Dimitri Rassam : portrait d'un producteur incontournable
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Dimitri Rassam : portrait d'un producteur incontournable

Héritier d'une grande dynastie, Dimitri Rassam est devenu le roi du blockbuster français grâce à des succès comme Les Trois Mousquetaires. Ce portrait revient sur son ascension, ses échecs formateurs comme Upside Down, et sa stratégie audacieuse au...

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À 41 ans, il est l'homme qui fait trembler les caisses du cinéma français tout en siégeant tranquillement aux premières loges de la Principauté de Monaco. Dimitri Rassam n'est pas juste un nom qui résonne dans les allées des festivals, c'est une véritable machine à succès. Entre une enfance bercée par les légendes du septième art et une vie de famille dorée aux côtés de la princesse Charlotte Casiraghi, il a su bâtir un empire qui redéfinit ce que signifie être producteur aujourd'hui. Fin stratège et passionné, il a transformé l'héritage pesant de ses parents en une force de frappe moderne, capable de rivaliser avec les géants américains. Voici comment l'héritier rebelle est devenu le roi incontesté du blockbuster à la française.

L'enfance d'un prince du cinéma

Pour comprendre l'ascension fulgurante de Dimitri, il faut remonter à la source. Né le 16 novembre 1981 à Paris, il n'a pas choisi le cinéma, il est littéralement né dedans. Fils de l'actrice iconique Carole Bouquet et du producteur mythique Jean-Pierre Rassam, le célèbre « Sultan » qui a révolutionné l'industrie française dans les années 70 et 80, Dimitri a baigné dans un milieu où les scénarios se discutent au petit-déjeuner. Mais ne crois pas qu'il ait tout eu servi sur un plateau d'argent. Loin de l'image de l'enfant gâté, il a grandi avec le souvenir tourmenté d'un père génial mais instable, une figure immense qui a laissé une empreinte indélébile sur sa vision du métier.

Headshot of Dimitri Rassam, French film producer
(source)

Une famille aux racines profondes

L'arbre généalogique de Dimitri ressemble à un who's who du cinéma mondial. Neveu de Claude Berri, autre colosse de la production française, et filleul de none other than Francis Ford Coppola, il avait de quoi se sentir sous pression. On imagine facilement les repas de famille où parler de cinéma était une question de survie. Pourtant, il a su tirer parti de cette lignée exceptionnelle sans s'y enfermer. Ce n'est pas seulement le nom qui ouvre des portes, c'est la culture qui va avec. Il a vu comment son père gérait les plus grands, comment sa mère incarnait l'élégance à l'écran, et il en a retenu une leçon essentielle : le cinéma est un art de vivre total, pas juste une affaire de business.

Parcours scolaire et révélation

Contrairement à ce qu'on pourrait penser, Dimitri ne s'est pas jeté tête baissée dans la production dès sa majorité. Il a d'abord exploré d'autres pistes, cherchant sa propre voie. Après un bac scientifique obtenu à l'École Active Bilingue, il s'est inscrit en prépa à Sciences Po et a même entamé des études de commerce à HEC Paris. Mais la voie toute tracée des écoles de commerce l'a vite ennuyé. Il a finalement bifurqué vers une licence d'histoire à la Sorbonne. Ce passage par les humanités n'est pas anodin : il lui a donné une culture générale solide et une compréhension des récits qui se ressent aujourd'hui dans ses choix de productions. Il ne produit pas juste des images, il raconte des histoires ancrées dans notre époque.

Des débuts prometteurs en comédie

Le grand public a vraiment commencé à entendre parler de lui grâce à une comédie qui a touché le cœur des familles françaises : Papa ou maman. Réalisé par Martin Bourboulon, ce film sorti en 2015 a marqué les esprits par son ton drôle et cruel sur le divorce. Pour Dimitri, c'était bien plus qu'un premier succès commercial, c'était la confirmation de son instinct. Il a travaillé sur ce projet en bande avec ses complices Alexandre de la Patellière et Mathieu Delaporte, scénaristes déjà connus pour Le Prénom. Ensemble, ils ont formé une équipe soudée, capable de comprendre les codes de la comédie populaire tout en y apportant une certaine exigence de forme.

