Vue en noir et blanc d'une large avenue bordée d'immeubles résidentiels uniformes à Sarcelles, avec des voitures garées, des piétons et un bâtiment commercial, caractéristique de l'architecture moderniste du milieu du XXe siècle.
Paranormal

Sarcelles : le vrai fantôme n'est pas une voix, c'est la "sarcellite"

En 1969, les voix fantômes n'ont pas hanté Sarcelles mais Carcassonne. Le vrai spectre de la ville, c'est la "sarcellite", ce mal-être des grands ensembles né en 1962, une étiquette contestée que Sarcelles tente aujourd'hui de dépasser.

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Des voix qui glacent le sang depuis 1969 ? Cette histoire hante Sarcelles, mais l'archive de l'INA la situe à Carcassonne. Le vrai spectre de la ville est une étiquette née en 1962 : la sarcellite.

Vue en noir et blanc d'une large avenue bordée d'immeubles résidentiels uniformes à Sarcelles, avec des voitures garées, des piétons et un bâtiment commercial, caractéristique de l'architecture moderniste du milieu du XXe siècle.
Vue en noir et blanc d'une large avenue bordée d'immeubles résidentiels uniformes à Sarcelles, avec des voitures garées, des piétons et un bâtiment commercial, caractéristique de l'architecture moderniste du milieu du XXe siècle. - (source)

Le reportage de 1969 s'est déroulé à Carcassonne

La légende veut que des voix mystérieuses aient terrorisé des habitants de Sarcelles en septembre 1969. L'archive de l'INA contredit cette version. Le reportage, intitulé "Une maison hantée à Carcassonne", ne parle pas de Sarcelles. Il décrit une famille qui entend des bruits étranges venant de la cave, dans la cité médiévale du sud de la France.

Sarcelles était déjà sous les projecteurs, mais pour d'autres raisons. En décembre 1960, l'émission "Cinq colonnes à la Une" avait consacré un reportage au grand ensemble, sous le titre "Les 40 000 voisins". Le sujet n'était pas le surnaturel, mais la vie quotidienne dans une cité en pleine expansion.

Un choix urbanistique français unique

Sarcelles n'est pas née de nulle part. Le territoire est habité depuis au moins le Paléolithique et conserve des vestiges gallo-romains. Mais c'est après la Seconde Guerre mondiale qu'il change radicalement de visage.

Sarcelles, sous-préfecture du Val-d'Oise, symbole des grands ensembles français.

La France fait un choix urbanistique que peu de pays occidentaux partagent : pour résoudre la crise du logement, elle construit massivement des barres et des tours. Le Royaume-Uni, les Pays-Bas ou les pays scandinaves privilégient des cités-jardins ou des maisons individuelles. La France opte pour la solution la plus rapide et la moins chère.

Sarcelles devient l'un des premiers grands ensembles du pays, construit entre 1955 et 1970 sous la direction de l'architecte Jacques-Henri Labourdette. Dans le quartier de la Lochère, la population passe de quelques centaines d'habitants en 1954 à 45 000 en 1976. Des milliers de logements sont édifiés sur 190 hectares, plus que la reconstruction entière du Havre. Pour beaucoup, Sarcelles reste l'archétype de la cité dortoir, construite à moindre coût.

La sarcellite, le mal-être des habitants

En mars 1962, un terme apparaît dans le débat public : la "sarcellite". Il désigne le mal-être profond des habitants des grands ensembles. Ce n'est pas une maladie au sens médical, mais un mot forgé pour décrire une détresse sociale réelle.

Dans les premières années du grand ensemble, les Sarcellois n'avaient presque rien pour leurs loisirs. Les logements étaient là, mais pas les équipements publics, les commerces, les transports ni les lieux de rencontre. Cette absence a nourri une angoisse collective, un sentiment d'enfermement dans des barres de béton sans vie sociale.

Le terme "sarcellite" est devenu un raccourci médiatique et politique pour parler des problèmes des cités. Il a collé à Sarcelles et à toutes les villes de grands ensembles, au point de symboliser à lui seul les "maux" de la banlieue.

Une étiquette contestée

La sarcellite n'a jamais été un diagnostic neutre. Pour L'Humanité, "la sarcellite, c'est l'invention des classes dominantes pour tenir à distance les classes dangereuses, les classes populaires". Le journal soutient que cette "nouvelle maladie prétendument née du grand ensemble dans les années soixante a provoqué pas mal de dérives sémantiques, qui montrent que les grandes peurs des banlieues ne sont pas si nouvelles".

