L'impact politique sur la coalition MAGA
L'affaire Epstein commence à éroder la base politique de Donald Trump. Selon une analyse du Monde publiée le 18 février 2026, « l'acide de l'affaire Jeffrey Epstein attaque la coalition trumpiste ». Le scandale suscite un grand malaise dans le monde MAGA (« Make America Great Again »), révélant une tension entre la loyauté à Trump et les principes de ce mouvement.
Une base ébranlée
Le mouvement MAGA a historiquement été construit sur un rejet viscéral des élites mondialisées et une méfiance absolue envers les institutions. Or, cette fois, Trump apparaît comme l'acteur d'une entreprise de dissimulation. Certains partisans commencent à s'interroger sur la cohérence entre la rhétorique anti-élite du mouvement et les fréquentations passées du président.
L'affaire prend une dimension particulière avec les déclarations d'Elon Musk. Le 5 juin 2025, le milliardaire a posté sur X (puis effacé) : « Il est temps de lâcher la grosse bombe : [Trump] est dans les dossiers Epstein. C'est la véritable raison pour laquelle ils n'ont pas été publiés. » Le ministère de la Justice a nié que Trump ait été protégé.
La défense du président
À maintes reprises, Donald Trump a nié avoir jamais mis les pieds sur l'île de Little Saint James, propriété d'Epstein. En février 2026, il est allé jusqu'à menacer Trevor Noah, l'animateur des Grammy Awards, de poursuites judiciaires pour avoir suggéré une telle visite. Le président s'est proclamé « totalement blanchi » par trois fois, une insistance que certains analystes interprètent comme le signe d'un malaise politique sous-jacent.
Le ministère de la Justice a accompagné la publication des documents d'une déclaration affirmant que « certains documents contiennent des allégations non fondées et sensationnalistes contre le président Trump qui ont été soumises au FBI juste avant l'élection de 2020. Pour être clair, les allégations sont infondées et fausses ».
Conclusion
La relation entre Donald Trump et Jeffrey Epstein reste l'un des aspects les plus troublants du paysage politique américain contemporain. Si aucune infraction pénale n'a jamais été établie contre Trump en lien avec les crimes d'Epstein, les documents publiés confirment une amitié étroite qui a duré près de quinze ans. Les contradictions entre les déclarations successives du président et les éléments documentaires nourrissent les interrogations.
Les Epstein Files ont révélé l'étendue des liens entre Trump et le réseau d'Epstein, mais aussi les limites de la transparence promise. La polémique sur la publication partielle des documents et les accusations de dissimulation politique maintiennent l'affaire sous les projecteurs. Alors que les Clinton doivent témoigner devant le Congrès et que Ghislaine Maxwell pourrait être graciée, l'affaire Epstein continue de menacer l'équilibre politique américain. Elle rappelle surtout que les réseaux de pouvoir et de privilège ont longtemps protégé ceux qui ont abusé des plus vulnérables.