Dimitri Rassam smiling in a professional setting
Dimitri Rassam - Montée des marches du film " Diamant Brut " lors du 77ème Festival International du Film de Cannes, au Palais des Festivals à Cannes. Le 15 mai 2024 © Jacovides-Moreau / Bestimage — (source)

Un style visuel affirmé

Ce qui a frappé les critiques dans Papa ou maman, c'est la qualité de l'image et la modernité de la mise en scène, des détails rarement soignés dans la comédie française de l'époque. Ancien « pubard », Dimitri a importé dans le long-métrage une esthétique léchée, un style affûté qu'on retrouve souvent dans la publicité. Il prône une image soignée, nette, qui fait toute la différence sur grand écran. Ce n'est pas du luxe gratuit, c'est une façon de respecter le spectateur en lui offrant un visuel à la hauteur de l'humour du scénario. C'est cette attention au détail qui a ensuite rassuré les investisseurs pour des projets bien plus ambitieux.

La machine à franchises en marche

Le succès de Papa ou maman a donné naissance à une suite, Papa ou maman 2, prouvant que Dimitri avait déjà en tête le concept de franchise, bien avant de parler de Marvel. Il comprend qu'un bon personnage ou une bonne situation peuvent se décliner. C'est une logique de série B mais appliquée avec des moyens A. Il ne cherche pas juste le « one-shot » réussi, il construit des univers qui peuvent durer. Cette approche lui a permis de financer des projets plus risqués en s'appuyant sur la rentabilité de ces comédies populaires. C'est l'équilibre parfait du producteur intelligent : on prend des risques calculés sur des projets de niche grâce aux revenus des succès grand public.

Dimitri Rassam et l'empire Mediawan

Si Dimitri Rassam est devenu incontournable, ce n'est pas seulement parce qu'il sait choisir ses scripts, mais parce qu'il a compris les enjeux économiques actuels pour mieux les détourner. En 2019, il prend une décision stratégique majeure en fusionnant sa société de production, Chapter 2, avec le groupe Mediawan. En clair ? Il est passé du statut de producteur indépendant à celui de poids lourd de l'industrie audiovisuelle européenne. Ce n'est pas juste un changement de carte de visite, c'est un changement d'échelle. Il ne faut plus le voir comme un simple créatif, mais comme un vrai gestionnaire de fonds qui sait où placer ses billes pour faire fructifier l'art français.

Dimitri Rassam - Montée des marches du film " Diamant Brut " lors du 77ème Festival International du Film de Cannes, au Palais des Festivals à Cannes. Le 15 mai 2024 © Jacovides-Moreau / Bestimage
Dimitri Rassam, producteur des Trois Mousquetaires, s'est confié sur sa vie de famille.
Dimitri Rassam - Première du film "Les Trois Mousquetaires : D'Artagnan" à Madrid. — (source)

Une alliance stratégique dans le cinéma

En devenant le directeur général de la division « Exclusive » de Mediawan, Dimitri ne se contente pas de produire ses propres films. Il gère une armada de talents, des réalisateurs aux scénaristes, et dispose d'une puissance de feu financière sans précédent en France. C'est ce qui lui a permis de lever les fonds colossaux nécessaires pour Les Trois Mousquetaires. On est loin du financement artisanal ; là, on parle de « big business », de coproductions internationales et de levées de fonds qui feraient pâlir d'envie les start-ups de la Tech. C'est cette structure qui lui donne la liberté de prendre des risques : quand on tient le caddie, on a le droit de remplir les rayons comme on l'entend. Avec Mediawan, il a les reins solides pour porter ses rêves les plus fous.