Cette lecture critique empêche de prendre la sarcellite pour un simple constat sociologique. Elle montre comment un terme peut servir à stigmatiser une population, à justifier un désintérêt politique et à enfermer des quartiers entiers dans une image négative. Le vrai fantôme de Sarcelles n'est pas une voix surnaturelle, mais une étiquette qui a façonné la perception de la ville pendant des décennies.

Dépasser l'image de cité dortoir

Aujourd'hui, Sarcelles travaille à se réinventer. La ville est devenue sous-préfecture du Val-d'Oise en 2000, en remplacement de Montmorency, un statut administratif qui marque une reconnaissance officielle. Des opérations de réhabilitation du bâti ont lieu, comme celle de la tour Ravel, qui montre qu'il est possible de rénover efficacement les façades légères préfabriquées en aluminium-bois des grands ensembles.

Ces transformations ne gomment pas la mémoire de la sarcellite. Elles rappellent que les voix qui ont marqué Sarcelles ne sont pas des apparitions, mais celles des habitants qui y ont vécu, dans des conditions souvent difficiles. La ville porte cette mémoire tout en essayant de construire un avenir différent, loin de l'image de cité dortoir qui l'a longtemps définie.

Vue en hauteur des immeubles modernes de l'avenue du 8-Mai-1945 et de la place de France à Sarcelles sous un ciel bleu nuageux.
Vue en hauteur des immeubles modernes de l'avenue du 8-Mai-1945 et de la place de France à Sarcelles sous un ciel bleu nuageux. - Bentz / CC BY-SA 4.0 / (source)

La légende des voix de 1969 aura au moins eu un mérite : attirer l'attention sur une ville dont l'histoire réelle mérite d'être connue, sans besoin de surnaturel.

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Questions fréquentes

De quelle ville parle le reportage de 1969 sur les voix mystérieuses ?

Le reportage de l'INA de 1969 ne parle pas de Sarcelles mais de Carcassonne. Il décrit une famille qui entend des bruits étranges venant de la cave dans la cité médiévale du sud de la France.

Qu'est-ce que la sarcellite ?

La sarcellite désigne le mal-être profond des habitants des grands ensembles. Ce n'est pas une maladie médicale mais un terme forgé en 1962 pour décrire une détresse sociale liée à l'absence d'équipements publics et de vie sociale.

Pourquoi la France a-t-elle construit des grands ensembles comme Sarcelles ?

La France a choisi de construire massivement des barres et des tours pour résoudre rapidement et à moindre coût la crise du logement d'après-guerre. Sarcelles est devenue l'un des premiers grands ensembles du pays entre 1955 et 1970.

Comment la sarcellite a-t-elle été perçue politiquement ?

Selon L'Humanité, la sarcellite a été inventée par les classes dominantes pour stigmatiser les classes populaires. Ce terme a servi à justifier un désintérêt politique et à enfermer des quartiers entiers dans une image négative.

Comment Sarcelles cherche-t-elle aujourd'hui à se réinventer ?

Sarcelles est devenue sous-préfecture du Val-d'Oise en 2000 et mène des opérations de réhabilitation du bâti. La ville tente de dépasser son image de cité dortoir tout en portant la mémoire de son histoire.

Sources

  1. Une maison hantée à Carcassonne | INA · ina.fr
  2. Sarcellite · leparisien.fr
  3. mediaclip.ina.fr · mediaclip.ina.fr
  4. various · various
  5. La folle histoire de la maison hantée d'un village de l'Oise qui a effrayé toute la France · actu.fr
myth-buster
Enzo Flambot @myth-buster

Je suis fasciné par le paranormal, mais je refuse d'y croire sans preuves. Étudiant en sciences cognitives à Bordeaux, j'adore les légendes urbaines, les cryptides et les phénomènes inexpliqués – et j'adore encore plus les décortiquer. Mon approche : d'abord la fascination, ensuite l'analyse. Je vulgarise les biais cognitifs qui nous font voir des fantômes et entendre des voix dans le bruit blanc. Spoiler : le cerveau humain est plus flippant que n'importe quelle histoire de fantômes.

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