Le modèle des super-productions françaises

L'objectif affiché de Rassam via Chapter 2 est clair : créer des franchises. Il ne veut pas juste faire un film à succès, il veut des univers qui durent, des produits dérivés, des suites potentielles. À l'image de ce que font les Américains avec Marvel, il tente d'importer ce modèle en France, en l'adaptant à notre culture. C'est un pari risqué car le public français est souvent critique vis-à-vis du « business » du cinéma, mais Rassam a l'intelligence d'habiller ce modèle industriel d'une exigence artistique irréprochable, ce qui désarme ses critiques. Il veut prouver qu'on peut faire du « blockbuster » sans faire du « navet », et pour l'instant, il réussit son pari haut la main.

Retour sur l'échec d'Upside Down

Avant de triompher avec Dumas ou de faire rire la France avec des divorces en série, Dimitri Rassam a dû apprendre à la dure. Le chemin vers le succès est rarement une ligne droite, et l'homme a connu son lot d'orbites critiques. Au début des années 2010, il tente un premier pari de très grande envergure avec le film de science-fiction Upside Down. Sorti en 2012, ce projet ambitionnait de marquer les esprits par son concept visuel unique : deux mondes inversés, l'un au-dessus de l'autre, avec une gravité qui défie les lois de la physique. C'était le genre de projet fou qu'on rêve de signer à 25 ans, un défi technique immense pour un jeune producteur.

Analyse du flop commercial

Le casting était international, avec Kirsten Dunst et Jim Sturgess en têtes d'affiche. Le budget était colossal pour un film franco-canadien. On pensait tenir la prochaine grande franchise de SF. Sauf que le film a déçu.

Les critiques ont été impitoyables, pointant du doigt un scénario jugé trop léger pour un tel déploiement de moyens. En gros, on avait l'emballage Cartier pour un bijou fantaisie. Le box-office a suivi la pente descendante, ne remboursant pas même la moitié du budget investi. Pour un jeune producteur qui venait de lancer sa propre boîte, Chapter 2, ça aurait pu être le coup de grâce. Un « game over » brutal. Mais c'est là qu'on voit la ténacité de l'homme. Au lieu de se planter dans la terre et de vivre de ses rentes, il a pris ce revers comme un MBA express sur l'importance du scénario. Il a compris qu'on ne peut pas tricher avec le public : on peut avoir le meilleur VFX du monde, sans histoire solide, on n'a rien. Cette humilité forcée sera le socle de ses futurs triomphes. Il a retenu que la technique doit servir le récit, et non l'inverse. C'est ce retour aux sources qui va lui permettre de rebondir de manière spectaculaire.

La reconquête par l'animation : « Le Petit Prince »

Après la tempête Upside Down, Dimitri Rassam ne cherche pas immédiatement à refaire du cinéma live à grand spectacle. Il bifurque vers l'animation, un secteur qu'il connaît bien pour avoir fréquenté les studios Pixar durant sa jeunesse. En 2015, il produit Le Petit Prince, réalisé par Mark Osborne. Là, il frappe un grand coup. Le film est une merveille technique, mais surtout une réussite émotionnelle immense. En mélangeant stop-motion et images de synthèse 3D, il ose une esthétique risquée qui paie gros. Le film est sélectionné hors compétition au Festival de Cannes et devient un succès planétaire, diffusé sur Netflix aux États-Unis.

C'est ce projet qui réhabilite définitivement Rassam aux yeux des financiers. Il prouve qu'il est capable de gérer un budget conséquent (environ 80 millions de dollars) tout en gardant une exigence artistique intacte. Surtout, il montre qu'il sait toucher un public transgénérationnel. Avec Le Petit Prince, il ne produit pas juste un film pour enfants, il produit un objet culturel capable de faire pleurer les parents et d'émerveiller les gosses. C'est cette alchimie rare qui va rassurer les investisseurs pour la suite. Il n'est plus le « fils de » qui a foiré sa SF, il est devenu l'architecte de projets sûrs, capables de voyager au-delà des frontières françaises.

Le pari fou du siècle : « Les Trois Mousquetaires »

On ne peut pas parler de l'empire Rassam sans mentionner le projet qui a occupé tout son énergie ces dernières années : Les Trois Mousquetaires. Si tu as suivi un minimum l'actu cinéma ces deux dernières années, tu sais que c'est LE projet pharaonique qui a réveilli le cinéma de cape et d'épée. Mais ce n'est pas une simple adaptation. Dimitri Rassam, en stratège hors pair, a osé le pari de tourner deux énormes blockbusters simultanément, D'Artagnan et Milady, pour un budget qui dépasse les 70 millions d'euros. C'est du jamais vu en France depuis des lustres. C'est une logique purement hollywoodienne appliquée à notre patrimoine littéraire.

Une distribution « all-stars » made in France

Pour que le pari fonctionne, il fallait une troupe d'acteurs capable d'enflammer les écrans et les réseaux. Et là, Rassam a joué la carte de la séduction ultime. Il a réuni François Civil (le D'Artagnan tendance TikTok), Vincent Cassel (un Athos charismatique et sombre), Romain Duris, et Eva Green en Milady diabolique. Même la star internationale Penélope Cruz a rejoint le cast pour le second volet. C'est un « casting de rêve » qui génère du buzz avant même le tournage. En misant sur des acteurs qui ont une forte visibilité sur les réseaux sociaux et une vraie légitimité artistique, il assure au film une audience captive. Il a compris que le cinéma d'aujourd'hui, c'est aussi une affaire d'icônes, de visages que l'on veut voir en affiche et qui font le buzz sur Instagram.

Une esthétique à couper le souffle

Rassam n'a pas lésiné sur les moyens pour que la France se dote d'une super-production visuellement digne des plus gros films américains. Tournages en décors réels (châteaux, forêts profondes), batailles rangées millimétrées, costumes d'époque d'une finesse incroyable. Il a confié la réalisation à Martin Bourboulon, son complice de Papa ou maman, avec qui il a développé une confiance blindée. Le résultat est époustouflant : le film rend hommage au cinéma d'aventure classique tout en y injectant une modernité, une dynamique et une violence qui parlent au public de 2024. C'est ce mélange de respect de l'œuvre originale et de dynamique « blockbuster » qui a permis aux deux films de cartonner en salle, prouvant que le public français est prêt à venir massivement voir du grand spectacle quand il est fait avec intelligence.

L'art de naviguer entre mythes modernes et classiques

Au-delà de Dumas, Rassam a su jongler avec d'autres monstres sacrés de la culture pop. Il ne s'enferme pas dans un seul genre. Toujours avec Mediawan, il a mis la main sur Astérix et Obélix : L'Empire du Milieu, une comédie monumentale menée par Guillaume Canet. Là encore, le défi était de taille : relancer une franchise éternelle sans la faire passer pour un dinosaure. Le film a déployé des moyens démentiels, s'ouvrant au marché chinois dans la narration même. C'est une vision globale, un cinema sans frontières que Rassam encourage. Il ne produit pas que pour le marché hexagonal, il pense « export » dès le premier jour de l'écriture. C'est ce qui différencie sa vision de celle des producteurs de l'ancienne école.

Gérer la biopic historique

Il a également su toucher la corde sensible de l'histoire avec L'Empereur, un biopic sur Napoléon sorti en salles puis devenu un événement sur Netflix avant même sa diffusion sur la plateforme. En confiant la réalisation à Jalil Lespert et le rôle-titre à Jean-François Stévenin, il a exploré une autre facette du cinéma : le film d'auteur populaire.

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Chloé Jabot @buzz-tracker

Je vis sur TikTok comme d'autres vivent sur Terre. À 22 ans, j'ai déjà prédit trois tendances virales avant qu'elles n'explosent – dont un challenge dance que j'ai vu naître dans un live à 3h du matin. Étudiante en communication digitale à Paris, je stage dans une agence qui surveille les réseaux sociaux pour des grandes marques. Mon feed For You est tellement bien calibré que mes amis m'envoient des screenshots pour savoir si c'est « encore tendance » ou « déjà cringe ». Réponse en moins de 10 secondes, toujours.

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